Hilton Valentine – House of the Rising Sun

Combien de guitaristes débutants, la sueur au front, langue entre les dents, bave au coin de la bouche et les doigts en sang, se sont retrouvés au bord de l’extase en réalisant qu’ils arrivaient à enchainer les accords C-D-E-F-Am sur le manche de leur guitare d’occasion. En passant de Jeux Interdits sur la corde de Mi à un enchainement d’accords aux arpèges approximatifs, la voie de la renommée s’ouvrait à eux et désormais le monde – et les filles qui vont avec – leur appartenait. En juin 1964 l’on entend que ça sur les ondes! Basé sur un air traditionnel de folk américain The House of Rising Sun est LE tube de l’année. C’est un énorme succès international – numéro 1 au Royaume-Uni et aux États-Unis – et il deviendra l’un des plus grands titres de l’histoire du rock. La chanson est enregistrée en une seule prise le 18 mai 1964 et commence par le célèbre arpège de guitare électrique de Hilton Valentine. À l’époque, le guitariste avait déjà rejoint l’organiste Alan Price pour former ce qui allait devenir The Animals, un combo de rock britannique rapidement consolidé par un chanteur passionné de blues : Eric Burdon. Au même titre que les Rolling Stones, cette formation a été l’une des pionnières du British Blues Boom et a contribué à importer en Europe le rhythm & blues noir américain. Hilton Valentine joue et enregistre avec The Animals jusqu’à la dissolution du groupe en

Patrick BETAILLE, février 2021

 

 

Décès de Phil Spector, le Wagner du Rock’ n’ Roll!

Natif du Bronx, Harvey Phillip Spector a définitivement laissé son empreinte sur le monde musical des années 60. Derrière ses consoles il a assuré le succès des groupes vocaux féminins (The Ronettes, The Crystals, Darlene Loveen, etc), produisant 25 des 40 plus grands succès de la musique populaire du moment. Sa marque de fabrique? Le Wall Of Sound, processus qui consiste à superposer plusieurs fois les mêmes enregistrements mono de parties instrumentales pour donner plus d’épaisseur au son. Le producteur qualifiait cette technique « d’approche wagnérienne du rock and roll« . au cours des seventies, Phil Spector produit Let it be, le dernier album des Beatles, All Things Must Pass de George Harrison et participe à trois des albums de John Lennon, dont Imagine. Caractériel et bipolaire, l’artiste était aussi capable de violences vis à vis de son entourage. Ainsi, au cours de séance d’enregistrements, il lui est arrivé de virer les proches de Lennon sous la menace d’un fusil, d’intimider Leonard Cohen avec une arbalète et de brandir un revolver sous le nez de Dee Dee Ramone. En 2003, l’actrice Lana Clarkson est retrouvée morte chez lui en Californie, une balle dans la tête. Après un premier procès duquel il est sorti libre, il est condamné en 2009 à 15 ans de rétention pour homicide involontaire plus 4 années pour possession d’armes. Après plusieurs rejets de demandes de libération anticipée, Phil Spector est interné au California Health Care Facility où il décède de mort naturelle le 16 janvier 2021.

Patrick BETAILLE, janvier 2021

 

Décès du légendaire bassiste Tim Bogert

Début 70, le groupe de rock psychédélique Vanilla Fudge vient de spliter. Pour le bassiste Tim Bogert et le batteur Carmine Appice, le plan consiste alors à convaincre Jeff Beck et le chanteur Rod Stewart de les rejoindre pour former ce qu’il a lieu d’appeler un super groupe.  Mais, suite à un accident de moto, Beck est au tapis pour 18 mois et Stewart est parti retrouver son pote Ron Wood au sein des Faces. Les deux compères recrutent donc le guitariste Jim McCarty des Detroit Wheels de Mitch Ryder et le chanteur Rusty Day des Amboy Dukes de Ted Nugent. Vous suivez? Ainsi naquit Cactus, un groupe de boogie rock vitaminé, qui comporte désormais en son sein l’une des sections rythmiques les plus affutées de toute l’histoire du rock. J’ai dit LA MEILLEURE? Ok, j’assume.  Bogert et Appice maitrisent leurs instruments respectifs comme personne et ils sont alors musicalement fusionnels. Malheureusement, sous cette forme, Cactus perdra ses épines au bout de deux ans et se séparera en 1972, après trois albums studio. Le projet initial refait surface et se concrétise finalement par la formation d’un power trio éphémère – sous l’appelation Beck-Boggert-Appice – que le caractériel et éternel insatisfait Jeff Beck quitte au bout d’un peu plus d’un an et un album studio, entrainant la dissolution définitive de BBA. Tim Bogert a toujours été considéré comme l’un des grands bassistes du rock des années 60 et 70, l’un des rares dont les solos étaient capables de tenir en haleine un public de connaisseurs. Récemment encore, Tim envisageait une tournée avec Beck et Appice, avec à la clef un album live. Le projet ne verra pas le jour, Tim Bogert vient d’être vaincu par un cancer. Il avait 75 ans.

Écouter: Avec Cactus. Le premier album paru en 1970. Parchman Farm, Let me Swim, Oleo et Feel so Good sont des paquets de dynamite mèche courte à la rythmique imparable qui côtoient du blues et une belle reprise de You can’t judge the Book by the Cover de Willie Dixon. One Way or Another  l’année suivante, c’est l’album de la maturité, moins rentre-dedans mais les compos sont plus élaborées et le groupe est au summum. Avec BBA. Beck, Boggert Appice Live. En 1973, le groupe enregistre un double album en public à Ōsaka au Japon. Le concert est dantesque. Le trio est au diapason et la qualité technique de l’enregistrement est superbe. Certainement l’un des grands Live de l’époque. Seule ombre au tableau, les parties vocales. Tim Bogert n’a pas la puissance et le feeling de Rusty Day et il fait ce qu’il peut.

Patrick BETAILLE, janvier 2021

Décès de Leslie West, le guitariste de Mountain

Guitariste autodidacte, chanteur et compositeur, Leslie West enregistre en 1969 un premier album avec un bassiste et ancien producteur de Cream: Félix Pappalardi. Tous deux constituent dans la foulée l’un des premiers groupes de hard rock U.S: Mountain. Dans tous les sens du terme, le musicien est un poids lourd. Musicalement, c’est un excellent guitariste rythmique et un soliste inspiré au son puissant et à la technique particulière très inspirée de celle d’ Albert King. Physiquement, les 130 kilos du colosse aux cordes agiles nécessitent un hélicoptère pour rejoindre la scène de Woodstock et entre ses mains, les Gibson (Les Paul Junior, Standard et Flying V) qu’il affectionne particulièrement, semblent reléguées au rang de jouets. Après trois ans de bon et loyaux services et quatre albums, Pappalardi décroche. Il est remplacé par Jack Bruce et Mountain devient l’espace d’une très courte période le power trio: West, Bruce and Laing. Après le split en 1973, West continue seul puis erre de reformations peu convaincantes de Mountain en collaborations diverses (Popa Chubby, Ken Simmonds de Savoy Brown). En , à cause des conséquences de son diabète, il est amputé d’une partie de la jambe droite mais il continue à se produire sur scène. En 2015 parait Soundcheck sur lequel on retrouve Peter Frampton, Brian May et Jack Bruce. L’album atteint la deuxième place du Top Blues Albums au Billboard mais il y a longtemps que le public n’est plus au rendez-vous. Le 24 décembre 2020, l’on apprend la disparition de Leslie West, dont la santé s’était brutalement dégradée quelques jours auparavant.

Écouter:  Climbing (1970) et le riff imparable de Mississippi Queen. Nantucket Sleighride (1971) et le saisissant morceau du même nom en hommage à Owen Coffin, un jeune marin américain qui, après le naufrage de son bateau, a accepté de se sacrifier pour être mangé par les autres rescapés, leur permettant ainsi de ne pas mourir de faim.

Patrick BETAILLE, décembre 2020

Baron Wolman – Décès du Photographe de Rolling Stone

En avril 1967, le photographe américain Baron Wolman fait la connaissance d’un certain Jann Wenner, un jeune écrivain sur le point de lancer un nouveau type de périodique. Séduit par le concept, Wolman accepte d’apporter sa contribution à ce qui allait devenir l’étendard de la culture hippie et, très rapidement, la référence absolue en terme d’actualité musicale: Rolling Stone. Basé à San Francisco, ce boulimique de l’image et fan absolu de musique, mitraille tout ce qui bouge sur une scène en pleine révolution. Ses photographies de Janis Joplin, des Stones, de Frank Zappa, des Who, de Jimi Hendrix, de Joan Baez, Iggy Pop, Pink Floyd, Bob Dylan, des Grateful Dead, de Jim Morrison et de tant d’autres deviennent les références graphiques de la mise en page du magazine. Mais peu à peu, l’approche ″sur le vif″ et quelque peu brute de décoffrage de l’artiste, doit laisser place à des faiseurs d’images plus stylisées – souvent réalisées en studio – publiées uniquement avec l’approbation des musiciens et de leur management. En 1970, après trois ans de collaboration, Baron Wolman quitte Rolling Stone pour fonder Rag, son propre magazine de mode et un peu plus tard il se lance dans la photo aérienne qu’il met en pratique à bord de son Cessna. À la fois spectateur et observateur, ce témoin de moments parmi les plus emblématiques de l’histoire du rock vient de ranger son matériel. Définitivement. Il est décédé le 2 novembre à l’âge de 83 ans. ″Les photos de Baron nous ont donné un aperçu rare, complet et précis de son époque, et son intelligence visuelle restera inégalée″ (Dianne Duenzl, photographe).

En plus d’une visite indispensable sur le site Baron Wolman Photography, des images d’hier pour des souvenirs de demain:  Every Picture Tells a Story. 176 pages de témoignages visuels datant des années Rolling Stone. Groupies and Other Electric Ladies: bel hommage aux groupies qui témoignent sur le monde du rock côté coulisses. Woodstock: Tout est dans le titre. Le festival dans toute sa démesure avec un reportage essentiellement axé sur l’ambiance et le public.

Patrick BETAILLE, novembre 2020

Spencer Davis – Gimme Some Lovin’

En 1963 le guitariste-chanteur Spencer Davis voit juste en faisant appel aux frères Winwood (Stevie aux claviers et au chant, Muff à la basse) et au batteur Pete York pour mettre en place ce qui allait devenir l’une des formations phare de la British Invasion des années soixante: The Spencer Davis Group. En trois ans ces gars là se payent le luxe de détrôner les Beatles dans la course aux meilleures ventes de la pop britannique. Keep on Running c’est eux. Le Gimme some Lovin’ survitaminé par The Blues Brothers, c’est aussi eux. Et le I’m a Man qui fit les riches heures du Chicago transit Authority, c’est encore eux! Malheureusement, des problèmes d’egos conduisent à l’éclatement du quatuor de Birmingham. En 1967, Stevie Winwood part fonder Traffic puis Blind Faith avec Eric Clapton en 1969. Spencer Davis lui se consacre désormais au folk et à la country rock. Sans grand succès. Parti aux USA, il travaille pour Island Records, contribue à l’éclosion de Bob Marley, Eddie & The Hot Rods et Robert Palmer. À l’occasion il compose aussi pour les Allman Brothers, Dusty Springfield et Booker T. Malgré des tentatives de réunification en 1973 et en 2006, sans les frères Winwood, le Spencer Davis Group devient bel et bien de l’histoire ancienne. Spencer Davis vient de décéder des suites d’une pneumonie. Il avait 81 ans.

Patrick BETAILLE, octobre 2020

LES SHERIFF – Décès de Frédéric Bessière

Fred, l'une des gâchettes des Sheriff, nous a quitté! Lire la suite...

″On est les Sheriff et on fait du bruit!″ C’est ainsi que se présentent les $heriff, un groupe de punk rock français né en 1984 à Montpellier. Considéré comme l’un des fondateurs de la scène punk rock française, le groupe est souvent comparé aux Ramones pour lesquels ils ont d’ailleurs ouvert lors d’un concert à Pau (au fond , en bas à gauche, près des Pyrénées) en juin 1992. Les $heriff font leurs adieux en 1999 mais reforment occasionnellement pour quelques dates dont le HellFest en 2018. Pile ou face? Pile! C’est perdu! Le guitariste Frédéric Bessière vient de décéder le 6 octobre 2020. Rest In Punk Fred!

Patrick BETAILLE, octobre 2020

Eddie Van Halen – You really got me!

Au cours de leur jeunesse, et alors que toute la famille avait émigré des Pays-Bas vers la Californie, les frères Eddie et Alex Van Halen, se voient contrés et forcés par leur mère de prendre des cours de piano. L’enthousiasme n’est pas au rendez vous, loin de là. À force de persuasion, Alex obtient le feu vert pour prendre des cours de guitare flamenco et Eddie bosse pour se payer une batterie. Pendant les heures de travail d’Eddie, Alex s’approprie les futs et devient rapidement bien meilleur que son frangin. Qu’à cela ne tienne! Eddie se met à la guitare et tous deux forment plusieurs groupe qui, au fil des ans, évoluent pour devenir celui qui sort un premier album éponyme en 1978: Van Halen. Sur ce premier essai, un titre des Kinks assure à la formation un succès foudroyant: You Really Got Me. En troisième position sur la face A, la reprise tonitruante est précédée d’un brulot improbable surgit de nulle part et, selon la légende, totalement improvisé: Eruption .Très bref, le morceau volcanique révèle une technique qui révolutionne les solos de six cordes: le tapping à deux mains. À l’époque souvent copiée mais rarement égalée, la technique innovante d’Eddie consiste à utiliser les deux mains sur le manche de la guitare. Du jour au lendemain, la rapidité, les possibilités mélodiques et l’accession à une profusion de notes, inspire de nombreux guitaristes qui, avec plus ou moins de talent, écriront quelques pages intéressantes du hard rock des années 80. La suite on la connait. À partir de 1986 et après six albums remarqués, une carrière en dents de scie pour Van Halen. Entre splits, reformations, errances, changement de personnel (4 chanteurs en 9 ans!), le groupe tente, jusqu’en 2012, de renouer avec le succès. En vain! Aujourd’hui la dernière page est tournée. À 65 ans Eddie Van Halen vient de décéder des suites d’un cancer.

Ecouter: Les 6 premiers albums du groupe mais s’il ne fallait en retenir qu’un: Van Halen (1978). Premier album et 11 brûlots dont  l’immanquable ″Eruption″. Sismique et indispensable a plus d’un titre; chorus, rythmique, gros son, compos… Aucun groupe n’avait sonné comme ça auparavant. Pour le plaisir et l’anecdote: le chorus de Beat it sur Thriller, l’album de je sais plus qui!

Patrick BETAILLE, octobre 2020.

Décès du batteur de Uriah Heep, Lee Kerslake

La reconnaissance et le succès international, Lee Kerslake ne l’aura connu que tardivement quand il a participé aux enregistrements des albums de Ozzy Osbourne Blizzard Of Ozz en 1980 et Diary Of A Madman en 1981. Il faut noter que sur cet album, Kerslake ne figure pas aux crédits. Son nom est remplacé par le nom de celui qui lui succéda sans avoir participé aux sessions: Tommy Aldridge. En tant que batteur, ce musicien anglais a passé plus de 30 années derrière les fûts de l’honorable et souvent mésestimé Uriah Heep, groupe de heavy rock progressif qu’il avait donc quitté en 1980 et qu’il rejoindra lors de sa reformation pour y rester jusqu’en 2008. Cette année là, Lee est atteint d’un cancer avec complications contre lequel il luttera jusqu’en ce jour de 2020. Sa mort a été confirmée par son ami et coéquipier d’Uriah Heep, Ken Hensley, qui a déclaré que Kerslake était décédé aux premières heures du samedi 19 septembre.

Patrick BETAILLE, septembre 2020

Hibbert Toots – Le Soulman Jamaïcain n’est plus!

Le musicien jamaïcain Frederick Nathaniel Hibbert, dit ”Toots”, est mort vendredi 11 septembre à Kingston à l’âge de 77 ans. Il avait été plongé dans un coma artificiel depuis le début du mois, après avoir été admis à l’hôpital en raison de problèmes respiratoires conséquents à une infection au Coronavirus.

En 1968, le ska est la musique la plus populaire en Jamaïque, The Maytals s’orientent vers le rocksteady, une musique au rythme plus lent et donnant plus de place au chant et aux claviers, et sort Do the Reggay. La chanson restera celle qui donna son nom à un nouveau genre musical car, avec son groupe, Hibbert Toots fut le premier à avoir utilisé le mot « reggae », bien avant avant que Bob Marley ne devienne une icône. Ses tubes – Pressure Drop repris par The Clash et Monkey Man par The Specials – ont été à l’honneur dans les années 1970. Avec sa fougue et sa voix chaude, Hibbert Toots fut l’un des plus vibrants et éloquents chanteurs jamaïcains. « Son esprit est avec nous, sa musique nous remplit d’énergie et je ne l’oublierai jamais » [Ziggy Marley].

Patrick BETAILLE, septembre 2020