Paul McCartney – Violin Bass

© Photo: Jimmy Baikovicius – Flickr

 

La marque Höfner voit le jour en 1887. Fondée par le luthier allemand Karl Höfner, la maison fabrique des violons, des violoncelles et des contrebasses. Lorsque dans les années 50 la société se tourne vers les guitares électriques, elle conserve l’approche méticuleuse réservée aux instruments classiques : collage à la main, filets incrustés et sélection des bois pour leur résonance naturelle. C’est ce savoir-faire artisanal hérité de la lutherie européenne qui se retrouvera jusque dans la conception de la fameuse Violin Bass.
Sortie en 1956, la Höfner 500/1 aborde  dans un monde dominé par Fender et ses basses massives. Quand l’américaine s’appuie sur la puissance et la solidité, l’allemande devient un instrument délicat et léger. Semi acoustique, son corps creux lui confère une chaleur et une douceur rares. Là où la Fender Precision vrombit, la Höfner chante.
En 1961, les Beatles jouent huit heures par nuit dans les clubs des quartiers sulfureux de Hambourg. Le jeune Paul McCartney découvre la quatre cordes dans la vitrine d’un magasin de musique. Il est aussitôt frappé par sa symétrie : enfin une basse qu’il peut jouer sans avoir à adapter un montage pour gaucher. Son prix est aussi un argument décisif : environ 30 livres sterling. Il l’essaie et c’est surtout la jouabilité de l’instrument qui domine et qui fera dire à Paul: ″ c’était la première basse qui me semblait faite pour moi. Et comme elle avait cette forme de violon, elle avait aussi quelque chose de noble ″. Adjugée! C’est cette hollow-body qui donnera à ″ Macca ″ la possibilité de s’exprimer librement tout au long de sa carrière de bassiste. Ou presque.
En 1972, la première Höfner de Paul McCartney a été dérobée dans un van des Wings dans le quartier de Notting Hill à Londres. Pendant plus d’un demi-siècle, elle disparaît des radars, nourrissant les rumeurs les plus folles. En 2023, Höfner et une équipe de journalistes lancent le  ″ Lost Bass Project ″. Un appel à témoins mondial qui, en février 2024, se solde par un petit miracle. La basse réapparaît, retrouvée avec son étui d’origine dans un grenier de Hastings dans le Sussex. Authentifiée par son fabriquant, elle a été restaurée, remise en état de marche et restituée à son propriétaire. Paul a ainsi pu rejouer de cette Violin Bass sur la scène de l’O2 Arena de Londres le 19 décembre 2024.


Paul MacCartney ne se contentait pas de marquer le tempo: il racontait une histoire. Pour s’en convaincre, il suffit d’écouter entre autres Something, Come Together ou Penny Lane. Avec un son à la fois rond, souple et organique, les lignes de basse y deviennent mélodiques, sensuelles et presque lyriques.


Uli Jon Roth – Sky Guitars

© Photo: Screenshot Uli Jon Roth – Little Wing (Live in Japan)

 

En 1974 Michael Schenker quitte Scorpions pour rejoindre UFO. Il est remplacé par Uli John Roth qui devient le guitariste soliste et l’un des compositeurs de la formation alors en pleine ascension. À cette époque, le natif de Düsseldorf se distingue par un jeu très influencé par par le gaucher de Seattle qu’il exprime essentiellement à l’aide d’une Fender Stratocaster. Mais celui que l’on surnomme déjà le Jimi Hendrix allemand se sent vite à l’étroit dans un répertoire qui fait la part belle au hard rock contemporain. Il souhaite plutôt vers des œuvres originales, loin des standards commerciaux, et donner une dimension musicale psychédélique et cosmique à certaines œuvres inspirées par les grands compositeurs classiques.
En 1978, Roth s’émancipe donc du groupe de Klaus Meine à la Musifin de la tournée mondiale retracée dans l’album live Tokyo Tapes et fonde son propre groupe: Electric Sun. La même année il fait la connaissance d’Andréas Demetriou, un luthier de Brighton, avec lequel il élabore un nouveau concept de guitares, à mille lieues des courants habituels.
Afin de pouvoir approcher les notes aiguës d’un violon, les Sky Guitar sont dotées de frettes supplémentaires sur des manches scallopés, permettant ainsi au musicien de développer une fusion unique de musique classique et de rock. Cinq versions de cet instrument sont créées: trois à six cordes et deux à sept cordes afin de renforcer les basses. Immédiatement identifiables en raison d’un design particulier en forme de ″ S ″, toutes sont dotées d’une technologie permettant le contrôle de l’ampli directement depuis la guitare. Pour l’occasion, John Oram, technicien et ingénieur du son, met au point des micros offrant un un haut niveau de sortie, un son riche et un sustain remarquable.


En 1986, Roth décide d’abandonner le nom d’Electric Sun et de se produire sous son propre nom. En 2107, il fonde Sky Guitars et fait appel à Boris Dommenget, un maître luthier allemand qui fabriquera entièrement à la main un chef-d’œuvre à deux manches. Cette Mighty New Dawn combine une guitare acoustique à 7 cordes nylon et une électrique également à sept cordes.


 

Lemmy Kilmister – Rickenbaker 4004

Source image: ArtPhotoLimited

We are Motörhead and we play rock’n’roll ! ″.  C’est ainsi que Lemmy Kilmister (1945-2015) présentait sa formation lors de chaque début de concert. Un gimmick entré dans la légende, aussi culte que le son du groupe. Une empreinte qui repose sur un seul principe : ″ Everything Louder Than Everything Else ″ (tout plus fort que n’importe quoi d’autre). Jouer le plus fort possible grâce à un mur d’amplis poussés au maximum. Le son explosif du trio est notamment basé sur la basse que Lemmy appréciait particulièrement: la Rickenbacker. C’est elle qui offrait au musicien quelque chose d’immédiatement reconnaissable. Aussi reconnaissable que ses rouflaquettes. Pour obtenir ce son, Killmister baissait les basses et les aigus et mettait au taquet les médiums, le gain et le volume de sa tête d’ampli Marshall. Au-delà de ces réglages, il faut aussi mentionner le style particulier du frontman de Motörhead. Il ne jouait pas aux doigts. Il utilisait un médiator extra-dur avec lequel, à la manière d’un guitariste, il frappait les cordes en effectuant de rapides aller-retours. Distorsion lourde, sustain puissant et groove implacable ont largement contribué à définir le son du heavy metal de l’époque.
À partir de 1996, la basse principale de Lemmy était une Rickenbacker 4004 LK (pour Lemmy Killmister), une série limitée à 50 exemplaires. Corps en noyer orné de feuilles de chêne sculptées à la main, manche traversant en érable, touche de 20 frettes en palissandre, mécaniques Schaller, trois micros humbuckers et pièces d’accastillage plaquées or. ″ Rickenbastard ″ gravé sur la tête du manche, cette qutre cordes était une véritable œuvre d’art à propos de laquelle son propriétaire disait: ″ je l’adore! Si vous avez une basse qui a un beau look, vous pouvez toujours changer les micros si le son est mauvais ″.


En septembre 1996, l’une de ces Rickenbacker a été exposée au Rock and Roll Hall of Fame de Cleveland dans le cadre de l’exposition Bang Your Head: Three Decades of Hard Rock and Heavy Metal.


 

Wilko Johnson – Fender Telecaster 1962

© Photo: Dena Flows 2016

 

C’est un fait! John Peter Wilkinson (1947-2022) ne figurera jamais au Panthéon des grands guitaristes de l’histoire du rock. Pourtant, s’il en est un à qui le genre doit beaucoup c’est bien Wilko Johnson. Celui-là même qui, au sein de Dr. Feelgood, a estampillé la fougue authentique du pub rock des années 70. Jeu très influencé par son maitre à jouer Mick Green (Johnny Kid & The Pirates). Rythmique tranchante, giclées de solos et jeu de scène à nul autre pareil. Il parcourt la scène en long, en large et en travers en exécutant des sauts de cabri pendant que Lee Brilleaux masturbe sa canette de bière. Visage figé, pas un sourire. De son regard halluciné il hypnotise le public avant de l’achever d’une rafale de 6 cordes. Son arme? La Fender Telecaster. Ou plutôt, deux Fender Telecaster de 1962.
La première, blanche, il l’a acquise en 1965. ″ J’ai dit à ma copine Irène que ce serait une bonne idée de retirer tout l’argent de son compte épargne pour payer les 60 livres manquantes. Je ne l’ai jamais remboursée. Par contre, je l’ai épousée! ″. La deuxième a été achetée d’occasion. ″ En 1975, je travaillais d’arrache-pied avec Dr. Feelgood et je cherchais une autre guitare pour les tournées. En fouillant dans les petites annonces, j’ai pu m’offrir ce modèle sunburst pour 180£. À l’époque, je portais très souvent une chemise rouge et noire se souvient Wilko. J’ai donc demandé à mon roadie de faire fabriquer un pickguard rouge et de peindre la guitare en noir. Depuis, c’est elle qui m’a accompagné pendant presque tous les concerts et les enregistrements du groupe ″.
Ces deux guitares étaient en réalité les deux seules dont l’ancien prof originaire de Canvey Island ait jamais eu besoin. Branché sur ampli HH Electronics, il n’utilisait que le micro chevalet, volume à fond et tonalité au taquet dans les aigus. Nerveux, incisif et tout en efficacité, il jouait sans médiator. Ce qui lui valut souvent de terminer certains concerts avec les doigts de la main droite en sang.


En 2013, Fender a obtenu du musicien l’autorisation de produire une série de Telecaster Signature Wilko Johnson. Très satisfait de ces répliques, Wilko avoua les utiliser lors des tournées, plutôt que de ressortir sa vieille guitare iconique ravagée par le temps.


Michael Antony – Jack Daniel’s Old No. 7

Source image: Square Deal Recordings & Supplies

 

Début des années 80. Au cours d’une soirée bien arrosée, Michael Anthony et son technicien Kevin Dugan décident de créer un instrument unique à la gloire du Jack Daniel’s dont ils sont à l’époque des consommateurs assidus. Conçue à l’origine pour le fun, cette basse est assemblée par les deux compères (aidés par Dave Jellison, le bassiste de Ratt) à partir d’un morceau de contreplaqué découpé à la forme de la dive bouteille, d’un manche de récupération, de mécaniques Kramer et de micros intégrés dans le chevalet. Le prototype fait sa première apparition dans le clip Panama tourné à Philadelphie. Sur scène, la Old No. 7 est désormais associée au jeu tonitruant d’Antony qui, à l’occasion, biberonne le Jack à la santé du public. Le succès est tel que la marque de Lynchburg envisage une action en justice pour utilisation abusive de son visuel. Finalement, en réalisant l’impact généré par une publicité gratuite monumentale, Jack Daniel’s revoit sa copie et accepte d’apporter sa contribution à un nouveau projet.
Le bassiste de Van Halen décide donc de faire appel à Jim O’Connor pour concevoir une version plus élaborée de sa quatre cordes. Pour mettre en œuvre un instrument à la fois confortable, ergonomique et performant, le luthier en question sculpte une caisse en relief, l’associe à un manche traversant en érable et ajoute des micros EMG, un par corde. Quant à la décoration, elle est confiée au californien Dan Lawrence qui reproduit à l’aérographe l’étiquette du Tennessee Whiskey.


Le tout premier modèle est exposé au Rock and Roll Hall of Fame de Cleveland. Une deuxième version, fabriquée à partir du prototype par James Tyler Guitars , fait partie de la collection privée du musicien.


 

 

Brian May – Red Special

© Source Image: Screenshot – Queen Live in Montréal 1981

 

Début des années 1960. L’adolescent anglais Brian May réclame à ses parents une guitare électrique. Le problème, c’est qu’à l’époque les instruments en vogue sont financièrement bien au-delà du budget d’une famille modeste. Harold, son père, est ingénieur en électronique et il propose alors à Brian de bâtir un projet commun autour d’une guitare électrique. C’est donc le début d’une odyssée vers la création de l’instrument unique qui deviendra l’un plus célèbres au monde.
Père et fils commencent à travailler en août 1963. Le corps de la guitare est en panneaux de particules avec des incrustations de chêne dans les couches supérieures et inférieures. L’ensemble est recouvert d’un placage marqueté en acajou sur la table, le fond, les éclisses et enjolivé de liserés blancs provenant d’éléments décoratifs d’étagères. La couleur brun rouge qui donne son nom à la ″ Red Special ″ est obtenue après l’application de nombreuses couches de vernis polyuréthane. Le manche pourvu de 24 frettes est façonné à partir du bois du linteau d’une cheminée centenaire dont les trous laissés par des parasites xylophages ont été comblés avec des allumettes. La guitare est équipée de trois micros simple bobinage Burns et d’un chevalet en aluminium fabriqué sur mesure. Quant au système de vibrato il est constitué d’une lame de couteau en acier trempé et de deux ressorts de soupape de moto. Les micros sont câblés en série et dotés d’interrupteurs marche/arrêt dédiés. Pour les réglages du volume et de la tonalité: des boutons de gazinière. Une barre de rétroviseur de mobylette sert de bras de commande du vibrato.
La ″ Red Special ″ voit le jour en octobre 1964 et fait ses premières armes avec le musicien au sein des groupes 1984 et Smile (avec Roger Taylor). Au début des années 70, Brian May, Freddie Mercury, Roger Taylor et John Deacon enregistrent le premier album de Queen. Le succès est au rendez-vous. Les tournées incitent Brian à faire fabriquer des copies pour palier à d’éventuels problèmes. La première réplique officielle est confiée au luthier britannique John Birch et utilisée comme guitare de secours lors des prestations scéniques. Entre 1996 et 1997, à la demande du guitariste, le luthier australien Greg Fryer produit trois autres versions techniquement légèrement modifiées. En 1998, après avoir constaté les dégâts subis au cours de près de 30 années d’utilisation, May confie la restauration de sa ″ Red Special ″ à Fryer avec pour consigne de conserver un maximum de pièces d’origine. En 2004, Andrew Guyton, un luthier du Royaume-Uni, en fabrique 50 exemplaires autorisés en édition limitée pour célébrer le quarantième anniversaire de la ″ Old Lady ″.

Cette guitare, utilisée de manière quasi exclusive tout au long de la carrière du groupe Queen, allait définir le style emblématique de Brian May. Ses talents de guitariste sont mis en évidence sur de nombreux titres tels que Killer Queen, We Will Rock You et, bien sûr, Bohemian Rhapsody.

Jerry garcia – Irwin Guitars:Tiger

© Photo: Michael Putland Via Irwin Guitars Website

 

L’une des premières guitares avec lesquelles Jerry Garcia (1942-1995) s’est distingué au sein du Grateful Dead était une Fender Starocaster blanche de 1955 offerte par Graham Nash. Fin 1972, le guitariste découvrit par hasard et adopta la première guitare que Doug Irwin fabriqua pour le compte d’Alembic Guitars. Dans la foulée, il demanda au luthier de lui en fabriquer une autre en précisant: ″ peu importe le coût, vas-y, lâche toi ″! Six ans plus tard, la nouvelle six cordes faisait sa première apparition lors d’un concert du groupe à Oakland. Elle allait devenir le choix de prédilection de Garcia tout au long de la décennie suivante.
Solid body constituée d’un assemblage de bois denses. Manche traversant en érable avec touche en ébène et incrustations de nacre. Marqueterie au dos de la caisse. Accastillage et éléments décoratifs en laiton. Deux micros humbuckers et un micro simple bobinage avec sélecteur cinq positions, contrôles de volume et de tonalité avec préampli et boucle d’effets intégrés. Sous le cordier, un motif en nacre et ébène représentant un tigre qui valut à la six cordes le nom de ″ Tiger ″. Ce petit bijou de plus de 6 kilos nécessita la bagatelle de 2000 heures de travail et une facture de 6 000 dollars. Jerry appréciait le look original de cet instrument mais il aimait surtout les nombreuses possibilités techniques lui permettant de tirer le meilleur de la richesse des sons.


Dans son testament, ″ Captain Trips ″ avait légué ces instruments à Doug Irwin. En 2022, la ″ Tiger ″ a été achetée aux enchères pour 950 000$. Après le décès en 2025 du nouveau propriétaire Jim Irsay, c’est Bobby Tseitlin de Family Guitars qui, en 2026, l’a acquise chez Christie’s pour un montant de 11 560 000 $ en promettent qu’elle continuerait à être jouée. Promesse tenue. Dès le lendemain de la transaction, ″ Tiger ″ était de retour sur la scène du Beacon Theatre de New York entre de bonnes mains. Celles de Derek Trucks du Tedeschi Trucks Band.


 

Stevie Ray Vaughan – Stratocaster: Number One

© Guitar Quarter/Annamaria DiSanto

Cette Fender, le maître du Texas Blues en fit l’acquisition en 1973. Il l’échangea contre une autre chez Heart of Texas Music, une boutique d’Austin. La légende prétend que la Stratocaster sur laquelle Steve Ray Vaughan jeta son dévolu aurait appartenu à Christopher Cross.
Celle qui allait devenir la ″ Number One ″ consistait au départ en un assemblage hétéroclite déjà passablement malmené. Elle comprenait un corps Sunburst de 1962, un manche de 1963 et des micros de 1959. D’emblée, Stevie remplaça le pickguard blanc par un modèle noir décoré avec des autocollants ″ SRV ″. Le texan et son technicien René Martinez travaillèrent beaucoup sur l’instrument. Le plus souvent, il s’agissait de remises en état dues à une utilisation intensive par son propriétaire.
Le manche épais en forme de D convenait parfaitement au guitariste mais son jeu puissant eut souvent raison de la touche. Les frettes ont été changées tellement de fois que finalement la pièce elle-même a dû être reprofilée. Afin d’éviter la casse quasi quotidienne des cordes à fort tirant, des bouts de gaine plastique ont été ajoutés autour de la base des cordes, dans le chevalet. Conséquence de l’ajout de ressorts sur le mécanisme de vibrato: il fallait une force telle pour actionner le levier qu’il finissait par se briser. Le tremolo d’origine a donc été remplacé par un modèle pour gaucher de sorte que le point de pivot du bras se trouvait non plus sous les cordes, mais au-dessus.


Finalement, après la mort de Stevie en 1990, René Martinez a réinstallé le manche de 1963 qui avait été remplacé après une casse lors d’un concert. Il a ensuite offert la guitare au frère de SRV, Jimmie Vaughan. La ″ Number One ″ (appelée aussi First Wife) est conservée précieusement par le leader des Fabulous Thunderbirds qui, au début des années 2000, à donné à Fender  l’autorisation de lancer la production d’une centaine de répliques.


 

Eric Clapton – Gibson SG: The Fool

Eric Clapton, March 25th 1967 RKO Theatre, New York

 

Selon ″ Slow Hand ″, cette fantaisie flashy était une idée de Robert Stigwood. Le manager de Cream souhaitait marquer les esprits avec une image originale du groupe alors sur le point d’entamer sa première tournée aux États-Unis. Contact fut pris avec The Fool, un collectif d’artistes psychédéliques néerlandais connu pour avoir décoré la façade du siège social d’Apple des Beatles et la Rolls Royce de John Lennon. Objectif: concevoir des tenues originales et décorer les instruments des musiciens: la batterie de Ginger Baker, la basse de Jack Bruce et la guitare d’Eric Clapton.
Bruce n’apprécia pas le travail effectué sur sa Fender VI qu’il n’utilisa que lors d’apparitions télévisées. Eric, lui, était fan de sa SG Standard de 1964 au look particulier avec laquelle il joua pour la première fois le 25 mars 1967 au RKO Theatre de New York. C’est là que Cream participa à une série de concerts avec The Who, Wilson Picket et Mitch Ryder. Clapton utilisa cette guitare baptisée The Fool pour la plupart des enregistrements du groupe jusqu’à la séparation en 1968, puis l’offrit à George Harrison. La Gibson passa ensuite entre les mains de Jackie Lomax – alors producteur de Harrison – puis dans celles de Todd Rundgren qui, en 2000, la vendit aux enchères pour environ 150 000 dollars. En 2019, The Fool fut la pièce maîtresse de l’exposition ″ Play It Loud ″ organisée par le Rock and Roll Hall of Fame. En 2023, après avoir été revendue 500 000$ à un collectionneur privé, ce symbole du psychédélisme britannique a été acquis par la Jim Irsay Collection qui rassemble des instruments de musique liés à l’histoire américaine.

 

Dan Armstrong: See Through Guitars

© Source Image: Album Cover Art: The Rolling Stones-Going Back To The Roots. Vinyl Gang Production

 

À la fin des années 60, la société Ampeg, surtout spécialisée dans la production d’amplificateurs de basses, rencontre des difficultés et souhaite conquérir de nouvelles part de marché en élargissant son activité. En 1968, l’entreprise du New Jersey rachète Grammar Guitars – une société de Nashville spécialisée dans la fabrication de guitares acoustiques – et embauche des consultants afin de renforcer son attractivité.
Parmi les nouveaux venus, Dan Armstrong (1934-2004), guitariste, luthier et musicien de studio newyorkais qui suggère à la marque de se concentrer sur la fabrication de guitares électriques et propose un nouveau concept original. Le projet consiste en un corps de guitare fabriqué en acrylique et associé à un manche en érable. Autre nouveauté: des micros conçus par Bill Lawrence. Très facilement interchangeables, ces électroniques disponibles en versions aigües ou graves offrent la possibilité aux musiciens d’adopter des sonorités rock, country ou jazz.
Ainsi, le catalogue Ampeg de 1969 propose pour la première fois les nouvelles guitares et basses ″ See-Through ″ (traduction: voir au travers). Cette quête d’originalité a sans aucun doute donné naissance à un instrument à l’esthétique singulière, mais Dan souhaitait surtout exploiter ce qu’il considérait comme les avantages d’un matériau massif qui, bien que difficile à usiner et lourd, offrait un sustain exceptionnel. 
Quand Keith Richards a essayé son exemplaire sur scène il a tout de suite adoré le son, le confort de jeu et la façon dont les lumières jouaient avec la matière transparente. Il n’a pas été le seul. De nombreux guitaristes se sont laissés séduire: David Bowie, Johnny Thunders, Lou Reed, Phil Lynott, Joe Walsh, Ron Wood, Randy Rhoads, Joe Perry et beaucoup d’autres. Aujourd’hui encore, des artistes comme John Frusciante (Red Hot Chili Peppers), Justin Hawkins (The Darkness) ou Dave Grohl (Foofigthers) jouent occasionnellement de l’acrylique.


Fender avait déjà fabriqué une Stratocaster entièrement en plexy pour les salons professionnels. Il s’agissait d’un simple outil marketing de démonstration qui n’a jamais été commercialisé en tant que modèle de la marque. Après une brève période de production (de 1969 à 1971), l’Ampeg Dan Armstrong a fait l’objet de rééditions en 1998 et en 2006.