Originaire de Liverpool, Peter Hankfield a toujours baigné dans la culture rock. En 1969, à 18 ans à peine et contrairement aux souhaits de ses parents, le photographe autodidacte décide de se rendre à Londres pour pouvoir assouvir sa passion. Très vite et alors que toute la communauté écoute les Beatles à la radio, il porte son regard vers la scène musicale en mode live. Il ne se contente pas de photographier les monstres sacrés de la musique tels que Bob Marley, Keith Richards, James Brown ou encore Miles Davies. Il les côtoie. C’est cette connaissance du milieu et l’immense respect qu’il voue à la musique et aux musiciens qui lui permettent de toucher au plus près la réalité des concerts.
Aujourd’hui retiré dans un petit village de Cornouailles situé au bord de la Manche, Peter Hankfield continue à travailler comme photographe indépendant.
En novembre 1955, Sam Phillips fait face à des difficultés financières et pour se renflouer il décide de vendre son poulain à RCA pour 35 000 dollars. La nouvelle maison de disques veut sortir un album à partir des bandes récupérées chez Sun auxquelles sont ajoutés de nouveaux enregistrements. En mars 1956 sort Elvis Presley, le premier album éponyme du King. Pour le cover art du EP, le Colonel Parker décide d’utiliser une photo de William V. ″ Red ″ Robertson. Le cliché en noir & blanc pris le 31 juillet 1955 lors d’un concert à Tampa en Floride est recadré et colorisé afin de mettre en valeur la personnalité d’Elvis et l’essence même de sa musique. Simplicité, énergie et violence, ce que la jeunesse aime et trouve dans le rock’n’roll se retrouve au cœur d’une composition à la typographie graphique saisissante grâce à laquelle la pochette se retrouvera plus tard à la 40ème place du classement des 100 meilleures pochettes d’albums du magazine Rolling Stone. Concept et lettrage ont été repris par The Clash pour la pochette de leur album London Calling paru en 1979.
Américaine née au Texas, compositrice et militante engagée, Michelle Shocked a mené une vie itinérante aux États-Unis et en Europe tout au long des années 1980. Short Sharp Shocked est son deuxième album sorti en août 1988. La photographie de la chanteuse qui figure sur le cover art a été prise par Chris Hardy du journal San Francisco Examiner. On y voit Michelle brutalisée par des policiers lors d’une manifestation contre les entreprises qui financent les campagnes du Parti Républicain. L’événement s’est déroulé à San Francisco pendant la convention nationale démocrate de 1984.
Nota: Pour la pochette du disque publié par Mercury, le cliché a été recadré, la position de la tête de Michelle modifiée et les yeux de l’agent de contention ont été masqués par des lunettes de soleil ajoutées à l’aérographe. Voir la photo originale de Chris Hardy: Michelle Shocked.
Photographe de renommée mondiale, Danny Clifford a passé sa carrière à photographier les artistes les plus emblématiques de la scène rock. Il a 20 ans quand, à la fin des années 70, il devient le photographe officiel de Bob Dylan. En shootant Queen, The Who, les Stones, Rory Gallagher, ZZ Top ou les Foo Fighters (pour n’en citer que quelques-uns), Danny a accumulé des souvenirs vivants, colorés et saisissants. Parmi les innombrables témoignages pris sur scène et backstage lors de concerts historiques, figure ce cliché du quatuor britannique en pleine bourre au cours des seventies: Status Quo.
Voici ce que Danny Clifford a dit à propos de cette photo prise en 1979 au NEC (National Exhibition Center) de Birmingham – UK: ″ Tous ceux qui ont pu découvrir Status Quo à cette époque se souviendront de ce moment incroyable au début du spectacle. Les lumières s’éteignent et un léger bourdonnement provient de la sono. L’obscurité règne; de la neige carbonique flotte sur la scène et se répand sur les premiers rangs. Backstage, le groupe est dans le noir. Soudain, le rideau tombe. Dans un rugissement, apparaissent Rick, Francis et Alan, ainsi que l’étonnant John Coghlan à la batterie. J’ai pris cette photo au début du spectacle pendant Caroline. Quel bonheur de pouvoir assister à ce moment incroyable! ″
De vous à moi : J’ai vu le Quo au Havre le 29 janvier 1977 (à l’époque ils ouvraient sur Junior’s wailing et Backwater). C’est l’un de mes meilleurs souvenirs, tous concerts confondus. La puissance et l’énergie qui émanent de cette photo traduisent à merveille ce que j’ai ressenti lors de cette soirée mémorable.
Status Quo, l’un des groupes de boogie rock britannique les plus significatifs des seventies, a définitivement marqué son époque grâce à un son reconnaissable entre tous et surtout à ses prestations scéniques des plus énergiques. Parmi la discographie du quatuor, On the Level paru en 1975 assure avec ses prédécesseurs Hello! et Quo une mise en valeur d’un groupe au sommet de ses pouvoirs créatifs, capturant l’essence de leurs performances live dans un environnement studio. Des chansons à l’énergie brute comme Down Down, Little Lady ou la reprise de Johnny B. Goode (Bye Bye Johnny) illustrent la capacité du Quo à créer des hymnes rock sur des rythmes entraînants accompagnés de riffs irrésistibles.
Au même titre que le contenu, le contenant est lui aussi captivant. Sur la pochette de ce huitième album, Francis Rossi, Richard Parfitt, Alan Lancaster et John Coghlan apparaissent dans un concept visuel créant une illusion d’optique qui capte immédiatement l’attention. C’est le designer Jack Wood qui a eu l’idée de ce cover art pour lequel les musiciens sont photographiés dans une Ames Room, du nom de son inventeur, l’ophtalmologue américain Adelbert Ames. Ce type de décor, inventé en 1946, génère une perception déformée de la taille et de la forme des objets ou des personnes qui s’y trouvent. La pièce est construite selon une forme trapézoïdale dans laquelle le mur du fond est beaucoup plus court d’un côté que de l’autre. Le sol et le plafond sont également inclinés pour épouser la forme de la pièce, créant ainsi l’illusion d’un espace rectangulaire. En plaçant les individus dans la pièce, ils peuvent sembler changer de taille de manière saisissante. La personne qui se trouve du côté le plus court de la pièce semble nettement plus grande que celle qui se trouve du côté le plus long, même si en réalité elles sont de taille similaire.
Publié sur le label Vertigo, le disque a atteint la première place du UK Albums Chart, devenant ainsi le deuxième album (après Hello en 1973) de Status Quo à se classer au sommet des charts.
[Source – Tana Douglas]: Né en Nouvelle-Galles du Sud, en Australie, Philip Morris a débuté sa carrière de photographe à Sydney dès l’âge de 15 ans. À la fin des années 1960, il devient photographe pour Go-Set, la première publication nationale australienne consacrée la musique populaire. Philip s’est rapidement retrouvé à shooter les musiciens qu’il admirait en tant que fan. Il a ainsi immortalisé la toute première prestation professionnelle d’AC/DC et a continué à photographier le groupe pendant plusieurs années. Morris a également photographié pratiquement toutes les superstars internationales de passage en Oz-tralia, notamment Led Zeppelin, Pink Floyd, Paul McCartney, les Rolling Stones, Frank Zappa, Yes, les Jackson 5 et bien d’autres.
Sur 220 pages, It’s A Long Way, le livre paru en 2015, rassemble le travail du photographe capturant l’âge d’or de la musique australienne sur la période 1969-1979. Malheureusement il va vous falloir vous équiper de bottes et de frontale pour explorer le marché de l’occase et, avec un peu de chance, trouver From ACCA-DACCA to Zappa. L’ouvrage est épuisé!
Beaucoup de clichés sur lesquels apparaissent des figures emblématiques de la musique populaire ont probablement marqué les esprits à jamais. Connu essentiellement pour ses photos de Bob Marley ou des Sex Pistols, ce photographe anglais a également shooté de grands noms de la scène rock. De Run DMC et Lee Scratch Perry à Oasis et The Stone Roses, en passant par les Rita Mitsouko, Dennis Morris a parfois mis de côté son Leica pour se consacrer au design. C’est ainsi qu’en 1979, il créé le logo du groupe Public Image Limited et l’emballage innovant de l’album Metal Box. Il devient ensuite directeur artistique d’Island Records et conçoit des pochettes d’album pour PIL, Linton Kwesi Johnson, Bob Marley et Marianne Faithfull. Pour cette dernière, il a dirigé la séance photo qui a donné naissance au sublime cover art du non moins sublime Broken English paru en février 1979. Dennis Morris- Marianne Faithfull sur: Snap Galleries.
Né en 1955 à Strijen en Hollande Anton Corbijn est un photographe et réalisateur. Dans les années 70 il s’installe à Londres et travaille pour le new Musical Express. Ses clichés noir et blanc très contrastés le font connaître et de nombreuses stars passent devant son objectif. Parmi elles, les Stones, U2, Nirvana, The Slits, Nick Cave, Siouxsie Sioux, Arcade Fire, Tom Waits, REM, Metallica, Johnny Rotten, Depeche Mode mais aussi Isaac Hayes, the Bee Gees, David Bowie, Joe Cocker, Johnny Cash, Grace Jones et même Johnny Halliday.
Miles Davis également est devenu le sujet de l’une des photos les plus célèbres prises par Corbijn. À Montréal en 1985, Miles Davis se prêtait au jeu de l’interview face à Richard Cook (NDLR: Journaliste, chroniqueur et spécialiste du jazz). Voici l’histoire racontée par le photographe lui même et traduite par mes soins, rien que pour vous.
[Anton Corbijn] Bien qu’autorisé à assister à l’interview, je n’avais pas le droit d’utiliser mon appareil. Miles n’était pas particulièrement agréable avec Richard ce jour là. Chaque fois qu’il répondait à une question, il ajoutait: ″Comment tu t’appelles déjà?″. J’ai quand même réussi à obtenir un rendez-vous pour un shooting avec le musicien le lendemain: cinq ou six minutes dans une chambre d’hôtel. Nous nous sommes placés près d’une fenêtre car j’utilise au maximum la lumière disponible. Miles était un bel homme au visage expressif et au regard très intense. À l’époque il était malade et souffrait beaucoup; il suivait un traitement qui affectait énormément ses pupilles. C’est ce qui est frappant sur cette photo. Ses pupilles sont vraiment énormes. Je ne me souviens pas pourquoi Miles a pris cette pose mais c’est celle qu’il souhaitait pour illustrer son album Tutu alors en préparation. Malheureusement, Warner Bros a exigé que la photo du cover art soit réalisée par un photographe reconnu et, évidemment, à l’époque je ne l’étais pas. C’est alors Irving Penn qui a eu le job. J’adore le cliché de Penn, mais vous pouvez facilement deviner d’où vient l’inspiration.
Il y a une histoire qui circule à propos de Miles dînant avec Ronald Reagan à la Maison Blanche. L’épouse du président lui demande: ″Qu’as-tu fait pour être invité ici?″ Et Miles de répondre: ″J’ai changé cinq fois le cours de la musique. Et vous? Qu’avez-vous fait à part baiser avec le président ?″ Je ne sais pas si l’anecdote est vraie mais en tous cas je la trouve savoureuse.
Passionnée par le monde du rock, cette photographe britannique a réalisé de nombreux portraits de légendes et couvert bon nombre de concerts pendant lesquels elle a shooté les musiciens témoins actifs des moments forts de la scène musicale. Son premier cachet significatif elle l’obtient en couvrant une tournée de Led Zeppelin dans les années 1970, époque à partir de laquelle elle commence à travailler pour le New Musical Express. Au cours de sa collaboration avec le magazine, Pennie Smith a l’occasion de photographier beaucoup d’icônes et de légendes du Rock. Pink Fairies, Led Zeppelin, The Rolling Stones, The Who, Iggy Pop, The Jam, Debbie Harrie, et beaucoup d’autres se sont ainsi retrouvés au cœur de sa mémoire argentique. L’un de ses plus célèbres clichés est celui de Paul Simonon fracassant son instrument sur la scène du palladium de New York lors d’une tournée en 1979.
Bien avant cet événement mémorable, certains s’étaient déjà prêtés au jeu du ça casse et ça passe. Jerry Lee Lewis incendiant son piano en première partie de Chuck Berry, Pete Townsend éventrant son ampli à grands coups de manche de guitare ou encore Jimi Hendrix immolant sa Stratocaster sur la scène de Monterey. Mais là!.. Dans quelques millièmes de secondes et en gros plan, la Fender Précision Bass va s’écraser on stage et voler en éclats pour exprimer tout ce qui symbolise l’excitation, la puissance et l’urgence énergique du rock.
Quand il voit le tirage, Joe Strummer envisage de le garder pour le cover art de l’album en devenir. Pennie, elle, trouve la photo de mauvaise qualité et tente de convaincre le chanteur-guitariste de The Clash de changer d’avis. En vain. Il la veut et il l’aura, soutenu en ce sens par le staff du NME qui trouve que le flou incriminé donne encore plus de force au témoignage visuel.
L’intégralité de la chronique est à retrouver dans le livre:
David Bowie, Elton John, Led Zeppelin, Amy Winehouse, The Who, Janis Joplin, AC/DC, Eric Clapton, The Rolling Stones, Bruce Springsteen, The Beatles – pour n’en citer que quelques-uns – font partie des rock stars que le photographe Terry O’Neill (1938 – 2019) a suivies pendant près de quarante ans, sur scène, en studio ou en coulisses. ″ Dans les années 60, avec son appareil il était partout! Il a mis les Rolling Stones à la Une ″ (Keith Richards). 300 pages en 33 x 29 cm de témoignages visuels dont certains ont largement contribué à construire le mythe du rock. Entre 40 et 50 euros, où vous voulez!