Ann Powers – Good Booty

 

Comment, au fil des époques, la musique populaire et la danse ont-elles influencé la sexualité, les rapports de genre et de race dans la culture américaine ?

Bonne question à laquelle Ann Powers répond dans ce passionnant pavé de 400 pages. ″L’auteure retrace l’histoire de la musique populaire américaine. Gospel, jazz, blues, rock’n roll, disco, punk, rap et leurs innombrables ramifications sont détaillés par son regard engagé, iconoclaste et fécond. On assiste aux souffrances, aux voluptés et aux frustrations d’une nation pour qui le métissage a toujours été à la fois essentiel et problématique. Et pour qui la danse fut un des plus sûrs moyens que le corps exulte. Good Booty nous fait remuer le cerveau, les sens et les hanches″ (4ème de couv).

Des exaltations religieuses du début du XXe siècle aux syncopes du R’n’B le plus aguicheur, Ann Powers traverse 150 années d’histoire de la musique américaine avec en toile de fond les dérives de l’évolution des mœurs d’une société en dérive. C’est dans ce contexte que la journaliste dresse les portraits des figures de proue de la scène musicale des années 50 à nos jours. Elvis, Jimi Hendrix, Jim Morrison, Bowie, Alice Cooper et d’autres se présentent sous un nouveau jour ou du moins sous un angle qui nous permet de comprendre le pourquoi du comment de leurs influences, de leurs aspirations, de leurs attitudes et des conséquences de leurs choix, à la ville comme à la scène. Janis Joplin, Madona, Lady gaga, musiciennes, féministes, actrices mais aussi groupies et lolitas occupent également une place de choix en tant qu’influenceuses ou victimes des excès d’un microcosme dominé par une masculinité parfois amenée à assumer son homosexualité en s’accaparant les dérives de la communauté gay et du glam et du disco.  

Très bien écrit, rythmé et admirablement structuré, Good Booty (NDLR: Traduire par ″beau cul″) relève de la prouesse documentaire à connotation historique. L’on comprend désormais comment les danses et transes africaines ont posé les premiers pavés sur le chemin de la musique populaire et l’on découvre aussi l’influence que la sexualité peut avoir sur un courant musical et sur toute une génération. Et inversement.

Traduit par Rémi Boiteux, toujours disponible, Good Booty a été publié fin 2019 par Le Castor Astral.

Patrick BETAILLE, juin 2022

 

Putain, putain – C’est fini pour Arno!

Aussi singulier qu’un Tom Waits, aussi bouleversant qu’un Jacques Brel, aussi poétique qu’un Léo Ferré, le plus français des Belges, le plus anglais des Flamands, celui qui chantait – ″putain, putain c’est vachement bien nous sommes quand même tous des Européens″ – nous a quitté. Arno, le fondateur des TC Matic, l’alchimiste du rock est parti. Nous faire ça à nous, en pleine misère électorale! Putain de crabe! Beaucoup ont de l’eau dans les yeux aujourd’hui, mais il pleut, c’est pour ça!

Patrick BETAILLE, avril 2022

Jim Karstein – Décès du Batteur de J.J. Cale

Il faut être fan de J.J. Cale ou se pencher sur les notes de pochettes de disques pour que le nom de Jimmy Karstein puisse laisser une trace, aussi minime soit elle, dans nos cerveaux encombrés de souvenirs tapageurs. Pourtant ce batteur, aussi discret qu’émérite, n’a pas manqué de marquer de son empreinte la scène rock en général et celle du Tulsa Sound en particulier. Le musicien a en effet passé plus de temps à tourner et à enregistrer avec JJ Cale que n’importe qui d’autre, allant même jusqu’à établir avec son ami de toujours un bref partenariat dans le secteur commercial de la musique: Cale-Karstein Enterprises. Mais ce n’est pas tout. Jim a aussi accompagné Joe Cocker en studio et sur scène et il a également été de la partie quand le guitariste des Who a organisé un concert mettant un Clapton – alors au fond du trou – en vedette dans l’espoir de le faire décrocher de l’héroïne. C’est ainsi que son nom figure sur le Eric Clapton’s Rainbow Concert (1973), aux côtés de Steve Winwood, Rick Gretch, Ron Wood et Pete Townsend. Jimmy Karstein vient de décéder.

Patrick BETAILLE, mars 2022

Taylor Hawkins décédé à Bogota

avec Les Foo Fighters venaient de célébrer leur 25e anniversaire d’existence. Le groupe de Dave Grohl était en tournée en Amérique du sud. Après avoir joué au Mexique, au Chili et en Argentine, la formation devait se produire pendant le Lollpalooza de SÃO PAULO au Brésil le 27 mars et deux jours avant en Colombie. Taylor Hawkins a été retrouvé mort dans sa chambre d’hôtel au sud de Bogota. C’est ce qu’à annoncé le groupe sans toutefois préciser quoi que se soit sur la cause et les circonstances du décès. Certaines sources semblent confirmer aujourd’hui un arrêt cardiaque suite à la prise de plusieurs drogues dont la présence a été révélée par des analyses sanguines. C’en est soudain fini de l’incroyable puissance de ce  batteur, de son style, de son sourire, de sa complicité avec Dave Grohl et de sa présence sur la scène du rock alternatif. ″Il était mon frère d’une autre mère, mon meilleur ami, un homme pour lequel j’aurais pris une balle″ [Dave  Grohl]. Putain à 50 ans! Hawkins avait 50 ans! rest in peace Taylor et… Let There be Rock!

Patrick BETAILLE, mars 2022

 

17 Mars – St Patrick Rocks!

C’est de rigueur, le 17 mars il convient de célébrer comme il se doit l’événement le plus Rock’n’roll de la chrétienté. Évangélisateur de la verte Erin et fauteur de trouble par excellence, St Patrick vous accueille avec Shane McGowan. Le ″Lord of the drinks″ n’a pas son pareil pour vanter les vertus de la Murphy’s et de la Guiness qui sont à l’honneur et servies à température ambiante. Sur fond de ″Dirty Old Town″, un blend de chez Jameson – apte à cohabiter avec The Boomtown Rats et Stiff Little Fingersest lui aussi de circonstance. La température monte. Thin Lizzy et son Whiskey in the Jar annoncent le Black Bushmills tout droit sorti de la plus vieille distillerie du monde. À table maintenant! Seeafood Chowder servi en entrée par The Corrs qui s’éclipsent quand Gary Moore déboule avec le plat de résistance: Irish Stew à la Guinness accompagné d’un Côte de Beaune [St Patrick a séjourné en France!]. La fougue de The Answer et des Strypes couvre à peine les ″Miam, Scroch et autres Slurp. Au dessert, les Dubliners enchantent l’Apple crumble cake alors que vient enfin le temps du café et du digestif: Irish Coffee! Le deux en un est servi par Rory Gallagher et c’est la ″Tatoo’d lady qui met un terme à cet Irish Tour commémoratif. Erin Go Bragh! Suivez le guide en musique: St Patrick Rocks!

Patrick BETAILLE, mars 2022

Rock Anthology – 1972

Il est indéniable que le rock moderne doit énormément aux seventies. Des influences telles que Black Sabbath, Deep Purple, Led Zeppelin et d’autres se font parfois encore – et heureusement – sentir chez de nombreux groupes contemporains. Smoke on the Water fait toujours partie des morceaux sur lesquels la plupart des guitaristes débutants se font saigner les doigts, Alice Cooper libère encore les foules en faisant retentir la sonnerie de Shool’s Out et le Made in Japan de Deep Purple reste au panthéon des meilleurs albums live de tous les temps.

Petit voyage sur un chemin de mémoire pavé de certains de ces albums intemporels, sortis il y a un demi-siècle, et qui ont joué un rôle essentiel dans l’histoire de la musique populaire.

1972: Janvier – Blue Öyster Cult: Blue Öyster Cult • Mars – Jethro Tull: Thick As a brick. Deep Purple: Machine head • Avril – Wishbone Ash: Argus • Mai – The Rolling Stones: Exile on main St. • Juin – David Bowie: Ziggy Stardust. The Roxy Music: Roxy Music. Alice Cooper: School’s Out • Septembre – Yes: Close to the Edge. Black Sabbath: Vol.4. • Novembre – Lou Reed: Transformer. • Décembre – Deep Purple: Made in Japan

Alors oui, je sais. Il en manque. Beaucoup, et des bons en plus: Neil Young, Dr. John, Tim Buckley, Pink Floyd, Genesis, Randy Newman, Status Quo, Scorpions ou Slade; mais tous sont dans la Playlist.

Patrick BETAILLE, juillet 2021

Éloquence et Désaveu du Cover Art: In Vinyle Veritas!

 

Mike Campbell & The Dirty Knobs – External Combustion

En 2001, l’intention première de Mike Campbell était d’écumer les clubs avec une bande de potes, histoire de s’en payer une tranche en marge des séances studio et des tournées avec son boss et ami Tom Petty. En 2017, la disparition soudaine de Petty change la donne et ce qui n’était qu’un side project se concrétise en 2020 sous la forme d’un premier essai de The Dirty Knobs: Wreckless Abandon. Autre temps, autre mœurs, Mike Campbell revient en 2022 avec la même équipe pour un album enregistré live en studio bourré d’esthétisme.  External Combustion c’est du rock, du shuffle, de la folk, du boogie et de la country, sincères et sans artifices, y compris quand quelques invités de marque (Margo Price et l’ancien Mott The Hopple Ian Hunter) viennent apporter leur contribution ou quand il s’agit de rendre hommage à Brigitte Bardot. Cet album est bien plus qu’une célébration du classic rock ou qu’un clin d’œil aux Heartbreakers. Il s’agit tout simplement d’un magnifique kaléidoscope admirablement joué et bougrement efficace. Quelle classe!

1.Wicked Mind –  2.Brigitte Bardot – 3.Cheap Talk – 4. External Combustion – 5.Dirty Job (feat. Ian Hunter) –  6. State Of Mind (feat. Margo Price) – 7.Lightning Boogie – 8.Rat City – 9.In This Lifetime – 10.It Is Written – 11. Electric Gypsy.

Patrick BETAILLE, mars 2022

 

 
 

 

Mark Lanegan – Blues Funeral

La scène grunge du début des années 1990, vient de perdre l’un de ses pionniers : Mark Lanegan.  Ami de Kurt Cobain, le guitariste, chanteur et cofondateur de Screaming Trees, ancien membre de Queens of the Stone Age est mort, mardi 22 février, chez lui en Irlande, à 57 ans. Le musicien n’a jamais fait mystère de ses addictions à l’alcool et à l’héroïne et, en 2020, dans une interview à Rolling Stone,  il déclarait: ″ Pour continuer à faire de la musique, j’ai dû prendre mes distances pour éviter d’être connu comme un ex-grunge toxicomane qui n’a jamais réussi!…″ Sa production solo a ainsi bénéficié d’atmosphères semi-acoustiques, de rock expérimental et d’aventures électroniques. Difficile d’oublier cette voix sensuellement profonde, ravagée  par la clope et imprégnée de blues.

Écouter Mark Lanegan Band: Bubblegum (2004) – Blues Funeral (2012) et Phantom Radio (2014)

Patrick BETAILLE, février 2022

 

Gary Brooker – A whiter Shade of Pale

En regardant la télé alors qu’il vivait chez sa mère, Gary Brooker tombe par hasard sur une publicité pour Hamlet Cigars dont la bande son fait clairement appel à une suite pour orchestre composée en son temps par Jean Sébastien Bach. Sur son piano, il retrouve la mélodie et a l’idée de la faire coïncider avec un texte de Keith Reid. Nous sommes en 1967, et tandis qu’à San Francisco les hippies rêvent rêvent d’un nouveau monde en écoutant The Mamas and the Papas, un groupe anglais totalement inconnu, Procol Harum, envahit les ondes avec A Whiter Shade of Pale. Une nuance de blanc plus pâle qui squattera le sommet des charts britanniques pendant 6 semaines et installera la formation londonienne au panthéon d’un rock artistique aux mélodies complexes, aux textes alambiqués et aux orchestrations à grande échelle, parfois même symphoniques. Le 19 février, la voix de Procol Harum s’est éteinte. Gary Brooker est décédé des suites d’un cancer et c’est une énorme perte pour la musique, la grande, mais aussi pour celle qui sème le trouble quand la lumière baisse et que résonnent les premiers accords du slow le plus célèbre de tous les temps. Celui grâce auquel tout deviendra peut-être possible: ″Vous dansez mademoiselle?″ – ″Non merci!″. Eh merde!!!

Patrick BETAILLE, février 2022

La Fin du Bus Palladium

Depuis 1965, bon nombre d’artistes et de groupes ont animé l’un des hauts lieux de la nuit et du rock: Le Bus Palladium. Le projet d’implantation d’un hôtel de luxe au 6 Rue Pierre Fontaine à Pigalle avait déjà été évoqué en 2018 mais aujourd’hui c’est la Covid qui prend le Bus. Une situation financière délicate aggravée par la crise sanitaire ont eu raison de cet endroit mythique parisien qui fermera officiellement ses portes à la mi-mars 2022. « L’immeuble va être rasé mais il n’est pas impossible que le club soit reconstitué ailleurs et à l’identique… mais il faudra compter 2 ans de travaux minimum » [Cyril Bodin, directeur artistique].

Patrick BETAILLE, février 2022