Joanne Shaw Taylor – Live!

 

Inutile de vous dire tout le bien que je pense de cette artiste dont la production discographique a été évoquée à plusieurs reprises ici même. Après deux années difficiles à cause de la pandémie Joanne Shaw Taylor renoue avec les tournées pour exprimer sur scène ce qu’est le blues. Enregistré à Franklin dans le Tennessee le 20 janvier 2022, Blues From The Heart Live témoigne de la performance de la guitariste britannique qui, pour l’occasion, nous livre l’essentiel de son dernier album studio: l’excellent Blues Album paru en 2021. le concert commence à fond  les ballons avec le Stop Messing ‘Round de Peter Green. Interprété avec une maestria à la six cordes qui offre de quoi convaincre un sourd qui ne veut pas entendre. S’en suit un hommage à Aretha Franklin avec une reprise de You’ve Gotta Make A Fool Of Somebody pleine d’émotion. La voix de Joanne, trop souvent sous-estimée, y est délicieusement efficace. Un peu plus loin c’est au tour d’Albert King de passer à la moulinette. Son Can’t You See What You’re Doing To Me devient l’occasion d’inviter Kenny Wayne Shepherd et de se livrer avec lui un duel guitaristique mémorable: 6’30 de pur bonheur, l’un des grands moments du concert! Les trois derniers morceaux bénéficient de la présence de Joe Bonamassa, producteur du précédent album studio, avec à la clef une belle version de Summertime. Blues From The Heart Live est incontestablement un bon investissement en tant que témoignage sur ce que le blues et le rock peuvent apporter quand ils sont si bien interprétés, notamment en live. 16 titres, 75 minutes de son, que demander de plus? Des images? J’ai! Le CD est accompagné d’un Dvd (ou d’un Blue Ray). Alors, heureux?

Patrick BETAILLE, juillet 2022

 

The Knack – My Sharona

Il s’agit d’abord d’un tempo et d’un riff – reconnaissable entre tous – composé par un certain Berton Averre. My Sharona sort en juin 1979. Le single est extrait de l’album Get The Knack, un premier album fulgurant qui se vendra à plus d’un million d’exemplaires en moins de deux mois, un record, et restera N°1 au Bilboard 200 pendant 5 semaines. Il s’agit également d’un texte composé par Doug Fieger (chanteur, guitariste et fondateur de The Knack) tombé follement amoureux d’une fille de 17 ans. ″Dis moi ma belle, quand t’intéresseras tu à moi? Ce n’est qu’une question de temps Sharona! S’agit-il du destin ou est-ce que mon esprit me joue des tours? En tous cas, moi je n’abandonnerai jamais″. Chaque fois qu’il pensait à Sharona Alperin, Doug avait en tête le riff de son guitariste avec qui il décide de travailler sur la structure et la mélodie de la chanson. Il s’agit donc d’une passion qui finalement débouchera sur une véritable histoire d’amour avec à la clef un hit mémorable. Mademoiselle ira même jusqu’à poser pour la pochette du single. Enfin et surtout, il s’agit d’un titre qui relève du génie. Y’a un truc (Get The Knack)! Simple, efficace, entêtant, ce I can’t get no du début des années 80 n’a pas son pareil pour vous titiller les esgourdes et vous filer des fourmis dans les guiboles. Et quand l’on s’attarde sur le chorus de Berton Averre, une fois acceptée la verticalité des poils de vos avant-bras, c’est le terme de fulgurant qui vous vient immédiatement à l’esprit. Dave Grohl himself a d’ailleurs déclaré que My Sharona était l’une de ses chansons préférées, toutes époques confondues. En son temps, Michael Youn s’est même fendu d’une reprise toute personnelle avec son Comme des Connards qu’il faut s’empresser de vite oublier. S’il vous plait! Merci.

Patrick BETAILLE, juin 2022

Jax Hollow – Underdog Anthems

Classic ou Revival, il arrive que le rock arrive à produire des choses intéressantes. Originaire de Nashville, Jax Hollow fait partie de ces artistes qui mettent toutes les chances de leur côté pour se placer sur le dessus de la vague. Entourée de la bassiste Leilani Kilgore et de la batteuse Angela Lese, la musicienne a donc mis sur les rails un power trio exclusivement féminin. Jusque là rien de très exceptionnel, je vous l’accorde. Là où le projet ne manque pas d’intérêt c’est que l’ensemble affiche quelques très bonnes dispositions pour faire parler la poudre avec détermination et à-propos. Pour preuve, ce premier album autoproduit paru fin 2021: Underdog Anthems. Globalement, Jax et ses deux copines lorgnent incontestablement vers un blues rock qui fait taper du pied et un heavy rock testéronisé qui envoie de quoi se chauffer l’hiver prochain. En plus d’un charme certain – ou d’un certain charme – la chanteuse/guitariste, ne manque pas d’atouts. La voix est claire et puissante, en parfaite adéquation avec son jeu souvent déchainé d’où sortent riffs qui tuent et solos ébouriffants, le tout mis en valeur par une rythmique pétaradante. Quant aux compos, elles sont largement à la hauteur, même lorsqu’il s’agit d’explorer des terres plus aériennes (Rebound) ou plus émotionnelles (Drift Together). Underdog Anthems est court, très court: 7 titres seulement pour 25 minutes d’écoute. On se  surprend à en vouloir un peu plus. Gageons que Jax Hollow a su éviter le piège de la redite en montrant ce dont elle est capable et en nous laissant espérer qu’elle en a encore sous les cordes. L’avenir le dira. D’ici là il serait dommage de ne pas prêter une oreille attentive à ce premier essai.

Tracklist Underdog Anthems: 1. High Class Bitch – 2. Rebound – 3. Say My Name – 4. Drift Together – 5. Wanted Woman – 6. 52 Pickup – 7. Breathe.

Patrick BETAILLE, avril 2022

 

Rosetta Tharpe – The Godmother of Rock’n’Roll

Avant Jerry Lee Lewis, Chuck Berry, Little Richard ou Elvis Presley, le rock’n’roll a eu sa pionnière. Née en Arkansas en 1915, de parents métayers et pratiquants de l’Église de Dieu au sein d’une communauté itinérante, Rosetta Tharpe entend régulièrement sa mère chanter lors des tournées d’évangélisation. À l’âge de 6 ans, la fillette commence à pratiquer le gospel et découvre l’instrument qui ne la quittera plus jamais: la guitare. Motivée, assidue et de plus en plus talentueuse, la musicienne est vite repérée. À 23 ans elle est signée par le label Decca et enregistre 4 morceaux dont Rock Me qui n’a déjà plus grand chose à voir avec le gospel. Et c’est là que réside toute la magie du style Tharpe: reprendre les codes du genre religieux en y ajoutant du blues, du jazz, du swing et déjà les prémices du rock’n’roll, avec désormais une guitare qui devient électrique. Au fil des années, le public séduit est de plus en plus présent et fidèle. À la fin des années 40 elle fait la connaissance d’une autre chanteuse, Marie Knight, avec qui elle part en tournée dans le sud des Etats-Unis. Faute! Au prétexte de relations soit disant lesbiennes, le duo se met à dos les institutions religieuses. En signe de contestation et par provocation Tharpe et Knight abandonnent le gospel pour enregistrer un album de blues. C’est un désastre. Non seulement l’album ne se vend pas, mais il est aussi condamné par la communauté religieuse et tous les admirateurs de la première heure. C’en est fini de la carrière de Rosetta! Aux USA du moins car l’Europe, et notamment la France, accueille l’artiste à bras ouverts. Ainsi, en 1960, elle est invitée à la première édition du festival de jazz d’Antibes Juan-Les-Pins. En 1964 elle donne un concert à Paris à la Maison de la Radio puis un autre à Manchester, avec Muddy Waters. Elle meurt dans l’oubli en 1973 à l’âge de 58 ans. Il faudra attendre la sortie de tous ses enregistrements pour prendre conscience de l’importance de cette marraine du rock’n’roll qui finalement sera intronisée au Rock and Roll Hall of Flame en 2018 et gratifiée d’un Grammy Lifetime Achievement Award en 2020. ″Si l’on voulait citer un interprète qui incarne l’essence même du rock’n’roll avant que cette musique n’ait un nom, Rosetta Tharpe serait en tête de liste… Personne – pas même Chuck Berry, Scotty Moore ou Keith Richards – n’a joué un rock’n’roll aussi sauvage et primitif que cette femme″ [Richard Williams – The Guardian].

Patrick BETAILLE, mars 2022

Tanya O’ Callaghan – Whitesnake

la légende raconte que St Patrick aurait débarrassé l’Irlande de tous ses serpents. Eh bien c’est faux! Au cours de sa longue carrière, Whitesnake a eu à gérer un nombre conséquent de changements question line up. Seul l’ex Deep Purple David Coverdale, chanteur et leader charismatique des hardos reptiliens britanniques, bénéficie du statut de membre permanent. Pour faire court attardons-nous un instant sur les mues les plus récentes du serpent blanc. Le 27 juillet 2021, le groupe annonçait l’arrivée du croate Dino Jelusić. Ce dernier chante, joue des claviers, de la guitare, de la basse, de la batterie et accessoirement s’occupe des cafés. Plus récemment encore, peut être plus étonnant aussi, c’est le boss himself qui, en novembre de l’année dernière, annonçait l’arrivée de la bassiste irlandaise Tanya O’Callaghan, en remplacement de Michaël Devin parti explorer de nouveaux horizons après 10 ans de bons et loyaux services. Une inconnue Tanya? pas tant que ça! À ce jour, elle a joué, enregistré, tourné, jammé, composé et accessoirement actionné la pompe à smithwick’s pour et avec de nombreux artistes et notamment: Dee Snider (Twisted Sister), Steven Adler (Guns N’ Roses), Nuno Bettencourt (Extreme), The Corrs et Orianthi. ″C’est complètement fou! Whitesnake! Je ne pouvais espérer mieux: marcher sur les traces de mes frères bassistes Rudy Sarzo, Tony Franklin, Neil Murray et Michael Devin… Quel putain d’honneur!″ déclarait TKO peu après son adoubement. Gageons que Jino le multicartes et la dreadlockée Tanya sauront apporter une énergie et une créativité bienfaitrice à ce combo qui, mis à part un honorable Flesh & Blood en 2019 semble se satisfaire de resucées de titres joliment réinterprétés ou brillamment remixés et compilés sur le Purple Album de 2015 et sur La trilogie Red, White & Blues (The Rock Album et Love Songs en 2020 et, dernier en date, The Blues Album de 2021). La question reste entière car, à 70 balais et suite à de nombreux problèmes de santé, Coverdale a récemment confirmé qu’il prévoyait de se retirer des tournées tout en continuant d’écrire et d’enregistrer de nouveaux morceaux pour le groupe. Pour tout savoir sur David Coverdale, Whitesnake et la galaxie Pourpre, un seule adresse: La Maison des légendes!

Patrick BETAILLE, mars 2021

Joanne Shaw Taylor – The Blues Album

On ne présente plus Joanne Shaw Taylor, l’une des plus fines gâchettes du blues rock accordé au féminin. La talentueuse guitariste anglaise nous revient avec un neuvième opus enregistré dans le studio de Joe Bonamassa qui, avec Josh Smith, assure la production. 11 titres pour un hommage aux sommités du blues et de la soul que sont Albert King, Little Richard, Magic Sam, Aretha Franklin, Otis Rush, Peter Green ou Little Milton. Taylor ne se contente pas d’une resucée de quelques standards judicieusement sélectionnés; elle y apporte une touche vraiment personnelle aidée en cela par Bonamassa qui s’est attaché à ne pas laisser la guitare dominer le chant. Joanna est une chanteuse à la fois audacieuse et puissante qui sait, quand il le faut, faire preuve de l’émotion sans laquelle le blues électrique ne peut tout simplement pas exister. Que l’on se rassure, elle reste avant tout et surtout une guitariste volcanique au talent considérable. Comme son titre le laisse supposer, The Blues Album est bien un album de blues (si, si!) mais pas que. Grâce à une production soignée et à l’apport de claviers et de cuivres admirablement bien dosés il parvient à célébrer une union qui devrait ravir les amateurs d’un mélange parfait qui puise directement dans le british blues boom de la fin des sixties, comme en témoigne ce Stop Messin’ Round de Fleetwood Mac époque Peter Green. Vous savez ce qu’il vous reste à faire!

Patrick BETAILLE, octobre 2021

Tal Wilkenfeld – Under the Sun

Tal Wilkenfeld est une jeune, talentueuse, et ambitieuse musicienne. Née en 1986 à Sydney elle commence la musique à 14 ans et pratique la guitare pendant trois ans avant de se consacrer à la quatre cordes. Elle n’a que 21 ans quand elle apprend que Chick Correa cherche un bassiste. Au culot elle envoie une démo de son travail et se retrouve sélectionnée pour la tournée de 2007. Quelques mois plus tard, repérée par Jeff Beck, elle le rejoint pour une série de sets en Europe. À 23 ans, elle collabore avec Prince. Elle a aussi joué avec Sting et Herbie Hancock, enregistré avec Ryan Adams, Ringo Starr, mais aussi Brian Wilson, Toto, Joe Walsh, David Gilmour, Warren Haynes, Jimmy Page et les Who pour lesquels elle a assuré la première partie des concerts de 2016. Sans compter qu’en parallèle, elle se produit en club avec sa propre formation, au sein de laquelle elle joue parfois de la guitare et chante ses propres compos. Pas étonnant que Tal soit aujourd’hui considérée comme faisant partie du futur de la basse. Under the Sun.

Patrick BETAILLE, octobre 2021

 

 

Orianthi Panagaris – This Is It!

Grâce à son père lui-même guitariste Orianthi Panagaris apprend à jouer de la guitare acoustique à six ans puis de la guitare électrique à dix ans. À partir de 14 ans, elle joue dans plusieurs groupes différents en Angleterre et en France. Elle quitte l’école à 15 ans pour se consacrer à la composition et à la scène. Son premier show a lieu en présence de Steve Vai et un peu plus tard elle a l’occasion de rejoindre sur scène Carlos Santana, Prince ou encore Eric Clapton, ce qui lui vaut le privilège de figurer en bonne place au panthéon des douze meilleures guitaristes électriques féminines. En 2009 elle est sollicitée par Michael Jackson. Elle raconte: ″À l’époque j’étais en train de terminer mon disque quand j’ai reçu un message qui disait:  Hey, Michael Jackson a besoin d’un guitariste, tu es exactement ce qu’il cherche. C’était signé: Michael Jackson et Michael Bearden (le directeur musical de Jackson)″. Orianthi sera ainsi présente sur toutes les répétitions de la tournée This Is It qui sera annulée et pour cause: Jackson décède en juin 2009. Fin août 2011, Boulot à temps plein pour Orianthi. Alice Cooper annonce son arrivée dans son groupe en remplacement de Damon Johnson parti rejoindre Thin Lizzy. Leur collaboration scénique durera jusqu’an 2014, année au cours de laquelle la guitariste australienne sera remplacée par Nita Strauss.

Patrick BETAILLE, juillet 2021

 

 

Stevie Ray Vaughan – Texas Flood

Début des années 80. Pour mémoire, c’était alors l’époque de la pop synthétique, de la new-wave dépressive et du hard rock FM avec moumoutes peroxydées et futals moule-burnes en simili skaï. C’est alors – au moment où la musique en avait le plus besoin – qu’un jeune guitariste déboule du Texas pour recentrer le débat. ″La première fois que je l’ai entendu à la radio, je ne savais pas qui il était et je me suis dit: ce gars-là va faire trembler le monde″ (Eric Clapton). Musicien professionnel dès l’âge de 17 ans, très bon chanteur, Stevie Ray Vaughan déclenche en 1983 un véritable feu d’artifice d’envolées stratocastphériques qui met tout le monde d’accord. Avec Texas Flood, un premier album jamais surpassé, le guitariste alterne compositions remarquables et reprises définitives de ses maîtres Buddy Guy et Howlin’ Wolf. Accompagné sous le nom de  Double Trouble par le batteur Chris Layton et l’ancien bassiste de Johnny Winter, Tommy Shannon, Vaughan mise avant tout sur le feeling d’un jeu riche et élégant. Il excelle dans les rythmiques claquantes mais sait aussi faire parler la poudre avec des chorus ravageurs et des solos d’une rare clarté qu’il ponctue à l’occasion par les effets d’une pédale wah-wah maitrisée à merveille. Une tournée européenne confirme la valeur du trio et en 1984 le deuxième album Couldn’t Stand the Weather se vend à de plus d’un million d’exemplaires dès sa sortie. Revers de la médaille, l’état de Vaughan se dégrade à cause des quantités phénoménales de drogues qu’il consomme régulièrement. Après une cure de désintox,  le musicien revient clean en 89 avec In Step, son quatrième opus couronné par  le Grammy Award du meilleur enregistrement de blues contemporain. Début 90 il enregistre Family Style avec son frère Jimmie (Fabulous Thunderbirds) et part en tournée avec lui, Clapton, Buddy Guy et Robert Cray. Après un concert dans le Wisconsin, Stevie monte dans un hélicoptère qui s’écrase à quelques kilomètres plus loin. Il meurt sur le coup le 27 août 1990. ″Je ne pleure jamais. Mais quand j’ai appris la nouvelle hier, je me suis assis sur mon lit et j’ai pleuré comme un bébé″ (John Lee Hooker).

Écouter: Parmi les quatre albums studio publiés de son vivant. Texas Flood (1983), le premier album fondamental et jouissif. Couldn’t Stand the Weather (1984) et ses incroyables versions de Tin Pan Alley et de Voodoo Chile. In step (1989), le dernier témoignage inventif et varié d’un guitariste au sommet de son art.

Voir: Live at the El Mocambo (1991). Extraits de deux concerts à Toronto en 1983. Dans une ambiance intime et moite, le power trio des débuts délivre un blues rock d’une puissance brute rarement égalée avec, en point d’orgue, une version viscérale de Voodoo Chile ( Slight Return). Splendide!

Patrick BETAILLE, janvier 2020.

Ellas McDaniel, aka Bo Diddley

Bien moins célèbre que Bill Haley, Elvis Presley, Buddy Holly, Jerry Lee Lewis, Eddie Cochran, Chuck Berry ou Little Richard,  Ellas MacDaniel est probablement celui à cause de qui tout à commencé, ou presque. Son surnom lui vient du Diddley Bow, un instrument rudimentaire constitué d’un morceau de fil de fer accroché à un mur sur lequel on faisait glisser un goulot de bouteille. Né dans un famille pauvre du Mississippi, Bo Diddley se retrouve à Chicago en 1934 où la famille s’installe dans un quartier difficile. Là, il suit ses études et s’oriente vers la lutherie, discipline qui l’amène à s’intéresser de près à la musique. Il commence par apprendre le violon mais après avoir découvert Muddy Waters et John Lee Hooker il se met à la guitare. À partir de 1943, Bo Diddley commence à se produire dans les rues, les marchés et finalement en club en 1951. En 1952, il acquiert un ampli qu’il bricole lui même pour sortir un son saturé allié à un vibrato électronique qui deviendra le Diddley sound. Sa formation de luthier l’amène également à concevoir des guitares – très souvent des Gretsch – aux formes surprenantes (rectangulaires, carrés) dont il bidouille l’électronique et avec lesquelles il devient l’un des premiers à utiliser l’accord ouvert issu du blues, et à l’enseigner autour de lui, notamment aux Rolling Stones dès leurs premières tournées. En 1955, avec son premier single, il révèle au grand public un rythme syncopé qui fera date dans le monde du blues et du rock: le Jungle Beat. Le Bo Diddley de la face A et le I’m a Man de la face B (inspiré d’un chanson de Muddy Waters) feront – avec Who do you Love, Hey Bo Diddley! et Before you accuse Me – partie de la tracklist du premier long play éponyme paru en 1958.  À partir de là et jusqu’à sa mort en 2008, Bo Diddley n’a cessé d’inspirer des groupes majeurs: Doors, Animals, Johnny Kid, les Kinks, les Stones (Dont le répertoire des débuts était presque exclusivement composé de ses titres), mais aussi Chicago, les Yardbirds, Dr. Feelgood, George Thorogood, Eric Clapton, et tant d’autres. En 1979 Bo faisait la première partie des Clash au cours de leur tournée aux USA. À ce sujet il déclarera dans une interview: ″Mec, depuis ce jour là mes oreilles sont complètement niquées″! Élu membre du prestigieux musée Rock and Roll Hall of Fame en 1987, celui qui en 1961 avait joué lors du concert d’investiture de John Fitzgerald Kennedy aimait à dire: ″Je ne joue pas du rock’n’roll, je joue du Bo Diddley″

Patrick BETAILLE, décembre 2020