Anne marie Anderson – Fuchsia et Caravan

Caravan : In The Land Of Grey And Pink. Succès d’estime pour ce subtil panachage de jazz, de classique, de rock et de folklore anglais, l’album fait partie des meilleurs du groupe de Canterbury. Il sort en 1971, accompagné d’un magnifique cover art peint par Anne Marie Anderson et faisant référence au monde de Tolkien. Avant ce coup d’éclat, l’artiste avait réalisé la pochette du premier et unique album studio d’un autre groupe de prog-folk-rock britannique: Fuchsia. Autre ambiance cette fois avec le portrait ténébreux d’une femme au regard hypnotique.

D’autres anecdotes sur la censure et l’histoire des pochettes de disques à retrouver dans le livre:

IN VINYLE VERITAS – ÉLOQUENCE ET DÉSAVEu du cover art

Patrick BETAILLE, juillet 2021

 

 

Tanino Liberatore – The Man from Utopia

Né à  Quadri en Italie, Gaetano Liberatore, fête ce mois-ci ses 68 ans. L’occasion de se pencher sur le travail de l’auteur de bande dessinée devenu célèbre en 1981 avec la publication du premier RanXerox. L’artiste y met en images les aventures d’un androïde aux allures de colosse créé à partir de pièces d’un photocopieur et qui évolue dans un univers futuriste et violent. Liberatore s’est installé en France en 1982 et, en marge du tome 2 de RanXerox, il illustra en 1983 la pochette de The Man From Utopia de Frank Zappa. L’hyperréalisme tourmenté est reconnaissable et on le retrouvera en 2009 sur le Romborama de The Bloody Beetroots, puis en 2011 sur Night Raiders de Volume Sick . Dans l’intervalle et dans un autre genre l’illustrateur a œuvré sur une douzaine d’autres pochettes de disques. Entre autres: Gold (Laissez-Nous Chanter en 1986), Bijou (Lola en 1988), Dick Rivers (Linda Lu Baker en 1989), et Shaka Ponk (Geeks on stage en 2013). Dernière en date celle de Mystère pour La Femme en 2016. Amen, le troisième volume des aventures de RanXeros scénarisées par Alain Chabat est quant à lui paru en 1996. Bon anniversaire Tanino!

D’autres anecdotes sur la censure et l’histoire des pochettes de disques dans le livre:

IN VINYLE VERITAS – ÉLOQUENCE ET DÉSAVEU DU COVER ART

Patrick BETAILLE, avril 2022

 

Camel – Mirage

Paru en 1974, le deuxième disque de Camel a été élu comme l’un plus grands albums de rock progressif de tous les temps. Mirage est sans doute l’album le plus connu du groupe britannique. Musicalement d’abord, grâce notamment aux ambiances folk rock et jazz sophistiquées, parfois teintés de metal, mais aussi et surtout à cause de son cover art. Malgré les apparences, le choix du nom Camel n’a rien à voir avec un hommage quelconque au vaisseau du désert qu’est le Camelus dromedarius. En fait c’est bien de cigarettes dont il s’agit; celles de la Reynolds Tobacco Company que les musiciens apprécient et consomment sans modération. Ainsi, pour le visuel de Mirage, l’agence de design Modula détourne délibérément l’image de l’emballage du cigarettier américain. Soupçonné de promouvoir la marque, la formation du Surrey doit immédiatement faire face à une levée de boucliers. Pour l’industrie musicale, question marketing, il est très mal vu de faire l’apologie du tabac, et ce, même au cours des années 70. De son côté, Reynolds Tobacco n’apprécie pas du tout l’utilisation de son logo et le sort réservé à l’emblématique ″Old Joe″. Au final, sur la version américaine de Mirage, c’est un dragon ailé qui fait partir en fumée le paquet de clopes de l’édition originale.

La censure des vinyles et autres anecdotes dans  le livre:

in vinyle-veritas – eloquence & desaveu du cover-art/

Patrick BETAILLE, février 2022

 

Raymond Pettibon – Black Flag

Black Flag: Slip it In, 1984. Sonic Youth: Goo, 1990. Foo Fighters: One by One, 2002

Raymond Pettibon est un artiste américain contemporain connu pour ses œuvres à l’encre combinant image et textes. Ses dessins inventifs mêlent de multiples références et viennent alimenter des critiques incisives de la culture contemporaine via des compositions empreintes d’humour noir. Son style renvoie, avec un mélange d’ironie et de maladresse assumée, à la bande dessinée classique américaine des années 40-50. Né Raymond Ginn le 16 juin 1957 à Tucson dans l’Arizona, l’artiste acquiert sa notoriété à la fin des années 70 en créant le logo, des flyers et des pochettes d’albums pour Black Flag, un groupe punk hardcore dirigé par son frère aîné, Greg Ginn. Il travaille également sur des affiches de concerts des Dead Kennedys, des Ramones et autres Minutemen. Plus tard, Raymond Pettibon a continué à se faire un nom dans le monde de l’art tout en s’intéressant encore à la musique, notamment en réalisant des cover art pour Off!, Sonic Youth et les Foo Fighters, entre autres.

Patrick BETAILLE, novembre 2021

 

David Willardson – American Graffiti

Après avoir fréquenté l’Art Center College of Design de Pasadena en Californie, cet américain débute en réalisant quantité d’illustrations à l’aérographe pour le magazine The Los Angeles Times. Grâce à une notoriété grandissante, David Willardson est amené à accompagner de nombreuses campagnes publicitaires en mettant en scène les pin-up rétros qu’il affectionne particulièrement. C’est ainsi qu’en 1973, il livre l’affiche du film réalisé par George Lucas: American Graffiti. Il commence également à travailler pour Disney en concevant un nouveau look pour les personnages présents sur de nombreuses affiches de films (sa collaboration avec la firme cinématographique s’étendra sur un bonne vingtaine d’années). Véritable maître de l’aérographe primé à maintes reprises, Willardson a joué un rôle déterminant dans l’essor de la culture pop. À ce titre il travaille occasionnellement sur des couvertures de Rolling Stone Magazine, des illustrations pour la promotion des guitares Fender et sur de nombreuses pochettes d’albums. Au crédit du graphiste l’on trouve des albums des Carpenters, Ike & Tina Turner, Beach Boys, Count Daisy, Fats Domino, Little Richard, Mötley Crüe, Pacific Gas & Electric, The Meters et d’autres. Parmi ces cover art, certains sont particulièrement représentatifs du style et des talents de l’artiste. C’est le cas ici avec le There Must be More to Love than This de Jerry Lee lewis en 1970, ′Ot N Sweaty, le live de cactus en 72 et Rainbow, le premier album post Deep Purple de Ritchie Blackmore en 1975.

Patrick BETAILLE, juin 2021

L’éloquence et le Désaveu du Cover Art en Livre: In Vinyle Veritas!

 

Frank Frazetta – Molly Hatchet

Frank Frazetta, était l’un des artistes américains les plus influents de la science-fiction et de l’heroic fantasy. C’est du moins dans cette catégorie que ce peintre a marqué de son empreinte l’univers de la bande dessinée, des couvertures de magazine comme Creepy, des receuils de nouvelles consacrées à Conan le Barbare et du comic strip avec, entre autres, Flash Gordon et Vampirella. Plusieurs groupes de rock et de hard rock ont fait appel à l’artiste newyorkais pour illustrer les pochettes de leurs albums. C’est le cas notamment de Herman’s Hermits, Nazareth, Yngwie Malmsteen et Wolfmother. Mais question artwork, le travail le plus remarquable de Frazetta est celui qu’il a effectué pour un groupe de rock sudiste dont le nom est tiré de celui d’une prostituée qui avait pour habitude de mutiler et décapiter certains de ses clients: Molly Hatchet. Son personnage du Death Dealer à la hache surdimensionnée illustre le premier album éponyme du combo de Jacksonville en 1978 puis celui de Flirtin’ with Disaster l’année suivante. Même ambiance pour Beatin’ the Odds en 1980 mais cette fois le Pourvoyeur de Mort troquera sa hache contre un glaive. C’est sûr, y’a quand même de quoi perdre la tête!

L’éloquence et le Désaveu du Cover Art en Livre: In Vinyle Veritas!

Patrick BETAILLE, avril 2021

Syd Barrett – The Madcap Laughs

Après avoir été débarqué de Pink Floyd en avril 68, Syd Barrett enregistre quelques chansons en vue d’un album solo. Dans un premier temps le projet tombe à l’eau. Le musicien est en train de payer la facture d’une consommation excessive de drogues et, suite à une rupture amoureuse, son état dépressif nécessite un internement dans un hôpital psychiatrique de Cambridge. Au printemps 1969, Barrett repart d’un bon pied et parvient à boucler 13 morceaux parmi lesquels certains bénéficient de la collaboration de ses anciens comparses David Gilmour et Roger Waters. The Madcap Laughs sort le 3 janvier 1970. Musicalement minimaliste, les mélodies sont parfois naïves mais elles prennent souvent une tournure plus sombre. L’album est à bien des égards une représentation de l’état d’esprit d’un individu tourmenté et décadent qui n’a plus la lumière à tous les étages. Même la pochette bénéficie d’une ambiance déconcertante au cœur de laquelle se côtoient dénuement, délire et surréalisme. Syd, pieds nus et hirsute, est accroupi au milieu de la pièce principale d’un appartement londonien qu’il occupe depuis décembre 1968 et où il se consacre à sa passion première, la peinture. Dans un décor dépouillé, posé à même le sol, un vase de jonquilles. La veille de la prise de vue, l’artiste avait badigeonné les lattes du parquet en orange et violet avec l’aide d’une amie rencontrée en mars 1969: Evelyn Rose. Née au Pakistan et surnommée ″Iggy the Eskimo″ à cause d’origines lointaines, elle pose nue au dos du disque. Mick Rock, l’auteur des clichés raconte: ″Quand je suis arrivé pour la séance photo de The Madcap Laughs, Syd était encore au lit, en caleçon, et Iggy était entièrement nue dans la cuisine″. À cause d’un grain exagéré dû à la faible luminosité, le photographe reconnaitra plus tard que les deux images n’étaient techniquement pas parfaites mais que néanmoins elles capturaient parfaitement l’atmosphère du moment et le glamour multicolore du Swinging London psychédélique de la fin des années 60. Comme dit le Chat du Cheshire d’Alice au pays des merveilles: ″We are all mad here″ (Chacun à sa manière, nous sommes tous fous).

Patrick BETAILLE, décembre 2020

Le Cover Art Emblématique en Livre: In Vinyle Veritas!

 

George Hardie – De Led Zeppelin à Pink Floyd

George Hardie est un designer britannique né en 1944. Il fait ses études à Londres à la central Saint Martins et au Royal College of Art. C’est à ce moment là qu’il commence à créer illustrer des pochettes de disques, comme celle du premier album de Led Zeppelin en 1969. Il rejoint ensuite les studios NTA où il travaille sur de nombreuses galettes emblématiques avec le groupe de design Hipgnosis. de 1973 à 1976, il participe ainsi à celles de The Dark Side of the Moon et Wish you Where Here de Pink Floyd, How Dare You de 10cc, Technical Ecstasy de Black Sabbath et Presence de led Zeppelin. Parallèlement à cette activité l’illustrateur oeuvre en tant qu’indépendant. À partir de 1982 il enseigne à l’université de Brighton et en 1989 il ouvre le master Sequential Design/Illustration. depuis 1994 George Hardie est membre et secrétaire de l’Alliance Graphique Internationale et en 2005 il est élu Royal Designer for Industry. [Source: Plaquette de l’exposition Voir et Faire Voir du Bel Ordinaire 64140 Billère]. D’autres ont également bénéficié de la contribution de l’artiste. Parmi eux et entre autres, Peter Frampton, Genesis, Be+Bop Deluxe, Wings, Hollies, Paul McCartney, Golden Earring ou Yes.

Patrick BETAILLE, septembre 2020

Les Pochettes Emblématiques en Livre: In Vinyle Veritas!

Peter Rowen – Le Boy de U2

Boy U2. Photo Hugo McGuinessEn février 1980, managés par Paul McGuiness les membres de U2 entrent en studio. Pendant sept mois et  sous la houlette de Steve Lilywhite, ils mettent au point les 11 titres de leur premier LP, Boy. Sur la pochette de l’album, la photo en noir et blanc du visage d’un jeune enfant aux yeux emplis d’un mélange de tristesse et de crainte. L’enfant s’appelle Peter Rowen, frère cadet de Derek Rowen, un artiste avant-gardiste, musicien membre des Virgin Prunes et aussi ami de longue date de The Edge et de Bono qui déclarait à l’époque: ″J’ai l’image de la pochette en tête depuis deux ans. Elle exprime beaucoup de choses pour moi. Écouter l’album en tenant la pochette, c’est merveilleux!″. Publié sur Island Records, le disque sort en octobre 1980 au Royaume-Uni et en Irlande. Cinq mois supplémentaires seront nécessaire pour que Boy arrive sur le marché U.S. En effets, les Etats Unis et le Canada craignent que la photo soit perçue en tant qu’incitation à la pédophilie (ça ne s’invente pas!). La photo prise par Hugo McGuiness se voit donc censurée et remplacée par un patchwork – soit disant artistique – de clichés des quatre musiciens irlandais. Trois plus tard l’enfant a grandi. Yeux cernés, lèvre tuméfiée et expression colérique illustrent War, le troisième album de la bande à Bono incluant le fameux Sunday Bloody Sunday. Après avoir abandonné l’école à 15 ans et fait de la figuration dans le film d’Alan Parker The Commitments, Peter Rowen deviendra… photographe.

Patrick BETAILLE, septembre 2019

La Censure du Covert Art en Livre: In Vinyle Veritas!

Cal Schenkel – Frank Zappa: We’re Only in It for the Money

Cal Schenkel: Zappa We're In It for the MoneyEn 1968, le mouvement hippie et ses élucubrations fleuries laissent Frank Zappa de marbre et les appels du pied des tendances Rock Psyché du moment lui en touche une sans faire bouger l’autre. Même l’unanimement plébiscité Sgt. Pepper’s des Beatles paru un an plus tôt ne trouve pas grâce auprès de ce Dali des sixties qui trouve l’album ″pas mal mais sans plus″ allant même jusqu’à déclarer: ″Ils ne m’ont jamais fait fantasmer. J’avais le sentiment qu’ils n’étaient motivés que par l’argent″. Fidèle à sa réputation de génie cynique et rebelle, le guitariste californien accompagné de ses Mothers of Invention sort en octobre 68 We’re only in it for the money, En plus du titre provocateur (″On est là que pour le fric!″) ce quatrième album du Zap est bourré de propos acerbes sur les policiers, les réactionnaires, les racistes ou les hippies. Musicalement parlant les 19 morceaux, dont certains d’à peine une minute et même 26 secondes pour Hot Poop (Caca Chaud!) font souvent l’objet de divagations déjantées à base d’assemblages sonores, d’effets spéciaux, de distorsions et de bruitages. Mais le plus saisissant réside dans le visuel qui parodie clairement le Sgt pepper’s lonely hearts club band des 4 de Liverpool. Cal Schenkel réalise pour le recto un collage de personnages (dont Jimi hendrix) avec au premier plan les Mothers au complet et une grosse caisse sur laquelle figure le titre de l’album. Au verso, paroles imprimées sur fond rouge et en guise d’encart la photo des 7 membres du groupe alignés sur un fond jaune. Ce cliché est signé Jerry Schatzberg, le photographe qui a fait poser les Stones déguisés en femmes pour la pochette de leur 45 tours Have You Seen Your Mother, Baby, Standing in the Shadow? Ici pas de grimage pour l’hirsute combo, juste des accoutrements féminins improbablement kitsch. Zappa demande la permission de publier l’artwork en l’état à Paul McCartney mais ce dernier lui suggère de s’adresser à sa maison de disques. Refus catégorique de Capitol Records; on ne touche pas aux Beatles! Verve Records, la maison de disque de Zappa, prend donc la décision de faire figurer  l’image  controversée à l’intérieur et de la remplacer par la photo du groupe. La censure ne s’arrête pas là. Le label fait passer certaines phrases jugées malsaines à l’envers pour les rendre inintelligibles et d’autres sont carrément coupées sans que le Maître en soit informé. En 1984, We’re only in it sera réédité  avec les paroles d’origine et quand il est élu parmi les meilleurs albums de tous les temps, Zappa se contente de maugréer: ″Je préfère que la récompense aille à ceux qui ont censuré cet album, ils la méritent plus que moi″.

La Censure du Cover Art en Livre: In Vinyle Veritas!

Patrick BETAILLE, septembre 2019