Foo Fighters – Your Favorite Toy

 

En à peine un peu plus de 30 minutes top chrono la boucle est bouclée. Your Favorite Toy va droit au but. Pas d’intros à rallonge, pas de fondus en fermeture, rien qui ne semble vouloir prouver quoi que ce soit. Le groupe ne se replonge pas dans le passé, mais il ne perd pas non plus dans la créativité introspective. En 10 titres Dave Grohl et sa bande assènent ce qu’ils font le mieux: du Foo Fighters et c’est d’ailleurs pour ça qu’on les aime. Soutenue par un groupe au diapason, la voix du frontman est toujours aussi intense.
Les morceaux sont percutants, incisifs et privilégient l’immédiateté. Tout en puissance contenue, Caught in the Echo annonce la couleur avant que Of All People ne bénéficie d’une sérieuse accélération. Window adopte un rythme moins soutenu mais parvient à préserver l’intensité. Your Favorite Toy va droit au but et met le feu aux poudres. Baisse de régime bien sentie et sans excès pour If You Only Knew, juste avant la déflagration de Spit Shine qui met en avant le beau boulot du nouveau batteur Ilan Rubin. Pop rock mélancolique et vitaminée pour Unconditional et Child Actor, brillants de par les sonorités dépouillées et les performances vocales de Dave. Amen Caveman et Asking For a Friend bénéficient d’un son brut, plus proche des premières inspirations du groupe.


Plus court et moins sombre que le précédent But Here We Are, Your Favorite Toy reste bien ancré dans la tradition d’un rock puissant, efficace et encore capable de balancer quelques claques revigorantes.


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Eric Clapton – Gibson SG: The Fool

Eric Clapton, March 25th 1967 RKO Theatre, New York

 

Selon ″ Slow Hand ″, cette fantaisie flashy était une idée de Robert Stigwood. Le manager de Cream souhaitait marquer les esprits avec une image originale du groupe alors sur le point d’entamer sa première tournée aux États-Unis. Contact fut pris avec The Fool, un collectif d’artistes psychédéliques néerlandais connu pour avoir décoré la façade du siège social d’Apple des Beatles et la Rolls Royce de John Lennon. Objectif: concevoir des tenues originales et décorer les instruments des musiciens: la batterie de Ginger Baker, la basse de Jack Bruce et la guitare d’Eric Clapton.
Bruce n’apprécia pas le travail effectué sur sa Fender VI qu’il n’utilisa que lors d’apparitions télévisées. Eric, lui, était fan de sa SG Standard de 1964 au look particulier avec laquelle il joua pour la première fois le 25 mars 1967 au RKO Theatre de New York. C’est là que Cream participa à une série de concerts avec The Who, Wilson Picket et Mitch Ryder. Clapton utilisa cette guitare baptisée The Fool pour la plupart des enregistrements du groupe jusqu’à la séparation en 1968, puis l’offrit à George Harrison. La Gibson passa ensuite entre les mains de Jackie Lomax – alors producteur de Harrison – puis dans celles de Todd Rundgren qui, en 2000, la vendit aux enchères pour environ 150 000 dollars. En 2019, The Fool fut la pièce maîtresse de l’exposition ″ Play It Loud ″ organisée par le Rock and Roll Hall of Fame. En 2023, après avoir été revendue 500 000$ à un collectionneur privé, ce symbole du psychédélisme britannique a été acquis par la Jim Irsay Collection qui rassemble des instruments de musique liés à l’histoire américaine.

 

Sodom – Mortal Way of Live

 

[Extrait]: Sebastian Krüger est à l’origine du cover art de Mortal Way of Live. En 1988, une orgie au cœur de l’antique cité de Sodome illustre l’album live du trio de trash allemand Sodom. Achtung, zensur! En lieu et place du visuel inconvenant: le logo du groupe et le titre de l’album en blanc sur fond noir… 


L’intégralité de la chronique est à retrouver dans le livre:

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Dan Armstrong: See Through Guitars

© Source Image: Album Cover Art: The Rolling Stones-Going Back To The Roots. Vinyl Gang Production

 

À la fin des années 60, la société Ampeg, surtout spécialisée dans la production d’amplificateurs de basses, rencontre des difficultés et souhaite conquérir de nouvelles part de marché en élargissant son activité. En 1968, l’entreprise du New Jersey rachète Grammar Guitars – une société de Nashville spécialisée dans la fabrication de guitares acoustiques – et embauche des consultants afin de renforcer son attractivité.
Parmi les nouveaux venus, Dan Armstrong (1934-2004), guitariste, luthier et musicien de studio newyorkais qui suggère à la marque de se concentrer sur la fabrication de guitares électriques et propose un nouveau concept original. Le projet consiste en un corps de guitare fabriqué en acrylique et associé à un manche en érable. Autre nouveauté: des micros conçus par Bill Lawrence. Très facilement interchangeables, ces électroniques disponibles en versions aigües ou graves offrent la possibilité aux musiciens d’adopter des sonorités rock, country ou jazz.
Ainsi, le catalogue Ampeg de 1969 propose pour la première fois les nouvelles guitares et basses ″ See-Through ″ (traduction: voir au travers). Cette quête d’originalité a sans aucun doute donné naissance à un instrument à l’esthétique singulière, mais Dan souhaitait surtout exploiter ce qu’il considérait comme les avantages d’un matériau massif qui, bien que difficile à usiner et lourd, offrait un sustain exceptionnel. 
Quand Keith Richards a essayé son exemplaire sur scène il a tout de suite adoré le son, le confort de jeu et la façon dont les lumières jouaient avec la matière transparente. Il n’a pas été le seul. De nombreux guitaristes se sont laissés séduire: David Bowie, Johnny Thunders, Lou Reed, Phil Lynott, Joe Walsh, Ron Wood, Randy Rhoads, Joe Perry et beaucoup d’autres. Aujourd’hui encore, des artistes comme John Frusciante (Red Hot Chili Peppers), Justin Hawkins (The Darkness) ou Dave Grohl (Foofigthers) jouent occasionnellement de l’acrylique.


Fender avait déjà fabriqué une Stratocaster entièrement en plexy pour les salons professionnels. Il s’agissait d’un simple outil marketing de démonstration qui n’a jamais été commercialisé en tant que modèle de la marque. Après une brève période de production (de 1969 à 1971), l’Ampeg Dan Armstrong a fait l’objet de rééditions en 1998 et en 2006.


 

Dana Fuchs – Live In Denmark

 

Depuis 2003, année de la parution du premier album Lonely for a Lifetime, Dana Fuchs a atteint à deux reprises le Top 10 des Blues Albums du Billboard, notamment avec Bliss Avenue, sa troisième production en studio, et Songs from the Road enregistré en public et paru en 2014. Se retrouver face au public est un exercice qui semble particulièrement convenir à l’américaine qui, déjà en 2007, avait sorti le Live In NYC enregistré au BB King’s Club.
Live in Denmark arrive à point nommé pour confirmer que la chanteuse possède une voix exceptionnelle et de l’énergie à revendre. Le concert danois débute avec trois titres du dernier Borrowed Time de 2022. Tour de chauffe donc avec le rock irrésistiblement seventies de Double Down et de Hard Road. Le tempo ralentit avec Blue Mist Road tout en restant dans la même mouvance. Après Superman et Nothing You Own – un Southern Blues mâtiné de soul – vient l’un des moments forts: Home Is Where The Hatred Is. Intense, le chant y est poignant et les musiciens sont au sommet de leur art. La vitesse de croisière est atteinte en mode country rock avec Borrowed Time et battle Lines tandis que le puissant Curtain Close incorpore subtilement des éléments du classique Ain’t No Love In The Heart Of The City de Bobby Blue Bland, joliment repris en son temps par Whitesnake. Le set s’achève en apothéose avec une reprise magistrale du Sympathy for the Devil de kivouçavé.
Il faut noter que tout au long de la prestation, John Diamond livre un jeu de guitare exceptionnel et que Kevin Mackall – Bassiste et mari de la frontwoman – fait preuve d’un feeling et d’une technique redoutables, bien en phase avec la finesse de Piero Perelli aux drums. Ce trio est en totale osmose et complète à merveille le cri primal de Dana Fuchs.


Live In Denmark est un témoignage brut et authentique. Les amateurs de blues-rock ne seront pas indifférents à la qualité de l’enregistrement et surtout, à la belle performance d’une artiste à la voix rauque, expressive et inimitable. 


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Alvin Lee – Gibson ES 335: The Big Red

© Photo: Jim Summaria. Alvin lee à Chicago en 1975

Au milieu des années 1960, la réputation de Alvin Lee (1944-2013) n’avait pas encore eu d’impact significatif outre-Atlantique. En 1964, le guitariste/chanteur joue avec The Jaybirds et pour 45£ il achète dans un magasin de Nottingham une Gibson ES-335 Cherry Red de 1959.
Comme il aime bidouiller l’électronique il commence à apporter des modifications à celle qui allait devenir un peu plus tard ″ The Big Red ″. Il supprime les capots des micros humbuckers Gibson pour obtenir un son plus incisif et, entre les deux, il ajoute un micro de Fender Startocaster associé à une commande de volume dédiée. Il remplace également le vibrato Bigsby d’origine par un cordier fixe.
En 1967, Alvin Lee, Leo Lyons, Chick Churchill et Ric Lee adoptent le nom de Ten Years After et c’est en avril 1968 que l’un des premiers des 11 autocollants vient orner le haut de la Gibson: le fameux Peace Symbol qui accompagnera Alvin Lee tout au long de sa carrière.
En août 1969 dans l’état de New-York, TYA se produit lors de la dernière soirée du festival de Woodstock. Le guitariste britannique monte sur scène et offre au public une véritable leçon de rock’n’roll. Son arme? Un jeu envoûtant mêlant passion et virtuosité dont la vélocité sans précédent parvient à hypnotiser les 500 000 festivaliers et à conduire le fan d’Elvis et de Scotty Moore au panthéon des dieux de la six cordes.
En 1972 au cours d’un concert au Marquee à Londres, Alvin casse le manche de sa six cordes. Big Red est envoyée aux États-Unis pour remise en état. Gibson décide de remplacer le manche et la tête plutôt que de tenter une réparation. La nouvelle pièce est dotée de repères rectangulaires, en lieu et place des points de la touche d’origine. Les techniciens en profitent pour appliquer un vernis sur la caisse, fixant ainsi à jamais les huit stickers existants alors. 
Alvin Lee déclara un jour que la Gibson ES-335 était ″ le meilleur investissement que j’aie jamais fait ″. Même si  à Woodstock il la jeta négligemment au sol à la fin de I’m Going Home, il a toujours traité sa ″ Big Red ″ avec respect, changeant les cordes avant chaque concert et l’entretenant avec une méticulosité extrême.


Dans une interview Alvin Lee racontait avoir reçu une offre de un demi-million de livres sterling pour sa ″ Big Red ″. De peur d’être la victime de la folie du marché des objets de collection et du vintage, ″ Captain Speed Fingers ″ n’osait plus ressortir son instrument fétiche lors de ses dernières tournées. De fait, un autre morceau de l’histoire du rock se retrouva au coffre, remisé dans son étui. Jusqu’à quand?


 

Roy Orbison – Oh Pretty Woman

 

Même quand il se produisait sur scène avec son groupe, Roy Orbison ne parvenait pas à coller à la tendance du moment. Sa timidité maladive lui interdisait d’adopter les postures et gesticulations en vogue. Il se forçait et se trouvait ridicule. Au point que, pendant un moment, il mit de côté son rôle de chanteur pour se consacrer à la composition au service d’autres artistes.
En 1960, il signe avec le label Monument et enregistre Only the Lonely, une romance lyrique qu’il supervise de bout en bout et qui se retrouve n°2 au Billbord. Motivé par ce succès, il enchaîne dès lors un nombre impressionnant de tubes.
1964, alors qu’il est chez lui et travaille avec son partenaire et compositeur Bill Dees, son épouse Claudette entre et annonce se rendre en ville pour faire du shopping. Roy lui demande si elle a besoin d’argent, et Dees de plaisanter : ″ Une jolie femme n’a jamais besoin d’argent ″… Inspiré, Orbison commence à fredonner: ″ Pretty woman, walking down the street ″…
Oh, Pretty Woman est composé et enregistré en deux semaines pour paraître en single le 15 août 1964. Alors que le titre grimpe dans les charts, Roy découvre que sa femme le trompe et demande le divorce. En 1966, ils se réconcilient et se remarient, mais deux mois plus tard, Claudette est tuée dans un accident de moto. En 1968, alors que le chanteur est en tournée, ses deux fils aînés meurent dans un incendie, chez lui…
Oh Pretty Woman fut le dernier grand succès de Roy Orbison. Longtemps en sommeil, sa carrière est relancée dans les années 80 lorsque certains artistes le citent en tant qu’influence majeure et l’invitent à rejoindre divers projets tels que The Travelling Wilburys avec Bob Dylan, Tom Petty, George Harrison et Jeff Lynne. En 1990, la chanson se retrouve à l’honneur sur le titre et la bande son du film Pretty Woman, avec, dans les rôles principaux Julia Roberts et Richard Gere.


L’intégralité de la chronique est à retrouver dans le livre:
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Poison Ivy – Gretsch 6120

© Photo: Clayton Call

 

Formé par le chanteur Erick Lee Purkhiser et la guitariste Kristy Marlana Wallace, The Cramps émergent au printemps 1975 en proposant une fusion unique mêlant le rock et le rockabilly des années 50 aux sonorités punk débridées de l’époque. Sous les pseudos respectifs de Lux Interior et Poison Ivy, les membres fondateurs se définissent eux-mêmes comme les porte-parole d’une contre-culture américaine qui fait la part belle à la violence, au sexe et aux drogues. Outre ces outrances, c’est également la présence de Kristy qui attire l’attention et marque les esprits par ses tenues et attitudes provocantes mais aussi et surtout par son jeu radical.
La ″ Poison ″ fait ses débuts avec une gratte Lewis à corps plein, équipée d’un vibrato de type Bigsby et dotée d’un manche plat, large et confortable. Lors d’un concert à Paris, l’instrument est cassé durant une bousculade. C’était en 1985, date à laquelle la miss flashait sur une autre six cordes qui ne la quittera quasiment plus: une Gretsch 6120. Ce modèle réputé pour sa sonorité brillante deviendra emblématique du style de Poison Ivy, très influencée par Link Wray et Duane Eddy. La caisse creuse contribuait à une réverbération naturelle idéale pour un son aérien riche en écho. Les micros réglés près des cordes à fort tirant offraient un niveau de sortie élevé, idéal pour obtenir le mordant grâce auquel elle assurait les parties rythmiques et les solos au sein des Cramps.


Poison Yvy utilisait occasionnellement une Gibson ES-295. Sur scène, elle disposait d’une réédition de la Gretsch 6120 plus récente mais uniquement en cas de besoin. Adepte des instruments au look original, elle eut également entre les mains une Danelectro Longhorn, une Ampeg Dan Armstrong et une National Newport. 


 

Ugly Kid Joe – America’s Least Wanted

 

[Extrait]: Sorti en 1992, America’s Least Wanted est le premier Long Play du groupe de heavy metal californien : Ugly Kid Joe. Le Sale Gosse en question serait une caricature de Whitfield Crane – chanteur et fondateur de UKJ – dessinée par son ami de collège Moish Brenman. Celui qui deviendra la mascotte de la formation est déjà présent sur As Ugly As They Wanna Be – le tout premier EP du groupe – sur l’illustration duquel il affiche un sourire narquois tout en faisant un doigt d’honneur et en dissimulant une bouteille de bière dans son dos. Pour le cover art de America’s Least Wanted, Joe prend la place de la statue de la liberté et se livre à un fuck sur fond de bannière étoilée. Désormais, c’est un magazine porno qui remplace la déclaration d’indépendance des États-Unis…
Beaucoup de distributeurs américains refusent de vendre l’album avec cette pochette jugée offensante pour leur pays. En toute hâte, il a donc fallu rendre les choses acceptables par tous en créant un nouveau look pour le rebelle. Casquette de travers, Joe se retrouve ainsi ligoté, bâillonné et enchaîné. Menottée, sa main droite est paralysée par du ruban adhésif, ses pieds sont entravés par un boulet de forçat et le contenu de sa canette brisée s’est répandu sur le sol…
Nota: Toute ressemblance avec des faits ou des personnages existants serait purement fortuite et ne pourrait être que le fruit d’une pure coïncidence. 😉


L’intégralité de la chronique est à retrouver dans le livre:

👉  In Vinyle Veritas – Éloquence et Désaveu du Cover Art  👈


 

Lil’ Ed and the Blues Imperials – Slideways

 

Quarante ans que Lil’ Ed Williams et ses Blues Imperials nous gratifient avec bonheur d’une musique en lien direct avec le blues de Chicago. Avec ses riffs de guitare slide endiablés et son chant rauque, Williams n’a pas son pareil pour mettre en lumière un groupe qui excelle dans l’expression d’une authenticité musicale redoutable. Sur ce dixième album, la formation se montre intrépide, décontractée et parfaitement soudée, jouant le blues pur sous toutes ses formes. Autour de celui  que le Chicago Tribune a un jour qualifié  de ″ guitariste slide extraordinaire, électrisant et déchaîné ″, Les Blues Imperials forment un trio parfait. Bassiste, guitariste et batteur jouent avec instinct et se répondent avec une conviction rare et en totale osmose avec leur leader. Le résultat est immédiat et l’approche transparaît avec une force incroyable de spontanéité. Occasionnellement ponctué de claviers old-school, Slideways est un album intense et énergique qui navigue avec aisance entre boogies endiablés (The Flirt In The Car Wash Skirt – You Can’t Strike Gold From A Silver Mine), shuffles percutants (One Foot On The Brake – 13th Street And Trouble – If I Should Lose Your Love) en passant par des blues lents et profonds (Homeless Blues et Wayward Women) ou le swing jazzy de Crazy Love Affair au cœur desquels la slide est portée par le chant rauque de celui qui vit cette musique depuis toujours.


Quand on apprécie la musique sans OGM, il est rassurant de constater que Lil’ Ed et Alligators Records sont toujours là pour perpétuer le blues urbain de l’Illinois dans ce qu’il possède de plus fondamental.


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