Bootleggers – Rust, Bones et Rock’N’Roll

 

Une ambiance chaleureusement tamisée, comme une invite à passer un moment dans ce rade. Un néon rouge dessine les contours de l’État du Texas. Sur le mur en bois sombre, plusieurs photos, dont un portrait de Willie Nelson dominé par un trophée de longhorn et la bannière du Lone Star. En arrière-plan, des bouteilles chichement éclairées par un photophore posé sur le comptoir. Dans ce décor évoquant l’univers de la musique country, le musicien a commandé un Jack Daniels. Pensif, le regard posé sur l’horizon de tant d’années passées à promouvoir les racines de la culture musicale américaine, il attend. Didier Céré a rendez-vous avec les Bootleggers du coin.
Les contrebandiers arrivent, excités comme des puces sur le dos d’un coyote famélique par l’envie d’un ultime hommage à la country rock à la française. Ils sont conduits par Jeremy Mondou, compagnon de route du Did avec lequel il co-écrit neuf des onze titres de Rust, Bones and Rock’n’Roll. Les riffs incisifs du guitariste apportent l’énergie brute nécessaire pour faire grimper une température qui atteint des sommets quand le saxophone incandescent de Michel Mondou – le papa – entre en scène avec son style résolument old school appliqué à l’explosivité de Teddy Boy Stomp et Rock’n’Roll In The Bayou qui vous laissent sur le cul.
En chemin le duo père-fils, accompagné du bassiste Kris Jefferson et du batteur Nicolas Lacaze, est parvenu à convaincre quelques invités de participer au projet. Fred Chapellier dont l’intervention sur Down Town Austin offre une élégance bluesy que n’aurait pas renié Bill Deraime. Red Young, une légende de l’orgue Hammond, qui sublime For You Vietnam Vet et Down Town Austin. Jean-Yves Lozac’h qui abandonne provisoirement le banjo pour une pedal steel guitar qui apporte à Austin Texas, Let Me Stay Awhile, Stampede et Bluebonnet Trail la touche country indispensable. 
Le temps semble ne pas avoir de prise sur Didier Céré. Du rock au blues ou à la balade en passant par le stomp et la country, les voix sont empreintes d’une sincérité généreuse bien en phase avec la démarche du vieux rocker.


Autoproduit, enregistré au Celestine Studios de Pau et masterisé à Austin, Rust, Bones and Rock’n’Roll est un album irrésistiblement généreux de la part de ces Bootleggers qui s’approprient avec passion la culture populaire américaine.
Des extraits et l’achat du disque en numérique sont accessibles sur Bandcamp. La version physique est distribuée chez Silver Music à Lons mais il est possible de l’acquérir pour 20€ via Paypal ou en prenant contact avec Didier Céré: txdidier@wanadoo.fr


 

Leopard Hounds – Too Hot for Snakes

 

Bienvenue sur le Creole Queen pour une escale à la Nouvelle-Orléans. À la clef, une visite guidée de ces quartiers, qui, à la nuit tombée résonnent des accents d’une musique indie efficace et sincère. On trouve de nombreux groupes de blues sur les rives du Mississipi et à n’en pas douter Leopard Hounds semble s’imposer en tant que digne représentant de l’énergie nocturne suintant de ″ Big Easy ″. Avec Too Hot For Snakes, le quatuor propose un blues porté par des guitares flamboyantes, des rythmes hypnotiques et une voix culotée au rye whisky. En seulement 35 minutes, l’album nous plonge dans l’ambiance enfumée d’un bouge dans lequel on ne serait pas surpris de voir débarquer le fantôme de John Lee Hooker venu payer sa tournée. Jaw Flappin’, Crawl, Bywater Train, Bone Time et Leopard Hound, des titres représentatifs des intentions et de la personnalité du groupe.


Avec une aisance décontractée mais sans jamais tomber dans la facilité, ces néo-orléanais installent un groove moite au cœur d’une musique indéniablement trop chaude pour les serpents.


 

Tin Machine – Tin Machine II

 

[Extrait]: En 1980 Edward de Bell avait déjà travaillé avec David Bowie pour l’album Scary Monsters. Pour le second opus studio de sa Tin Machine,  » The Thin White Duke  » fait encore appel à l’artiste. Celui-ci compose alors l’artwork à partir d’une photo de la statue grecque du Kouros de Kroisos, répétée quatre fois. À vocation funéraire, la sculpture en marbre de l’homme affiche clairement les attributs de sa masculinité. Pour la sortie américaine du compact disc Tin Machine II, l’image est retouchée de façon à dissimuler les parties génitales des sujets. Passablement énervé, Bowie suggère que les acquéreurs de la version U.S renvoient la jaquette à la maison de disques en réclamant l’original. Le label refuse. Ce qui fera dire à la star:  » En Amérique seulement ? ! Mais bon sang, s’ils le souhaitent, les fans peuvent tout simplement retourner le cover art et afficher le verso en lieu et place du recto ! « . Cette tentative hard rock de la part de Bowie – en compagnie du guitariste Reeves Gabrels et des frères Tony et Hunt Sales – ne rencontrera qu’un succès très modéré !


L’intégralité de la chronique est à retrouver dans le livre:
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Otis Spann – Blues for Martin Luther King

 

Le 4 avril 1968, Martin Luther King Jr. est assassiné à Memphis. Quelques jours à peine après le drame, Otis Spann ressent le besoin d’exprimer sa douleur. Il entre en studio à Chicago. Seul au piano, il improvise un blues d’une tristesse absolue: Blues for Martin Luther King. Les paroles pleurent directement la perte du Dr. King et interrogent sur l’avenir de la lutte pour la justice sociale.

[Otis Spann. Blues for Martin Luther King – 1968]: ″ Tu nous as appris à être libres. Tu aimais tout le monde, noir ou blanc. Tu nous as appris qu’il ne sert à rien de se battre mais simplement qu’il faut défendre ce qui est juste… Avec patience et amour, tu t’es battu contre l’injustice. En tant que frères et sœurs, nous serons forts et c’est donc à toi que nous dédions cette chanson ″.

Ricky Warwick – Fire & Vengeance

 

Originaire d’Irlande du Nord où il a passé son enfance et son adolescence, Ricky Warwick a consacré plus de quatre décennies à bâtir une carrière fondée sur une une passion profonde pour le rock. Auteur-compositeur-interprète, le guitariste connait ses premiers succès avec New Model Army et  surtout avec The Almighty. Au début des années 1990, le groupe tourne beaucoup au Royaume-Uni et en Europe en première partie de grands noms comme Motörhead, Megadeth, Alice Cooper, Iron Maiden et Metallica. Split, reformation, tournées solo et participation à divers projets amènent Warwick à rejoindre la nouvelle formation de Thin Lizzy et intègre le groupe en tant que chanteur et guitariste. Il participe à la tournée commémorant les 25 ans de la mort du chanteur original, Phil Lynott. Nous sommes en 2008. En décembre 2012, il cofonde Black Star Riders et un premier album sort en 2013: All Hell Breaks Loose.
Quatre autres albums du line up suivront jusqu’en 2023, époque au cours de laquelle Ricky entame parallèlement une carrière solo. Avec cinq disques en studio à son actif, il revient avec un nouvel Opus: Fire & Vengeance. Coécrit et coproduit avec Keith Nelson, ancien gratteux de Buckcherry, l’album réunit un groupe d’amis exceptionnels. Phil Collen (Def Leppard), Doug Aldrich (Whitesnake et The Dead Daisies), Charlie Starr (Blackberry Smoke) y font tous des apparitions. Cette collaboration fonctionne à merveille, mêlant guitares furieuses, rhythmiques soutenues et la voix si caractéristique de Warwick. Nouveau chapitre donc destiné à explorer de nouveaux horizons sans pour autant s’éloigner d’un rock énergique et percutant.
L’album s’ouvre sur le morceau éponyme qui fait appel à l’énergie rebelle de Ricky. Il est évident qu’un certain Monsieur Lynott n’est pas loin. Rapide, furieux et sacrément jouissif, Hellbent & Heaven Sent déborde d’intensité punk. Seek Zen Destroy propose un riff original teinté de funk et une belle prestation de Phil Collen, solo compris. Mid tempo décontracté et nonchalant, When the King Falls prend une nouvelle tournure grâce à la guitare acoustique. Effet de surprise garanti avec You Just Lie et ses changements de rythme, une voix low-fi et des sonorités arabisantes. À la fois simple, délicate et entraînante The Angel’s Share porte bien son nom. L’ambiance qui s’en dégage est une belle offrande que Tom Petty accepterait dans hésiter. Un autre clin d’œil à Thin Lizzy avec un Last Chance to Dance accrocheur et on ne peut plus efficace. Sweet County Down tient toutes ses promesses. C’est un mix de country jubilatoire et de folk enjoué qui sent bon l’Irlande. Riffs teintés d’écho, batterie tonitruante et voix rocailleuse mettent Tumbleweed Town dans une atmosphère plus brute avec une baisse de tempo à mi-parcours pour laisser la place à un (trop) bref solo de six cordes. If You Think Your Country Needs You, le dernier des 10 titres du disque, est empreint de puissance. Sombre, lourd et poignant, il résume à lui seul le fait que le rock bande encore et que c’est grâce à Ricky Warwick.


Étonnamment Fire & Vengeance semble d’emblée familier tant il rassemble toutes les facettes d’une musique authentique. Habité ou rebelle – en tout cas inspiré – Ricky Warwick assume ses influences et leur offre une dimension inattendue grâce à un équilibre musical magistral. Difficile de passer à côté de cette belle réussite viscéralement rock’n’roll!


Johnny Winter – Gibson Firebird

© Photo: Mick Rock pour l’album Captured Live – 1976

 

Chanteur et guitariste américain, John Dawson Winter III (1944-2014) était mondialement reconnu pour ses albums de blues rock énergiques et ses performances scéniques exceptionnelles. Il a joué à Woodstock et a partagé la scène avec des artistes tels que Jimi Hendrix, Willie Dixon, John Lee Hooker, ou encore Muddy Waters dont il a relancé la carrière en produisant l’album Hard Again en 1977.
Johnny Winter a découvert la Gibson Firebird V au début des années 1960. D’abord attiré par son look futuriste il est rapidement tombé amoureux du son unique aux aigus riches et mordants délivrés par des micros mini-humbuckers. Sur son modèle Polaris White de 1964 il avait retiré le vibrato d’origine. le cordier fixe Tune-o-Matic de remplacement était plus approprié à son jeu rapide et énergique qui puisait dans les racines blues pour explorer les territoires du rock. Johnny utilisait un onglet de pouce qui lui permettait d’attaquer vigoureusement les cordes, donnant une couleur particulière au son qu’il produisait. Une signature tout droit sortie d’un ampli Fender Twin Reverb ou d’un Marshall Super Lead.


Guitariste puissant et chanteur à la voix rocailleuse, Johnny Winter a occasionnellement joué sur des Fender Telecaster et des National à résonnateur. Mais c’est essentiellement la Firebird qui l’a accompagné pendant des décennies sur les scènes du monde entier, devenant indissociable de celui que l’on surnommait la ″ Tornade Blanche ″ à cause de son albinisme.


 

Hackett & Rothery – The Roaring Waves

 

Il existe des collaborations artistiques souvent porteuses d’espoirs, parfois déçus, et des albums auxquels l’on ne s’attend pas. Qui aurait pensé en effet que Steve Hackett et Steve Rothery se retrouveraient un jour sur un projet commun? Eux qui partagent avec David Gilmour le statut de guitariste incontournable du rock progressif. Que ce soit avec leurs groupes d’origine – Genesis pour Hackett et Marillion pour Rothery – ou en solo, les deux Steve ont créé ou illustré certaines des plus belles œuvres qui ont élevé le rock au rang d’art à part entière.
Parlant le même langage, les deux musiciens étaient destinés à se rencontrer. Non pas pour se livrer à des joutes démonstratives mais plutôt pour parler un langage commun, celui de l’émotion.
Dès la première écoute de The Roaring Waves, une évidence s’impose. Les intervenants sont en osmose et aucun ne cherche à prendre l’ascendant sur l’autre. Les solos ne sont jamais un concours d’ego et l’harmonie est palpable. Les interventions semblent viser la note juste en évitant les stéréotypes du Prog Rock. Peu d’embrasements techniques, pas d’envolées interminables et aucune course effrénée aux enchevêtrements complexes. Les compositions privilégient la richesse des nuances dans un contexte maîtrisé et sans emphase.
Hackett et Rothery ouvrent cet album conceptuel avec The Storm, un  titre à l’introduction aérienne évoluant vers un riff appuyé pour s’achever sur un superbe dialogue de guitares. The Black Sea. L’exemple parfait de l’élégance. Sur une trame lente et majestueuse, nous est offert un moment de complicité de toute beauté. Ambiance hispanisante pour le morceau titre qui débute avec une guitare à cordes nylon avant que la maestria de la fée électrique ne prenne le relais. Évidemment, il y a d’autres pépites qui méritent le détour. Red Dragon à l’ambiance hindoustanique, Sandsend aux guitares caressantes sur un tempo tout en délicatesse et l’étonnant K-129 et ses lignes mélodiquement subtiles, ses guitares saturées et ses solos inventifs. Pacific Coast Highway, le morceau le plus rythmé de l’album est dominé par l’harmonica. Changements de cadences, orgue Hammond, guitares aux sonorités bluesy, l’album s’achève sur un climax cristallin baigné de chœurs féminins.


The Roaring Waves bénéficie d’une production particulièrement soignée qui met en valeur la délicatesse des arrangements et la dextérité des protagonistes. Chaque moment occupe un espace dans lequel la guitare est plus qu’un instrument. Elle devient une façon de raconter une histoire en exprimant des émotions.


The Offspring – The Offspring

 

[Extrait]: Le premier album éponyme des punk rockers The Offspring paraît le 15 juin 1989. L’illustration originale publiée par Nemesis Records fait appel à la représentation d’un alien qui surgit d’un corps explosé en brandissant une Stratocaster. Qualifiée de grotesque, l’image nuit à l’album déjà sujet à controverse à propos du morceau Kill the President (complètement retirée des rééditions de l’album à partir de 2001, ainsi que de toutes les plateformes de streaming). Il faudra plus de deux ans pour écouler les 5000 copies de cette première tentative. Néanmoins, le succès aidant et suite à un changement de label, le disque sera réédité en 1995 par Nitro Records mais avec un autre visuel…


L’intégralité de la chronique est à retrouver dans le livre:
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The Gems – Year of the Snake

 

Seulement trois ans après ses débuts, le trio féminin de hard rock suédois, The Gems, présente son deuxième album: Year Of The Snake. Composée par les ex-Thundermother Guernica Mancini au chant, Mona Lindgren (guitare, basse) et Emlee Johansson à la batterie, la formation continue sur sa lancée avec 14 nouveaux titres composés en 2025.
Après Walls, une introduction presque a capella, l’album démarre pied au plancher avec The Year of the Snake qui met d’emblée en lumière les atouts majeurs du groupe : puissance de la voix, riffs incisifs et rythmique percutante. Avec Gravity, les filles jouent la carte pop colorée destinée aux radios. Groove impeccable pour Diamond in the Rough. Invitation à un retour vers les années 80 avec Live And Let Go au refrain typé arena rock, Cloud Chaser en mode Joan Jett, Hot Bait teinté ZZ Top et un Forgive & Forget qui ralentit le tempo pour la ballade de rigueur. La seconde partie de l’album maintient le tempo. Le percutant Go Along To Get Along, l’entraînant Math Ain’t Mathing et le puissant Firebird confirment l’autorité du trio. Stars et Buckle up mettent en valeur le sens du solo parfaitement maîtrisé de Lindgren. Happy Water et sa virulence quasi punk apporte une conclusion explosive en démontrant tout un savoir-faire fondé sur une cadence soutenue, des riffs catchy et la voix maitrisée de Guernica.


Si l’on veut être honnête, The Gems n’est pas encore le groupe incontournable d’un heavy rock que Year Of The Snake ne cherche pas forcément à réinventer. Mais ce que l’album fait, il le fait bien et ça fonctionne. Certains morceaux marquent plus que d’autres, mais l’ensemble reste solide et fun.


Jeff Beck – Gibson Les Paul Oxblood

Source Image: Verso du Cover art de l’album Blow By Blow – 1974

 

À mi-parcours des seventies, Jeff Beck (1944-2023) a déjà une décennie bien remplie derrière lui. En 1965, il remplace Eric Clapton au sein des Yardbirds. En 1967, il forme le premier Jeff Beck Group avec Rod Stewart au chant et Ron Wood à la basse. Et enfin, l’éphémère Beck-Bogert-Appice  voit le jour en 1972.
Cette année là, le redoutable power trio tourne aux États-Unis. Alors qu’à l’époque Beck joue essentiellement sur Stratocaster, il tombe dans un magasin de Memphis sur une Gibson de 1954. Endommagée, la Les Paul Gold Top avait été restaurée mais aussi modifiée. Micros d’origine remplacés par des humbuckers, manche remis à neuf et une peinture couleur brun chocolat qui lui valu le nom de Oxblood  (sang de bœuf). Tombé sous le charme de la six cordes, Jeff en a fait son instrument principal pour les deux années suivantes. Deux années cruciales dans sa carrière puisque c’est avec cette guitare qu’en 1974 il a enregistré son véritable premier album solo: Blow By Blow. Entièrement instrumental et connoté jazz-rock-fusion, le disque est illustré par une peinture de John Collier représentant Jeff Beck avec sa Les Paul. En janvier 2025 chez Christie’s, la Oxblood  a été adjugée 1,2 millions d’euros!


En 1974, après la dissolution de BBA, le guitariste avait été sollicité par les Rolling Stones pour remplacer Mick Taylor. Sans grande conviction il passa une journée à jouer du blues avec le groupe avant de réaliser que leurs styles musicaux étaient totalement incompatibles. Dans une interview Jeff Beck déclara : ″ Keith Richards et moi, on ne se serait jamais entendus ″.