Joanne Shaw Taylor – The Blues Album

On ne présente plus Joanne Shaw Taylor, l’une des plus fines gâchettes du blues rock accordé au féminin. La talentueuse guitariste anglaise nous revient avec un neuvième opus enregistré dans le studio de Joe Bonamassa qui, avec Josh Smith, assure la production. 11 titres pour un hommage aux sommités du blues et de la soul que sont Albert King, Little Richard, Magic Sam, Aretha Franklin, Otis Rush, Peter Green ou Little Milton. Taylor ne se contente pas d’une resucée de quelques standards judicieusement sélectionnés; elle y apporte une touche vraiment personnelle aidée en cela par Bonamassa qui s’est attaché à ne pas laisser la guitare dominer le chant. Joanna est une chanteuse à la fois audacieuse et puissante qui sait, quand il le faut, faire preuve de l’émotion sans laquelle le blues électrique ne peut tout simplement pas exister. Que l’on se rassure, elle reste avant tout et surtout une guitariste volcanique au talent considérable. Comme son titre le laisse supposer, The Blues Album est bien un album de blues (si, si!) mais pas que. Grâce à une production soignée et à l’apport de claviers et de cuivres admirablement bien dosés il parvient à célébrer une union qui devrait ravir les amateurs d’un mélange parfait qui puise directement dans le british blues boom de la fin des sixties, comme en témoigne ce Stop Messin’ Round de Fleetwood Mac époque Peter Green. Vous savez ce qu’il vous reste à faire!

Patrick BETAILLE, octobre 2021

Tal Wilkenfeld – Under the Sun

Tal Wilkenfeld est une jeune, talentueuse, et ambitieuse musicienne. Née en 1986 à Sydney elle commence la musique à 14 ans et pratique la guitare pendant trois ans avant de se consacrer à la quatre cordes. Elle n’a que 21 ans quand elle apprend que Chick Correa cherche un bassiste. Au culot elle envoie une démo de son travail et se retrouve sélectionnée pour la tournée de 2007. Quelques mois plus tard, repérée par Jeff Beck, elle le rejoint pour une série de sets en Europe. À 23 ans, elle collabore avec Prince. Elle a aussi joué avec Sting et Herbie Hancock, enregistré avec Ryan Adams, Ringo Starr, mais aussi Brian Wilson, Toto, Joe Walsh, David Gilmour, Warren Haynes, Jimmy Page et les Who pour lesquels elle a assuré la première partie des concerts de 2016. Sans compter qu’en parallèle, elle se produit en club avec sa propre formation, au sein de laquelle elle joue parfois de la guitare et chante ses propres compos. Pas étonnant que Tal soit aujourd’hui considérée comme faisant partie du futur de la basse. Under the Sun.

Patrick BETAILLE, octobre 2021

 

 

Orianthi Panagaris – This Is It!

Grâce à son père lui-même guitariste Orianthi Panagaris apprend à jouer de la guitare acoustique à six ans puis de la guitare électrique à dix ans. À partir de 14 ans, elle joue dans plusieurs groupes différents en Angleterre et en France. Elle quitte l’école à 15 ans pour se consacrer à la composition et à la scène. Son premier show a lieu en présence de Steve Vai et un peu plus tard elle a l’occasion de rejoindre sur scène Carlos Santana, Prince ou encore Eric Clapton, ce qui lui vaut le privilège de figurer en bonne place au panthéon des douze meilleures guitaristes électriques féminines. En 2009 elle est sollicitée par Michael Jackson. Elle raconte: ″À l’époque j’étais en train de terminer mon disque quand j’ai reçu un message qui disait:  Hey, Michael Jackson a besoin d’un guitariste, tu es exactement ce qu’il cherche. C’était signé: Michael Jackson et Michael Bearden (le directeur musical de Jackson)″. Orianthi sera ainsi présente sur toutes les répétitions de la tournée This Is It qui sera annulée et pour cause: Jackson décède en juin 2009. Fin août 2011, Boulot à temps plein pour Orianthi. Alice Cooper annonce son arrivée dans son groupe en remplacement de Damon Johnson parti rejoindre Thin Lizzy. Leur collaboration scénique durera jusqu’an 2014, année au cours de laquelle la guitariste australienne sera remplacée par Nita Strauss.

Patrick BETAILLE, juillet 2021

 

 

Stevie Ray Vaughan – Texas Flood

Début des années 80. Pour mémoire, c’était alors l’époque de la pop synthétique, de la new-wave dépressive et du hard rock FM avec moumoutes peroxydées et futals moule-burnes en simili skaï. C’est alors – au moment où la musique en avait le plus besoin – qu’un jeune guitariste déboule du Texas pour recentrer le débat. ″La première fois que je l’ai entendu à la radio, je ne savais pas qui il était et je me suis dit: ce gars-là va faire trembler le monde″ (Eric Clapton). Musicien professionnel dès l’âge de 17 ans, très bon chanteur, Stevie Ray Vaughan déclenche en 1983 un véritable feu d’artifice d’envolées stratocastphériques qui met tout le monde d’accord. Avec Texas Flood, un premier album jamais surpassé, le guitariste alterne compositions remarquables et reprises définitives de ses maîtres Buddy Guy et Howlin’ Wolf. Accompagné sous le nom de  Double Trouble par le batteur Chris Layton et l’ancien bassiste de Johnny Winter, Tommy Shannon, Vaughan mise avant tout sur le feeling d’un jeu riche et élégant. Il excelle dans les rythmiques claquantes mais sait aussi faire parler la poudre avec des chorus ravageurs et des solos d’une rare clarté qu’il ponctue à l’occasion par les effets d’une pédale wah-wah maitrisée à merveille. Une tournée européenne confirme la valeur du trio et en 1984 le deuxième album Couldn’t Stand the Weather se vend à de plus d’un million d’exemplaires dès sa sortie. Revers de la médaille, l’état de Vaughan se dégrade à cause des quantités phénoménales de drogues qu’il consomme régulièrement. Après une cure de désintox,  le musicien revient clean en 89 avec In Step, son quatrième opus couronné par  le Grammy Award du meilleur enregistrement de blues contemporain. Début 90 il enregistre Family Style avec son frère Jimmie (Fabulous Thunderbirds) et part en tournée avec lui, Clapton, Buddy Guy et Robert Cray. Après un concert dans le Wisconsin, Stevie monte dans un hélicoptère qui s’écrase à quelques kilomètres plus loin. Il meurt sur le coup le 27 août 1990. ″Je ne pleure jamais. Mais quand j’ai appris la nouvelle hier, je me suis assis sur mon lit et j’ai pleuré comme un bébé″ (John Lee Hooker).

Écouter: Parmi les quatre albums studio publiés de son vivant. Texas Flood (1983), le premier album fondamental et jouissif. Couldn’t Stand the Weather (1984) et ses incroyables versions de Tin Pan Alley et de Voodoo Chile. In step (1989), le dernier témoignage inventif et varié d’un guitariste au sommet de son art.

Voir: Live at the El Mocambo (1991). Extraits de deux concerts à Toronto en 1983. Dans une ambiance intime et moite, le power trio des débuts délivre un blues rock d’une puissance brute rarement égalée avec, en point d’orgue, une version viscérale de Voodoo Chile ( Slight Return). Splendide!

Patrick BETAILLE, janvier 2020.

Ellas McDaniel, aka Bo Diddley

Bien moins célèbre que Bill Haley, Elvis Presley, Buddy Holly, Jerry Lee Lewis, Eddie Cochran, Chuck Berry ou Little Richard,  Ellas MacDaniel est probablement celui à cause de qui tout à commencé, ou presque. Son surnom lui vient du Diddley Bow, un instrument rudimentaire constitué d’un morceau de fil de fer accroché à un mur sur lequel on faisait glisser un goulot de bouteille. Né dans un famille pauvre du Mississippi, Bo Diddley se retrouve à Chicago en 1934 où la famille s’installe dans un quartier difficile. Là, il suit ses études et s’oriente vers la lutherie, discipline qui l’amène à s’intéresser de près à la musique. Il commence par apprendre le violon mais après avoir découvert Muddy Waters et John Lee Hooker il se met à la guitare. À partir de 1943, Bo Diddley commence à se produire dans les rues, les marchés et finalement en club en 1951. En 1952, il acquiert un ampli qu’il bricole lui même pour sortir un son saturé allié à un vibrato électronique qui deviendra le Diddley sound. Sa formation de luthier l’amène également à concevoir des guitares – très souvent des Gretsch – aux formes surprenantes (rectangulaires, carrés) dont il bidouille l’électronique et avec lesquelles il devient l’un des premiers à utiliser l’accord ouvert issu du blues, et à l’enseigner autour de lui, notamment aux Rolling Stones dès leurs premières tournées. En 1955, avec son premier single, il révèle au grand public un rythme syncopé qui fera date dans le monde du blues et du rock: le Jungle Beat. Le Bo Diddley de la face A et le I’m a Man de la face B (inspiré d’un chanson de Muddy Waters) feront – avec Who do you Love, Hey Bo Diddley! et Before you accuse Me – partie de la tracklist du premier long play éponyme paru en 1958.  À partir de là et jusqu’à sa mort en 2008, Bo Diddley n’a cessé d’inspirer des groupes majeurs: Doors, Animals, Johnny Kid, les Kinks, les Stones (Dont le répertoire des débuts était presque exclusivement composé de ses titres), mais aussi Chicago, les Yardbirds, Dr. Feelgood, George Thorogood, Eric Clapton, et tant d’autres. En 1979 Bo faisait la première partie des Clash au cours de leur tournée aux USA. À ce sujet il déclarera dans une interview: ″Mec, depuis ce jour là mes oreilles sont complètement niquées″! Élu membre du prestigieux musée Rock and Roll Hall of Fame en 1987, celui qui en 1961 avait joué lors du concert d’investiture de John Fitzgerald Kennedy aimait à dire: ″Je ne joue pas du rock’n’roll, je joue du Bo Diddley″

Patrick BETAILLE, décembre 2020

 

Popa Chubby – It’s a Mighty Hard Road

Popa Chubby Nouvel albumLa couleur est annoncée et autant le dire tout de suite: aucune baisse de régime chez Popa Chubby. Le nouvel album, It’s a Mighty Hard Road, comporte pas moins de 15 titres pour un total d’une heure de blues, de rock et de soul avec, ça et là, des teintes jazzy et des influences latines. Toujours aussi inspiré, Ted Horowitz dévoile une fois de plus l’étendue de ses talents de chanteur, de compositeur, de mélodiste et surtout, de guitariste. ″La saveur est dans le gras″, c’est Popa qui le dit en ouvrant cette production. Pas de régime minceur pour une tambouille riche, variée et consistante qui invite à demander du rab. Sachant le géant du Bronx atteint d’un diabète invalidant (il marche avec une canne et assure ses prestations assis – NDLR),  on aurait pu craindre le pire. Nous voilà rassurés, 30 ans de carrière célébrés avec un nouvel album qui prouve que les meilleurs arômes se développent après maturation. C’est un sacré voyage!

Patrick BETAILLE, février 2020

Andy Summers – Stratocaster Fender/Leica

Andy Summers Stratocaster Leica MBien qu’étant surtout connu en tant que musicien, Andy Summers est aussi écrivain mais aussi photographe. Quand l’énorme notoriété de Police lui en laissait le temps et chaque fois qu’il le pouvait, le guitariste jouait de son appareil photo. A ce titre, il a sorti en 2007 I’ll Be Watching Youun recueil photographique consacré aux années passées aux côtés de Sting et Stewart Copeland. Connaisseur et technicien avisé, le virtuose Andy travaille essentiellement en noir et blanc avec la Rolls du matériel photographique: Le Leica M. Si le fabriquant allemand témoigne d’un savoir-faire incontestable, Fender et son Custom Shop construisent eux des guitares Signature, rendant ainsi hommage à certains grands talents. Le 17 septembre, Fender a lancé le modèle Andy Summers Monochrome Strat. En édition limitée à 50 exemplaires la Stratocaster conçue par Dennis Galuszka fait appel à un collage de photos prises par Andy et est construite selon ses spécifications. Manche et touche en érable, corps 2 pièces en aune et  micros bobinés à la main. La signature du guitariste est apposée sur la tête de manche mais aussi sur la plaque de jonction manche/caisse. S’agissant d’un réel partenariat entre Fender et Leica, on retrouve aussi sur cette Fender Andy Summers Monochrome Strat le point rouge symbole de Leica sur la 15ème case. Présents également, des boutons de contrôle cylindriques de couleur argent similaires à ceux de l’appareil Photo. Il faut débourser 12 500$ pour ce morceau d’histoire instantané à 6 cordes et sensiblement la même chose pour le Leica M Signature qui lui aussi a droit à son édition spéciale. Vous avez demandé la  Police? Ne quittez pas!

Patrick BETAILLE, septembre 2019

 

 

Slash – Gibson EDS-1275 Doubleneck

Slash knockin' on Heaven's doorLa Gibson EDS-1275 doit essentiellement sa notoriété à Jimmy Page et son modèle de 1968 en version Cherry utilisé sur scène pour certains morceaux comme The Song Remains The SameThe Rain Song et surtout Stairway to Heaven qui désormais appartient à l’histoire. Autres temps, autres mœurs avec Guns N’ Roses et Slash, lui aussi fan de Gibson Les Paul, et prêt à s’essayer à la désormais emblématique double manche. Le guitariste recherchait impérativement un modèle noir, plus rare à l’époque. Bingo! En 1990 il fait l’acquisition d’une Gibson 1966 EDS-1275 Doubleneck qu’il adopte définitivement lors des concerts du Use Your Illusion Tour et qu’il sublime lors de l’interprétation de la reprise de Knockin’ on Heaven’s Door de Dylan. C’est cette pièce de collection que le Gibson Custom Shop recrée aujourd’hui en édition limitée à 125 exemplaires labellisés Aged Ebony. Techniquement le corps de l’instrument est réalisé à partir d’une seule pièce d’acajou massif et les deux manches collés affichent un profil en ″C″ doté de touches palissandre. Slash lui même précise que le câblage a été revu pour que les boutons de volume soient vers l’avant et ceux de tonalité vers l’arrière, ce qui n’était pas le cas avec l’édition originale. Plus étonnant encore, vintage oblige, la guitare est vieillie via l’ajout de craquelures au niveau du vernis et de quelques pocs disséminés et exécutés ici et là à la mimine pour attester d’un vrai/faux ou faux/vrai usage intensif (!). Chacun des 125 exemplaires sera donc légèrement différent des autres. En bon commercial, Slash précise aussi que le premier prototype qu’il a testé sonne mieux que son originale de 1966 (!). Tout ça vaut bien une tit’ signature apposée de la main du maître sur chaque exemplaire de cette Gibson Custom Shop Slash 1966 EDS-1275 Doubleneck qui sera disponible à partir du 1er octobre 2019 avec son étui vintage, sa sangle Slash Custom et bien sûr son certificat d’authenticité. 11.000$ pour pouvoir frapper à la porte du Paradis! De là à ce que la porte en question s’ouvre, c’est une autre histoire… Détails et Specs: Gibson Guitars.

Patrick BETAILLE, septembre 2019

 

David Gilmour – 21 millions pour l’Environnement

Guitares aux enchèresDavid Gilmour n’est pas un collectionneur compulsif; il a toujours considéré la 6 cordes en tant qu’instrument de travail, et non pas comme le signe ostentatoire de sa créativité. Grand amateur de Fender, le guitariste apprécie aussi les belles Gibson, Gretsch, Rickenbacker et autres Ovation ou Martin. Le 20 juin 2019 à New York une partie de ses instruments a été mise en vente à New York. Après 8 heures d’enchères chez Christie’s, 120 guitares ont été adjugées pour un montant total de 21 millions de billets verts. Une Stratocaster blanche arborant le numéro de série 0001 s’est vendue à 1.800.000$. Estimée entre 10.000 et 20.000 dollars, une Martin D-35 de 1969 a été adjugée 1.095.000$. La Gretsch White Penguin de 1958 et la Gibson Les Paul Gold de 1955 ont trouvé preneur à hauteur de 450.000 dollars chacune. Mais le clou de la vente a été atteint avec l’emblématique Stratocaster noire. Achetée en 1970, c’est la guitare de prédilection de David Gilmour, celle que l’on peut entendre sur tous les albums du Floyd de 1970 à 1983. La bien nommée ″Black Strat a été acquise pour 3.975.000 dollars devenant ainsi l’un des instruments les plus chers au monde; plus cher qu’un Stradivarius de 1707 vendu en 2006 pour 3.5 millions de dollars. De tout temps, le guitariste de Pink Floyd s’est attaché à verser de l’argent à des organisations caritatives. Il en va de même pour cette opération exceptionnelle puisque l’intégralité du produit de la vente sera versée à ClientEarth, une organisation qui oeuvre pour la protection de l’environnement. ″Parce que le changement climatique est le plus gros challenge que l’humanité doit affronter et qu’il ne reste que quelques années avant que les dommages ne soient irréversibles″ a récemment déclaré David Gilmour dans une interview.

Patrick BETAILLE, juin 2019

Kenny Wayne Shepherd – The Traveler

Kenny Wayne Shepherd BandEn 1995, Kenny Wayne Shepherd débarque à l’âge de 18 ans sur la scène Rock  avec Ledbetter Heights, qui lui confère instantanément le statut de prodige de la 6 cordes. 25 ans plus tard revoilà celui que l’on compare, souvent à tort, à feu Stevie Ray Vaughan, avec un nouvel album de 10 titres: The traveller. Dans la droite ligne du précédent Lay it on Down sorti deux ans auparavant et dès les premières mesures de ″Woman Like You″ la couleur est annoncée. Guitare énergique, puissance avérée et feeling enjôleur sont au rendez vous pour un rock aux accents sudistes au sein duquel les cuivres ont la part belle. Avec ses 8 compos et ses 2 reprises (dont l’éblouissant Turn To Stone de Joe Walsh) ce nouvel opus ne se cantonne pourtant pas à un Blues Rock couillu. Comme à son habitude, le guitariste refuse de laisser enfermer dans un seul genre et explore donc le Blues dans lequel il excelle mais aussi la Soul, la Country, l’Américana et même la Pop classieuse. Kenny Wayne Shepherd, toujours très inspiré, nous offre un album bien produit dont la solidité doit beaucoup aux excellent musiciens qui l’accompagne (dont Chris Layton aux drums et Noah Hunt au chant). The Traveler reste un hymne à la guitare de la part de l’une des plus fine gâchettes du Blues moderne qui prend le risque d’amener sa Stratocaster là où d’autres refuseraient de s’aventurer.

Patrick BETAILLE, juin 2019