Scorpions, ″Love at first sting″

censure Scorpions Love at first sting

Love at First Sting est le neuvième album des teutoniques Scorpions. Sorti en 1984 il se vend à plus six millions d’exemplaires devenant ainsi le plus grand succès commercial de la bande à Klaus Meine. Grâce notamment l’incontournable ballade ″Still Loving You″ – qui n’est pas pour rien dans la croissance du taux de natalité dans certaines contrées –  la notoriété du groupe explose littéralement sur la scène mondiale. Élaborée par l’agence de design Kochlowski sur la base d’un cliché de Helmut Newton, la pochette originale représente un couple enlacé. Elle, légèrement dévêtue, sexy en diable, s’abandonne dans les bras d’un bad boy bon chic bon genre qui est entrain de lui tatouer un scorpion sur la cuisse. A l’époque, et afin de palier à d’éventuels problèmes connus par le passé, la maison de disques prend la précaution de présenter le cover art aux revendeurs avant de publier le disque. Aucun retour négatif n’étant recensé, Love at First Sting est édité en l’état. Malheureusement, après la sortie de l’album Wal-Mart se plaint, qualifiant la jaquette de tendancieuse, subversive et machiste. Rien que çà! Pour le coup Polygram se voit obligé de proposer une version alternative qui consiste ni plus ni moins à utiliser la photo du groupe, la même que celle déjà présente au dos de la version première de l’album.

Marcel Destroy, mai 2017

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Steppenwolf: la ″Dickmobile″ de For Ladies Only

Steve Paige Dickmobile: For ladies only

Une carrosserie maison en fibre de verre sur un châssis de Hillman Minx de 1954, c’est la ″Dickmobile″. Steve Paige, son créateur, lui donne vie un jour de 1969 en Californie et entreprend de solliciter plusieurs galeries d’art de Los Angeles. Toutes le prennent pour un doux dingue et se refusent à exposer la voiture phallique. Qu’à cela ne tienne! Steve décide de mettre la ″Dickmobile″ en conformité avec la législation et de rouler au volant de son œuvre. Il parcourt plus de 500 miles dans la région et bien sûr ne passe pas inaperçu. La police ne manque pas de le contrôler, notamment suite aux attroupements provoqués par le véhicule en stationnement. De nombreuses séances photos ont lieu à cette époque et l’une d’elles, prise sur le Hollywood Walk of Fame, se retrouve en grand format sur l’intérieur de la jaquette d’un disque de Steppenwolf. Sorti en 1971, ″For Ladies only″ est la sixième production studio du groupe. Bien que conceptuel, politique, en faveur des femmes et du Féminisme, l’album est mal perçu et surtout mal compris. John Kay et sa bande s’attirent les foudres des critiques hermétiques à l’humour et obnubilés par l’imagerie turgescente. Ce LP, censuré en Espagne, reste malgré tout musicalement riche et abouti, à l’instar du titre éponyme qui brille par l’élégance du piano de Goldy McJohn: For Ladies Only.

Marcel Destroy, avril 2017

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The Rolling Stones, Beggars Banquet

Rolling Stones Beggars Banquet censure

Londres 17 mars 1968. Les Rolling Stones entrent en studio pour enregistrer leur septième album. Si les précédentes tentatives contiennent de nombreuses reprises et pas mal d’ errances psychédéliques,  ″Beggars Banquet″ lui, marque un retour aux sources quant à l’inspiration musicale du groupe. Jamais le blues n’a été aussi présent sur cet opus qui reste aussi le dernier à bénéficier de la présence de Brian Jones parti peu de temps après valider son inscription au Club 27. La publication de l’album se voit retardée pour cause de désaccord relatif au packaging. En effet, les Stones entrent en conflit avec leur label Decca à cause de la photo qu’ils ont sélectionnée pour la pochette. Le cliché réalisé à Los Angeles représente des chiottes on ne peut plus crades, aussi crades que les murs du local couverts de graffitis. Malgré le forcing de Jagger & Richard, Decca résiste et finit par imposer sa volonté. La jaquette de ″Beggars Banquet″ prendra finalement l’aspect d’un banal carton d’invitation blanc avec la mention ″R.S.V.P.″ (″Réponse S’il Vous Plait″) en plus du nom du groupe et du titre de l’album. Qu’importe! Avec ″Let it Bleed″, ″Sticky Fingers″ et ″Exile on main St″, ″Beggars Banquet″ reste à jamais parmi les plus inspirés et les plus aboutis de la discographie des Pierres qui Roulent. Et de toutes façons, lors de la réédition du LP en CD, la photo des cagoinces refera son apparition.

Marcel Destroy, mars 2017

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Jane’s Addiction: Ritual de Lo Habitual

Censure Jane's Addiction

En 1990 sort le troisième album des Angelinos de Jane’s Addiction. Dès sa parution la nudité affichée sur la jaquette du disque pose problème au sein du parti conservateur US et les membres du groupe se retrouvent poursuivis par la justice au motif de diffusion d’images pornographiques. L’affaire est vite classée sans suite mais le mal est fait et de nombreux revendeurs refusent de mettre l’objet du soi-disant délit dans les bacs. Sollicité par son label Warner, Le chanteur du groupe, Perry Farrel, propose un version alternative du packaging pour remplacer le diorama qu’il avait lui même mis en œuvre pour la première édition. Désormais c’est le Premier Amendement de la Constitution Américaine qui tient lieu de cover art:

Congress shall make no law respecting an establishment of religion, or prohibiting the free exercise thereof; or abridging the freedom of speech, or of the press; or the right of the people to peacefully assemble, and to petition the Government for a redress of grievances″ (Traduction: Le Congrès ne promulguera aucune loi qui touche à l’établissement et à la pratique d’une religion, ou qui restreigne la liberté de parole, la liberté de la presse ou le droit du peuple à se rassembler pacifiquement et à adresser au gouvernement des pétitions évoquant des griefs pour lesquels il demande réparation).

Mais Farrel ne s’arrête pas là. Au verso de la pochette de Ritual De Lo Habitual il y va de sa plume et se paye le luxe d’un joli pied de nez aux institutions: ″Hitler’s syphilis-ridden dreams almost came true. How could it happen? By taking control of the media. And entire country was led by a lunatic? We must protect our First Amendment, before sick dreams become law.Nobody made fun of Hitler??!″ (Traduction: Les rêves d’Hitler, infestés de syphilis, ont failli se réaliser. Comment est ce possible? En prenant le contrôle des médias. Et le pays tout entier se retrouve dirigé par un fou? Nous devons protéger notre premier amendement avant que de répugnants rêves ne deviennent réalité. Personne ne se moquait d’Hitler??!

Marcel Destroy, décembre 2016

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Censure musicale: Le Rock en mode lamento!

Censure: Diques censurésLa musique est la libre expression des traditions, des idées et des émotions par et pour des individus qui y trouvent un moyen de traduire et de véhiculer une identité, une émotion, une aspiration et, par extension, une Culture. Cependant, cette expression se retrouve parfois hors du contexte et du mode de penser d’une entité particulière et entre en conflit avec les règles imposées par diverses formes de pouvoirs. Ainsi, la censure se voit appliquée, à différents niveaux et de différentes façons, par des états, des religions, des systèmes d’éducation, des lobbies ou des associations. Au hasard des quelques exemples qui suivent, rarement justifiés, parfois comiques et souvent ridicules, la censure musicale s’affiche de manière évidente en tant qu’atteinte arbitraire aux libertés en général et à la liberté d’expression en particulier. Très présente aux USA, on constate aussi que cette limitation est l’apanage d’autres  démocraties comme le Royaume Uni, l’Espagne et même la France… Ce sera une autre histoire….

Années 50: La chanson ″Rumble″, de Link Wray, est interdite sur les ondes car son titre fait référence à la violence juvénile. Pourtant, c’est un morceau totalement instrumental!

Années 60: I Can’t Get No Satisfaction″ des Stones est interdite sur les radios américaines. ″Pictures of Lily″, des Who, est censurée, car on y trouve une référence à la masturbation. ″Gloria″, du groupe Them, est censurée à cause de la phrase: ″She comes in my room″. En 1967, lors d’une apparition au Ed Sullivan Show, les Rolling Stones doivent changer ″Let’s Spend the Night Together″ en… ″Let’s Spend Some Time Together″. ″Brown Eyed Girl″, de Van Morrison, est interdite car elle traite de sexe avant le mariage. Au Texas, sur les ondes  de Radio El Paso, on refuse de diffuser des chansons de Bob Dylan sous prétexte qu’il a une mauvaise diction. En 1969, la police de New York saisit trente mille copies de l’album ″Two Virgins de John Lennon & Yoko Ono, à cause de la jaquette les montrant nus.

Années 70: La chanson ″George Jackson″ de Bob Dylan est bannie des ondes car elle contient le mot ″shit″. ″Locomotive Breath″ de Jethro Tull est censurée car elle contient la phrase ″Got him by the balls″. La station de radio RKO refuse de passer ″Tonight’s the Night″ de Rod Stewart, car la chanson contient la phrase: ″Spread your wings and let me come inside″.

Années 80: En 1985, les parents d’un enfant qui s’est suicidé poursuivent Ozzy Osbourne à cause de sa chanson ″Suicide Solution″. Suite aux pressions exercées par un ecclésiastique, la chaîne Wal-Mart cesse de vendre le magazine ″Rolling Stone″. ″Jazz from Hell″ de Frank Zappa doit afficher un sticker avertissant du contenu explicite des paroles… C’est un album instrumental!

Années 90: Censuré pour cause de nudité affichée, Jane’s Addiction revoit sa copie en publiant le texte du Premier Amendement de la Constitution sur l’albumRitual de lo Habitual. MTV refuse de diffuser le clip de MadonnaJustify my Love″ jugé trop hot! Le clip de Garth Brooks, ″The Thunder Rolls″, interdit de TV car il traite de façon explicite de la violence conjugale. Guns ‘N’ Roses est boycotté car l’album ″The Spaghetti Incident″ contient une chanson composée par Charles Manson. Wal-Mart et K-Mart refusent de mettre en rayon ″In Utero″ de Nirvana, car l’une des chansons s’intitule ″Rape Me″. Third Eye Blind doit retirer la chanson ″Slow Motion″ de son deuxième album ″Blue″, car elle fait référence au massacre de l’école Columbine.

Années 2000: Suite au 11 septembre, la plus grande chaîne de radio Américaine, Clear Channels, a établit une liste de plus de 150 chansons jugées douteuses. La plupart des radios on adhéré à la démarche en boycottant des titres comme ″Walk like an Egyptian″ des Bangles.

Marcel Destroy, novembre 2016

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Led Zeppelin, Houses of the holy

Led Zeppelin House of the holy censored

Le 28 mars 1973, deux ans après Led Zeppelin IV, l’équipage du dirigeable sort House of the Holy. Ce cinquième album est aussi le premier à posséder un titre, visible seulement sur la partie interne de la pochette pour laquelle Page et sa bande font appel à Storm Thorgerson. Après un premier projet rejeté, Hypgnosis met en œuvre un concept basé sur un roman de Science Fiction d’Arthur C. Clarke: Childhood’s End (Les Enfants d’Icare). Aubrey Powell, photographe de l’agence, se rend en Irlande sur la célèbre  Giant’s Causeway (la Chaussée des Géants) et réalise plusieurs clichés d’enfants préalablement sélectionnés sur casting. Les photos de Stephan et Samantha Gates sont réalisées en noir et blanc pour être imprimées et faire l’objet de collages. Un problème de teinte au moment de la post production se traduit par un résultat inattendu et saisissant qui, artistiquement parlant, fait l’unanimité chez Led Zeppelin.  A contrario et dès les premiers jours le design s’attire les foudres de la bienpensance, plus particulièrement dans certains états du sud des États Unis. Histoire de calmer les ardeurs des réfractaires, la maison de disques Atlantic édite le disque doté d’un sticker masquant les fesses des gosses qui figurent au premier plan. En 2003 le packaging de l’album sera classé à la 6ème  place des 50 plus belles pochettes.

Marcel Destroy, octobre 2016

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Keith Moon: Two sides of the Moon

Censure: Two sides of the Moon

Après une expérience en tant que chanteur sur un titre de Quadrophenia (″Bell Boy″), Keith Moon enregistre en 1975 son premier et unique album solo: ″Two sides of the Moon″. Contre toute attente et bien qu’il soit derrière les futs sur trois titres, le drummer des Who s’affiche en tant que chanteur sur la totalité des morceaux. Pour la circonstance un nombre impressionnant de pointures du moment participe aux sessions. Hormis les membres des Who qui bien sûr sont de la ″fête″ il convient de noter la présence aux crédits de Ringo Star, David Bowie, Joe Walsh, Spencer Davis et Jim Keltner. Même son pote de beuverie  y va de sa contribution. En effet, John Lennon lui même offre ″Move over Ms. L″, un rock’n’roll gorgé de cuivres dans la plus pure tradition 60’s. Les fans veulent un disque de batteur et sont confrontés à un opus de chanteur somme toute à l’image de son géniteur: instable, déjanté, lunatique et décousu. ″Two sides of the Moon″ est un échec commercial et financier retentissant qui ne ravit que les inconditionnels et quelques collectionneurs convoitant la pochette originale  censurée dès sa sortie dans certains pays, en Espagne notamment.

Marcel Destroy, août 2016

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Nirvana, Nevermind

Au départ le deuxième album de Nirvana devait s’intituler ″Sheep″ (Mouton) mais Kurt Cobain choisit finalement ″Nevermind″ (Traduction soft: ″Ça ne fait rien″ ou ″Tant pis″). Normalement en deux mots, l’expression consiste en une métaphore de l’attitude du chanteur à l’égard de la vie.Nevermind

La pochette du disque représente un bébé nu sous l’eau appâté par un billet de 1 Dollar accroché à un hameçon. L’image symbolise une génération piégée dès la naissance par l’attrait de gains illusoires. Cobain a cette idée en regardant une émission consacrée à l’accouchement dans l’eau. Il en parle alors à Robert Fisher, le directeur artistique de sa maison de disques. Après recherches, la photographie d’un bébé nageur est sélectionnée mais les détenteurs des droits demandent une rente annuelle de 7 500 $. Fisher contacte alors un couple d’amis et, contre la somme de 200 $, envoie un photographe prendre des photos de Spencer Elden, leur fils âgé de trois mois, dans une piscine du Rose Bowl Aquatic Center de Pasadena. Le groupe fait ensuite son choix parmi les cinq photographies qui lui sont proposées. Le label est ennuyé. Le pénis du bébé est visible sur la photo. Soucieux de ne pas choquer, les responsables du label proposent de retoucher l’image mais Cobain leur signifie catégoriquement que le seul compromis qu’il pourrait accepter serait une vignette masquant le pénis et sur laquelle figurerait la mention:  ″Si vous êtes choqué, vous devez être un pédophile en puissance″. DGC Records capitule et diffuse l’album en l’état. Succès phénoménal du titre Smells like teen spirit″ et une première place au Billboard pour l’album qui reste indiscutablement la référence rock des années 1990. En 1994, Kurt rejoint le Club 27. En 2011, Facebook censure la diffusion de la photo sur le réseau, ce qui ne fera que relancer la popularité de ″Nevermind″  au moment de sa sortie commémorative  en version Deluxe.

Marcel Destroy, mars 2016

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Funkadelic, Electric Spanking of War Babies

Funkadelic The Electric Spanking of War Babies

Orchestré par George Clinton, Funkadelic allait devenir l’un des groupes les plus importants pour ce qui concerne l’évolution de la musique Funk via la fusion unique de Psychédélisme, de Rock et de Soul. En 1981, après plus de trente années de succès générés par des explorations musicales teintées de satires sociales et d’engagements politiques, parait le 12ème album studio du groupe. Tout n’est pourtant pas si rose. Clinton, passablement ravagé par la drogue,  rencontre des problèmes non seulement avec la maison de disque mais aussi avec sa formation qui pour la circonstance intègre de nouveaux venus, dont Sly Stone. Par son titre, ”Electric Spanking of War babies” fait allusion à la guerre du Vietnam et critique ouvertement l’impérialisme américain. La démarche est pour le moins mal perçue par la maison de disques qui d’emblée rejette l’idée de double album initialement prévue. Funkadelic revoie sa copie pour en tirer un album simple mais le concept se retrouve à nouveau écarté. Cette fois Warner censure la pochette car le design de Pedro Bell représente une femme nue dans un vaisseau spatial de forme phallique. Au final l’artiste recouvre l’objet du délit d’un habillage sur lequel on peut lire: ”Oh regarde! c’est la jaquette qu’ils avaient si peur d’imprimer!”. Qualitativement bien inférieur à ”Magot Brain” ou ”One Nation under the Groove” le disque n’est édité qu’à 100 000 exemplaires. Boudé par le public ”War Babies” alimente rapidement les bacs à soldes et sera le dernier opus de la formation du Dr. Funkenstein sous le nom de Funkadelic. Même si occasionnellement il se produit sur scène avec ses anciens acolytes (dont certains continuent même à l’accompagner dans ses projets solos), George Clinton dissout le groupe.

Marcel Destroy, novembre 2015

 Rock et Censure 

Mom’s Apple Pie, la part du gâteau

Mom's Apple Pie censure

Groupe de Classic Rock américain, Mom’s Apple Pie connait dans les années 70 et sur ses terres un petit succès d’estime. La dizaine de membres tourne régulièrement sur les campus universitaires, dans les clubs et même au Whikey A-GO-GO à Los Angeles. La voix du chanteur Bob Fiorino et la section de cuivres à la Chicago Transit Authority attirent l’attention et leur donnent la possibilité d’ouvrir pour The Doobie Brothers ou David Bowie. Avec seulement deux albums à son actif  la carrière du combo reste malgré tout éphémère. Mom’s Apple Pie tombe rapidement dans l’oubli. Pas pour tout le monde. En effet, en 1972, la jaquette du premier album éponyme, de prime abord bon enfant, affiche clairement un sexe de femme dégoulinant en lieu et place de la découpe d’une part de tarte. Dès sa parution l’album est bien évidemment censuré et le concepteur, Nick Caruso, se trouve contraint de revoir sa copie. Il garde globalement le même design mais remplace ”l’objet” controversé par mur de briques miniatures surmonté de barbelés. Avec humour, il ajoute également des policiers qui épient à la fenêtre et une larme qui coule sur le visage du personnage principal. Les deux versions deviennent vite très prisées des collectionneurs qui n’accordent que peu d’importance au contenu pourtant loin d’être inintéressant. La preuve!

Marcel Destroy, Septembre 2015

 Rock et Censure 

The Rolling Stones, Sticky Fingers

FRolling Stones, censure de Sticky Fingers

Publié en avril 1971, Sticky Fingers marque l’entrée des Rolling Stones dans les seventies. C’est avec cet album que le groupe met fin à sa collaboration avec Decca Records pour UK et London Records aux US en lançant son propre label: Rolling Stones Records. Pour la première fois Mick Taylor est présent sur les 10 titres du disque et Mick Jagger est crédité sur certaines parties guitares. Première apparition également du désormais incontournable logo ”Tongue and Lip”. Chef d’oeuvre Rock, triple platine et considéré comme le meilleur album de la longue carrière des pierres qui roulent Sticky Fingers se fait aussi remarquer par sa jaquette pour le moins originale. Le concept est d’Andy Warhol qui, pour la photo, fait appel à Billy Name. Beaucoup de fans pensent que c’est Jagger qui se cache derrière la proéminence au niveau de la braguette des jeans. En fait non. Le cliché représente l’entrejambe de Joe Dallesandro, un acteur ami, et probablement amant, de Warhol. Pour une fois, malgré le côté suggestif du visuel, la jaquette ne sera pas désavouée aux Etats Unis ni en Grande Bretagne. En 2003, la chaîne américaine network VH1 attribue même à l’objet le titre de “plus belle pochette de disque de tous les temps« . Seuls les distributeurs déplorent le fait que la fermeture Éclair endommage les vinyles. En Espagne par contre la censure est appliquée et le jean zippé est remplacé par une boite de mélasse d’où émergent des doigts évidemment gluants. Par la même occasion le titre ”Sister Morphine” laisse sa place à une version live de ”Let it Rock” ( Chuck Berry) sur cette version hispanique. Olé!

Marcel Destroy, Juillet 2015

 Rock et Censure 

Parental Advisory, la censure adhésive

Parental Advisory, Explicit ContentParental Advisory ”Explicit Lyrics”, ou encore ”Explicit Content”. Le sceau de l’infamie appliquée aux artistes qui dérangent par le contenu de leurs skuds. La faute à Prince! Son sixième album, Purple Rain, sort en 1984 avec le succès que l’on connait. Parmi les 9 titres figure Darling Nikki qui comporte les paroles suivantes : ”I knew a girl named Nikki / I guess you could say she was a sex friend / I met her in a hotel lobby / Masturbating with a magazine”. Lorsque Tipper Gore, la femme du vice président des USA, entend le morceau en provenance de la chambre de sa fille de 11 ans, elle entre dans une colère mémorable, ameute ses copines du monde politicien et décide de fonder le PMRC (Parents Music Ressource Center). En utilisant le réseau de leurs époux, ces femmes exercent une pression sur les labels, les diffuseurs et établissent la liste des 15 Filthy Fifteen (traduire par 15 saletés) sur laquelle figurent entre autres des titres de Prince, Judas Priest, ACDC, Black Sabbath et même Madona ou Cindy Lauper. Désormais tout ce qui parle de sexe, de drogue, d’alcool et de violence s’attire les foudres du pudibonde organisme qui réussit à obtenir des Majors que soit apposé le fameux Parental Advisory/Explicit Lyrics sur chacun des albums identifiés comme nuisibles à la morale. Certains distributeurs vont même jusqu’à refuser de mettre en rayon les disques estampillés Explicit Content. Sale temps pour le Rock en général et le Metal ou le RAP en particulier! Certains groupes se manifestent, Rage Against the Machine par exemple. Excédés, les membres posent nus avec le logo PMRC peint sur le torse, et ce, sous un déluge de Larsen et de sons distordus. C’ était en 1993 au festival de Lollapalooza. Avant, en 1991, Guns N’ Roses apposent sur Use Your Illusions I & II la mention suivante: ”This album contains language which some listeners may find objectionnable. They can F*** OFF and buy something from the New Age section” (Cet album contient des propos qui pourraient heurter la sensibilité de certains auditeurs. Ils peuvent aller se faire foutre et acheter autre chose au rayon New Age). C’est peut être finalement de la rue que vient la réaction la plus préjudiciable au puritanisme ambiant. Petit à petit en effet, indiquer clairement un contenu choquant est devenu en quelque sorte un gage de qualité et un certificat d’ authenticité subversive. Et toc!

Marcel Destroy, Juillet 2015

 Rock et Censure 

Blind Faith, Blind Faith

Clapton, Winwood censure Blind Faith

Fin 1968, Cream et Traffic viennent de se dissoudre. Eric Clapton et Steve Winwood décident de travailler ensemble sur de nouvelles idées musicales. Ils font appel à Ginger Baker, lui aussi en congé de Cream et sont rejoins par Ric Grech qui vient de plaquer Family en pleine tournée. Ce beau monde se réunit chez Clapton dans le Surrey pour établir les bases de ce qui sera l ‘unique album du groupe Blind Faith. Six titres, 42 minutes de Rock teinté de Blues avec quelques joyaux dont ”Presence of the Lord” et ”Can’t find my way home”. L’album sort en août 1969 et reçoit un accueil mitigé de la part d’un public probablement déçu par la brièveté de l’oeuvre et un ”Do what you like” masturbatoire de 15 minutes qui occupe les 2/3 de la face B. Le disque est de plus attaqué par la censure car la jaquette représente une jeune fille pubère, à demi nue, tenant une maquette d’avion qui à l’époque est perçue en tant que symbole phallique. Anéanti par ces déconvenues, Clapton plonge dans la déprime et la drogue, laissant sans suite une des œuvres majeures de l’histoire du Rock.

Marcel Destroy, Juin 2015

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La Femme: Le Podium

La Femme: Censure Le Podium #1

La Femme en tant que groupe est né en 2010 de la rencontre de deux copains originaires de Biarritz, Marlon et Sacha. Sans manager ni producteur la bande gère seule sa promotion et livre en 2011 un EP de quatre titres intitulé ”Le Podium #1” et sur lequel figure ”Sur la Planche”, titre depuis Captur(é) par Renault pour sa pub. Le visuel du disque reproduit le célèbre tableau ”L’origine du monde” de Gustave Courbet. Comme la toile en son temps, la jaquette devient sujet à polémique et finit par être censurée, notamment outre Atlantique où le combo s’est bâti une solide réputation sur la scène Electro Pop.

Marcel Destroy, Mai 2015

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Beady Eye, couvrez ce sein…

Beady Eye, Be, Ulla Randal

Couvrez ce sein, que je ne saurais voir. Par de pareils objets les âmes sont blessées, et cela fait venir de coupables pensées.” (Tartuffe de Molière).

2013, parution de ”Be”, deuxième album de Beady Eye, le groupe de Liam Gallagher. La jaquette du disque affiche une photo représentant Ulla Randal. A l’origine le cliché d’ Harry Peccinotti figure sur le calendrier Pirelli édition 1968. En Angleterre, le téton de la jeune femme se retrouve masqué par un sticker.

Marcel Destroy, Avril 2015

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Aphrodite’s Child: 666

Aphrodite's Child 666 the number of the BeastEn 1971, paraît le troisième et double double album des Aphrodite’s Child.  ”666” est en fait une relecture de l’Apocalypse selon St Jean dans laquelle Vangelis Papathanassiou exprime sa vision dantesque d’un monde secoué par la guerre, la misère, les révoltes étudiantes et les catastrophes naturelles. Déjà. Sur des textes de Costa Ferris le groupe livre là un disque barré et disparate où se côtoient mysticisme, psychédélisme, rock,  musique traditionnelle et même Jazz. Bien que peu présent pour cause de dissensions naissantes au sein du groupe, Demis Roussos chante à merveille, notamment sur ”The Four Horsemen” dans lequel Silver Koulouris s’abandonne à de magnifiques parties guitare. ”666” est un disque difficile à comprendre, original, ambitieux, étonnant, inventif et courageux. Trop! De plus il n’est pas le bienvenu dans certains pays. Non seulement à cause des références au satanisme mais aussi parce qu’il intègre en son sein des épisodes identifiés comme choquants. Tout d’abord La mention ”This work was recorded under the influence of Sahlep”, faisant référence à une boisson inoffensive à base de racines et de cannelle, est mal interprétée, à tort. Ensuite les premiers mots de l’album consistent en un slogan révolutionnaire sans ambiguïté: ”We got the system to fuck the System”. Enfin et surtout c’est la prestation d’Irène Papas qui vient titiller les consciences bien pensantes. En effet, sur ”Infinity”, l’actrice simule un orgasme hystérique de cinq minutes en modulant un  ”I am, I was, I am to come I was” sur fond de percussions syncopées. Il n’en faut pas plus! L’ enfant d’Aphrodite explose en 1972 laissant  à Demis Roussos et Vangelis Papathanassiou l’opportunité d’entamer les carrières solos que l’on sait en abandonnant derrière eux une oeuvre qui, aimée ou détestée, reste majeure dans l’histoire du Rock Progressif.

Marcel Destroy, Mars 2015

 Rock et Censure 

Damien Saez, J’ accuse!

Damien Saez J'accuse

Il n’y a pas qu’outre Atlantique que les ligues puritaines font entendre leur voix quand il s’agit d’élever un rempart devant ce qui pourrait porter atteinte à la morale et aux mœurs. En France c’est le ”J’accuse” de Saez qui en mars 2010 subit les foudres de l’ Autorité de Régulation Professionnelle de la Publicité. En effet, l’ ARPP décide que l’affiche qui reproduit la pochette de l’album doit être retirée de tous les lieux publics. La censure est justifiée de la manière suivante : ”L’affiche présente un caractère dégradant pour l’image de la femme dans la mesure où elle apparaît nue, et qui plus est dans un chariot de supermarché, donc comme une marchandise… La publicité ne peut réduire la personne humaine, et en particulier la femme, à une fonction d’objet”. Sauf à admettre que le but non avoué consiste à protéger l’image du caddie, il est quand même étrange de constater que ceux là même qui ruent dans les brancards à propos du visuel de Mondino oublient systématiquement de se manifester vis à vis des publicistes  qui, à la demande de clients évidemment biens sous tous rapports, usent et abusent des charmes féminins pour vendre tout et n’importe quoi. Le Rock serait il victime d’un apriori défavorable?

Marcel Destroy, Décembre 2014

 Rock et Censure 

John Lennon, Unfinished Music No. 1: Two Virgins

John Lennon & Yoko Ono Two Virgins

A sa sortie en 1968 cet album du duo par John Lennon/Yoko Ono fait scandale avec une jaquette représentant le couple nu de face sur le recto et de fesses sur le verso. Le visuel, pas du tout du goût des distributeurs, se voit censuré et habillé de papier kraft qui  ne laisse apparaître que les visages des protagonistes. Pourtant, avant la sortie du disque, les autres Beatles et plusieurs proches de Lennon lui conseillent ne pas publier en l’état ce qui ressemble plus à une provocation vulgaire et sans intérêt qu’à autre chose. Le débat pourrait être clos s’il ne s’agissait que de nudité visuelle mais malheureusement question musique c’est aussi le dépouillement le plus total. ”Two Virgins” ne contient que deux plages de quatorze minutes, constituées de bruitages, de bribes de conversations, de collages sonores et d’instants musicaux soit disant conceptuels. Pauvre John! Excès de dopes ou ascendant de l’allumée nippone en tout cas sur ce coup là tu t’es quand même bien foutu de notre gueule!

Marcel Destroy, Décembre 2014

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Guns’ N’ Roses, Appetite for Destruction!

Guns'N'Roses censure Appetite for Destruction

A l’origine la jaquette du premier LP des F*** Guns and  F*** Roses représente une oeuvre du peintre californien Robert Williams. Cet artiste Underground prospère dans le Zap Comix, mouvement au sein duquel il collabore notamment avec Robert Crumb . Non-conformiste et anti-establishment il développe un genre nouveau d’imagerie psychédélique urbaine imprégnée du culte de la technologie, de celui de l’anti Héro et de cinéma apocalyptique. C’est de ce mouvement qu’est extrait ce ”Appetite for Destruction” qui illustre le disque marquant définitivement le monde du Hard Rock à la fin des années 80. La peinture  en question qui date de 1978 représente un robot violeur sur le point d’être châtié par un Metal Avenger. A sa sortie en 1987 l’album suscite la polémique. Devant la frilosité de certaines enseignes pour distribuer le disque aux USA Geffen décide de revoir sa copie et remplace la jaquette en question par une image caricaturale des membres du groupe. Sur fond noir on y voit sur une croix les crânes d’Izzy Stradlin ,Steven Adler,Axl Rose , Duff McKagan et Slash, le tout orné de bannières affichant nom du groupe et titre de l’album. Le concept mis en oeuvre par  Billy White Jr  est tiré d’un tatouage qu’ Axl Rose arbore sur l’avant bras droit. Quant au disque lui même c’est un baril de poudre! Les thèmes abordés sont bien plus violents et malsains que la pochette incriminée. En sus des classiques ”Sex, Drugs et Rock’n’roll” il est question tout au long des pistes de peurs, de violence, de destruction et de colères. Musicalement l’enregistrement en mode ”live” des Guns’ N’ Roses met en avant et comme jamais des guitares aux riffs et solos ravageurs, une rythmique bougrement efficace et un son primal parfaitement illustré par la voix de chat écorché d’Axl Rose. La suite on la connaît. Première place des ventes aux US, 18 fois disque de platine et meilleur score des ventes pour un premier album avec 18 millions d’exemplaires… So! Let’s go to Paradise City!

Marcel Destroy, Novembre 2014

 Rock et Censure 

The Jimi Hendrix Experience: Electric Ladyland

The Jimi Hendrix Experience censure Electric Ladyland

Pas la peine de tergiverser, l’ histoire est ainsi faite. S’il ne faut retenir qu’un seul album du Jimi Hendrix Experience c’est celui ci. ”Electric Ladyland” est non seulement le chef d’œuvre d’ Hendrix mais c’est aussi un des albums majeurs sortis ces quarante dernières années. Le gaucher de Seattle y érige son propre style musical afin d’être enfin reconnu pour ses talents de composition et non plus seulement pour ses prestations scéniques. Au départ ce n’est pas l’alchimie entre Blues , Psychédélisme, Folk et Rock qui fait parler d’elle mais bien autre chose: la pochette. Hendrix avait pourtant réfléchi de façon conséquente à un projet en rapport avec le contenu musical du disque et avait même pris la peine d’écrire à sa maison de disques pour exprimer un concept affichant des enfants sur et autour d’une fontaine. En ignorant les exigences de l’Artiste la maison de disque préfère publier l’image d’un groupe de femmes nues. Sur le cliché d’un certain David King certaines de ces femmes tiennent des photos d’Hendrix, d’autres des disques de l’Experience. l’Amérique puritaine ne l’entend pas de cette oreille et interdit la publication en l’état du double LP qui au final sort avec une jaquette arborant le visage stylisé du guitariste. Heureusement et comme souvent, la vieille Europe – et surtout l’Angleterre où tout se passe au niveau du rock – accepte l’édition de la pochette originale. Le disque arrive ainsi dans les bacs le 25 octobre 1968. L’on sait aussi que plusieurs disquaires refusent de vendre ce qu’ils qualifient alors de « pure pornographie « ! D’autres, sûrement aussi frileux, mais préférant privilégier les bénéfices potentiels que représente cette bombe musicale, vendent l’oeuvre emballée dans du papier kraft. Ultime anecdote, on trouve dans les crédits de l’édition originale de l’album une coquille sur le nom de Jack Casady du Jefferson Airplane (crédité ”Jack Cassidy”), qui joue de la basse sur ”Voodoo Chile” ne pas confondre avec ”Voodoo Child” du même album!). Il est d’ailleurs amusant de constater que l’édition CD de 97 reproduit la même erreur, réparée depuis lors des éditions ultérieures.

Marcel Destroy, Juin 2014.

 Rock et Censure 

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