Platon – La Musique sous Contrôle!

Dans ″La République″, son ouvrage le plus connu et le plus célèbre portant principalement sur la justice, Platon se livre à la critique de la démocratie dans sa dégénérescence en démagogie et en tyrannie. Sous la forme de ″Dialogues″, le sage grec s’interrogeait sur des sujets tels que – par exemple – le beau, le courage ou encore… la musique. Ainsi, en l’an -425 et des briquettes, le philosophe se livrait à un constat alors largement diffusé sur les réseaux sociaux:

Ce qu’ignorait Platon c’est qu’une éternité plus tard, en un lieu proche de perpette les alouettes, son allégation se retrouverait à l’honneur en tant que fil conducteur d’un ouvrage consacré aux vinyles. Étranges, intrigantes, choquantes, sublimes ou amusantes, certaines pochettes de disques au pouvoir attractif redoutable ont été réprouvées de différentes manières. C’est bien ce dont il s’agit dans cet ouvrage de 325 pages consacré à la censure de l’imagerie qui a accompagné la musique populaire des années 60 à nos jours:

IN VINYLE VERITAS – ÉLOQUENCE ET DÉSAVEU DU COVER ART

Patrick BETAILLE, février 2023

La Polnarévolution de l’Amiral

Entre le 6 et le 22 octobre 1972, c’est la Polnarévolution à l’Olympia. Le 2 octobre, l’affiche promotionnelle de l’événement, placardée à six mille exemplaires sur les murs de la capitale, fait scandale. Sur une photo de Tony Frank, Michel Polnareff se présente en travesti, les fesses à l’air. Le syndicat des affichistes porte plainte. Le tribunal correctionnel condamne l’artiste à 60 000 francs (NDLR: 9100 euros) d’amende pour attentat à la pudeur. La somme sera réglée par la maison de disques. Sur les placards, un rectangle sera ajouté sur le joufflu polnarévien. Deux mois plus tard, après le succès de son premier show, L’Amiral décide d’ajouter quelques dates. Nouvelle affiche. Cette fois le chanteur est de face, les bras en l’air, un chapeau au niveau de l’entre-jambe. En ouverture de la nouvelle série de concerts, une danseuse du Crazy Horse déguisée en Polnareff arrive de dos et enlève le bas. Quant à l’album tiré du concert, il offre un poster tiré de l’affiche originale, non censurée.

👉 la Censure des Pochettes de Disques 👈

Patrick BETAILLE, février 2023

New York Dolls – New York Dolls

Fringues de drag queens, platform boots, maquillage outrancier, poses lascives et avachies. C’est ainsi qu’apparaissent les New York Dolls sur la pochette de leur premier album éponyme. 1973, au cœur d’une période dominée par la musique progressive, Mercury Records signe le groupe et dévoile un disque brut de fonderie et quelque peu dévastateur. Le contenu musical produit par Tod Rundgren est aussi provocateur que l’illustration réalisée à partir d’une photo de Toshi Matsuo. Trop novateur pour l’époque, l’album se solde par un échec commercial et l’imagerie glam décadente véhiculée par les poupées new-yorkaises de David Johansen et Johnny Thunders ne fait pas l’unanimité. Sous couvert de son idéologie franquiste, l’Espagne refuse le cover art du ″Lipstick album″. Mercury Records propose alors un autre visuel composé d’un fond uni sur lequel le nom du groupe est écrit à l’aide d’un bâton de rouge à lèvres. Rétrospectivement New York Dolls sera considéré comme un élément particulièrement déterminant dans l’émergence de la mouvance punk rock.

Patrick BETAILLE, janvier 2023

Drew Struzan – Sabbath Bloody Sabbath

 

Le cinquième album studio du groupe de heavy metal britannique Black Sabbath est publié en 1973. C’est Drew Struzan, peintre et illustrateur américain, qui a été retenu pour illustrer le recto et le verso de la pochette de Sabbath Bloody Sabbath. Réputé pour avoir conçu de nombreuses affiches de films d’horreur, l’artiste met en scène les derniers instants d’un homme allongé sur son lit de mort. Au recto, des couleurs rouges et chaudes évoquent tourments et souffrances. Accompagné de diablotins, Satan est en train de s’approprier le défunt. 666, le nombre de la bête, est bien en évidence au dessus de la couche. À contrario, le verso à dominante bleue baigne dans une ambiance apaisée. Le mourant, veillé par deux lions majestueux, est entouré de ses proches venus l’accompagner lors du départ pour son voyage vers l’au-delà. Pour le marché espagnol, WWA Records se verra obligé de faire figurer au recto l’image du verso. À l’international, la typographie des ″S″ adoptée pour le cover art fera couler beaucoup d’encre. Trop de similitude avec le ″S″ de la Waffen SS. Ach so !

L’histoire et la censure du Cover Art en Livre: In Vinyle Veritas!

Patrick BETAILLE, octobre 2022

Nine Eleven – Les Interdits du Rock

 

Le 11 septembre 2001, les attentats ayant entrainé la destruction du World Trade Center, ont été l’un des jours les plus tragiques de l’histoire de l’humanité. Changeant le monde à jamais, les attaques contre les tours jumelles ont provoqué d’incommensurables dégâts au cœur de la Big Apple et réduit à néant plus de 3 000 vies new-yorkaises.

Même si images, débats, polémiques diverses et variées sur fond de théories parfois complotistes ont peu à peu cédé leur place à une routine quotidienne salvatrice, personne n’a oublié ce qui s’est passé ce jour-là, surtout quand 10 ans plus tard la mort de Ben Laden arrive à point nommé pour faire resurgir le passé. Ce que l’on sait moins c’est que certaines conséquences directes ou indirectes et certaines décisions ont été passées sous silence ou presque. Ce fut le cas pour ce qui concerne le rock qui s’est retrouvé mis au ban des ondes.

Trois jours après les attentats, la société Clear Channel Communications fait parvenir à plus de 1100 radios nationales une liste de chansons – considérées comme lyriquement discutables – dont la diffusion est jugée inappropriée compte tenu des événements. Ainsi, ce listing comprenait des titres qui, de près ou de loin, faisaient référence à la violence, la guerre, les armes, la mort mais aussi aux avions, aux collisions et au… ciel.

Et voilà que plus de 160 chansons se retrouvent bannies du jour au lendemain, souvent de manière absurde et sous couvert de prétextes aberrants, farfelus ou illogiques. Ainsi, d’après Clear Channel, What a Wonderful World de Louis Armstrong se retrouve censurée car trop joyeuse par rapport au contexte lié au désastre (Si, si!). Walk like an Egyptian des Bangles, interdite car son titre fait référence à un pays du  Moyen-Orient.

Bien évidemment, certains groupes à la réputation déjà sulfureuse n’échappent pas à la vindicte moraliste. AC/DC et ses  Shot Down in Flames, Shoot to Thrill, Highway to Hell, TNT et Hell’s Bells. Sabbath Bloody Sabbath de Black Sabbath, Knockin’ on Heaven’s Door par Bob Dylan et Guns’ N’ Roses, Rock the Casbah des Clash, Stairway to Heaven de Led Zeppelin ou encore Jump de Van Halen. Etc, etc. Quant à Rage Against the Machine, c’est tout le répertoire du groupe qui est condamné car globalement trop critique vis à vis de la société américaine. Paradoxalement certaines versions de chansons ont été sanctionnées et d’autres pas. Ce fut le cas de Smooth Criminal, qui interprétée par Michael Jackson, est passée au travers des mailles du filet, contrairement à celle de Alien Ant Farm vouée au silence.

Prémonition? Live Scenes from New-York,  le triple album live de Dream Theater, sort le jour même des attentats. Sur la pochette, une pomme en feu ceinte de barbelés. En arrière plan, Manhattan,  ses Twin Towers et sa statue de la Liberté. Le disque est aussitôt retiré de la vente pour être réédité. Le logo du groupe viendra remplacer la Big Apple embrasée. The Coup devait eux aussi sortir leur quatrième album  début septembre 2001. À cause de la pochette du disque, le lancement est repoussé au mois de novembre. Le montage initialement prévu mettait en scène Boots Riley et Pam the Funkstress déclenchant à distance la destruction du WTC. Le cover art de Party Music sera illustré par la photo d’une main tenant un verre à cocktail.

Merci à l’ami Patrick de m’avoir donné l’occasion de traiter ce sujet, par ailleurs évoqué dans l’ouvrage consacré à la censure des pochettes de disques: In Vinyle Veritas!

Patrick BETAILLE, septembre 2022

Iron Maiden – Sanctuary

 

Dès sa sortie le 23 mai 1980, le second single d’Iron Maiden provoque des remous et génère la première controverse à laquelle le combo de heavy metal doit faire face. En cause, l’illustration de Derek Riggs qui représente Eddie, la mascotte du groupe, en train d’assassiner Margaret Thatcher. Gisant au sol, elle tient dans ses mains les restes d’une affiche arrachée ; l’une de celles qui fait la promotion d’un concert de la formation britannique. Le journal Daily Mirror publie l’image et titre :  » Maggie se fait agresser. C’est un meurtre ! « . Les parlementaires montent au créneau et dans de nombreux pays la pochette est censurée. Un bandeau noir est appliqué sur les yeux de la victime ; il est soit disant destiné à masquer l’identité de la Première Ministre du Royaume-Uni. Really ? Too Late! La polémique perdure et ne fait qu’accroître la popularité d’Iron Maiden auprès du jeune public. Sur Women in Uniform, le single suivant, la Dame de fer prend sa revanche. En tenue kaki et armée d’un pistolet mitrailleur, elle attend Eddie au coin d’une ruelle pour lui régler son compte.

Patrick BETAILLE, août 2022

D’autres anecdotes sur la censure et l’histoire des pochettes de disques à retrouver dans le livre:

IN VINYLE VERITAS – ÉLOQUENCE ET DÉSAVEu du cover art

In Vinyle Veritas – La Censure en 33 Tours

IN VINYLE VERITAS – Éloquence & Désaveu du Cover Art

Le livre qui raconte de manière illustrée et argumentée la censure des pochettes de disques des années soixante à nos jours. 325 pages – 190 chroniques – 600 artistes référencés – 300 illustrations. Un témoignage culturel unique pour l’histoire, pour la mémoire et pour la musique qui s’écoute avec le cœur mais aussi avec les yeux. 

Disponible en Auto Édition:

IN VINYLE VERITAS – ÉLOQUENCE & DÉSAVEU DU COVER ART

Patrick BETAILLE, mars 2022

Camel – Mirage

 

Paru en 1974, le deuxième disque de Camel a été élu comme l’un plus grands albums de rock progressif de tous les temps. Mirage est sans doute l’album le plus connu du groupe britannique. Musicalement d’abord, grâce notamment aux ambiances folk rock et jazz sophistiquées, parfois teintés de metal, mais aussi et surtout à cause de son cover art. Malgré les apparences, le choix du nom Camel n’a rien à voir avec un hommage quelconque au vaisseau du désert qu’est le Camelus dromedarius. En fait c’est bien de cigarettes dont il s’agit; celles de la Reynolds Tobacco Company que les musiciens apprécient et consomment sans modération. Ainsi, pour le visuel de Mirage, l’agence de design Modula détourne délibérément l’image de l’emballage du cigarettier américain. Soupçonné de promouvoir la marque, la formation du Surrey doit immédiatement faire face à une levée de boucliers. Pour l’industrie musicale, question marketing, il est très mal vu de faire l’apologie du tabac, et ce, même au cours des années 70. De son côté, Reynolds Tobacco n’apprécie pas du tout l’utilisation de son logo et le sort réservé à l’emblématique ″Old Joe″. Au final, sur la version américaine de Mirage, c’est un dragon ailé qui fait partir en fumée le paquet de clopes de l’édition originale.

La censure des vinyles et autres anecdotes dans  le livre:

in vinyle-veritas – eloquence & desaveu du cover-art

Patrick BETAILLE, février 2022

 

In Vinyle Veritas – Ils ont dit!

 
Ils ont dit À propos de ce livre que le fantôme du chat de l’auteur considère comme l’entreprise intellectuelle la plus aboutie depuis La Critique de le raison Pure d’Emmanuel Kant.

NDLR: Temps de lecture attentive estimé: 3 minutes: Plus court qu’un touché rectal mais surtout beaucoup plus agréable!

Dominique MARSAULT :Je viens de parcourir ce livre – un peu comme lorsque j’ouvre le nouveau Rock’n’Folk – avec l’impatience de découvrir les dernières infos rock. Quel beau livre! Je n’ai qu’une trentaine de ces disques chez moi et il y a donc une grosse majorité dont je n’avais jamais entendu parler. Un grand merci d’avoir participé à l’enrichissement de ma culture rock personnelle. Il n’est jamais trop tard !
Simon ROBINSON (Site : EasyOnTheEyeBooks): Normalement, je ne chronique que les livres en ma possession mais je fais une exception pour ce point de vue intéressant sur 250 pochettes de disques. Le hic, bien sûr, c’est qu’il faut pouvoir comprendre le français. Sur le site de Patrick j’ai vu des jaquettes qui nous sont familières mais aussi d’autres jamais vues auparavant. Ce livre raconte de manière illustrée et argumentée, la censure des pochettes de disques dans l’histoire de la musique populaire, et l’auteur nous montre des pochettes originales aux côtés des versions censurées afin d’être diffusées au grand public. Nous en avons déjà évoqué sur notre site le Country Life de Roxy Music, mais il y a beaucoup d’autres exemples dans ce livre.
Laurent DOMERGUE : Patrick, tu peux être fier de ton « bébé » que, pour l’instant, j’ai survolé. Par contre, j’ai lu avec attention les différents textes du début et de la fin, encore félicitations pour ton travail de recherche !!! Je suis ravi du cadeau que je vais faire à ma fille!
Patrick VIALA : Super moment passé à lire ton bouquin. De plus ça coïncidait avec le branchement de ma nouvelle platine et un nouveau classement de mes vinyles. J’étais en en plein dedans. Merci mille fois.
Olivier LECLÈRE (BlogRideYourLife): Un livre d’une intelligence et d’une acuité exceptionnelle, qui révèlent une culture musicale et une compréhension de celle-ci vraiment rares.
Medhi EL GLAOUI  (Café-Théâtre le Petit Bijou à Biarritz) : On reconnaît un véritable ami au fait que, lorsqu’il vous fait un cadeau, il ne se trompe pas parce-qu’il vous connaît bien, parce-qu’il connaît vos passions et même vos obsessions. C’est ainsi que Joël Gruau, luthier de grand talent, eut la merveilleuse idée de m’offrir IN VINYLE VERITAS de Patrick BETAILLE. Voilà un petit bijou d’ouvrage qui m’a enchanté. Rien que l’objet : une merveille de présentation, des vinyles cultes, – ou non -, des histoires secrètes et des révélations inédites sur la vie – et la mort – de nombreuses pochettes. De Zappa à Led Zep en passant par Nirvana ou les Ramones, on découvre les tractations, les concessions et parfois les renoncements qui accompagnent inéluctablement une œuvre artistique. IN VINYLE VERITAS se boit comme un bon vin qui a bien vieillit et le vigneron en chef est inépuisable en anecdotes et en connaissances musicales. Un régal. Bravo !
Patrick DUCHER (Auteur de Pink Floyd en France aux Éditions Éclipse) : Si vous êtes amateur ou collectionneur de « liquorice pizzas » (galettes vinyliques), alors il vous faut lire IN VINYLE VERITAS . Patrick BETAILLE – du blog Rock The Bonnie – détaille en 170 chroniques l’histoire méconnue de certaines pochettes de disques : censure, sens caché, esthétique… Une mine d’informations en 325 pages, 190 chroniques et 300 illustrations.

Pour Commander ce livre:
in vinyle veritas – eloquence & desaveu du cover-art/

Patrick BETAILLE, février 2022

 

 

 

Tulaviok – Dèche à la Ch’touille

Hiver 1984, à Uzès dans le Gard, une bande de potes gamberge à propos d’un nom évocateur et provoc pour leur groupe. À l’époque, les méfaits de Thierry Paulin – le ″tueur des vieilles dames – tournent en boucle sur les antennes. TUE LA VIOCQ surgit comme une évidence et est adopté à l’unanimité avant de devenir, après quelques concerts sur le circuit du rock alternatif, TULAVIOK. Partant du principe que le rock reste l’ultime manifestation païenne, le combo punk s’en donne à cœur joie. Enregistré à Montpellier, leur premier album sort en 1987 sur leur propre label: Bollock’s Produktion. Distribué par New Rose, Dèche à la Cht’ouille (labellisé Queue Pon Paillard et Queue Rock au dos de la pochette) est un concentré de paillardises dans lequel le vin, le sexe et la fête sont à l’honneur. Sur des rythmes aussi déjantés qu’une bacchanale, c’est la naissance de la Zob Musik! Paradoxalement, ce brûlot de punk grivois ne sera pas censuré. Par contre, son packaging va défrayer la chronique. En cause, le sexe turgescent de 38 cm qui jaillit à l’ouverture de la pochette double.

BANDE OF ROCK’ N’ ROLL ! L’organe en question fut fixé à la main par le groupe et quelques amis sur les 5000 exemplaires de la première édition de Dèche à la Ch’touille, référencée ZOB 001. Au recto, ambiance nocturne; un poivrot gît sur le pavé aux pieds d’une catin version gonflable. Au verso, la même prostituée entourée des six musiciens grimés en poupées sexuelles, bouches ouvertes. Les textes sont manuscrits sur l’enveloppe du vinyle labellisé ZOB 01-A : FESSE NANA en Face A et ZOB 01-B : FESSE MEC sur la Face B. Ami artiste, réalise toi même ton pochoir en découpant les parties hachurées avec ta lame″. Ainsi est présenté le Paf Gadget offert avec l’album. En 2009, sur la réédition vinyle en double LP de Dirty Punk Records, le pop-up érectile disparaît. Un sexe dessiné et enrichi des paroles occupe désormais l’intérieur de la pochette trifold. ″On joue mal, vite, fort et faux, on est heureux !″. C’est Tulaviok qui le dit.

Retrouvez l’article complet et autres infos sur Tulaviok dans le livre : In Vinyle Veritas!

Patrick BETAILLE, janvier 2022