Le lundi c’est permis – Couac!

[Ludwig van Beethoven]: ″Faire une fausse note est insignifiant; jouer sans passion est inexcusable – To play a wrong note is insignificant; to play without passion is inexcusable ″.

Patrick BETAILLE, août 2022

Rosetta Tharpe – The Godmother of Rock’n’Roll

Avant Jerry Lee Lewis, Chuck Berry, Little Richard ou Elvis Presley, le rock’n’roll a eu sa pionnière. Née en Arkansas en 1915, de parents métayers et pratiquants de l’Église de Dieu au sein d’une communauté itinérante, Rosetta Tharpe entend régulièrement sa mère chanter lors des tournées d’évangélisation. À l’âge de 6 ans, la fillette commence à pratiquer le gospel et découvre l’instrument qui ne la quittera plus jamais: la guitare. Motivée, assidue et de plus en plus talentueuse, la musicienne est vite repérée. À 23 ans elle est signée par le label Decca et enregistre 4 morceaux dont Rock Me qui n’a déjà plus grand chose à voir avec le gospel. Et c’est là que réside toute la magie du style Tharpe: reprendre les codes du genre religieux en y ajoutant du blues, du jazz, du swing et déjà les prémices du rock’n’roll, avec désormais une guitare qui devient électrique. Au fil des années, le public séduit est de plus en plus présent et fidèle. À la fin des années 40 elle fait la connaissance d’une autre chanteuse, Marie Knight, avec qui elle part en tournée dans le sud des Etats-Unis. Faute! Au prétexte de relations soit disant lesbiennes, le duo se met à dos les institutions religieuses. En signe de contestation et par provocation Tharpe et Knight abandonnent le gospel pour enregistrer un album de blues. C’est un désastre. Non seulement l’album ne se vend pas, mais il est aussi condamné par la communauté religieuse et tous les admirateurs de la première heure. C’en est fini de la carrière de Rosetta! Aux USA du moins car l’Europe, et notamment la France, accueille l’artiste à bras ouverts. Ainsi, en 1960, elle est invitée à la première édition du festival de jazz d’Antibes Juan-Les-Pins. En 1964 elle donne un concert à Paris à la Maison de la Radio puis un autre à Manchester, avec Muddy Waters. Elle meurt dans l’oubli en 1973 à l’âge de 58 ans. Il faudra attendre la sortie de tous ses enregistrements pour prendre conscience de l’importance de cette marraine du rock’n’roll qui finalement sera intronisée au Rock and Roll Hall of Flame en 2018 et gratifiée d’un Grammy Lifetime Achievement Award en 2020. ″Si l’on voulait citer un interprète qui incarne l’essence même du rock’n’roll avant que cette musique n’ait un nom, Rosetta Tharpe serait en tête de liste… Personne – pas même Chuck Berry, Scotty Moore ou Keith Richards – n’a joué un rock’n’roll aussi sauvage et primitif que cette femme″ [Richard Williams – The Guardian].

Patrick BETAILLE, mars 2022

Tal Wilkenfeld – Under the Sun

Tal Wilkenfeld est une jeune, talentueuse, et ambitieuse musicienne. Née en 1986 à Sydney elle commence la musique à 14 ans et pratique la guitare pendant trois ans avant de se consacrer à la quatre cordes. Elle n’a que 21 ans quand elle apprend que Chick Correa cherche un bassiste. Au culot elle envoie une démo de son travail et se retrouve sélectionnée pour la tournée de 2007. Quelques mois plus tard, repérée par Jeff Beck, elle le rejoint pour une série de sets en Europe. À 23 ans, elle collabore avec Prince. Elle a aussi joué avec Sting et Herbie Hancock, enregistré avec Ryan Adams, Ringo Starr, mais aussi Brian Wilson, Toto, Joe Walsh, David Gilmour, Warren Haynes, Jimmy Page et les Who pour lesquels elle a assuré la première partie des concerts de 2016. Sans compter qu’en parallèle, elle se produit en club avec sa propre formation, au sein de laquelle elle joue parfois de la guitare et chante ses propres compos. Pas étonnant que Tal soit aujourd’hui considérée comme faisant partie du futur de la basse. Under the Sun.

Patrick BETAILLE, octobre 2021

 

 

Orianthi Panagaris – This Is It!

Grâce à son père lui-même guitariste Orianthi Panagaris apprend à jouer de la guitare acoustique à six ans puis de la guitare électrique à dix ans. À partir de 14 ans, elle joue dans plusieurs groupes différents en Angleterre et en France. Elle quitte l’école à 15 ans pour se consacrer à la composition et à la scène. Son premier show a lieu en présence de Steve Vai et un peu plus tard elle a l’occasion de rejoindre sur scène Carlos Santana, Prince ou encore Eric Clapton, ce qui lui vaut le privilège de figurer en bonne place au panthéon des douze meilleures guitaristes électriques féminines. En 2009 elle est sollicitée par Michael Jackson. Elle raconte: ″À l’époque j’étais en train de terminer mon disque quand j’ai reçu un message qui disait:  Hey, Michael Jackson a besoin d’un guitariste, tu es exactement ce qu’il cherche. C’était signé: Michael Jackson et Michael Bearden (le directeur musical de Jackson)″. Orianthi sera ainsi présente sur toutes les répétitions de la tournée This Is It qui sera annulée et pour cause: Jackson décède en juin 2009. Fin août 2011, Boulot à temps plein pour Orianthi. Alice Cooper annonce son arrivée dans son groupe en remplacement de Damon Johnson parti rejoindre Thin Lizzy. Leur collaboration scénique durera jusqu’an 2014, année au cours de laquelle la guitariste australienne sera remplacée par Nita Strauss.

Patrick BETAILLE, juillet 2021

 

 

Ellas McDaniel, aka Bo Diddley

Bien moins célèbre que Bill Haley, Elvis Presley, Buddy Holly, Jerry Lee Lewis, Eddie Cochran, Chuck Berry ou Little Richard,  Ellas MacDaniel est probablement celui à cause de qui tout à commencé, ou presque. Son surnom lui vient du Diddley Bow, un instrument rudimentaire constitué d’un morceau de fil de fer accroché à un mur sur lequel on faisait glisser un goulot de bouteille. Né dans un famille pauvre du Mississippi, Bo Diddley se retrouve à Chicago en 1934 où la famille s’installe dans un quartier difficile. Là, il suit ses études et s’oriente vers la lutherie, discipline qui l’amène à s’intéresser de près à la musique. Il commence par apprendre le violon mais après avoir découvert Muddy Waters et John Lee Hooker il se met à la guitare. À partir de 1943, Bo Diddley commence à se produire dans les rues, les marchés et finalement en club en 1951. En 1952, il acquiert un ampli qu’il bricole lui même pour sortir un son saturé allié à un vibrato électronique qui deviendra le Diddley sound. Sa formation de luthier l’amène également à concevoir des guitares – très souvent des Gretsch – aux formes surprenantes (rectangulaires, carrés) dont il bidouille l’électronique et avec lesquelles il devient l’un des premiers à utiliser l’accord ouvert issu du blues, et à l’enseigner autour de lui, notamment aux Rolling Stones dès leurs premières tournées. En 1955, avec son premier single, il révèle au grand public un rythme syncopé qui fera date dans le monde du blues et du rock: le Jungle Beat. Le Bo Diddley de la face A et le I’m a Man de la face B (inspiré d’un chanson de Muddy Waters) feront – avec Who do you Love, Hey Bo Diddley! et Before you accuse Me – partie de la tracklist du premier long play éponyme paru en 1958.  À partir de là et jusqu’à sa mort en 2008, Bo Diddley n’a cessé d’inspirer des groupes majeurs: Doors, Animals, Johnny Kid, les Kinks, les Stones (Dont le répertoire des débuts était presque exclusivement composé de ses titres), mais aussi Chicago, les Yardbirds, Dr. Feelgood, George Thorogood, Eric Clapton, et tant d’autres. En 1979 Bo faisait la première partie des Clash au cours de leur tournée aux USA. À ce sujet il déclarera dans une interview: ″Mec, depuis ce jour là mes oreilles sont complètement niquées″! Élu membre du prestigieux musée Rock and Roll Hall of Fame en 1987, celui qui en 1961 avait joué lors du concert d’investiture de John Fitzgerald Kennedy aimait à dire: ″Je ne joue pas du rock’n’roll, je joue du Bo Diddley″

Patrick BETAILLE, décembre 2020

 

Eddie Van Halen – You really got me!

Au cours de leur jeunesse, et alors que toute la famille avait émigré des Pays-Bas vers la Californie, les frères Eddie et Alex Van Halen, se voient contrés et forcés par leur mère de prendre des cours de piano. L’enthousiasme n’est pas au rendez vous, loin de là. À force de persuasion, Alex obtient le feu vert pour prendre des cours de guitare flamenco et Eddie bosse pour se payer une batterie. Pendant les heures de travail d’Eddie, Alex s’approprie les futs et devient rapidement bien meilleur que son frangin. Qu’à cela ne tienne! Eddie se met à la guitare et tous deux forment plusieurs groupe qui, au fil des ans, évoluent pour devenir celui qui sort un premier album éponyme en 1978: Van Halen. Sur ce premier essai, un titre des Kinks assure à la formation un succès foudroyant: You Really Got Me. En troisième position sur la face A, la reprise tonitruante est précédée d’un brulot improbable surgit de nulle part et, selon la légende, totalement improvisé: Eruption .Très bref, le morceau volcanique révèle une technique qui révolutionne les solos de six cordes: le tapping à deux mains. À l’époque souvent copiée mais rarement égalée, la technique innovante d’Eddie consiste à utiliser les deux mains sur le manche de la guitare. Du jour au lendemain, la rapidité, les possibilités mélodiques et l’accession à une profusion de notes, inspire de nombreux guitaristes qui, avec plus ou moins de talent, écriront quelques pages intéressantes du hard rock des années 80. La suite on la connait. À partir de 1986 et après six albums remarqués, une carrière en dents de scie pour Van Halen. Entre splits, reformations, errances, changement de personnel (4 chanteurs en 9 ans!), le groupe tente, jusqu’en 2012, de renouer avec le succès. En vain! Aujourd’hui la dernière page est tournée. À 65 ans Eddie Van Halen vient de décéder des suites d’un cancer.

Ecouter: Les 6 premiers albums du groupe mais s’il ne fallait en retenir qu’un: Van Halen (1978). Premier album et 11 brûlots dont  l’immanquable ″Eruption″. Sismique et indispensable a plus d’un titre; chorus, rythmique, gros son, compos… Aucun groupe n’avait sonné comme ça auparavant. Pour le plaisir et l’anecdote: le chorus de Beat it sur Thriller, l’album de je sais plus qui!

Patrick BETAILLE, octobre 2020.

Andy Summers – Stratocaster Fender/Leica

Andy Summers Stratocaster Leica MBien qu’étant surtout connu en tant que musicien, Andy Summers est aussi écrivain mais aussi photographe. Quand l’énorme notoriété de Police lui en laissait le temps et chaque fois qu’il le pouvait, le guitariste jouait de son appareil photo. A ce titre, il a sorti en 2007 I’ll Be Watching Youun recueil photographique consacré aux années passées aux côtés de Sting et Stewart Copeland. Connaisseur et technicien avisé, le virtuose Andy travaille essentiellement en noir et blanc avec la Rolls du matériel photographique: Le Leica M. Si le fabriquant allemand témoigne d’un savoir-faire incontestable, Fender et son Custom Shop construisent eux des guitares Signature, rendant ainsi hommage à certains grands talents. Le 17 septembre, Fender a lancé le modèle Andy Summers Monochrome Strat. En édition limitée à 50 exemplaires la Stratocaster conçue par Dennis Galuszka fait appel à un collage de photos prises par Andy et est construite selon ses spécifications. Manche et touche en érable, corps 2 pièces en aune et  micros bobinés à la main. La signature du guitariste est apposée sur la tête de manche mais aussi sur la plaque de jonction manche/caisse. S’agissant d’un réel partenariat entre Fender et Leica, on retrouve aussi sur cette Fender Andy Summers Monochrome Strat le point rouge symbole de Leica sur la 15ème case. Présents également, des boutons de contrôle cylindriques de couleur argent similaires à ceux de l’appareil Photo. Il faut débourser 12 500$ pour ce morceau d’histoire instantané à 6 cordes et sensiblement la même chose pour le Leica M Signature qui lui aussi a droit à son édition spéciale. Vous avez demandé la  Police? Ne quittez pas!

Patrick BETAILLE, septembre 2019

 

 

Slash – Gibson EDS-1275 Doubleneck

Slash knockin' on Heaven's doorLa Gibson EDS-1275 doit essentiellement sa notoriété à Jimmy Page et son modèle de 1968 en version Cherry utilisé sur scène pour certains morceaux comme The Song Remains The SameThe Rain Song et surtout Stairway to Heaven qui désormais appartient à l’histoire. Autres temps, autres mœurs avec Guns N’ Roses et Slash, lui aussi fan de Gibson Les Paul, et prêt à s’essayer à la désormais emblématique double manche. Le guitariste recherchait impérativement un modèle noir, plus rare à l’époque. Bingo! En 1990 il fait l’acquisition d’une Gibson 1966 EDS-1275 Doubleneck qu’il adopte définitivement lors des concerts du Use Your Illusion Tour et qu’il sublime lors de l’interprétation de la reprise de Knockin’ on Heaven’s Door de Dylan. C’est cette pièce de collection que le Gibson Custom Shop recrée aujourd’hui en édition limitée à 125 exemplaires labellisés Aged Ebony. Techniquement le corps de l’instrument est réalisé à partir d’une seule pièce d’acajou massif et les deux manches collés affichent un profil en ″C″ doté de touches palissandre. Slash lui même précise que le câblage a été revu pour que les boutons de volume soient vers l’avant et ceux de tonalité vers l’arrière, ce qui n’était pas le cas avec l’édition originale. Plus étonnant encore, vintage oblige, la guitare est vieillie via l’ajout de craquelures au niveau du vernis et de quelques pocs disséminés et exécutés ici et là à la mimine pour attester d’un vrai/faux ou faux/vrai usage intensif (!). Chacun des 125 exemplaires sera donc légèrement différent des autres. En bon commercial, Slash précise aussi que le premier prototype qu’il a testé sonne mieux que son originale de 1966 (!). Tout ça vaut bien une tit’ signature apposée de la main du maître sur chaque exemplaire de cette Gibson Custom Shop Slash 1966 EDS-1275 Doubleneck qui sera disponible à partir du 1er octobre 2019 avec son étui vintage, sa sangle Slash Custom et bien sûr son certificat d’authenticité. 11.000$ pour pouvoir frapper à la porte du Paradis! De là à ce que la porte en question s’ouvre, c’est une autre histoire… Détails et Specs: Gibson Guitars.

Patrick BETAILLE, septembre 2019

Femme & Guitare – Citations

Quote about Guitar & woman″A guitar is like a woman. Touch her in the right place and in the right way and she will move you in ways you never dreamed about. Une guitare c’est comme une femme. caressez la au bon endroit, de la bonne façon et elle vous amènera vers des horizons insoupçonnés″. [Anonyme]

″Guitars are like women. You’ll never get them totally right. Les guitares sont comme les femmes. Vous ne les maîtrisez jamais complètement″. [Saul Hudson, aka Slash]

″To me a guitar is kind of like a woman. You don’t know why you like them but you do.  Pour moi une guitare c’est un peu comme une femme. Tu ne sais pas pourquoi tu les aimes mais tu les aimes ″. [Waylon Jennings]

″Guitar is like a woman in love. She sings when beeing carressed. La guitare c’est comme une femme amoureuse. Elle chante quand on la caresse″. [Henri Salvador]

″A guitar it’s okay but a woman it’s better. Une guitare c’est bien mais une femme c’est mieux″. [Roch Voisine]

Patrick BETAILLE, septembre 2019

 

David Gilmour – 21 millions pour l’Environnement

Guitares aux enchèresDavid Gilmour n’est pas un collectionneur compulsif; il a toujours considéré la 6 cordes en tant qu’instrument de travail, et non pas comme le signe ostentatoire de sa créativité. Grand amateur de Fender, le guitariste apprécie aussi les belles Gibson, Gretsch, Rickenbacker et autres Ovation ou Martin. Le 20 juin 2019 à New York une partie de ses instruments a été mise en vente à New York. Après 8 heures d’enchères chez Christie’s, 120 guitares ont été adjugées pour un montant total de 21 millions de billets verts. Une Stratocaster blanche arborant le numéro de série 0001 s’est vendue à 1.800.000$. Estimée entre 10.000 et 20.000 dollars, une Martin D-35 de 1969 a été adjugée 1.095.000$. La Gretsch White Penguin de 1958 et la Gibson Les Paul Gold de 1955 ont trouvé preneur à hauteur de 450.000 dollars chacune. Mais le clou de la vente a été atteint avec l’emblématique Stratocaster noire. Achetée en 1970, c’est la guitare de prédilection de David Gilmour, celle que l’on peut entendre sur tous les albums du Floyd de 1970 à 1983. La bien nommée ″Black Strat a été acquise pour 3.975.000 dollars devenant ainsi l’un des instruments les plus chers au monde; plus cher qu’un Stradivarius de 1707 vendu en 2006 pour 3.5 millions de dollars. De tout temps, le guitariste de Pink Floyd s’est attaché à verser de l’argent à des organisations caritatives. Il en va de même pour cette opération exceptionnelle puisque l’intégralité du produit de la vente sera versée à ClientEarth, une organisation qui oeuvre pour la protection de l’environnement. ″Parce que le changement climatique est le plus gros challenge que l’humanité doit affronter et qu’il ne reste que quelques années avant que les dommages ne soient irréversibles″ a récemment déclaré David Gilmour dans une interview.

Patrick BETAILLE, juin 2019