La guitare sort de l’ombre

La Musique est dans la rueLa musique est partout, y compris dans la rue. Quand ombre et lumière s’expriment en un jeu inattendu, seul un œil exercé et attentif peut détecter la présence évocatrice et silencieuse d’un accord parfait et éphémère″. [Marcel Destroy, musicologue alambiqué].

Jeff Beck – Loud Hailer!

Jeff Beck YardbirdsAprès Clapton et avant Page, Beck fut le deuxième guitariste vedette des Yardbirds. Il excelle déjà en technique et rapidité et apporte au swing du groupe une touche de psychédélisme teinté de Rhythm & Blues (″Shape of things″, ″Over under sideways down″). Caractériel, individualiste, éternel insatisfait et déjà avide d’effets et de sons nouveaux, il quitte la basse cour au bout de 18 mois et fonde le Jeff Beck Group avec au chant un Rod Stewart pas encore connu mais déjà dépeigné. Deux albums, ″Truth″ et ″Beck Ola″, viennent poser les fondements d’un genre qui fera les riches heures d’un Jimmy Page aux commande du dirigeable. En 70, Rod Stewart et Ron Wood partent fonder The Faces. Beck s’investit alors dans ce qui aurait pu être le meilleur power trio de tous les temps en débauchant de Vanilla Fudge le duo rythmique absolu: Tim Boggert à la basse et Carmine Appice aux drums. Quelques dissensions émanant de fortes personnalités et surtout un grave accident de voiture mettent fin à l’aventure après un seul album studio de Beck Boggert Appice. Le milieu des 70’s marque le retour de Beck avec cette fois un Jazz Fusion et un funk enjoué on ne peut plus personnels, bourrés de mélodies cinglantes, de distorsions rugissantes, d’effets novateurs, le tout drivé par une technique phénoménale. Du grand Jeff, comme en témoignent les instrumentaux ″Blow by Blow″ en 75 et ″Wired″ en 76.  ″Il y avait des centaines de guitaristes faisant hurler leurs Les Paul, il fallait bien que j’essaie autre chose″ déclare t’il dans une interview à Rolling stone! Le reste de la carrière de ce surdoué de la 6 cordes se résume en collaborations diverses (Roger Waters, Brian Wilson), tributes (Gene Vincent & Cliff Gallup) hommages (Les Paul) et giggs avec des invités triés sur le volet (Imelda May, Joss Stone…). Quand il ne s’enferme pas dans son garage, le nez et les mains plongées sous le capot de ses voitures de collection, Jeff Beck tourne et enregistre aussi! Il a récemment célébré ses 50 ans de carrière à l’ Hollywood Bowl en compagnie de Billy Gibbons, Buddy Guy, Jimmy Hall, Jan Hammer, Beth Hart et Steven Tyler. Figurent au répertoire de l’événement des titres de l’époque Yardbirds et des extraits du dynamitesque ″Loud Hailer″, album de 2016 annonciateur d’un retour partiel à un Heavy Rock féroce et classieux pour lequel il convient de noter la performance exceptionnelle de Rosie Bones au chant. Non Jeff t’es pas tout seul! Right Now!

PB, octobre 2017

Keith Richards – Osteoarthritis Fingers

Keith Richards arthrose des doigtsPhysiquement ravagé par des excès divers et variés, le guitariste des Stones n’a même pas eu besoin de passer par la cage maquillage pour tenir le rôle de  Teague Sparrow, le père du Pirate des Caraïbes.  Tellement marqué par les saccages du temps, le créateur de ″Satisfaction″ est désormais incapable de prendre un solo. Keith Richards est atteint d’une telle arthrose des doigts qu’il passe la plupart de ses concerts à prendre les vieilles poses de flibustier psychopathe en triturant le moins possible ses guitares. ″Keef Riff″ laisse le boulot à Ron Wood, pièce rapportée depuis 1976 et qui ressemble désormais à un pivert empaillé fignolé à la chevrotine. La légende, elle, reste inaltérable et pour l’heure la notoriété de la star la plus élégamment délabrée du rock’n’roll est intacte. Comme par miracle il devient impossible d’oublier que de ces doigts aujourd’hui difformes sont nés un nombre inépuisable de riffs monstres : ″Jumpin’ Jack Flash″, ″Honky Tonk Women″, ″Gimme Shelter″, ″Bitch″ ouBrown Sugar″.

PB, septembre 2017

Eric Patrick ″Slowhand″ Clapton

Eric Clapton on stageEntre 1963 et 1965 il tient le manche au sein de The Yardbirds et est surnommé ″Slowhand″; soit disant en référence à la vélocité de ses break de lead guitar. En 1965, c’est écrit sur le murs du métro londonien: ″Clapton is God″. Fraichement intronisé au sein des Bluesbreakers de John Mayall, Eric Clapton a tout juste 20 berges et déclare: ″Je pense qu’il est important d’exprimer les choses fortes et de le faire sans artifices″ (Rolling Stone Magazine). A 23 ans et après les éphémères Blind Faith et Delaney, Bonnie And Friends , il s’approprie avec Cream le ″Crossroads″ de Robert Johnson et lui donne une dimension résolument moderne. Toujours en 68, God, invité par les Beatles, sublime la voix de George Harrison avec un solo éthéré sur ″While my guitar gently weeps″. En 1970 ″Layla″, chef d’œuvre absolu avec Derek & the Dominos, forge l’un des riffs les plus mémorables du rock et donne au guitariste l’occasion de développer ses qualités de compositeur. S’en suit une période sombre. Eric Clapton doit faire face à ses addictions à l’héroïne et à l’alcool: lors d’un concert à Birmingham et en pleine campagne électorale, l’artiste défoncé demande à la foule de voter de façon à empêcher la Grande-Bretagne de devenir une ″colonie noire″ (In vino veritas?). ″461 Ocean Boulevard″ en 74, ″Slowhand″ en 77 et ″Money & Cigarettes″ en 83 jalonnent de solos magnifiques et d’un réel sens mélodique une carrière désormais solo qui hélas se révèlera par la suite assez banale, voir alimentaire. On retiendra quand même en 92 un ″MTV Unplugged″ et ses versions acoustiques classieuses de quelques hits et, en 94, un somptueux ″From the Craddle″ qui rend hommage aux grands noms du Blues. Des albums qui nous rappellent ce qui à l’origine à fait de Clapton un dieu de la 6 cordes.

Écouter: Avec John Mayall, ″Bluesbreakers with Eric Clapton″ (1966). Avec Cream, ″Wheels of fire″ (1968). En 1970, Derek & the Dominos: ″Layla and other assorted songs″, culte! En solo: ″461 Ocean Boulevard″ (1974) et ″From the Craddle″(1994): Groaning the Blues.

PB, août 2017

Pete Townshend – Who’s Next

Pete Townshend jumpAutant que John Lennon ou Keith Richard, le leader des Who est sans conteste l’un des personnages clés de l’histoire du Rock anglais. De la période High Numbers et sont Rhythm & Blues barbare à celle des Who, groupe phare de la Mod Ge-ge-génération biberonnée aux succès pop déjantés, l’on retient surtout la folie scénique avec laquelle le guitariste s’ exprime. Bris de guitares, d’amplis, dynamitage de coulisses et d’hôtels, tout est bon pour imposer une image de révolte ravageuse. Monté sur ressorts, Townshend ne conçoit pas de jouer de sa Rickenbaker autrement qu’à un mètre au dessus du sol. Sa technique est sommaire et bien qu’il soit un bon rythmique il ne s’impose guère par son aisance en solos. Il devient ainsi un guitar-hero à l’esbroufe, passant sous silence (sic!) une technique plus que rudimentaire qui l’oblige parfois à faire appel à des pointures pour mener à bien les enregistrements studio du groupe (Jimmy Page sur ″I can’t explain″). Mais Pete c’est heureusement autre chose! Un compositeur inspiré, celui de la période faste des Who (″Tommy″, ″Who’s Next″, ″Quadrophenia″), un mélodiste avisé et habile et surtout un artiste sensible et intelligent qui porte un jugement éclairé sur la société en général et sur les problèmes de la jeunesse en particulier. Tout cela a définitivement imposé Pete Townshend comme une figure évidemment majeure de l’histoire du Rock. On ne se fera plus avoir!

Ecouter″Tommy″ (1969), Culte! ″Live at Leeds″ (1970) Furieux! ″Who’s Next″ (1971) Majeur!.

Voir: Dans la série Classic Albums, ″Who’s Next″. Sur ce Dvd, Pete Townshend, Roger Daltrey, et John Entwistle offrent avis et anecdotes sur la genèse de l’album. Profond, instructif, drôle et donc indispensable!

PB, août 2017

Fender & Gibson – La guitare en mode mineur

Guitares Eric ClaptonLa guitare a allumé le feu du Rock dans les années cinquante et s’est rapidement imposée en tant qu’arme absolue de la révolution musicale qui allait bouleverser le paysage sonore des 60’s et des 70’s. Aujourd’hui les chiffres sont sans appel. En 10 ans, le nombre de guitares électriques vendues aux États Unis est passé de 1,5 millions à moins d’un million d’instruments par an. Il n’y a jamais eu autant de fabricants dans l’histoire de la 6 cordes mais paradoxalement la demande est en baisse constante. Les fabricants sont aux abois, les leaders Fender et Gibson croulent sous les dettes et pour tenir le coup PRS est en train de licencier. Au delà des aspects purement financiers liés aux stratégies commerciales des uns et des autres, force est de constater que le phénomène est assujetti à une mutation profonde quant aux  données sociétales et culturelles. A l’évidence c’est tout un pan de la musique américaine qui est en train de s’effondrer. La faute à qui, à cause de quoi? Les virtuoses d’ hier sont morts et les Clapton, Page, Townsend et consorts trop âgés pour inspirer une jeune génération qui consomme ou fait de la musique électronique. ″What we need is guitar heroes dit George Gruhn, vendeur d’instruments, auteur et surtout, expert mondial incontesté de la guitare. Sources et info: Washington Post > The death of the electric guitar.

PB, juin 2017

Joe Perry – Dream on!

Joe Perry, Dream on!

Années 70. Avec son faciès de gitan à la Keith Richard, Joe Perry brille par ce style brouillon et volcanique qui provoque toujours le grand frisson parmi le public. Il est vraiment l’âme éruptive, incontrôlable et merveilleusement culottée d’ Aerosmith, alors à son apogée. Son jeu démesuré, son âme de rock’n’roller, tout rappelle chez lui son maître Jeff Beck, et sans doute s’acoquina t’il à Steven Tyler parce que celui ci avait été le roadie de son idole. Joe jette l’éponge en 1979, commet 3 albums solos,  et fait son come back au sein du gang de Boston en 1984. Tout ce que vénère Perry dans le Blues et le  Rhythm ‘n’Blues se retrouve dans l’inoubliable attaque de ″Walk this way″ et dans une des rares power ballads à vraiment mériter ce nom: Dream on!

PB, mai 2017