Richard Gotainer, le Retour – Saperlipopette!

Saperlipopette or not SapelipopetteSaperlipopette (Or not Saperlipopette)! Richard Gotainer, le maître de l’humour, de la grossièreté érudite, le Gotlib de la chanson française est de retour. 10 ans que le binoclard fantasque ne nous avait pas titillé les zygomatiques. ″Quoi de plus savoureux, de plus jubilatoire qu’un gros mot bien juteux pour fleurir une histoire, d’une couille bien placée, d’un trou de balle bien senti, et la phrase étriquée se transmute en saillie″. Le ton est donné. Fidèle à son goût pour les propos acerbes, les satires ironiques et la tournure alambiquée, le trublion déjanté signe 9 textes riches et délicieux mis en musique par Michael Lapie. Les ambiances musicales tantôt rock ou électro, parfois baroques collent à merveille aux propos truculents sur l’amour, la politique, la société et bien sûr les mots. Sapristi nom de nom, que le grand cric me croque, cet album est le meilleur depuis Chants Zazous ou celui que vous voulez.

PB, juillet 2018

The Mama’s & The Papa’s – Aux chiottes!

If you can believe your eyes and earsOn se demande à quoi carburaient les californiens de The Mama’s & The Papa’s pour accepter de poser entassés dans une baignoire afin d’ illustrer la jaquette de leur premier album. D’une incroyable laideur, le cover art de If you can believe you eyes and ears sorti en 1966 marque les esprits mais s’attire aussi les foudres de la censure. On aurait pu penser  que la photo représentait un danger en tant qu’incitation à une débauche chère au mouvement Hippie de l’époque mais non! C’est bien la présence d’un banal goguenot à côté de la baignoire qui a fait crier à l’indécence. Ainsi, deux ans avant le Beggars Banquet des Stones, le groupe de Cass Elliot doit affronter les puritains pour finalement se voir obligé de coller un sticker sur l’album afin de dissimuler l’objet du délit. Flush!

PB, juin 2018

Sari Schorr – A Force Of Nature

Sari Schorr & The Engine RoomAncienne choriste Joe Louis Walker et de Poppa Chubby, Sari Schorr décide en 2015 de voler de ses propres ailes en participant au ″Keeping The Blues Alive festival″. Mike Vernon est dans la salle. Celui là même qui en son temps a crée le label Blue Horizon et produit Clapton, Mayall, Peter Green et Ten Years After tombe littéralement sous le charme et propose à la new-yorkaise de produire son premier album. D’emblée le ton est donné avec un Ain’t Got No Money porté par la voix puissante et profonde de la diva et les riffs intenses d’ Innes Sibun. Connu pour avoir joué avec Robert Plant et ouvert pour Johnny Winter, Taj Mahal, Walter Trout, ou encore Nine Below Zero, le guitariste amène avec lui le groupe Engine Room qui, avec une efficacité redoutable, offre un régal de complicité et de cohésion tout au long de l’album. A Force of Nature avec un son dense, une rythmique massive et une production brute, tape, à deux exceptions près, dans le registre du Blues Rock couillu et c’est bien entendu la personnalité vocale de Sari Schorr qui par son énergie et son feeling drive l’ensemble des douze titres. Quand la brune enflamme ses cordes vocales elle prend des accents de Tina Turner, de Janis Joplin ou, plus près de nous, de Beth Hart. Pour se convaincre qu’il se passe enfin quelque chose au royaume du Blues il suffit de se laisser porter par la version sombre, moderne et très personnelle d’un chant traditionnel immortalisé en son temps par Leadbelly  puis par Ram Jam dans sa version la plus rock: Black Betty!

PB, avril 2018

Little Bob Story – High Times 76-78

Coffret compilation Little Bob StoryQuoiqu’on en pense et quoi qu’on en dise l’histoire du rock’n’roll made in France ne se limite pas à Jojo Smett, Téléphone ou Trust. Non! le rock’n’roll made in France a aussi une légende: Roberto Piazza, alias Little Bob. Le premier groupe de Ti’ Bob’ le havrais, Little Bob Story, a déboulé sur l’hexagone avec son rock high energy dans les années 70. Entre Pub-Rock et punk Rock, le gang s’est peu à peu taillé une solide réputation, y compris en jouant à de multiples reprises en tête d’affiche en Angleterre. Little Bob a toujours bénéficié d’une grande reconnaissance de ses pairs: Clash, Sex Pistols et autres Jam ne manquaient pas de venir les voir se produire sur scène. Même Lemmy y est allé de sa contribution en prêtant sa voix sur l’introduction de Ringolevio: ″Listen up sons of bitches, Little Bob’s gonna tell you a story!″ [Ecoutez enfoirés, Little Bob va vous raconter une histoire!]. Voici donc un  hommage qui tombe à pic avec cette initiative de la part de Veryrcord qui publie High Time 76-88, une compilation double CD & DVD regroupant 19 titres tirés des 7 albums studios, une démo, un inédit, ainsi que 13 titres live enregistrés entre 1979 et 1988. Sur le DVD, l’excellent documentaire ″Rockin’ Class Hero″ dans lequel Eric Burdon (Animals), Glen Matlock (Sex Pistols), Manu Chao, Serge Teyssot-Gay (Noir Désir) viennent témoigner de leur profonde admiration pour Little Bob. Qu’on se le dise!

PB, avril 2018

Screaming Females – All at once

Punk Rock, Screaming FemalesDéjà 13 ans que ce groupe du New Jersey travaille sans relâche pour porter haut et fort les couleurs d’un Indie Rock aux sonorités riches et bienfaitrices. le Punk Rock spartiate des débuts a peu à peu laissé la place à un genre, certes un peu moins bruyant, mais tout aussi intelligent et singulier. All at once est le septième album studio du power trio. Aux commandes, Marissa Paternoster, un pt’it bout d’femme à la voix puissante et au jeu de guitare aussi riche que précis. La dynamique occupe une place privilégiée au sein des Screaming Females. L’interaction rythmique assurée par Mike Abbate à la basse et Jarrett Dougherty à la batterie, vient poser la trame des 15  titres convaincants et bien produits au sein desquels énergie et efficacité sont de mise. Les ambiances et les riffs entrainent incontestablement l’auditeur dans un univers que ne renieraient pas les fans de Dinausor Jr ou des Breeders; et ça c’est bon pour le moral!

PB, mars 2018

 

Tyler Bryant – Tyler Bryant & The Shakedown

Tyler Bryant & The Shakedown Heavy RockDeux ans après le tonitruant E.P The Wayside, Tyler Bryant nous revient avec cette fois avec un album de 11 titres. 26 ans au compteur et déjà vieux baroudeur de la scène, le guitariste est jeune mais il reste résolument ancré dans le Heavy Blues des 70’s sans prendre beaucoup de risques. Dans une époque gorgée de niaiseries Pop ou d’ Electro abrutissante qui s’en plaindrait? On retrouve avec ce groupe et son leader texan les ingrédients qui garantissent le plaisir de l’écoute. La guitare est efficace, la voix séductrice et la rythmique puissante. Tyler Bryant possède un véritable talent et cet album [même s’il n’invente rien] à au moins le mérite de proposer 11 titres très bien faits, honorablement orchestrés et produits. Le groupe connait son sujet, s’y complait et offre à tout amateur du genre 40 minutes plaisantes entrecoupées d’un ″Ramblin’ Bones″ acoustique aux accents Blues traditionnel, d’un ″Magnetic Field″ à l’ambiance Folk aérien ou d’un ″Manipulate Me″ teinté Pop Rock 80’s. Reste que c’est bien ″Heartland″, le morceau d’ouverture teinté de Fuzz, qui exprime au mieux la ligne directrice Heavy Rock de l’éponyme Tyler Bryant & The Shakedown.
PB, février 2018

Beth Hart & Joe Bonamassa – Black Coffee

Beth Hart & Joe Bonamassa nouvel album Black Coffee

Nouveau séjour en studio pour Beth Hart et Joe Bonamassa qui se retrouvent pour écrire le troisième volet d’une collaboration qui a vu le jour en 2011 avec ″D’ont Explain″. En 2013 ″Seesaw″ confirmait le bien fondé d’un partenariat bénéfique au duo qui aujourd’hui nous sert ″Black Coffee″, un album de reprises qui puise dans le répertoire d’une Soul viscérale et intense. On assiste ainsi à la relecture de titres d’Edgar Winter (″Give it everything you got″), Ike & Tina Turner (″Black Coffee″), et Howlin’ Wolf (″Sitting on the top of the World″), pour ne citer que les principaux. Toute la magie réside dans la fusion entre le chant stratosphérique de Beth et le jeu inspiré de Joe, le tout appuyé pour la circonstance par une production colorée et aussi rétro que le cover art de l’album. Les claviers de Reese Wynan emplissent l’espace, Anton Fig assure aux drums, les chœurs puissants ou subtils gèrent l’ambiance ou l’équilibre et il arrive que les cuivres claquent comme des élastiques de string. Les albums solos respectifs de Beth Hart et Joe Bonamassa sont ce qu’ils sont mais quand  ces deux talents décident de ranimer la flamme de la Soul ou du Chicago Blues, on assiste à l’émergence d’une alchimie rare et d’un album puissant, intemporel et imparable. Avec ou sans sucre votre Black Coffee?

PB, février 2018