La Crise – Je m’en fous!

Tes problèmes de boulot, tes problèmes avec ta femme, tes problèmes de fric, tes problèmes en général et en particulier, moi ta mère, je m’en fous comme de l’an quarante, tu m’entends ? Je m’en fous, mais alors je m’en fous, je peux pas te dire à quel point je m’en fous. Je n’en ai vraiment rien, rien, rien à foutre… Pendant trente ans je vous ai torchés, nourris, couchés, levés, consolés, tous les trois. J’ai repassé vos chemises, lavé vos slips, surveillé vos études. Je me suis fait des monceaux de bile, je n’ai vécu que pour vous, qu’à travers vous. J’ai écouté toutes vos histoires, vos problèmes et vos chagrins, sans jamais vous emmerder avec les miens. Alors maintenant, je prends ma retraite. Toi, il te reste une longue vie devant toi pour résoudre ta crise ; moi il me reste très peu de temps pour résoudre la mienne. Alors tu permettras que pour une fois je m’occupe de mes affaires avant les tiennes″. Maria Pacôme dans le film La Crise (Colline Serreau 1992): L’extrait!

Patrick BETAILLE, mai 2022

Gilda Texter – Vanishing Point

Synopsis du film: Kowalski (Barry Newman), un ex-vétéran du Vietnam, champion de stock-car, parie qu’il ralliera Denver à San Francisco en moins de quinze heures pour convoyer une voiture. Les policiers de Californie et du Nevada ne tardent pas à entamer une poursuite qui occupera les 9 dixièmes de la pellicule.

Ce road movie réalisé par Richard C. Sarafian relève d’une plongée au cœur des mœurs de la fin des années soixante. Comme dans Easy Rider, on y croise baba cool, anars, marginaux et autres allumés plus excentriques les uns que les autres qui illustrent à merveille tout ce que la contre-culture de l’Amérique de l’époque avait au catalogue. Les grands espaces, la liberté, la rébellion, l’amour, la dope, la violence, tout y est pour faire un doigt d’honneur à la médiocrité de l’humanité et à une société en perdition. Sorti en 1971, Vanishing Point (Point Limite Zero pour la version française) utilise déjà les recettes grâce auxquelles George Miller (Mad Max en 79), David Lynch (Sailor et Lula en 90), Ridley Scott (Thelma et Louise en 91), ou Quentin Tarantino (Boulevard de la Mort en 2007) connaitront eux aussi leurs heures de gloire en portant à l’écran des aventures déjantées au cours desquelles le macadam brûlant et les bagnoles occupent une place de choix. Pour son film à petit budget, Sarafian parcourt près de 20 000 km pour les repérages et 300 km par jour durant le tournage au cours duquel Huit Dodge Challenger modèle 71 seront détruites. Le cinéaste met d’ailleurs à profit ses incessants déplacements pour improviser certaines séquences et engager des résidents locaux pour de la figuration. Il propose même un petit rôle à la copine de Paul Koslo, celui qui joue le rôle d’un jeune flic raciste: « Je te préviens, tu dois rouler à moto complètement nue. Tout ce qu’elle voulait savoir, c’était quel genre de moto. Époque bénie!«  La fille c’est Gilda Texter, son nom ne figure pas au casting, elle n’est créditée qu’en tant que « Nude Rider » et elle apparaît au guidon d’une Honda CL 350 Scrambler.

Patrick BETAILLE, mars 2022

 

 

 

Ondi Timoner – DIG!

Les Brian Jonestown Massacre de San Francisco et les Dandy Warhols de Portland sont deux groupes emblématiques de la scène rock indépendante américaine. Créatives et révoltées les deux formations sont intellectuellement proches dans leur approche du refus de se plier aux exigences de la sphère musicale mais Anton Newcombe et Courtney Taylor – les leaders respectifs – sont aussi rivaux quant à la façon de gérer leur soif de notoriété. Réalisé par Ondi Timoner, ce magistral documentaire qui a obtenu le Premier Prix du Grand Jury du Sundance Film Festival de 2004 est un indispensable témoignage sur le rock indépendant et les dessous d’un monde dans lequel tous les coups sont permis. Bien plus destroy que les rivalités Beatles-Stones ou que celles des poseurs de Blur et Oasis, DIG vient bousculer les mythes du rock’n’roll circus et la perversité de l’industrie musicale. Pour en savoir plus, beaucoup plus, c’est par ici: Ondi Timoner Creuse son Sillon!

Patrick BETAILLE, février 2022

Jean Jacques Beineix – Dernier Rush!

37°2 le Matin! La Diva admire La Lune dans le Caniveau, Roselyne et les Lions sont en partance pour L’île aux Pachydermes. Pour Jean-Jacques Beineix c’est un Mortel Transfert. Le réalisateur, écrivain, scénariste et producteur de cinéma nous a quitté le  13 janvier 2022.

Patrick BETAILLE, janvier 2022

Bernard MacMahon – Becoming Led Zeppelin

Becoming Led Zeppelin sera le tout premier documentaire officiel sur le groupe. Il avait été annoncé en 2019, et devait faire l’objet d’une présentation à Cannes pour commémorer les 50 ans de la formation britannique. Son réalisateur, Bernard MacMahon, déclara dans un communiqué : ″Becoming Led Zeppelin est un film que personne ne pensait réalisable. À travers d’intenses recherches à travers le monde et des années de restauration d’archives visuelles et sonores, l’ascension vertigineuse du groupe peut enfin être racontée″. Les choses avancent car c’est désormais officiel: la première aura lieu lors du Festival international du film de Venise qui se déroulera du 1er au 11 septembre 2021. Le film raconte les débuts individuels de Page, Plant, Jones et Bonham qui, dans les années 1960, jouaient chacun de leur côté dans de petites salles au Royaume-Uni, puis leur rencontre au cours l’été 1968, leur conquête des Etats-Unis dans les années 1970 et la séparation après le décès de Bonzo. Des séquences inédites bien sûr, avec notamment des interviews – qu’elles soient réalisées spécialement pour le documentaire, ou qu’elles proviennent d’archives – au cours desquelles les musiciens, pour la première fois, apportent un témoignage personnel sur leur propre histoire. ″Quand j’ai vu le travail ambitieux et magnifique de Bernard MacMahon sur American Epic, j’ai su qu’il serait à la hauteur pour raconter notre histoire″: Des propos prometteurs de la part de Jimmy Page, 45 ans après le nanar inégalé qu’est The Song Remains The Same. À suivre…

Patrick BETAILLE, août 2021

Pedro Almodóvar – Madres Paralelas

Tourné en grande partie à Madrid entre février et juin 2021, Madres Paralelas met en scène deux femmes ayant accouché le même jour et dont les vies prennent des trajectoires différentes. ″Avec ce film, je reviens à l’universel féminin, à la maternité, à la famille. Je parle de l’importance des ancêtres et des descendants, de la présence inévitable de la mémoire. Les femmes qui forment une partie de cette histoire sont très différentes. En tant que conteur, ce sont les mères imparfaites qui m’inspirent le plus en ce moment″ déclarait le réalisateur Pedro Almodovar. Porté par Penélope Cruz et Milena Smit, le film sera présenté le 1er septembre à la Mostra de Venise et devrait arriver en salle en fin d’année ou début 2022. Pas encore sorti donc, mais déjà sujet à polémique. L’affiche du film partagée sur Instagram par Javier Jaén, son concepteur, a été censurée sous prétexte que l’image – représentant une goutte de lait suintant d’un téton en forme d’œil – enfreignait les règles concernant la nudité! À la suite de plaintes sur les réseaux sociaux et d’accusations de censure à l’encontre d’Instagram,  Facebook, a présenté ses excuses à Almodóvar et à Jaén en précisant faire une exception à la règle pour autoriser la nudité dans certaines circonstances, notamment lorsqu’il y a un contexte artistique clair. Instagram a ensuite rétabli les posts sur lesquels figuraient l’affiche à propos de laquelle Jaén a déclaré: ″C’est probablement la première image que j’ai vue quand je suis né. Instagram me dit que mon travail est dangereux, que c’est de la pornographie. Allez comprendre! Ils disent que leur technologie ne leur permet pas de prendre en compte le contexte. Je m’en fiche, qu’ils en change!″

Patrick BETAILLE, août 2021

Stephen Fears – High Fidelity

Dans un quartier pauvre de Chicago, Rob Gordon tient une boutique de disques fréquentée par des amateurs de vinyles rares des 60’s & 70’s. L’essentiel de son existence tourne autour de la musique pop dans laquelle il puise l’énergie nécessaire à la gestion d’un quotidien pour le moins erratique. Interprété par John Cusack, Rob est plutôt du genre ado attardé, perturbé et instable. Il a abandonné ses études et gère tant bien que mal son antre fréquentée par des collectionneurs compulsifs en quête de galettes ésotériques. Pour l’aider, Dick et Barry (Jack Black), deux vendeurs quelque peu débiles mais incollables en musique. Vient le temps de la rupture. Laura (Iben Hjejle) annonce à Rob qu’elle le quitte. Abasourdi et désormais seul, il décide de retrouver ses ex – dont une certaine Charlie jouée par Catherine Zeta-Jones – pour comprendre les raisons de ces échecs amoureux à répétition. S’en suit une comédie (romantique?) tonique, sympathique et sans prétention sur les aléas des peines de cœur. Stephen Frears, comme comme à son habitude, peint des marginaux avec cruauté et affection. Ils sont drôles, inquiétants, survoltés, angoissés, hors normes et leurs tribulations sont accompagnées d’une bande son jouissive (Dylan, Stevie Wonder, Velvet Underground, Love, 13th Elevator, Stereolab, Kinks, Elvis Costello, etc. Tiré du roman de Nick Hornby et sorti en 2000, High Fidelity n’a que la prétention de faire passer un bon moment, il y parvient et c’est déjà pas si mal. À ranger pas trop loin de Good Morning England, The Commitments et The Blues Brothers.

Patrick BETAILLE, juin 2021

 

Andy Warhol & Alan Aldridge – Chelsea Girls

Quand lui vient l’idée de ce film, Andy Warhol pense d’abord le tourner dans l’arrière-salle du Max’s Kansas City, sa boîte de nuit préférée. Chemin faisant, le concept évolue et finalement, à l’automne 1966 la décision est prise. C’est le Chelsea Hotel qui servira de décor. C’est là en effet que logent à l’année de nombreux artistes de la pouponnière d’artistes de la Factory. Sur un peu plus de trois heures et en mode Split-Screen, Andy Warhol et Paul Morrissey suivent la vie de certains des occupants des chambres de l’hôtel newyorkais. Entre expérimentation et contre-culture si chères à l’artiste, chaque scène comporte sa propre bande son et joue avec des alternances d’images photographiques noir et blanc et couleur. En cette période de libération de mœurs, la connotation avant-gardiste et érotique de Chelsea Girls fait sensation mais pas toujours de façon positive.  Roger Ebert, critique cinéma du Chicago Sun, décrit le documentaire comme ayant ″peu de valeur intrinsèque″. Le magazine Variety parle de ″trois heures et demie inutiles et terriblement ennuyeuses″.  Le public, lui, est au rendez-vous et offre à Warhol son premier grand succès commercial sur lequel vient se greffer un engouement inouï pour l’affiche du film.

C’est Alan Aldridge, un graphiste designer et illustrateur anglais, qui est à l’origine de l’illustration à propos de laquelle un Warhol dithyrambique dira: ″j’espère que le film soit aussi bon que son affiche″. L’image en question parvient à capter et traduire de façon mémorable l’essence même de Chelsea Girls: psychédélisme et érotisme à la frontière de la pornographie.  Pour atteindre son but, l’artiste joue avec plusieurs élément suggestifs et torrides. Des personnages dans des situations sans équivoque s’affichent aux fenêtres. En toile de fond, Clare Shenstone – une artiste en herbe alors âgée de 16 ans – pose nue et son entrejambes, comme une invite, héberge la porte d’entée de l’hôtel. Tout un programme et surtout un tour de force de la part du designer qui la même année se fait remarquer avec la pochette de A Quick One des Who, plus tard avec des illustrations de livres consacrés aux Beatles, et en 1975 avec celle de Captain Fantastic and the Brown Dirt Cowboy de Sir Elton John (Merci Globrocker!). C’est également Alan Aldridge qui est à l’origine du logo du Hard Rock Cafe.

Patrick BETAILLE, février 2021

Triumph Tiger 900 – No Time to Die

Triumph: Mourir peut attendre!Dans Quantum Of Solace en 2008 Daniel Craig était au guidon d’une Montesa Cota dans les rues de Port-au-Prince. En 2012, l’espion britannique pilotait une Honda dans le bazar d’Istanbul pour les besoins de Skyfall. Pour le prochain James Bond, l’agent secret le plus célèbre du monde aura à sa disposition la toute nouvelle Triumph Tiger 900. Lee Morrison, le coordinateur des cascades a déclaré: ″Triumph nous a confié les premiers prototypes du Tiger pour que nous puissions tourner les scènes prévues bien avant la présentation officielle de la moto. Nous leur avons fait subir les pires traitements possible. les machines ont passé les épreuves haut la main, sans aucun souci mécanique!″. Partenariat doublement british puisque un Scrambler 1200 sera également à l’affiche. A priori le off-road sera de mise au cours du vingt-cinquième opus de la saga Bond. No Time to Die sortira en avril 2020. Avant ou après la commercialisation du nouveau Tiger? J’ai demandé à Léa Seydoux. Elle m’a répondu: ″Mourir peut attendre!

Patrick BETAILLE, décembre 2019

Jacques Gasser – La Musique dans la Pau

JackDaniel Production: La musique dans la peauC’est Claude Deguidt, bassiste de son état, qui en ouverture de cette rétrospective évoque les groupes de Blues et de Rock qui ont animé la scène paloise au cours des années 60 à 90. Du fond de son canapé le musicien passe en revue son parcours au sein de formations telles que The Snakes, Les Chouchous, Les chenapans, Les Drifters et Caterpillar. Avec Jean Delteil, Claude évoque également The Shake’s avec Michel Chevalier qui partira plus tard rejoindre Les Variations, et… Daniel Balavoine qui partira… ailleurs. Jean-Claude Bourseau, lui revient sur Asshole Blues Band (Faut il traduire?)! qui en son temps a assuré les première parties de Vince Taylor! et Teenage head qui a joué en ouverture de Little Bob Story, Bijou, Backstage (avec Paul Personne) et Dr Feelgood. Arrive Srege Zéni (n’ayons pas peur des mots: le Rory Gallagher de l’étape!) qui retrace l’émergence de sa formation Empty Bed. Puis c’est le Rock Sudiste qui est à l’honneur avec Didier Céré et le tonitruant Abilène, le groupe qui à ″mauvaise haleine″. Un peu plus loin c’est la maman de pierre Récarborde qui raconte avec émotion les nobles errances musicales de son fils Pierre qui, après la période punk des Scumms et un séjour de 5 ans chez son frère dans l’Illinois revient pour créer, avec Franck Chandavoine, Bob Cat, un excellent duo imprégné bien sûr de Chicago Blues. Voilà pour la partie visible de l’iceberg mais c’est sans compter sur tous ces noms qui tout au long du reportage établissent un lien étroit entre les tenants et les aboutissants de la passion musicale. Des musiciens d’abord, y compris ceux qui à un moment ont partagé la même scène: Valérie Bru, Joël Lapeyre, Thierry Lasserre, Eric Bordis, Thierry Olmos, Jean Luc Poueyto, Christophe Aubin, Jean Delteil, Philippe Dumas, Christophe Gautier, Joël Tamet, Jean Pierre Médou et Jean-Michel Calléja. Des groupes évidemment: Cheese, Hot Slugs, Southern Comfort et Johnny Staccato. Des intervenants aussi: Jacques Morgantini, fondateur du Hot Club de Pau, et promoteur local du Chicago Blues Festival, Eric Delamare (producteur indépendant), Didier Marquestaut (sonorisateur), Jacques Lemaire (preneur de son) et Jean Arbus (studio d’enregistrement à Pontacq). Des lieux enfin, ceux qui parleront aux amateurs nostalgiques: Chez Régis à Gan, Le Knack à Baudreix et le Show Case à Pau. La liste est loin d’être exhaustive. Le mot de la fin revient à Nico Wayne Toussaint, cet incontournable bluesman  harmonisciste chanteur qui déclare en substance: ″… Il appartient aux vivants de perpétuer la mémoire de ce qui n’existe plus.″. Voilà qui est fait et bien fait! merci à Jacques Gasser & Daniel Jeannot pour la réalisation, JackDaniel pour la production et L’écran du Son pour la promotion.

Patrick BETAILLE, septembre 2019