Gov’t Mule – Heavy Load Blues

On le sait. Warren Haynes a toujours eu le blues, et ce, même si le genre n’a pas forcément occupé une place systématiquement privilégiée au sein des différentes productions et prestations de ce virtuose de la six cordes. Mais là c’est une première! Oui, c’est le premier véritable album entièrement consacré au blues que sort Gov’t Mule! Un disque live en studio, enregistré à l’ancienne avec du bon vieux matos d’époque et sur bandes analogiques. Le résultat possède ce son authentique avec lequel la voix et le jeu magistral de Warren font des merveilles. Des originaux bien sûr, mais aussi des reprises de Howlin’ Wolf, Elmore James ou Tom Waits qui offrent une émotion et une classe à nulles autres pareilles. 13 titres joués par des vieux briscards à qui on ne la fait plus depuis longtemps. Que ce soit en mode blues rock ou dans des ambiances plus roots, Matt Abts (batterie), Jorgen Carlson (basse) et Danny Louis (claviers) sont au diapason sur ces 75 minutes jouissives qu’offre Heavy Load Blues. Allez! Un bon single malt, bien calé au fond du canapé, les pieds sur la table, prêt pour un moment de pur plaisir immédiat.

Patrick BETAILLE, novembre 2021

Le lundi c’est permis – Roots

La musique est un arbre, raconte Salif Keita. Les racines sont la musique africaine traditionnelle, le blues. Le jazz c’est le tronc et les branches. Le rock, la soul, le reggae, le funk et toutes les autres musiques ce sont les fruits.

Music is a tree, says Salif Keita. The roots are traditional African music, blues. Jazz is the trunk and the branches. Rock, soul, reggae, funk and all other music are the fruits.

Patrick BETAILLE, novembre 2021

Le Blues français perd Patrick Verbeke!

C’est sûr! La nouvelle va faire moins de bruit qu’un changement de lunettes chez Maitre Gimms mais la famille du blues français – celle des Benoit Blue Boy, Bill Deraime, Paul Personne, Jean-Jacques Milteau ou Fred Chapellier – perd l’un de ses pionniers, l’un de ses piliers. À 72 ans, Patrick Verbeke nous a quitté le 22 août. Après l’avoir tant aimé, chanté et joué, aujourd’hui Patrick, tu nous le files, le blues! 

Patrick BETAILLE, août 2021

Le lundi c’est permis – Bottleneck

I stone got crazy when I saw somebody run down them strings with a bottleneck. My eyes lit up like a Christmas tree and I said that I had to learn″  –  ″Je suis devenu dingue quand j’ai vu quelqu’un faire glisser un bottleneck sur les cordes. Mes yeux se sont illuminés comme un sapin de Noël. Je me suis dit qu’il fallait que j’apprenne″. [Muddy waters]

Patrick BETAILLE, août 2021

Theresa Needham – The Blues Godmother

Née McLaurin dans le Mississippi, Theresa a épousé Robert Needham et a déménagé à Chicago dans les années 40. En décembre 1949, elle a ouvert un club dans le sous-sol d’un immeuble au 4801 South Indiana Avenue, dans le sud de Chicago. Baptisé Theresa’s Lounge (parfois aussi appelé T’s Basement) l’endroit modeste avait pour vocation de proposer des concerts de blues au public, majoritairement noir, du quartier. Le talent des bluesmen et la qualité des jams sessions auxquelles participaient volontiers les musiciens, attiraient de plus en plus de monde. Rapidement, le bouche à oreille permit au Thersa’s Lounge d’acquérir une renommée mondiale. Outre Junior Wells et Buddy Guy qui faisaient pour ainsi dire partie des murs, d’autres pointures n’hésitaient pas à y faire une apparition au cours de leurs tournées. Ce fut le cas par exemple de Muddy Waters, Jimmy Rogers, Otis Spann, Little Walter, Otis Rush, ou encore Howlin’ Wolf. Dans les années 70, Earl Hooker et Junior Wells y ont même enregistré des sessions qui seront publiées dans les années 2000. En 1983, lorsque le propriétaire a refusé de renouveler le bail de Theresa Needham, le club a déménagé puis, a définitivement fermé ses portes trois ans après. La marraine du Chicago Blues est décédée en 1992, à l’âge de 80 ans. Elle a été intronisée à titre posthume au Blues Hall of Fame en 2001. Source et infos (en anglais): Theresa’s Lounge.

Photos: Marc Pokempner. De gauche à droite: Jam entre Sammy Lawhorn et John Primer. Theresa Needham, la taulière en fin de soirée. Junior Wells derrière le bar (il est armé!).

Patrick BETAILLE, juillet 2021

 

 

Joanna Connor – 4801 South Indiana Avenue

4801 South Indiana Avenue était l’adresse d’un bar de Chicago – le Theresa’s Lounge –  lieu incontournable pour écouter du blues et qui en son temps a accueilli sur sa petite scène Muddy Waters, Little Walter, Otis Rush, Otis Spann, Jimmy Rogers et Howlin ‘Wolf. Mais 4801 South Indiana Avenue c’est aussi le titre du quatorzième album de Joanna Connor. Et quel album! Il y a longtemps que je n’avais pas pris une telle claque! Celle qui depuis longtemps a mis à genoux le milieu du Chicago blues grâce à son jeu de slide ravageur qu’elle a eu  l’occasion d’exporter dans le monde entier nous livre là un échantillon de son absolu talent. Cette musicienne énergique au style féroce et tranchant, à la voix énorme et pleine d’émotion prouve, si besoin en était, qu’elle fait partie du  gotha  des guitaristes et qu’elle est capable de mettre le feu à son ampli et de remuer les tripes des amateurs de blues et de blues rock les plus exigeants. Joe Bonamassa ne s’y est pas trompé. Lui qui à ses débuts avait fait la première partie de certains concerts de Joanna à choisi de l’inviter et de la produire sur son tout nouveau label indépendant: Keeping The Blues Alive. Parmi les 10 titres tout droit sortis d’un studio de Nashville, certains méritent incontestablement que l’on s’y attarde. Destination, qui ouvre les hostilités est une véritable bombe à retardement sur le point de vous péter à la gueule. Bad News, de Luther Allison, est un blues lent et incendiaire porté par une voix d’un autre monde où angoisse et douleur règnent en maitres. I Feel So Good, un boogie déchainé à filer des fourmis dans les jambes d’un cul-de-jatte.  Cut You Loose, surprenant par ses changements de rythme et hypnotique grâce à la puissance d’une voix au bord de la rupture. Plus classique, Part Time Love bénéficie de la présence de Joe Bonamassa et d’une ambiance soul illuminée par des cuivres omniprésents. C’est sûr, on se souviendra longtemps de ce 4801 South Indiana Avenue. Si vous ne devez acheter qu’un seul disque au cours de cette année pourrie, c’est celui-ci! 

Patrick BETAILLE, mars 2021

Le lundi c’est permis – Blue Note

 

L’homme noir voguait sur sa peine et la guitare était son navire. Leur voyage commun devint le Blues ″. Érik Orsena

The black man was sailing on his pain et guitar was his ship. Their common journey became the Blues″. Érik Orsena

 

Patrick BETAILLE, décembre 2020

Christone Ingram – Kingfish

Voilà ce qu’il se passe quand un père montre un documentaire sur Muddy Waters à son rejeton et le trimbale au Delta Blues Museum de Clarksdale – Mississippi. Christone Ingram joue de la guitare depuis l’âge de 10 ans et la première fois qu’il est monté sur scène il en avait 11.  Toute sa jeunesse il l’a passée sur les routes du Delta et dans les environs de de Chicago pour s’approprier le blues de ses pairs en y apportant des teintes et une énergie que la soul et le heavy-rock des seventies ne renieraient pas. Nominé aux Grammy Awwards, le guitariste a également obtenu plusieurs Blues Music Awards:  Nouveau Talent, Meilleur Gutariste et Meilleur Album pour le bien nommé Kingfish, son premier opus. N’ayons pas peur des mots, ce disque est un petit bijou. La guitare du jeune prodige s’exprime comme celle des King, B.B et Freddie, et ses chorus sont incendiaires. Que ce soit en électrique ou en acoustique, sur tempo lent ou rapide, Christone Ingram a le don de vous mettre les poils de la nuque et des avant-bras à la verticale via un blues qu’il distille avec une fraicheur et une facilité déconcertantes. L’artiste ne se contente pas d’aligner des notes. Il est à l’origine de 8 de 12 titres et son écriture fait preuve d’un feeling unique par les temps qui courent et d’une voix à la beauté quasi surnaturelle. Cherry on the cake, l’album publié sur le label Alligator Records, bénéficie de la présence de Keb Mo’ d’Eric Gale et de Buddy Guy. Fort prometteuse, cette entrée en matière semble confirmer qu’Ingram soit en capacité de garder les deux pieds dans le présent du blues et d’en entretenir la légende en apportant du sang neuf à ses propres influences. Pour l’heure et sans préjuger des conséquences d’une notoriété aussi soudaine, je n’hésite pas à affirmer que, dans son genre, Kingfish est sans conteste le meilleur album blues de l’année et probablement de la décennie. C’est pas une putain de bonne nouvelle ça?

Tracklist: 1-Outside of This Town 4:08. 2-Fresh Out 3:48. 3-It Ain’t Right 3:05. 4: Been Here Before 5:54. 5-If You Love Me 4:03. 6 -Love Ain’t My Favorite Word 5:25. 7-Listen5:29. 8-Before I’m Old 4:15. 9-Believe These Blues 4:24. 10-Trouble 2:55. 11-Hard Times 3:08. 12-That’s Fine by Me 4:42.

Patrick BETAILLE, décembre 2020

 

Peter Green – The end of the Game!

Décès de Peter GreenIl était l’un des rares guitaristes à pouvoir impressionner B.B King himself et remplacer Eric Clapton au seins des Bluesbreakers de John Mayall. En 1967, avec le batteur Mick Fleetwood et le bassiste John McVie – eux aussi en congé des Bluebreakers – il fonde le groupe qui allait devenir l’un des fers de lance du British Blues Boom: Fleetwood Mac. « Albatross »,  « Oh Well » puis « Black Magic Woman » (immortalisé plus tard par Carlos Santana) ont largement contribué à la renommée mondiale du groupe. Ces titres sont l’oeuvre de l’auteur-compositeur et chanteur Peter Green. Cet guitariste de blues a du mal à assumer l’immense popularité de la formation et surtout, le rang de guitar héro auquel l’élève son public.  En 1970 tout bascule. Green consomme des drogues et se retrouve emporté dans une spirale mystique. Il quitte le groupe, abandonne la musique, vend tout ses biens et vit de petits boulots avant d’être interné en hôpital  psychiatrique. Il sortira de son silence au milieu des années 1990; poussé par Nigel Watson, il fonde alors le Splinter Group à la tête duquel il joue un soft-blues de qualité qui hélas ne connaîtra  le succès qu’auprès d’un nombre limité de connaisseurs. Peter Green vient de décéder. Il avait 73 ans.

Ecouter: Les quatre premiers albums de Fleetwood Mac qui, après le départ de Green, délaissera peu à peu le blues pour une pop mainstream et classieuse. Par curiosité: The End of the Game.  Paru en 1970, c’est le premier album solo du guitariste. Totalement instrumentales, les compostions relèvent plus de la jam session psychédélique que d’autre chose. Hot Food Powder. Le deuxième album du Splinter Group entièrement consacré à des reprises de Robert Johnson, avec bien sûr Nigel Watson et – excusez du peu – la participation de Buddy Guy, Dr John, Otis Rush et Joe Louis Walker. Sublime!

Patrick BETAILLE, juillet 2020

 

 

Lucky Peterson – Le Décès qui file le Blues

Mort du bluesman Lucky PetersonAussi discret que talentueux Lucky Peterson est bien connu des amateurs de blues et de jazz. Très présent sur les scènes françaises et européennes, ce chanteur multi-instrumentiste était un fidèle du New Morning et il se produisait régulièrement dans des festivals comme Jazz in Marciac, Jazz à Vienne ou au Montreux Jazz Festival. Cet immense artiste s’est éteint le 17 mai à Dallas où il avait été hospitalisé en urgence. 55 ans!

Écouter: Pas grand chose à jeter dans une production discographique généreuse mais en priorité: Lucky Strikes – 1989. La révélation! Que ce soit au chant, à l’orgue ou dans les parties guitare Peterson est déjà sommet de son art et il y restera. En 2014, Lucky se souvenait de son enfance – au cours de laquelle dès l’âge de cinq ans il était repéré par Willie Dixon – et de ses racines blues avec ce sublime The Son of a Bluesman, un album très personnel et surtout très beau.

Patrick BETAILLE, mai 2020