Laura Cox – Head Above Water

 

Laura Cox était en train de se noyer? C’est ce que laisserait entendre le titre de cet album: Head Above Water. Bon d’accord, en toile de fond des deux précédents opus (Hard Blues Shot en 2017 et Burning Bright en 2019) c’est du bon gros blues rock efficace et sincère qui domine. La musicienne française aurait pu continuer à pratiquer l’apnée dans un genre qui lui a apporté reconnaissance et succès, mais non! Pour ce troisième essai, Laura part explorer de bouveaux horizons et elle nous offre quelque chose d’un peu plus intime avec un Old Soul et un Seaside mid tempo. Before we get burned est en mode électro acoustique et c’est la balade country à la slide de Glassy Day, ponctuée de picking au banjo, vient clôturer l’album de 11 titres. C’est bien là que l’on est forcé d’apprécier l’auteure-compositrice et ses talents de guitariste. Pour le reste des compos c’est bien sûr l’énergie brute mais contrôlée qui domine quand la cavalerie déboule. Des riffs velus, des solos simple, efficaces et une rythmique appuyée. Emballé c’est pesé, mon pt’it mec t’es refait! Head Above Water n’est peut être pas l’album que l’on attendait mais il reste celui que l’on peut apprécier tant il fait preuve d’homogénéité, de sincérité et d’élégance portée par la voix souvent éloquente de la Coxy Lady.

Patrick BETAILLE, janvier 2023

 

Robert Finley – Sharecropper’s Son

 

Robert Finley a commencé à pratiquer la guitare avec un instrument acheté d’occasion dans une friperie. Il avait 11 ans et c’est donc très tôt qu’il a commencé à grenouiller dans le milieu du Gospel en se produisant en amateur avec différentes formations, très souvent des quatuors. En 1970, il a rejoint l’armée en tant que technicien sur hélicoptères en Allemagne. Très vite il intègre l’orchestre de son régiment avec lequel il aura l’occasion de se produire à travers toute l’Europe. Après son retour en Louisiane il vivote de petits boulots et se produit essentiellement en tant que musicien de rue. C’est en 2015 que Music Maker Relief Foundation – une organisation à but non lucratif qui soutient les musiciens de blues vieillissants – découvre le talentueux musicien et lui offre la possibilité de se produire dans des tournées organisées avec des artistes tels que Robert Lee Coleman et Alabama Slim. En 2016, Finley sort Age Don’t Mean a Thing son premier album studio et, l’année suivante, c’est au tour de Goin’ Platinum! de venir confirmer que comme les grands bluesmen du sud, Robert Finley a cette capacité de toucher un public sensible aux voix profondes et bouleversantes. En 2021, ce magicien de la soul a 67 ans et il revient pour enfoncer le clou avec un troisième opus intitulé Sharecopper’s Son (NDLR: Le Fils du Métayer) et produit par Dan Auerbach des Black Keys. Très autobiographiques les 10 titres évoquent avec justesse et sensibilité la jeunesse et les errances du guitariste au cœur sa Louisiane natale. Du blues avec Country Child et Sharecropper’s Son,  de la soul présente dans Souled Out On You, Make Me Feel Alright, My Soul et Starting To See et des joyaux gospel que sont I Can Feel Your Pain et Better Than I Treat Myself. Un subtil mélange mais surtout un équilibre étonnant qui fait de ce disque un témoignage à l’honnêteté émotionnelle sans nulle autre pareille. ″Je veux que les gens comprennent qu’on ne peut pas m’enfermer dans une boîte. J’aime jouer toutes sortes de musiques : tout ce qui a du sens à mes yeux, du gospel au blues, en passant par la soul et le rock’n’ roll. Et j’aime faire une musique qui puisse toucher les jeunes comme les plus vieux. Le message que je souhaite faire passer, selon ma propre expérience, est qu’on n’est jamais trop jeune pour avoir des rêves, et qu’on n’est jamais trop vieux pour que ces rêves se réalisent″. C’est ce que déclarait Robert Finley dans une interview. L’objectif est atteint de la plus belle des manières.

Patrick BETAILLE, janvier 2023

 

 

Jimmy Hall – Ready Now

Surtout ne pas se poser la question du pourquoi Joe Bonamassa vient d’intégrer Jimmy Hall au catalogue de son récent label. D’une, question talents, Joe en connaît un rayon. De deux, le Jimmy en question n’est pas un perdreau de la veille avec à son actif une bonne dizaines d’alboumes de haute tenue avec Wet Wiilie, célèbre groupe de Southern Rock d’Alabama. Avant d’entamer en 1980 une carrière solo à la production discographique recommandable, le chanteur, saxophoniste et harmoniciste américain a également collaboré étroitement avec Hank Williams, Jr et surtout Jeff Beck. Si ça c’est pas une preuve! Depuis son dernier album – Build Your Own Fire – paru en 2007, Jimmy Hall n’avait rien produit et une signature récente chez KTBA Records est donc une bonne nouvelle. Pour Ready Now le chanteur est accompagné de quelques pointures de la six cordes. On y retrouve Josh Smith incisif (Girl’s Got Sugar), Warren Hayes redoutable à la slide (Ready Now), Jared James Nichols inspiré (Without Your Love) et Joe Bonamassa qui co-signe 5 titres en livrant quelques solos au feeling incontestable (Risin’ Up). Brillant tant vocalement qu’avec son harmonica, Jimmy Hall est aussi à l’aise aise sur du blues classique, du boogie que du southern rock. Ce disque est un vrai régal et son contenu classieux fera vite oublier un contenant qui pique bien les yeux.

Patrick BETAILLE, décembre 2022

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Joe Lynn Turner – Belly of the Beast

 

35 années se sont écoulées entre Rescue You paru en 1985 et cette nouvelle production tout droit récemment sortie des ténèbres. Pour autant, Joe Lynn Turner n’est pas resté inactif durant ce laps de temps. Non seulement le chanteur a aujourd’hui à son actif une dizaine d’albums solos – dont le dernier en date Second Hand Life publié en 2007 – mais il affiche également un palmarès étonnant quant au nombre de participations à différents projets. Deep Purple, Rainbow, Yngwie Malmsteen, Glen Huges et consort en font partie. Retour en studio en tant que patron cette fois, pour l’auteur interprète à la voix immédiatement reconnaissable qui a fait de la rock star américaine une valeur sûre grandement plébiscitée au sein de la communauté hard rock. Demandez donc à Ritchie Blackmore! Belly of the Beast est un témoignage assez inattendu sur ce qui visiblement en 2022 tient à cœur au chanteur. Il ouvre le ventre de la bête et en extirpe les maux de l’époque actuelle. ″Nous sommes dans une véritable guerre spirituelle en ce moment. C’est le Bien contre le Mal. Nous avons tous un Ange sur une épaule et un Diable sur l’autre. Nous sommes dans le ventre de la bête, piégés dans le système, et il n’y a aucun moyen d’en sortir″ déclare t-il à propos de cet album à la tracklist évocatrice: Le ventre de la bête – Soleil noir – Âme Tourmentée – Le côté obscur de l’âme – Larmes de sang – N’ayez pas peur de l’obscurité – Monde déchu ou encore Requiem. Joe Lynn Turner passe du côté obscur et dévoile une facette de sa personnalité assez inattendue lorsqu’il s’en prend aux dérives de la société et invective l’establishment. La voix juste et puissante relève d’une très belle performance qui colle parfaitement à l’ensemble des titres. Guitares frénétiques, riffs stratosphériques, basse et batterie imparables, solos aériens et nappages de claviers remarquables. On est immédiatement saisi par un gros son, un groove et une grandiloquence qui ne sont pas sans rappeler les très riches heures d’un arc-en-ciel tenu à bout de bras par un certain Ronnie James Dio. Non seulement Belly of the Beast est une belle surprise mais c’est aussi la preuve qu’à 71 ans Joe Lynn Turner en a encore sous les cordes vocales et qu’il est capable de tenir le rôle d’un captain’ hard rock inspiré. 

Patrick BETAILLE, novembre 2022

 

Pipi Tornado – Pipi of the Apes

 

Il s’en passe de belles sur la scène montpelliéraine, surtout quand en 2019 une chanteuse déjantée croise la route trois gugus habités par l’énergie d’un rock foutraque depuis bien longtemps absent des ondes françaises sur lesquelles l’auto-tune règne en maitre et où les Fatals Picards, Ultra Vomit, Gossip et autres Shaka Ponk brillent par leur absence. C’est donc au cœur de la scène alternative qu’il faut aller chercher ce qui parfois – et heureusement – colle aussi fort qu’un chewing-gum sur la semelle d’une tong en goguette à Palavas-Les-Flots. Sauf que là, c’est à Montpellier que ça se passe et c’est de platform shoes dont il s’agit. Celles de Mélodie Pastor, la chanteuse de ce groupe de quatre énergumènes visiblement portés sur fun, le sauvage et la dérision, y compris quand il s’agit du choix de leur patronyme: Pipi Tornado! Pipi, c’est le prénom suédois de Fifi Brindacier. Quant à Tornado, c’est le cheval de Zorro. Allez comprendre! En tous cas, musicalement, le quatuor assure comme c’est pas permis avec un mélange détonnant de rock, de jazz, de funk, de pop et de grunge bien présents dans ce premier EP éponyme autoproduit. Cinq titres pimentés à la sauce Nina Hagen que Mélodie revendique en tant qu’influence, au même titre que Juliette Lewis, The Bellrays, mais aussi The Clash et The Sex Pistols. Allez donc voir là bas si je n’y suis pas, en tous cas vous en saurez un peu plus sur ce truc déconnant, épique et jouissif: GlobRocker (Merci à  toi!).

Patrick BETAILLE, octobre 2022

 

Martin Sharp – Cream

 

Dans les années 60, Martin Sharp (1942 – 2013) devient directeur artistique du magazine satirique australien OZ.  Les représentations psychédéliques de Bob Dylan, Jimi Hendrix, Donovan ou encore lMona Lisa entourées de bananes font de lui un artiste immédiatement reconnaissable. Sharp est alors le maitre incontesté des entrelacs tourmentés, des couleurs criardes et des lettrages surréalistes qui deviendront l’apanage de l’un des plus beaux courants artistiques des sixties. À Londres, il se lie d’amitié avec Eric Clapton avec qui, pendant un temps, il partage le même appartement. Au cours de cette période il offre au guitariste un poème qui aboutira à la chanson Tales of Brave Ulysse figurant en 1967 sur Disraeli Gears de Cream, album pour lequel le groupe bénéficiera du travail du designer quant à la réalisation du cover art. L’année suivante, Martin Sharp sera de nouveau de la partie pour l’illustration – en noir et blanc cette fois – du troisième opus du power trio Eric Clapton/Ginger Baker/Jack Bruce: Wheels of Fire.

Patrick BETAILLE, septembre 2022

D’autres anecdotes sur les pochettes de disques dans le livre: IN VINYLE VERITAS

 

Vaughan Oliver – Design en 33 Tours

Breeders: Last Splash-1993. Cocteau Twins: Treasure -1984. Pixies: Bossanova – 1990

Décédé en 2019 à l’âge de 62 ans, Vaughan Oliver a laissé derrière lui un énorme héritage visuel pour la musique en général et pour la musique alternative des années 80 et 90 en particulier. De 1982 à 1993, ce graphiste britannique a assuré la direction artistique du label indépendant 4AD et a conçu certaines pochettes des albums les plus emblématiques de cette époque: Pixies, Breeders, Cocteau Twins, pour ne citer que les principaux. Une grande partie du travail d’Oliver est reconnaissable à travers la manipulation surréaliste de la photographie. Chaque cover art avait sa propre logique interne et les pochettes n’affichaient que très rarement une photo du groupe. ″Une pochette de disque doit fonctionner comme une porte d’entrée qui vous invite à la traverser″ aimait à dire ce véritable Dali du design.

D’autres anecdotes sur la censure et l’histoire des pochettes de disques à retrouver dans le livre:

IN VINYLE VERITAS – ÉLOQUENCE ET DÉSAVEU DU COVER ART

Patrick BETAILLE, juillet 2022

 

Joanne Shaw Taylor – Live!

 

Inutile de vous dire tout le bien que je pense de cette artiste dont la production discographique a été évoquée à plusieurs reprises ici même. Après deux années difficiles à cause de la pandémie Joanne Shaw Taylor renoue avec les tournées pour exprimer sur scène ce qu’est le blues. Enregistré à Franklin dans le Tennessee le 20 janvier 2022, Blues From The Heart Live témoigne de la performance de la guitariste britannique qui, pour l’occasion, nous livre l’essentiel de son dernier album studio: l’excellent Blues Album paru en 2021. le concert commence à fond  les ballons avec le Stop Messing ‘Round de Peter Green. Interprété avec une maestria à la six cordes qui offre de quoi convaincre un sourd qui ne veut pas entendre. S’en suit un hommage à Aretha Franklin avec une reprise de You’ve Gotta Make A Fool Of Somebody pleine d’émotion. La voix de Joanne, trop souvent sous-estimée, y est délicieusement efficace. Un peu plus loin c’est au tour d’Albert King de passer à la moulinette. Son Can’t You See What You’re Doing To Me devient l’occasion d’inviter Kenny Wayne Shepherd et de se livrer avec lui un duel guitaristique mémorable: 6’30 de pur bonheur, l’un des grands moments du concert! Les trois derniers morceaux bénéficient de la présence de Joe Bonamassa, producteur du précédent album studio, avec à la clef une belle version de Summertime. Blues From The Heart Live est incontestablement un bon investissement en tant que témoignage sur ce que le blues et le rock peuvent apporter quand ils sont si bien interprétés, notamment en live. 16 titres, 75 minutes de son, que demander de plus? Des images? J’ai! Le CD est accompagné d’un Dvd (ou d’un Blue Ray). Alors, heureux?

Patrick BETAILLE, juillet 2022

 

The Wacky Jugs – Wired, wild and wicked

C’est clair! le Concours de l’Eurovision je m’en tape comme de ma première tétine. Que les bretons représentant la France évitent de peu la dernière place, ça m’en touche une sans faire bouger l’autre. Par contre, que l’Ukraine remporte haut la main la compétition ça me met dans une rogne égale à celle d’un pitbull après 2 semaines de régime végétarien. Sans déconner! On parle culture ou on parle politique? Faut il que Vladimir envahisse le Bignouland pour que les chapeaux tournent rond ou que Poutine aille se faire casser la gueule par les bonnets rouge pour que le Morbihan soit célébré? 

Ça ne vas pas faire bondir les adeptes de la soupe médiatique ni interpeler la beaufitude franchouillarde mais, avec un peu de chance, la nouvelle risque de combler les dénicheurs de talents. Car là, on parle de musique, de blues et de reconnaissance qui va bien. Ne me remerciez pas, je ne suis pas payé pour ça! De plus, sans Gaël – résistant rock planqué au fond d’un canapé à Lanester – je serai moi-même-myself passé à côté de cette putain de bonne nouvelle.

La Bretagne se souviendra sans doute longtemps de cette nuit du lundi 9 au mardi 10 mai 2022, quand le jury de l’International Blues Challenge a annoncé le nom du vainqueur : The Wacky Jugs ! Historique! Pour la première fois, un groupe français remporte le premier prix de la catégorie reine de ce prestigieux concours. Les Pontivyens (NDLR: ceux de Pontivy 56300) sont montés sur la première marche du podium, devant 250 participants venus du monde entier. Source et infos: Pontivy Journal.

Il est donc temps de découvrir Wired, wild and wicked. Sorti fin 2020 voici un album intéressant à plus d’un titre. C’est d’abord un hommage au blues des origines pratiqué par des amateurs qui s’exprimaient avec ce qu’ils avaient sous la main, à savoir des instruments classiques (banjo, guitare, violon, accordéon, harmonica…) pour les plus fortunés, ou bricolés (pichet, planche à laver, bassine, cuillères…) pour les autres. C’est aussi un voyage rythmé par le shuffle de Chicago, le Jive made in New Orleans ou le Zydeco de Louisiane. C’est enfin un ensemble de 10 titres jouissifs qui soufflent un véritable vent de fraicheur, au risque risque de surprendre les amateurs du genre et convertir les plus sceptiques. The Wacky Jugs (NDLR: Les pichets farfelus) sont effectivement Wired, wild and wicked (NDLR: câblés, sauvages et méchants) mais ils sont surtout étonnants, détonants et brillants. Vous savez ce qu’il vous reste à faire! Moi c’est fait et fuck l’Eurovision! Allez, je file, y’a un pitbull qui me mate bizarrement.  Kenavo!

Jax Hollow – Underdog Anthems

Classic ou Revival, il arrive que le rock arrive à produire des choses intéressantes. Originaire de Nashville, Jax Hollow fait partie de ces artistes qui mettent toutes les chances de leur côté pour se placer sur le dessus de la vague. Entourée de la bassiste Leilani Kilgore et de la batteuse Angela Lese, la musicienne a donc mis sur les rails un power trio exclusivement féminin. Jusque là rien de très exceptionnel, je vous l’accorde. Là où le projet ne manque pas d’intérêt c’est que l’ensemble affiche quelques très bonnes dispositions pour faire parler la poudre avec détermination et à-propos. Pour preuve, ce premier album autoproduit paru fin 2021: Underdog Anthems. Globalement, Jax et ses deux copines lorgnent incontestablement vers un blues rock qui fait taper du pied et un heavy rock testéronisé qui envoie de quoi se chauffer l’hiver prochain. En plus d’un charme certain – ou d’un certain charme – la chanteuse/guitariste, ne manque pas d’atouts. La voix est claire et puissante, en parfaite adéquation avec son jeu souvent déchainé d’où sortent riffs qui tuent et solos ébouriffants, le tout mis en valeur par une rythmique pétaradante. Quant aux compos, elles sont largement à la hauteur, même lorsqu’il s’agit d’explorer des terres plus aériennes (Rebound) ou plus émotionnelles (Drift Together). Underdog Anthems est court, très court: 7 titres seulement pour 25 minutes d’écoute. On se  surprend à en vouloir un peu plus. Gageons que Jax Hollow a su éviter le piège de la redite en montrant ce dont elle est capable et en nous laissant espérer qu’elle en a encore sous les cordes. L’avenir le dira. D’ici là il serait dommage de ne pas prêter une oreille attentive à ce premier essai.

Tracklist Underdog Anthems: 1. High Class Bitch – 2. Rebound – 3. Say My Name – 4. Drift Together – 5. Wanted Woman – 6. 52 Pickup – 7. Breathe.

Patrick BETAILLE, avril 2022