Aphrodite’s Child – Rain and Tears

 

Demis Roussos, Loukas Sideras et Vangelis Papathanassiou jouissent déjà d’une solide réputation dans leur pays, la Grèce, quand ils décident pourtant de changer d’air suite au coup d’état et à la dictature instaurée par les militaires. Le trio veut tenter sa chance Grande-Bretagne et, en mai 1968, c’est le départ d’Athènes en direction de Londres. À ce moment là, ça balance pas mal à Paris où leur avion reste bloqué à cause des grèves. N’ayant toujours pas obtenu leurs permis de travail anglais, les musiciens décident de rester dans la capitale française et d’y enregistrer leur premier album sous le nom de Aphrodite’s Child. Mercury Records investit alors les studios parisiens de Philips et suggère de commencer par travailler sur un single musicalement basé sur Canon per tre Violini e Basso. Vangelis ne tarde pas à adapter les arrangements du fameux Canon de Pachelbel et c’est à Boris Bergman, jeune auteur français, débutant et glandeur de première, qu’incombe l’écriture des paroles en anglais. Non productif, il se retrouve enfermé par le staff dans son bureau: ″Tu ne sortiras de là qu’après avoir pondu un texte″! C’est de sa fenêtre qu’il aperçoit un cortège funéraire sortant d’une église voisine. Il pleut – rain – et certains sont en pleurs – Tears. La chanson Rain and Tears et son cortège de mélancolie sur fond d’amour déchu est enfin enregistrée. ″La pluie et les larmes c’est la même chose. Quand tu pleures en hiver, tu peux prétendre que ce n’est rien d’autre que de la pluie, mais au soleil tu dois assumer″. Sniff!

Se pose alors le problème du pressage. Les usines sont à l’arrêt. L’équipe finit par dénicher dans une arrière boutique de Saint-Ouen une ancienne unité de pressage qui est redémarrée pour la circonstance. Sorti en juin, le single devient très rapidement le tube de l’été 1968. il Disque d’or avec plus d’un million d’exemplaires vendus, il culmine pensant 5 mois à la première place du hit-parade en France où il sera également la meilleure vente de l’année. End of The World – le LP – sort en novembre. La tracklist comporte évidemment le dégoulinant et accrocheur Rain and Tears qui ne sera pas étranger au succès international de l’unique groupe pop/rock hellénique: Aphrodte’s Child.

  Patrick BETAILLE, septembre 2022

 

 

 

 

NAPOLEON XIV – They’re Gonna to Take me Away

Nous le pseudo de NAPOLEON XIV se cache en fait le nom de l’ingénieur du son d’un studio new-yorkais, un certain Jerry Samuels. En 1966, en pleine période de psychédélisme il décide d’écrire et d’enregistrer une chanson simpliste, sorte de pied de nez ironique et humoristique à la tendance mystique, littéraire et surréaliste du moment. Il faudra pas moins de 9 mois à ce doux dingue pour atteindre son objectif, la principale difficulté consistant à travailler sans musiciens et surtout sans section rythmique. Il fait donc appel à quelques uns de ses amis pour enregistrer une piste de grosse caisse, un autre de tambourin et une troisième de claps de mains. Une fois finalisé, l’ensemble est ensuite mixé sous forme de boucle répétitive à laquelle est ajouté le son d’une sirène à manivelle louée 5$. Pour la voix, l’ingénieur fait appel à ses compétences de technicien en utilisant un séquenceur à vitesse variable qui lui permet de moduler son propos – aussi bien dans les aigus que dans les graves – tout en y ajoutant de l’écho et les hurlements de la sirène. Quant aux paroles, elles abordent le thème de la folie, celle dans laquelle le héro sombre quand sa copine le quitte. ″Rappelle-toi quand tu as voulu te barrer. Je me suis mis à genoux et je t’ai suppliée de ne pas faire ça car je savais que j’allais devenir fou. Tu es partie quand même, et maintenant tu vois, je suis complètement cinglé et ils veulent m’enfermer″. Craignant qu’on lui reproche de se moquer des maladies mentales, l’auteur décide de rajouter un dernier couplet: ″J’ai fait ta bouffe, j’ai entretenu ta maison et c’est comme ça que tu me remercies pour tout cet amour désintéressé? Hein? Eh bien tu vas voir, il te retrouveront et il te mettront à l’ASPCA  espèce de chien galeux″(NDLR. ASPCA: Société américaine pour la prévention de la cruauté envers les animaux). C’est donc à cause de la fuite de son clébard parti en goguette que notre héro pète les plombs! Pour preuve, l’illustration du LP montre NAPOLEON à proximité d’une bouche à incendie sur laquelle tout bon canidé qui se respecte est censé pisser. Sauf que là, au bout de la laisse et dans le collier rien! They’re Coming to Take Me Away, Ha-Haaa! sort en single en juillet 1966. Contre toute attente et bien que censuré sur certaines radios (BBC notamment), le titre fait un carton et se retrouve instantanément N°3 au top 100 du Billboard, N°1 au cash Box, N°2 au Canada et N° 4 au Royaume-Uni. C’est tout simplement la face A jouée à l’envers qui figure la face B titrée !aaaH-aH ,yawA eM ekaT oT gnimoC er’yehT. Même les infos présentes sur l’étiquette sont intégralement imprimées à l’envers. Sans conteste une aventure musicale dans laquelle on se serait pas étonné outre mesure de voir débarquer le Screwy Squirrel de Tex Avery! En dernière position sur le LP paru la même année, la réponse attribuée à Joséphine XV: I’m Happy They Took You Away, Ha-Haaa! (Je suis contente qu’ils aient fini par t’enfermer).

Patrick BETAILLE, septembre 2022

The Moody Blues – Nights in White Satin

Changement de label et de cap en 1967 pour les Moody Blues qui laissent de côté les reprises rythm and blues pour se consacrer au rock psychédélique. Pour leur deuxième opus, Polydor souhaite leur faire enregistrer une version rock de La Symphonie du Nouveau Monde d’Antonín Dvořák. Préférant graver leurs propres compos avec un orchestre de musique classique, les Moody Blues deviennent alors les précurseurs d’un rock symphonique qui, de l’aveu de Ian Anderson (Jethro Tull), sera une source d’inspiration incontestable, y compris pour ce qui concerne l’approche conceptuelle de ses productions futures. Paru en novembre, Days of Future Passed est en effet basé sur un projet : aborder le quotidien d’un individu et, logiquement, la track list de 7 titres débute par The Day Begins pour s’achever sur un Nights in White Satin sorti simultanément en single. Nous y voilà! La chanson a été écrite par le chanteur-guitariste Justin Hayward, inspiré par le cadeau de sa petite amie: une paire de draps en satin blanc. L’épisode devient très rapidement l’un des hymnes du rock progressif et joue dans la même catégorie que A Whiter Shade of Pale de Procol Harum. ″ Des nuits de satin blanc sans fin… Je t’aime, oh oui je t’aime, oh comme je t’aime, je ne peux en dire plus…″ Paroles romantico-mélancoliques à souhait, habillage symphonique, utilisation de la  flûte et du tout nouveau Mellotron, harmonies vocales et son remarquable offrent pour un temps un beau succès international (numéro un en France et au Canada ) au single qui connaitra un fort regain de popularité à la fin des années 70. Nights In White Satin a fait l’objet de nombreuses reprises y compris de la part de Glen Hughes (Music for the Divine – 2016). En France, Léo Ferré fait directement référence au morceau dans sa chanson C’est extra, lorsqu’il fredonne : ″… C’est extra, un Moody Blues qui chante la nuit, comme un satin de blanc marié…″. Cos I Iooov Yuuuuu, yes I looov Yuuuuu!

Patrick BETAILLE, septembre 2022

The Trashmen – Surfin’ Bird

En 1963, le premier album de The Trashmen à suffit pour renvoyer dans leurs 22 mètres les groupes de surf rock basés en Californie du Sud. Plus habitué à pratiquer un rockabilly de qualité,  très populaire chez les ados, qu’un garage rock approximatif, le groupe va connaître cette année là un succès aussi soudain qu’incroyable avec un titre complètement déjanté: Surfin’ Bird. C’est le batteur Steve Wahrer qui a eu l’idée de combiner The Bird’s the Word et Pa Pa Ooh Mow Mow, deux titres d’un groupe de Doo Wop de l’époque: The Revingtons. Une fois en studio, rythmique hypnotique et effets spéciaux sur les voix ont été combinés avec des onomatopées répétées à l’envie et des paroles sans queue ni tête. ″Tout le monde a entendu parler de l’oiseau. Eh bien, oiseau est le mot! Pa pa ooh mow mow, pa pa ooh mow mow! ″. Le tour est joué! Contre toute attente, début 1964, les Éboueurs sont dans le top 10 de leur pays avec ce truc décomplexé illustrant le rock & roll dans sa version la plus basique et la plus sauvage. Ce Surfin’ Bird d’anthologie a piaillé dans les bandes son de plusieurs films (notamment Full Metal Jacket de Stanley Kubrick en1987 et Le Vilain, d’Albert Dupontel en 2009) et mis en cage par plusieurs groupes dont les Ramones, The Cramps, Sha Na Na et Silverchair. En 1988, la chanson est adaptée en français sous le titre J’aime Le Beurre par Au Bonheur des dames sur leur album Jour de fête.

Patrick BETAILLE, août 2022

Procol Harum – A Whiter Shade of Pale

Quand la lumière baisse et que résonnent les premiers accords à l’orgue du slow le plus célèbre de tous les temps, tout devient possible. Nous sommes en 1967, et tandis qu’à San Francisco les hippies rêvent rêvent d’un nouveau monde en écoutant The Mamas and the Papas, un groupe anglais alors totalement inconnu envahit les ondes avec A Whiter Shade of Pale. Ce titre, on le doit à Gary Brooker, celui qui fit ses premières armes au sein d’un groupe éphémère: The Paramounts. En regardant la télé alors qu’il vivait chez sa mère, le pianiste-auteur-compositeur-chanteur tombe par hasard sur une publicité pour Hamlet Cigars dont la bande son fait clairement appel à une suite pour orchestre composée en son temps par Jean Sébastien Bach. Sur son piano, il retrouve la mélodie et a l’idée de la faire coïncider avec un texte de l’un de ses ami, le poète surréaliste Keith Reid. ″... Et c’est ainsi que plus tard, alors que les brumes de l’ivresse s’emparaient de nous, son visage, d’abord fantomatique, devint d’un blanc encore plus pâle. Il n’y a aucune raison dit-elle. C’était évident mais j’abattis mes derniers atouts, ne voulant pas qu’elle devienne l’une de ces seize vestales. Et même si mes yeux étaient ouverts, mes paupières closes n’auraient rien changé…″. je vous avais prévenus! Le genre de truc qui ferait passer les effets secondaires du plus puissant des hallucinogènes pour ceux provoqués par des pastilles Valda. En tous cas, bien en phase avec le nom du groupe: Procol Harum. C’est Guy Stevens, le manager lui aussi bien allumé, qui fit ce choix à partir du sobriquet dont était affublé le chat de l’un de ses potes et qui viendrait d’une locution latine signifiant ″au-delà des choses″. Allez comprendre! Curieusement, ce single de 1967 que John Lennon passait en boucle sur la sono de sa Rolls, ne figure pas sur le pressage anglais du premier LP de Procol Harum alors qu’il occupe la première place sur la version US. Mais qu’importe, c’est cette nuance de blanc plus pâle qui squattera le sommet des charts britanniques pendant 6 semaines et installera la formation londonienne au panthéon d’un rock artistique aux mélodies complexes, aux textes alambiqués et aux orchestrations à grande échelle, parfois même symphoniques. Tu danses? – Je veux bien! Janine garde moi le sac steuplé!

Patrick BETAILLE, août 2022

Barry Ryan – Eloïse

Dans les années 50, Marion Ryan était l’une des grandes stars de la pop britannique qui squattait les émissions de variétés. Mariée à 17 ans, c’est dans le Yorkshire qu’elle donna naissance à deux enfants, les jumeaux Paul et Barry Ryan. Ah les lois de Atavisme! En 1965, Les garçons signent chez Decca Records et sortent leur premier disque alors qu’ils n’ont que 17 ans. Jusqu’en 1967, ils obtiennent rapidement quelques succès d’estime qui leur permet d’être parrainés par Frank Sinatra et de participer à quelques projets avec notamment les Hollies, Roy Orbison, les Small Faces et Dusty Springfield. Écœuré par les exigences du show business Paul se met en retrait. Barry décide alors d’entamer une carrière solo et c’est avec un titre écrit par son frère qu’il renoue avec le succès. Eloïse, son premier single sort en 1968, grimpe immédiatement à la deuxième place au classement des meilleures ventes britanniques, à la première au hit parade français et se vend à hauteur de 5 millions d’exemplaires dans le monde. Mélodramatique, lyrique, grandiloquente et très orchestrée, la chanson raconte l’histoire d’un amour déchu. ″Difficile d’admettre que cet amour est en train de mourir. Désormais elle sait que je pleure et que toutes les nuits je suis là, le cœur brisé. Elle, elle n’est pas là et au fur et à mesure que les jours passent, les nuits deviennent plus froides. Eloïse tu es ma raison d’être alors je t’en prie, écoute moi″. Ok, dans le genre, Brel et son Ne me Quitte Pas peuvent dormir tranquilles! Alors qu’en Australie la complainte figure en bonne position au Top 10, une enfant de huit ans nommée Eloise Worledge est enlevée à Melbourne. Par respect et solidarité envers la famille, les stations de radio cessent de diffuser la chanson pendant les recherches qui, malheureusement, ne donneront rien. La fillette n’a jamais été retrouvée. D’autres titres suivront – Red man en 1971 – mais sans succès notoire pour Barry Ryan qui mettra fin à son activité discographique au début des années 70. Traduite et chantée en français par Claude François, Eloïse a également été interprétée par les Damned en 1986.

Patrick BETAILLE, août 2022

The Who – My Generation

Les gens veulent nous humilier, juste parce que nous existons. Ce qu’ils font est vraiment dégueulasse. J’espère que je mourrai avant de devenir vieux. Pourquoi ne disparaissez-vous pas tous? N’essayez pas de comprendre, je ne cherche pas à me faire remarquer, je parle juste de ma génération. Londres. Sur le chemin qu’elle emprunte pour se rendre à Buckingham, la Reine Elisabeth est agacée par la présence d’un corbillard garé sur son parcours. Au prétexte que le véhicule lui rappelle les funérailles de son époux, elle exige que la Packard mortuaire soit mise en fourrière. C’est là que tout commence.

Le corbillard en question appartient à Pete Townshend. Le jour où il découvre la disparition de sa bagnole achetée d’occase avec ses premiers cachets, le jeune guitariste-compositeur et désormais piéton vient d’avoir 20 ans. Il est furieux et c’est dans le train qu’il jette sur papier la colère d’une jeunesse qui ne parvient pas à trouver sa place dans la société. Quelques mots qui mettent soudainement The Who au centre de toutes les attentions d’un auditoire qui ne tarde pas à s’approprier l’expression de son mal-être. Le morceau ne prend sa forme définitive qu’après plusieurs mois de tâtonnements. Le groupe doit s’y reprendre plusieurs fois pour l’enregistrer. À la guitare Pete Townshend hésite encore avec un tempo blues à la Jimmy Reed. À plusieurs reprises John Entwistle casse les cordes de sa basse Danelectro. Finalement c’est Keith Moon qui, de derrière ses fûts, trouve le bon tempo. Mais Roger Daltrey au chant a du mal à gérer le rythme effréné.  J’ai tenté de le suivre, mais j’ai bégayé à la première première prise. Je me suis corrigé à la prise suivante, mais le producteur a réagit en disant : garde ça, garde ce bégaiement c’est génial! se souvient le chanteur. Ainsi soit! Le single sort le 29 octobre 1965. La violence des mots et la puissance musicale ont un impact immédiat et, bien que la BBC en bloque la promotion et la diffusion sous prétexte de ne pas vouloir offenser les bègues, My Generation atteint la 2ème place des charts britanniques. Le groupe était alors tout jeune et je pensais que sa carrière serait très brève″ déclarait Townsend à l’époque. Pas vraiment prophète l’ami Pete sur ce coup là. Il ne se doutait pas que sa composition serai classée huitième meilleure chanson britannique de tous les temps et qu’il avait pas mal d’avance sur ce qui allait débouler une dizaine d’années plus tard: le punk.

Patrick BETAILLE, juillet 2021

Joe Cocker – With a little Help from my Friends

À part 4 ou 5 titres (notamment Change In Louise en 69, High Time We Went en 71) composés avec son ami Chris Stainton, Joe Cocker s’est toujours cantonné à reprendre, souvent de belle manière (You Can Leave Your Hat On de Randy Newman par exemple), des titres écrits par d’autres. Mais là où le plombier de Sheffield a fait très fort, c’est lorsqu’il s’est attelé à interpréter une chanson des Beatles, coécrite en son temps par John Lennon et Paul McCartney, chantée par Ringo Starr et qui figure sur l’album Sgt. Pepper’s Lonely Hearts Club Band sorti en 1967. En avril 69, With a Little Help From my Friends paraitra donc sur le premier LP de Joe Cocker. D’amitié il est question. Celle qui transparait dans le texte original bien sûr. ″Que ferais tu si je chantais faux? Tu te barrerais et tu me laisserais là? Accepte de m’écouter et je te chanterai quelque chose. Tu vois, avec un petit coup de pouce j’y arrive. Tout ce dont j’ai besoin c’est de la présence de mes potes″. Mais aussi celle grâce à laquelle With a Little Help From my Friends, l’album, a pu voir le jour. Albert Lee, Chris Stainton, Steve Winwood et Jimmy Page, entre autres, sont en effet en studio pour assister l’artiste dans cette tentative qui, au final, se soldera par un succès considérable et une première place au hit-parade britannique pour le 45 tours sorti en octobre 1968. Plus lente, traitée façon gospel, la chanson révèle la voix incomparable de Cocker dont les cris orgasmiques sont directement inspirés par Ray Charles. Toujours en 1969, en août, performance hors normes au festival de Woodstock. Le public stupéfait découvre ce petit homme hirsute aux incroyables gesticulations, grimaçant et complètement défoncé transcendé, air-guitariste avant l’heure qui dès lors entrera dans le panthéon du Rock et inscrira sa version de With A Little Help dans la postérité. Après le décès de Joe Cocker en 2014, Paul McCartney a déclaré: ″It was just mind-blowing, totally turned the song into a soul anthem, and I was forever grateful for him for having done that.″ (C’était juste époustouflant, ça a totalement transformé cette chanson en un hymne soul, et je lui en serai toujours reconnaissant).

Patrick BETAILLE, juillet 2022

Ram Jam – Black Betty

Au départ, Black Betty était une mélopée chantée par des esclaves afro-américain. C’est dans ce contexte que, souvent, le terme a été associé, soit à la bouteille d’alcool frelaté à laquelle les forçats faisait appel pour oublier leurs peines, soit au mousquet ou au fouet dont ils étaient souvent les victimes. Enregistrée une première fois par John et Alan Lomax en 1933, elle sera chantée a cappella par un pensionnaire d’un pénitencier du Texas répondant au nom de James ″Iron head″ Baker. En 1939, c’est au tour de Leadbelly de graver le titre commercialisé à l’époque par le label Musicraft. Au milieu des années 70, un groupe de rock de l’Ohio reprend le titre dans une version musclée qui rencontre un rapide succès auprès du public, devenant immédiatement un énorme hit international. Ram Jam – pas plus que son auditoire – ne connaissait probablement pas l’origine et le sens du texte de Black Betty. C’est la raison pour laquelle leur interprétation a été cataloguée en tant qu’évocation d’une relation sexuelle avec une femme noire… ″Whoaw! Black Betty – Bam ba lam – tu peux me croire, elle me fait triper. Elle vient de Birmingham en Alabama et elle est toujours prête. Quand elle agite ce truc là, bon sang, elle m’embrase… Bam ba lam!″ Il n’en fallait pas plus pour qu’un boycott de la part des organisations américaines de défense des droits afro-américains et de l’égalité raciale ne soit établi. En tous cas, il s’agit d’un cas unique. Celui d’un groupe de rock blanc qui s’approprie un chant traditionnel noir et parvient à en faire un tube planétaire redoutable et maintes fois repris. Bam ba lam!

Patrick  BETAILLE, juillet 2022

The Gun – Race with the Devil

Seulement deux albums à l’actif de The Gun, groupe anglais formé en 1967 par les frères Gurvitz et dissout en 1970.  Le trio enregistre son premier disque éponyme, d’où sera extrait en 45 tours un Race With the Devil gavé de nitrométhane qui sera l’un des gros succès de l’automne 1968 au printemps 1969. ″C’est parti! Tu ferais mieux de courir, tu ferais mieux de fuir le feu du diable. De toutes façons il t’attrapera. Il te cherchera ici et là. Le diable te cherchera partout!″. Une fois n’est pas coutume, il n’est pas question d’un quelconque rendez vous au Crossroads avec à la clef un deal satanique, non. Ici le Malin est à vos trousses et le titre est bâti pour coller à la situation. Ça urge! La rythmique en témoigne et les cuivres omniprésents entretiennent l’angoisse. La peur est bien là aussi, les hurlements le démontrent, et le riff de guitare répété à l’envie vient prouver, si besoin en était, qu’il faut aller vite pour se soustraire à un aller simple vers l’Enfer. Sur sa six cordes Adrian Gurvitz est mélodieux, tranchant, rapide et son gimmick n’est pas tombé dans l’oreille d’un sourd. En effet, Francis Rossi a télécastérisé le plan quand Status Quo interprétait Forty-Five hundred Times sur scène.

Au delà du single, le LP reste connu et apprécié pour sa pochette, la première réalisée par Roger Dean le créateur des fameuses pochettes de Yes, entre autres.

Patrick BETAILLE, juillet 2022