Jerry Kinstler – L’arrestation de Miles Davis

Photo de Jerry Kinstler pour le compte de the New York Daily News

Un soir d’août 1959, une semaine après la sortie de son album Kind of Blue et en pleine gloire, Miles Davis est à l’affiche dans un club de jazz de New-York: Le Birdland. Alors que, profitant d’une pose, le trompettiste se trouve à l’extérieur, il est violemment pris à partie par un policier. Le musicien relate les faits dans Miles, son autobiographie parue en 1989.

[Extrait]: … ″Je venais de sortir pour raccompagner mon amie Judy. Elle monte dans le taxi et pars. Moi je reste là, devant le Birdland, pour profiter un peu de la soirée. Un policier blanc s’approche alors de moi et me demande de dégager. Je lui demande pourquoi et lui explique que je travaille dans ce club . Miles Davis, c’est mon nom qui est écrit là haut sur l’affiche, dis-je. Rien à foutre, je t’ai dit de te barrer et si tu n’obéis pas je vais t’arrêter, répond le flic. Comme je ne bouge pas il sort ses menottes et je l’entends dire: tu es en état d’arrestation! La foule s’était rassemblée et tout à coup, sorti de nulle part, un officier déboule par derrière et m’assène un coup de matraque sur la tête. Je suis en sang. La police m’embarque alors pour le commissariat du 54. Là ils me prennent en photo. Alors c’est toi la vedette? Ironisent ils en me collant de près, sans doute pour me provoquer, me faire réagir et se donner une occasion de me frapper à nouveau. Mais je reste impassible, me contentant de les observer sans un mot″

Après avoir été conduit à l’hôpital pour être soigné, Miles Davis est mis en garde à vue pour agression criminelle à l’encontre d’ un officier de police. Il a par la suite intenté une action contre le NYPD. Malgré de nombreux éléments en sa faveur, y compris plusieurs déclarations de témoins, des preuves photographiques et le fait qu’au moins l’un des agents était ivre, sa plainte a été rejetée.

″J’aurais pu m’attendre à ce genre de problème n’importe où mais pas ici. Pas à New-York qui est censée être la ville la plus cool et la plus branchée du monde. Je venais de comprendre que j’avais à faire à des blancs et que si tu es noir, il n’y a pas de justice. Aucune!″

Inspiré par ce souvenir humiliant, en 1985 Miles Davis sort l’album You’re under Arrest. Sur la pochette volontairement très kitsch l’artiste pose armé d’une mitraillette en plastique. Le disque est orienté Pop avec la reprise de Time After Time de Cyndi Lauper et Human Nature du groupe Toto, chanté par Michael Jackson. Darryl Jones tient la basse sur tout l’album et John McLaughlin est à la guitare sur trois titres.

Patrick BETAILLE, septembre 2020

Miles Davis – Rubberband

Miles davis album posthume28 ans après la disparition de Miles Davis, le label Rhino fait les fonds de tiroirs et sort un album posthume du génial et visionnaire trompettiste. A n’en pas douter ce Rubberland doit être aux amateurs de jazz ce que le monstre du Loch Ness est aux écossais: une apparition toujours espérée mais jamais constatée. Les onze titres Rubberband nous arrivent finalement d’outre-tombe grâce à l’initiative de Vince Wilburn neveu de l’artiste et producteur des derniers enregistrements du tonton. Les sessions se situent entre octobre 1985 et janvier 1986, donc entre You’re under Arrest et Tutu. A n’en pas douter, les adeptes de Kind of blue, In a silent way, ou de Sketches of Spain ne vont pas y trouver leur compte tant l’ensemble de ces inédits sonne très années 80 avec à la clef une forte présence des claviers. Rubberband est funk, électrique, plus vocal que d’ordinaire et les effets électroniques sont très présents. En 1982 l’artiste avait été victime d’une attaque paralysant partiellement sa main droite et entraînant donc des difficultés à jouer. Ceci expliquant peut être cela. Quoiqu’il en soit,  un inédit du grand Miles, même posthume, ça ne se refuse pas. Au fait Davis est il vraiment mort?

Patrick BETAILLE, octobre 2019