In Vinyle Veritas – Ils ont dit! (Part. 2)

… À propos de ce livre que le fantôme du chat de l’auteur considère comme l’entreprise intellectuelle la plus aboutie depuis La Critique de le raison Pure d’Emmanuel Kant…

Philippe PONÇON : ″IN VINYLE VERITAS succède en fanfare à CRITIQUE DE LA RAISON PURE d’Emmanuel mais avec 959 grammes, contre 502 pour Kant et nous retrouvons bien le combat éternel entre notre finitude (souffrances, censure, etc) et l’absolu (les plus belles musiques, pochettes, galbes…). C’est ici que j’attendais et retrouve le mieux l’auteur. Son impressionnante culture en musique populaire, jaillissement du peuple sans rhétorique, éclaire maintenant plus concrètement mes écoutes. Désormais je streame. Mes classements Rock et Pop s’enrichissent désormais des choix de mon voisin qui m’étonne souvent par les dessous historiques qu’il me fait découvrir. J’utilise beaucoup son précieux index. Un sommaire détaillé aurait pu m’aider aussi. Mais difficile: car tout cela se lit comme un roman, roman photos. Intrigues et rebondissements d’une page à l’autre. La matière est riche. Les images d’une qualité sans compromis. Et il y beaucoup de passions dans ces créations/réflexions, parfois rudes. Par exemple, page 148 « faire plier sa maison de disque et imposer sa vision authentique et rebelle du rien à foutre ». Des combats qui nous donnent l’impression que comme d’habitude, les tords et censures viennent des autres, avec ces actions-réactions que le cover art nous jette à la figure: mon moi contre ton moi. Les pertinentes analyses de Patrick, son travail, œuvre d’art sur l’art, diffuse une communication entre les hommes qui nous apporte l’essentiel; chacun se dit, cette musique, cette image rompt ma solitude, nos épreuve d’ici-bas, en me montrant qu’un autre au moins a eu la même émotion que moi: tourment, joie, défiance, harmonie… Alors JE ne suis plus seul. Le NOUS libère. Y compris aux chiottes, comme l’évoque la 1ère salve de commentaires sur IN VINYLE VERITAS. Kant doit effectivement s’incliner. D’autant que Patrick reste légèrement plus facile et agréable à lire!

Laurent HOLIN : ″Indispensable, pour comprendre comment et pourquoi nos disques ont été les victimes de la censure… À acheter les yeux fermés, à lire les yeux grands ouverts″.

Veetess Speereet : Pour que rien ne change. C’est cette réplique célèbre du Guépard, qui me semble résumer le mieux cet ouvrage. Au delà des 362 chroniques, c’est un bien mauvais constat qui s’impose une fois ce livre (ce parpaing pourrait-on dire) refermé, laissant un goût plus qu’amer. Car rien n’a strictement changé. Un bout de nichon qui dépasse, une pause subjective, un cul (même moche), une satire trop éloquente… j’en passe et pas forcément des meilleures, tout passera à la trappe après avis défavorable de la censure qui se gargarisera d’avoir fait son travail, exercé par une poignée de connards pensant représenter la majorité. Un des meilleur exemple (actuel) que je retiendrais de cet ouvrage, c’est celui de Damien Saez, brailleur tout le temps vénère dégueulant sa rage d’une voix à peine mué se voyant refuser sa pochette de « J’accuse », pour y avoir représenté une femme dans un caddie de supermarché. À l’époque, « les chiennes de garde » toutes puissantes, n’avaient pas raté l’aubaine de se faire mousser pour faire passer au bûcher l’artiste savoyard pour sa provocation, n’ayant pas eu la finesse de comprendre son ironie. Il n’y avait certainement pas d’autres chats à fouetter, les violences conjugales, l’inceste ainsi que les viols intra-familiaux n’existaient donc pas à l’époque ?! Et se sont-elles offusquées lorsqu’un site de rencontre strictement féminin s’est fait appeler « Adopte un mec » et ayant pour logo, un homme qui tombe dans un caddie ? Le malheur dans cette société, c’est que nous sommes représenté par des connards et que, comble du malheur, c’est que la majorité suit. Et comme dit si justement Damien : « L’homme ne descend pas du singe… mais du mouton. Mais pour revenir au sujet premier, ce bouquin est un vrai bonheur. Un livre qu’on dévore d’un coup mais qu’on aime picorer de temps en temps. Documenté mais rigolo. Un vrai bon livre donc et, cerise sur le gâteau, c’est un ouvrage personnel, réalisé par un amateur pur sucre, un passionné épris de culture musicale et de culture tout court, ce qui ne gâche rien. Alors lâchez vos platines 5 minutes pour vous offrir un voyage temporel qu’on pourrait croire révolu… mais tellement d’actualité« .

Sandrine VIGLIANO : « Marquer les esprits, n’est-il pas le propre de l’Homme ? Et bien, à l’évidence, les auteurs de pochettes de vinyles à travers les temps n’ont pas dérogé à cette vertueuse règle, bien au contraire. Par cet ouvrage, la censure est vite comprise et assimilée tant on y retrouve des corps dénudés, références bibliques ou religieuses et délires psychédéliques en vigueur depuis les années 50. Mais au-delà de cette évocation, il est passionnant de découvrir les intentions, pas toutes issues des cerveaux embrumés de groupes défoncés, mais au contraire esthétiquement bien menées par des artistes aboutis. Souvent, des rencontres entre musiciens, photographes, peintres et autres artistes donnent lieu à des visuels simplement magiques et déconcertants que l’on a du mal à lâcher du regard.

C’est de tout cela dont on parle ici et au-delà du visuel et de son explication rondement menée par l’auteur, ce livre m’a donné furieusement l’envie d’écouter ou de réécouter de nombreux opus évoqués ici. 

Globrocker : un livre sur les vraies pochettes de disques. Ces belles œuvres d’art qu’on admire et qui ne sont parfois que le seul motif d’achat. Combien de fois ai-je acheté un disque à cause de son visuel. Ces pochettes simples, parfois double (gatefold) voire triple (trifold), mais aussi de coffrets qu’on manipule avec respect d’abord puis avec beaucoup de soin pour ne pas les abîmer puis qu’on lit attentivement tout en écoutant la musique. Alors ce n’est pas le premier bouquin consacré à l’art de la pochette de disque (disque vinyle pas compact !) ni le dernier puisque le vinyle revient en force dans les bacs de nos disquaires préférés (et préférez acheter chez les indépendants qui font du bon boulot et seront toujours là, eux, pour vous conseiller et vous faire découvrir des pépites) mais celui-là est en français et s’attache à raconter des histoires incroyables de la vie d’une pochette. Et c’est pas tous les jours facile. Patrick raconte la toute puissance des chaînes de grands magasins type Wall Mart aux US, les pinailleries des maisons de disque, les pleurnicheries des culs bénis de tout bord. Tout au long de la lecture de ce beau bouquin vous allez découvrir du talent, du graphisme, de la beauté, de l’humour, des couleurs, du dessin, de la photo. Mais pas que. Derrière ces simples pochettes qui enveloppent de simples chansons se cachent de la politique, de la religion, de la censure, de la provocation. Vous saurez tout sur la naissance du Parental Advisory Explicit Content. Cachez ce sein, ce cul, ce téton, cette bite. Censeurs, soyez pudibonds, bannissez l’air de rien, cultivez le ridicule car il ne tue pas, la connerie non plus et c’est bien dommage. Car rien de tel pour vendre un disque et rentrer dans l’histoire qu’une bonne censure moralisatrice. Les motifs de censure sont parfois tellement cons qu’on se demande si les censeurs et autres moralisateurs ne possèdent pas quelques intérêts sonnants et trébuchants dans l’objet de leur courroux. La censure, grand concours de connerie. Découvrez pourquoi la chanson de John Lennon, Imagine est blacklistée sur la chaîne de radio américaine, Clear Channels. Pour quel motif l’instrumental Rumble de Link Wray est interdit de diffusion (un instrumental !). Découvrez ceux qui ont cédé et les autres qui ont résisté. L’auteur s’attarde également sur les grands noms du design, les barons de la pochette de disques, les virtuoses du graphisme rock : Guy Pellaert, Roger Dean, Paul Whitehead, Mark Wilkinson et même notre Marcel Gotlib. Un livre riche de graphismes, de grandes et de petites histoires du vinyle, du rock et de la musique en général que vous pouvez lire d’une traite ou picorer par ci par là de temps en temps selon vos envies : le petit zizi de Nirvana, le cul des Strokes, les seins d’Etienne Daho beaucoup plus jolis que ceux de Daniel Lanois, la fournaise de Rage Against The Machine, la foufoune d’XTC plus fleurie que celle de La Femme, Etc. Etc. Vous n’en saurez pas plus. Achetez son livre !

Pour Commander: IN VINYLE VERITAS ÉLOQUENCE ET DÉSAVEU DU COVER ART!

Patrick BETAILLE, mai 2001