Great White – Hooked

Great White album: Hooked 1991Début des années 80, le Heavy Rock s’éloigne de ses racines, la bande FM chauffe et MTV squatte l’audiovisuel à grand renfort de clips tapageurs. Les nouveaux venus sur la scène musicale se lancent dans la course aux charts, visent le Top 10, rêvent de Billboard et sont prêts à tout pour attirer l’attention. C’est la grande époque des futals moule burnes, des boxer shoes, des cuirs cloutés et des tignasses peroxydées savamment négligées. Formé à Los Angeles en 1978 par Jack Russell (chant) et Mark Kendall (guitare), Great White réunit à lui seul tous les poncifs de cette tendance tape-à-l’œil. Des reprises populaires (″Substitute des Who, ″Gimme Some Lovin″ du Spencer Davis Group, ″Once Bitten Twice Shy de Mott the Hoople, ″Down at the Doctors de Doctor Feelgood etc…), un hommage à Led Zeppelin, un répertoire énergique teintée bluesy et des riffs à la AC/DC assurent à la formation une popularité grandissante jusqu’au début des années 1990. C’est en 1991 que parait Hooked, nouvelle rafale de compositions mélangeant Hard, Rock et Blues pour un résultat correspondant aux attentes du moment. Ce cinquième album studio est aussi celui de la polémique. La pochette représente une jeune femme dénudée qui, à califourchon sur un hameçon géant, est sensée servir d’appât pour la capture d’un great white (grand requin blanc, vous suivez?). Le montage est finalement censuré et modifié de sorte que seuls la tête et les bras du modèle soient visibles. Et ça mord! Considéré comme l’un des mailleurs albums du quintet, Hooked entre dans le top 20 des ventes d’albums et est certifié disque d’or. Malgré le succès, une production roborative et sans imagination incite le public à bouder un groupe qui de séparations en reformations tombera peu à peu dans l’oubli jusqu’en 2003. En effet, cette année là au mois de février, Great White fait la une des journaux. Lors d’un concert à Rhode Island, des effets pyrotechniques provoquent un incendie qui fait une centaine de victimes dont Ty Longley, le guitariste du groupe.

PB, mars 2018

Roger Dean – Uriah Heep

Roger Dean Demons and WizardsAvec son style reconnaissable entre tous, le dessinateur Roger Dean, très actif au cours des années 1970 et quasiment indissociable de la discographie de Yes, a aussi œuvré pour la formation de hard-rock Uriah Heep. Dès sa création en 1969, le groupe britannique qui doit son nom à l’un des personnage de David Copperfield (Dickens), se distingue musicalement par un mariage inventif entre rock progressif et rock pêchu. Au cours des 70’s, après avoir accouché de 3 albums, David Byron (chant) et sa bande sont au sommet de leur art et brillent par une créativité prolifique. En 1972 deux LP arrivent coup sur coup dans les bacs. Le premier, Demons and Wizards se distingue par le hit heavy rockEasy Livinet par une suite très floydienne de 15 minutes:Paradise/The Spell″. Le Second, The Magician’s Birthday, alterne lui aussi parties acoustiques, vocalises brillantes, rock punchy et délires musicaux qui flirtent parfois avec l’improvisation comme au cours des 10 minutes de l’éponyme The Magician’s Birthdayqui clôture le disque. Le point commun de ces deux albums reste qu’ils sont considérés par les fans comme les meilleurs du groupe et qu’ils se distinguent par un genre musical complexe et parfois sombre au sein duquel l’heroic fantasy occupe une place de choix, y compris au niveau des textes. Ceci expliquant cela pour ce qui concerne la contribution artistique d’un Roger Dean qui excelle dans la représentation stylisée de paysages, de mondes et de personnages étranges inspirés par le Fantastique.

Roger Dean The Magician's Birthday

PB, décembre 2017

Gasolin’ – PinUp complètement timbrée

PinUp GasolinTotalement méconnu mais souvent considéré comme la réponse du Danemark aux Beatles, Gasolin’, fondé en 1969 par Kim Larsen, a tout d’abord bâti son répertoire sur la langue de Shakespeare. Le succès n’étant pas au rendez vous, les musiciens décident d’enregistrer dans leur langue maternelle, touchent le jackpot et deviennent, dans les années 70, le groupe pop le plus vendu au pays de la Petite Sirène. Toujours de façon aussi anecdotique, il convient également de s’attarder sur ce qui visiblement faisait partie d’un aspect artistique cher aux danish boys. En effet, question cover art, les quatre premiers opus du groupe font clairement référence aux comics en général et aux pin ups en particulier. Leur troisième album paru en 1973,  Gasolin’ 3, est illustré d’une œuvre de Tage Hansen représentant une pin up dans la plus pure tradition des maîtres du genre: Alberto Vargas, Art Farhm ou Gil Elvgren. La reproduction a été utilisée sans l’autorisation de l’artiste qui quelque temps plus tard a donné son consentement moyennant 2 exemplaires du LP en question. Étonnant non?! Plus étonnant encore, en 2010 un vote des auditeurs de la Danish Broadcasting Corporation a donné lieu à l’émission d’un timbre; la pochette originale du disque en est le motif. Sexy Linda!

Discographie Gasolin'

PB, novembre 2017

Who’s Next – ¿Quién sigue?

Censure de Who's Next en Espagne1971. Who’s Next, le cinquième album studio des Who, sort le 14 août en Amérique et le 27 en Angleterre où il devient rapidement numéro 1. Aux États Unis la campagne publicitaire fait débat car l’affichage promotionnel représente deux prostituées dans une loge avec la mention ″Who’s Next?″ (à qui le tour?). Sur la pochette du disque, au beau milieu d’un paysage lunaire trône un bloc de béton contre lequel les quatre membres du groupe ont uriné. En Espagne, le gouvernement militaire du général Franco censure la jaquette jugée irrespectueuse et obscène. Polydor remplace l’image par une photo du groupe sur scène. Par la même occasion ″Love ain’t for keeping″ et ″Won’t get fooled again″ seront supprimées pour des raisons politiques et religieuses. Malgré tout l’album sera une des plus grosses ventes de l’année 1971, aux côtés de Sticky Fingers des Stones, d’Aqualung de Jethro Tull, de Led Zeppelin IV et de L.A. Woman des Doors. Bordel c’était le bon temps!

PB, novembre 2017

 

The Beatles – Butcher cover de Yesterday & Today

Beatles: Butcher Cover

Considérée comme outrageuse, la pochette de l’album Yesterday and Today des Beatles à été publiée à 750 000 exemplaires avant d’être censurée et retirée du marché. La photo de la désormais célèbre Butcher Cover, quasiment introuvable et souvent vendue plus de 10 000$, a bien sûr fait le bonheur financier de quelques heureux possesseurs de l’édition originale. Aujourd’hui c’est une version rarissime, le Graal pour certains collectionneurs, qui va être mise en vente aux Etats Unis le 11 novembre.  En 1972, John Lennon avait confié un exemplaire de l’album au collectionneur Dave Morrell. L’album en question est dédicacé : ″Pour Dave, de la part de John Lennon – 7 déc. 1971″. D’après les spécialistes, les enchères pourraient atteindre les 200 000$, un montant qui s’explique également par le caractère unique de l’objet. Il s’agit en effet d’un prototype stéréo qui aboutira finalement à l’album Yesterday and Today.

PB, novembre 2017

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Annie Leibovitz – Born in the USA

Annie leibovitz: Born in the USAElle est effectivement née aux Etats Unis Annie Leibovitz, dans le Connecticut. De 1970 à 1983, bien avant donc d’opérer derrière l’objectif pour la réalisation du calendrier Pirelli 2016, la photographe devient célèbre alors qu’elle travaille pour le magazine Rolling Stone. Au cours de cette période elle suit le Tour of Americas des Stones et en ramène plus de 400 clichés. Grâce à ses photos, Annie devient vite la mémoire argentique du rock et fixe pour la postérité de très nombreuses figures représentatives de l’époque. John Lennon, Beach Boys, Armstrong, Marley, Joan Baez, Leonard Cohen, Ray Charles, Chuck Berry, Elton John, Marvin Gaye, Miles Davis et tant d’autres, dont Bruce Springsteen. C’est d’ailleurs pour le patron du  E Street Band qu’en 83 Annie Leibovitz réalise les images qui seront utilisées pour la jaquette de l’emblématique Born in the USA. A la sortie de l’album, le Boss de dos, en jeans, debout devant le drapeau américain ne fait pas l’ unanimité. Le drapeau, que Springsteen souhaitait voir apparaître sur le disque, est évidemment en rapport avec le premier morceau de l’album Born in the USA, véritable hymne aux vétérans du Vietnam méprisés au retour dans leur patrie. Certains Républicains accusent le chanteur de laisser penser qu’il est en train d’uriner sur le Stars & Stripes. A contrario, d’autres y voient un hymne patriotique et nationaliste, à commencer par George Bush en 84 et Ronald Reagan en 88 qui utilisent la chanson à des fins électorales. Springsteen n’apprécie pas du tout, d’autant plus que le détournement a eu lieu sans son consentement.

PB, octobre 2017

Jethro Tull & Burton Silverman – Aqualung

Burton Silverman Aqualung
Né à Brooklyn en 1928, Burton Silverman est un peintre connu et très apprécié pour ses portraits réalistes ayant pour thème principal la classe ouvrière. Ce que l’on sait peut être moins c’est que l’artiste américain est à l’origine du cover art d’ Aqualung, oeuvre majeure incontestée de Jethro Tull. sorti en 1971 l’album se caractérise par un virage significatif pour le groupe anglais qui passe d’un répertoire folk rock électrique gentillet à un rock conceptuel aux compostions sophistiquées, lyriques et intellectuellement axées sur la remise en cause de la foi et de la religion. A l’époque le producteur  Terry Ellis fait venir Silverman à Londres pour rencontrer le groupe. Le peintre réalise alors trois aquarelles pour la jaquette. Au recto un vagabond au regard vil, quelque peu menaçant, vêtu de guenilles et emmitouflé dans un grand manteau usé. Au verso, une représentation à la fois plus sereine et plus triste du même personnage qui de retrouve assis sur le trottoir en compagnie d’un chien. Quant à la pochette intérieure elle représente le groupe qui, dans une église, s’adonne à des excès pour le moins iconoclastes. Après la sortie de l’album la relation se dégrade entre Burton Silverman et Ian Anderson. Ce dernier clame ne pas particulièrement apprécier les peintures alors que de son côté le peintre se plaint de n’ avoir pas été rémunéré correctement compte tenu de l’énorme exploitation médiatique des œuvres. Malheureusement pour l’artiste aucune clause relative à l’utilisation des images ne figurait au contrat. Quant aux fameuses aquarelles, après avoir été dérobées dans un hôtel, personne ne sait ce qu’elles sont devenues.

PB, août 2017

Sir Peter Blake – Sgt. Pepper’s Lonely Hearts Club Band

Peter Blake Beatles album cover artPublié en Angleterre le 1er juin 1967, considéré comme la plus grande oeuvre des Beatles et comme l’un des albums les plus influents de la musique populaire, ″Sgt. Pepper’s Lonely Hearts Club Band″ est le huitième album des Fab Four. C’est le directeur artistique Robert Fraser qui suggére au groupe de confier la réalisation de la pochette à l’artiste pop-art Peter Blake. Celui ci accepte et conçoit une image représentant les quatre musiciens au milieu d’une assemblée de personnages auxquels ils souhaitent rendre hommage. Edgar Allan Poe, Bob Dylan, Lewis Caroll, Karl Marx, Marlon Brando, Albert Einstein, Oscar Wilde et d’autres se retrouvent ainsi à l’honneur au sein d’un diorama sur fond bleu ciel. Le plus étonnant reste que le concept ne relève pas d’un photomontage ou d’un collage. En effet, les portraits sont des silhouettes en carton ou des statues de cire grandeur nature et tous les accessoires de la scénographie, y compris un palmier artificiel, sont réels. La préparation du décor nécessite deux semaines de travail et la session de photos elle même dure plusieurs heures. Le coût final de l’opération s’élève à 3000 £, soit à l’époque cent fois le coût habituel d’une jaquette.  Le résultat se soldera par l’obtention d’un Grammy Award, contribuera à la légende de l’album et marquera définitivement un tournant dans l’approche graphique des maisons de disques. Quand à Peter Blake, il concevra d’autres pochettes, beaucoup moins célèbres, pour Brian Wilson, Clapton, les who et plus récemment Oasis.

Peter Blake: Who, Clapton, oasis, Wilson

 PB, août 2017

Is this the life we really want? – Roger Waters censuré en Italie!

Roger Waters: Is this the life we really want?Pour le dernier album de Roger Waters, les concepteurs du packaging ont fait appel au concept dit de ″la rature″. Cette technique consiste à masquer ou rayer les termes d’un texte pour qu’au final seuls certains mots clés soient mis en valeur. Mal leur en a pris. A la parution de l’album, Emilio Isgrò a déposé plainte contre Sony Italia pour plagiat. La plainte de l’artiste, sicilien de son état, reposerait sur une création que lui même à mis en œuvre il y a plusieurs années et à ce titre il exige que la vente de l’album soit interdite en Italie. Les protagonistes n’étant pas parvenus à un accord, les juges du tribunal de Milan viennent de donner raison à Emilio. L’objet déclaré ″illicite″ restera sera bien sûr disponible en ligne mais la question posée par Le nouvel opus de l’ancien leader de Pink Floyd prend aujourd’hui un sens tout particulier: ″Is this the life we really want?″.

PB, juillet 2017

Pierre Henry – Ceremony, An Electronic Mass

Pierre Henry & Spooky Tooth, An Electronic MassIconoclaste, volontiers provocateur mais surtout l’un des grands inventeurs de la musique du XXe siècle, Pierre Henry est décédé le 6 juillet 2017 à l’âge de 89 ans. Souvent présenté  comme le père de la musique concrète cet artiste français, de formation classique, a construit sa renommée selon le principe de la quête du ″jamais entendu″. Inlassable chercheur de l’inouï, ce compositeur a notamment collaboré avec Maurice Béjart  sur l’album ″Messe pour le temps présent″. Nous sommes en 1968 et le titre Psyché Rock contribue à faire de l’album en question un succès incontestable. A partir de là Pierre Henry multiplie à la marge de son œuvre des expérimentations diverses, et, selon ses propres mots, ″impures″. En 1969 il croise le chemin des anglais de Spooky tooth. ″Coup de foudre. Coup de musique. Les guitares et l’orgue électriques, la batterie et les deux voix lui ouvrent le chemin d’une collaboration nouvelle avec la musique vivante. Il leur suggère une improvisation concertée sur le texte anglais de la liturgie catholique. Il se jette à son tour sur ses modulateurs, ses filtres et ses phonogènes pour commenter, contrepointer, approfondir et sublimer ce matériau de base de toutes les ressources de son immense palette sonore artificielle. D’où le chant naturel et profond, la grande incantation magique de Ceremony″ [Note de Maurice Fleuret sur le rabat de l’édition française de l’album]. Le résultat de cet OSNI, objet sonore non identifié, est surréaliste, sombre et inquiétant, à l’image de l’illustration de la pochette du peintre anglais John Holmes. Les fans du groupe ne comprennent pas et, déçus, ils boudent l’album qui fait un flop.  Dans la foulée Gary Wright quitte Spooky Tooth en déclarant que ″Ceremony, An Electronic Mass″ est responsable de la dislocation du groupe. Have Mercy!

PB, Juillet 2017