Airbourne – Airbourne

 

Sept ans après Boneshaker, arrive le septième album des australiens Joel et Ryan O’Keeffe, fondateurs de Airbourne. 100 % fidèles à leur hard rock énergique, les frangins ne cherchent pas à réinventer l’eau tiède, au contraire. Ils jouent la carte de la continuité en forçant sur le gaz pour que la marmite entre rapidement en ébullition. Et ça chauffe! Le couvercle atteint de la danse de Saint-Guy libère l’énergie brute, les riffs massifs et les refrains accrocheurs que le quatuor maitrise parfaitement depuis bientôt 20 ans. La recette? Un hard rock direct, poisseux et une influence d’AC/DC parfaitement assumée. 12 titres sans surprise majeure mais aussi puissants que la mâchoire d’un diable de Tasmanie. Gutsy, Alive After Death et Send Me To Rock ‘N’ Roll Heaven obtiendront évidemment la bénédiction de la part des fans de la première heure. Les uns se laisseront probablement convaincre par ces furieux wallabies qui régurgitent un rock crasseux, fédérateur et assez puissant pour faire trembler les murs. Les autres, les sceptiques,  ils découvriront que chez Airbourne le heavy rock n’est ni une tendance, ni un paraitre. C’est un mode de vie, une respiration old school. Airbourne – l’album – ne propose rien de révolutionnaire. Il se contente de balancer dans l’urgence de quoi oublier les tracas quotidiens. Tant qu’il y aura des guitares et des amplis, Airbourne – le groupe –  trouvera toujours une raison de faire du bruit.


″ Je ne peux pas abandonner, je ne veux pas me laisser abattre. Tu peux me dire d’aller en Enfer mais le Diable va juste me foutre dehors. Tu veux savoir pourquoi ? Parce que je suis un putain de casse-couilles, voilà pourquoi ″. [Hells Got no Vacancy – Extrait].


 

Bootleggers – Rust, Bones et Rock’N’Roll

 

Une ambiance chaleureusement tamisée, comme une invite à passer un moment dans ce rade. Un néon rouge dessine les contours de l’État du Texas. Sur le mur en bois sombre, plusieurs photos, dont un portrait de Willie Nelson dominé par un trophée de longhorn et la bannière du Lone Star. En arrière-plan, des bouteilles chichement éclairées par un photophore posé sur le comptoir. Dans ce décor évoquant l’univers de la musique country, le musicien a commandé un Jack Daniels. Pensif, le regard posé sur l’horizon de tant d’années passées à promouvoir les racines de la culture musicale américaine, il attend. Didier Céré a rendez-vous avec les Bootleggers du coin.
Les contrebandiers arrivent, excités comme des puces sur le dos d’un coyote famélique par l’envie d’un ultime hommage à la country rock à la française. Ils sont conduits par Jeremy Mondou, compagnon de route du Did avec lequel il co-écrit neuf des onze titres de Rust, Bones and Rock’n’Roll. Les riffs incisifs du guitariste apportent l’énergie brute nécessaire pour faire grimper une température qui atteint des sommets quand le saxophone incandescent de Michel Mondou – le papa – entre en scène avec son style résolument old school appliqué à l’explosivité de Teddy Boy Stomp et Rock’n’Roll In The Bayou qui vous laissent sur le cul.
En chemin le duo père-fils, accompagné du bassiste Kris Jefferson et du batteur Nicolas Lacaze, est parvenu à convaincre quelques invités de participer au projet. Fred Chapellier dont l’intervention sur Down Town Austin offre une élégance bluesy que n’aurait pas renié Bill Deraime. Red Young, une légende de l’orgue Hammond, qui sublime For You Vietnam Vet et Down Town Austin. Jean-Yves Lozac’h qui abandonne provisoirement le banjo pour une pedal steel guitar qui apporte à Austin Texas, Let Me Stay Awhile, Stampede et Bluebonnet Trail la touche country indispensable. 
Le temps semble ne pas avoir de prise sur Didier Céré. Du rock au blues ou à la balade en passant par le stomp et la country, les voix sont empreintes d’une sincérité généreuse bien en phase avec la démarche du vieux rocker.


Autoproduit, enregistré au Celestine Studios de Pau et masterisé à Austin, Rust, Bones and Rock’n’Roll est un album irrésistiblement généreux de la part de ces Bootleggers qui s’approprient avec passion la culture populaire américaine.
Des extraits et l’achat du disque en numérique sont accessibles sur Bandcamp. La version physique est distribuée chez Silver Music à Lons mais il est possible de l’acquérir pour 20€ via Paypal ou en prenant contact avec Didier Céré: txdidier@wanadoo.fr


 

Leopard Hounds – Too Hot for Snakes

 

Bienvenue sur le Creole Queen pour une escale à la Nouvelle-Orléans. À la clef, une visite guidée de ces quartiers, qui, à la nuit tombée résonnent des accents d’une musique indie efficace et sincère. On trouve de nombreux groupes de blues sur les rives du Mississipi et à n’en pas douter Leopard Hounds semble s’imposer en tant que digne représentant de l’énergie nocturne suintant de ″ Big Easy ″. Avec Too Hot For Snakes, le quatuor propose un blues porté par des guitares flamboyantes, des rythmes hypnotiques et une voix culotée au rye whisky. En seulement 35 minutes, l’album nous plonge dans l’ambiance enfumée d’un bouge dans lequel on ne serait pas surpris de voir débarquer le fantôme de John Lee Hooker venu payer sa tournée. Jaw Flappin’, Crawl, Bywater Train, Bone Time et Leopard Hound, des titres représentatifs des intentions et de la personnalité du groupe.


Avec une aisance décontractée mais sans jamais tomber dans la facilité, ces néo-orléanais installent un groove moite au cœur d’une musique indéniablement trop chaude pour les serpents.


 

Ricky Warwick – Fire & Vengeance

 

Originaire d’Irlande du Nord où il a passé son enfance et son adolescence, Ricky Warwick a consacré plus de quatre décennies à bâtir une carrière fondée sur une une passion profonde pour le rock. Auteur-compositeur-interprète, le guitariste connait ses premiers succès avec New Model Army et  surtout avec The Almighty. Au début des années 1990, le groupe tourne beaucoup au Royaume-Uni et en Europe en première partie de grands noms comme Motörhead, Megadeth, Alice Cooper, Iron Maiden et Metallica. Split, reformation, tournées solo et participation à divers projets amènent Warwick à rejoindre la nouvelle formation de Thin Lizzy et intègre le groupe en tant que chanteur et guitariste. Il participe à la tournée commémorant les 25 ans de la mort du chanteur original, Phil Lynott. Nous sommes en 2008. En décembre 2012, il cofonde Black Star Riders et un premier album sort en 2013: All Hell Breaks Loose.
Quatre autres albums du line up suivront jusqu’en 2023, époque au cours de laquelle Ricky entame parallèlement une carrière solo. Avec cinq disques en studio à son actif, il revient avec un nouvel Opus: Fire & Vengeance. Coécrit et coproduit avec Keith Nelson, ancien gratteux de Buckcherry, l’album réunit un groupe d’amis exceptionnels. Phil Collen (Def Leppard), Doug Aldrich (Whitesnake et The Dead Daisies), Charlie Starr (Blackberry Smoke) y font tous des apparitions. Cette collaboration fonctionne à merveille, mêlant guitares furieuses, rhythmiques soutenues et la voix si caractéristique de Warwick. Nouveau chapitre donc destiné à explorer de nouveaux horizons sans pour autant s’éloigner d’un rock énergique et percutant.
L’album s’ouvre sur le morceau éponyme qui fait appel à l’énergie rebelle de Ricky. Il est évident qu’un certain Monsieur Lynott n’est pas loin. Rapide, furieux et sacrément jouissif, Hellbent & Heaven Sent déborde d’intensité punk. Seek Zen Destroy propose un riff original teinté de funk et une belle prestation de Phil Collen, solo compris. Mid tempo décontracté et nonchalant, When the King Falls prend une nouvelle tournure grâce à la guitare acoustique. Effet de surprise garanti avec You Just Lie et ses changements de rythme, une voix low-fi et des sonorités arabisantes. À la fois simple, délicate et entraînante The Angel’s Share porte bien son nom. L’ambiance qui s’en dégage est une belle offrande que Tom Petty accepterait dans hésiter. Un autre clin d’œil à Thin Lizzy avec un Last Chance to Dance accrocheur et on ne peut plus efficace. Sweet County Down tient toutes ses promesses. C’est un mix de country jubilatoire et de folk enjoué qui sent bon l’Irlande. Riffs teintés d’écho, batterie tonitruante et voix rocailleuse mettent Tumbleweed Town dans une atmosphère plus brute avec une baisse de tempo à mi-parcours pour laisser la place à un (trop) bref solo de six cordes. If You Think Your Country Needs You, le dernier des 10 titres du disque, est empreint de puissance. Sombre, lourd et poignant, il résume à lui seul le fait que le rock bande encore et que c’est grâce à Ricky Warwick.


Étonnamment Fire & Vengeance semble d’emblée familier tant il rassemble toutes les facettes d’une musique authentique. Habité ou rebelle – en tout cas inspiré – Ricky Warwick assume ses influences et leur offre une dimension inattendue grâce à un équilibre musical magistral. Difficile de passer à côté de cette belle réussite viscéralement rock’n’roll!


Hackett & Rothery – The Roaring Waves

 

Il existe des collaborations artistiques souvent porteuses d’espoirs, parfois déçus, et des albums auxquels l’on ne s’attend pas. Qui aurait pensé en effet que Steve Hackett et Steve Rothery se retrouveraient un jour sur un projet commun? Eux qui partagent avec David Gilmour le statut de guitariste incontournable du rock progressif. Que ce soit avec leurs groupes d’origine – Genesis pour Hackett et Marillion pour Rothery – ou en solo, les deux Steve ont créé ou illustré certaines des plus belles œuvres qui ont élevé le rock au rang d’art à part entière.
Parlant le même langage, les deux musiciens étaient destinés à se rencontrer. Non pas pour se livrer à des joutes démonstratives mais plutôt pour parler un langage commun, celui de l’émotion.
Dès la première écoute de The Roaring Waves, une évidence s’impose. Les intervenants sont en osmose et aucun ne cherche à prendre l’ascendant sur l’autre. Les solos ne sont jamais un concours d’ego et l’harmonie est palpable. Les interventions semblent viser la note juste en évitant les stéréotypes du Prog Rock. Peu d’embrasements techniques, pas d’envolées interminables et aucune course effrénée aux enchevêtrements complexes. Les compositions privilégient la richesse des nuances dans un contexte maîtrisé et sans emphase.
Hackett et Rothery ouvrent cet album conceptuel avec The Storm, un  titre à l’introduction aérienne évoluant vers un riff appuyé pour s’achever sur un superbe dialogue de guitares. The Black Sea. L’exemple parfait de l’élégance. Sur une trame lente et majestueuse, nous est offert un moment de complicité de toute beauté. Ambiance hispanisante pour le morceau titre qui débute avec une guitare à cordes nylon avant que la maestria de la fée électrique ne prenne le relais. Évidemment, il y a d’autres pépites qui méritent le détour. Red Dragon à l’ambiance hindoustanique, Sandsend aux guitares caressantes sur un tempo tout en délicatesse et l’étonnant K-129 et ses lignes mélodiquement subtiles, ses guitares saturées et ses solos inventifs. Pacific Coast Highway, le morceau le plus rythmé de l’album est dominé par l’harmonica. Changements de cadences, orgue Hammond, guitares aux sonorités bluesy, l’album s’achève sur un climax cristallin baigné de chœurs féminins.


The Roaring Waves bénéficie d’une production particulièrement soignée qui met en valeur la délicatesse des arrangements et la dextérité des protagonistes. Chaque moment occupe un espace dans lequel la guitare est plus qu’un instrument. Elle devient une façon de raconter une histoire en exprimant des émotions.


The Gems – Year of the Snake

 

Seulement trois ans après ses débuts, le trio féminin de hard rock suédois, The Gems, présente son deuxième album: Year Of The Snake. Composée par les ex-Thundermother Guernica Mancini au chant, Mona Lindgren (guitare, basse) et Emlee Johansson à la batterie, la formation continue sur sa lancée avec 14 nouveaux titres composés en 2025.
Après Walls, une introduction presque a capella, l’album démarre pied au plancher avec The Year of the Snake qui met d’emblée en lumière les atouts majeurs du groupe : puissance de la voix, riffs incisifs et rythmique percutante. Avec Gravity, les filles jouent la carte pop colorée destinée aux radios. Groove impeccable pour Diamond in the Rough. Invitation à un retour vers les années 80 avec Live And Let Go au refrain typé arena rock, Cloud Chaser en mode Joan Jett, Hot Bait teinté ZZ Top et un Forgive & Forget qui ralentit le tempo pour la ballade de rigueur. La seconde partie de l’album maintient le tempo. Le percutant Go Along To Get Along, l’entraînant Math Ain’t Mathing et le puissant Firebird confirment l’autorité du trio. Stars et Buckle up mettent en valeur le sens du solo parfaitement maîtrisé de Lindgren. Happy Water et sa virulence quasi punk apporte une conclusion explosive en démontrant tout un savoir-faire fondé sur une cadence soutenue, des riffs catchy et la voix maitrisée de Guernica.


Si l’on veut être honnête, The Gems n’est pas encore le groupe incontournable d’un heavy rock que Year Of The Snake ne cherche pas forcément à réinventer. Mais ce que l’album fait, il le fait bien et ça fonctionne. Certains morceaux marquent plus que d’autres, mais l’ensemble reste solide et fun.


Cold Stares – Texas

 

Depuis une quinzaine d’années, ce groupe originaire de l’Indiana exprime son attachement à la musique du Sud. Avec The Cold Stares il ne s’agit pas de rock sudiste pur et dur. Il est plutôt question de fusion entre blues franchement roots et rock suffisamment brut, le tout mâtiné d’ambiances résolument modernes.
Sur le récent Texas, l’on retrouve donc ce concept de heavy blues qui capture l’essence même des rythmes et des sonorités qui ont nourri bon nombre des influences du trio.
D’une solidité à toute épreuve, Nowhere To Go démarre sur un riff et un tempo d’une solidité à toute épreuve. Grâce à un changement de cadence à mi parcours et un jeu de guitare remarquable, Queen of Hearts devient plus bluesy. L’atmosphère se fait plus dense avec Deeper You Dig lourd et agressif, presque metal. Le spasmodique Can’t Hold Out Much Longer fait appel à un son puissant et direct. Hommage à B.B. King avec une reprise convaincante de Chains and Things interprétée avec émotion et intensité. Le moment de calme de l’album est One Last Chance. Morceau dans lequel domine un fingerpicking exécuté au dobro et de belles harmonies au clavier qui ajoutent une dimension aérienne à l’expression de Chris Tapp. Out Of Love est construit autour d’un riff, chanté avec émotion, agrémenté d’un solo réussi et soutenu avec brio par la basse et la batterie. Tout comme le morceau suivant, le shuffle entraînant de Burden to Bear qui livre lui aussi d’incandescentes parties de guitare. Possession repose en grande partie sur la voix. Galopant et décontracté Further Down the Road fonctionne à merveille. Sugarcane clôt l’album. Le groupe y explore un swamp rock teinté de gospel et part en goguette dans le Bayou.


Tout simplement excellent. Porté par une production et des arrangements minimalistes et efficaces, Texas souligne la classe de The Cold Stares. L’interprétation de leur approche artistique est incroyablement énergique, communicative et bienfaisante.


The Dead Daisies – Live Plus Five

 

Live Plus Five des Dead Daisies capture le groupe dans son environnement de prédilection: la scène. Fidèles à leurs habitudes, les ″ Défuntes Marguerites ″ reviennent avec un nouveau live enregistré le 23 août 2025 lors du festival Stonedead à Newark dans le Nottinghamshire. En tête d’affiche, John Corabi et les siens se sont livrés à une prestation digne de leur rang. La setlist de quatorze titres a été enrichie de cinq morceaux supplémentaires enregistrés lors d’autres concerts en Europe (à Lyon notamment), aux États-Unis et au Royaume-Uni.
Ouverture du set avec Long Way To Go. Suivent Rise Up et Dead And Gone annonciateurs d’une version incisive de Light Em Up. Pour le classique Bustle And Flow, Tommy Clufetos y va de son solo de batterie. Efficace. Puissance et explosivité ont pris rendez-vous avec I Wanna Be Your Bitch et le I’m Gonna Ride dédié aux motards.  Take a long Line et Resurrected enclenchent le turbo suralimenté par les solos de Doug Alrich.
Parmi les reprises on retiendra notamment un Helter Skelter des Beatles incluant un clin d’œil à Led Zep (Nobody’s Fault but Mine). Le blues rock énergique de  Going Down (Freddie King) à la hauteur des attentes. Tout comme les inévitables Fortunate Son (Creedence Clearwater Revival), Midnight Moses (Alex Harvey Band), Black Betty (Ram Jam) et l’étonnant Get a Haircut (George Thorogood & the Destroyers).


À plein régime, The Dead Daisies prouvent avec Live Plus Five qu’ils sont l’une des formations les plus convaincantes du heavy metal actuel. Le son est direct, puissant et sans fioritures. Soutenu par une rythmique persuasive, John Corabi fait preuve d’une autorité incontestable.


 

Rolling Stones – Foreign Tongues

 

Plus d’une heure. 14 titres: 9 de rock pêchu, 3 ballades et 2 morceaux aux accents country. Des invités VIP: Paul McCartney, Steve Winwood, Robert Smith et Chad Smith. Deux reprises et un hommage aussi. Celui à Charlie Watts parti traîner ses fûts et ses baguettes au plus haut des cieux en 2021. Voilà une belle entrée en matière – sur le papier du moins – pour Foreign Tongues, le vingt-cinquième album studio des Rolling Stones. 
Un fois digéré le cover art plus que douteux, à l’écoute, çà s’annonce plutôt bien. Les hostilités débutent avec Rough And Twisted, un rock bluesy vigoureux et prometteur, bien ancré dans la tradition stonienne. Même si l’énergie est souvent présente grâce aux guitares rugueuses et autres habiletés sonores, la suite s’avère plus délicate. Certains titres affichent même de grosses faiblesses. Bien qu’efficace, In The Stars arrive encore à faire le job en se noyant dans un refrain et des chœurs par trop entêtants. Pour un indigeste Jealous Lover, Sir Jagger ressort son costard de serial crooner à la voix de falsetto période Emotional Rescue. Pour Mr Charm et Divine Intervention on est en droit de se demander à quoi peuvent bien servir des resucées de fonds de tiroirs. Avec une tonalité country, la ballade Far Away Eyes est trop balisée et devient vite ennuyeuse. Par manque d’originalité, Never Wanna Loose You aux accents disco tourne vite en rond. L’espoir renaît avec Hit Me In The Head. Tempo speed, riffs endiablés et harmonica rugissant redonnent un bon coup de fouet. Ceci expliquant probablement cela, c’est d’ailleurs le seul titre sur lequel on entend le gentleman drummer des origines. Sa frappe sèche y est immédiatement reconnaissable. Il faut vite déchanter à cause de Covered In You. Titre dénué d’intérêt, totalement au service de Mick qui en fait des tonnes. Si bien que parfois sa voix auto-tunée semble difficilement reconnaissable. Le très formaté Side Effects qui suit parvient sans trop forcer à remettre l’église au centre du village.
L’album réserve quelques surprises agréables. Une relecture toute en retenue du You Know I’m No Good d’Amy Winehouse dans lequel le ″ tin sandwich ″ remplace les cuivres. Some Of Us, un mid-tempo nostalgique chanté par Keef qui emprunte des intonations à Bob Dylan pour nous charmer et ça fonctionne. Back In Your Life déploie une montée en puissance qui mène à un solo auquel Ronnie Wood ne nous avait plus habitué depuis longtemps. Pour finir, une reprise de Chuck Berry. En version acoustique, Beautiful Delilah offre une mouture indéniablement roots et sincère de la compo de ″ Crazy Legs ″. Les ″ Glimmer Twins ″ sont imbattables quand il s’assoient côte à côte pour célébrer leurs premières amours. Comme pour son prédécesseur Hackney Diamonds, c’est Andrew Watt qui est à la manœuvre. Bien que allégée, la production de Foreign Tongues reste donc trop propre, trop brillante et trop lissée [NDLR: Hey Andrew!? On ne produit pas les stones comme Justin Bieber ou Britney Spears!). Au point que l’écoute devient quelque peu lassante. L’album à l’évidence trop long offre malgré tout de bons moments. Même en mode rabâchage sous stéroïdes, il ne sonne pas du tout comme un chant du cygne d’octogénaires qui roulent encore. 


Mieux que si c’était pire, Foreign Tongues n’entame en rien la légende des Rolling Stones. Il faut quand même reconnaître qu’il n’apporte pas grand chose non plus. En tout cas pas de quoi y trouver une réelle Satisfaction.


 

The Pretty Reckless – Dear God

 

Les newyorquais de The Pretty Reckless ont passé une grande partie de ces dernières années dans les stades en première partie d’AC/DC. Cinq ans d’absence avant que Taylor Momsen et ses acolytes ne reviennent avec Dear God. Si le précédent Death By Rock And Roll puisait essentiellement dans le registre rock alternatif ou grunge, ce cinquième album ne déroge pas à la règle mais annonce un virage significatif. Les 14 titres révèlent une formation qui, sous une apparente simplicité, explore avec subtilité un univers baigné de tensions portées par la voix de Momsen. Totalement investie, elle est capable avec la même aisance de passer du murmure au cri primal pour créer un lien entre puissance et vulnérabilité. Énergie directe pour For I Am Death et When I Wake Up, soutenus par la guitare rageuse de Ben Phillips sans qui l’album ne serait pas ce qu’il est. Intro acoustique pour Dragonfire qui prend son temps avant de déclencher une dévastation sonore. Le titre éponyme devient quasiment viscéral, laissant Momsen livrer l’une de ses interprétations les plus remarquables. C’est le mid tempo qui caractérise un Dark Days quasiment aérien et touchant. Délicieusement acoustique, Devil In Disquise s’achève tout en douceur sur un nappage de pedal steel guitar. Surprenant, Life Evermore décliné en trois interludes respiratoires de 45 secondes: Pt.2 en intro, Pt.3 au milieu du gué et Pt.1 en conclusion.
Question son, tout est géré de main de maitre. Pas de superflu, pas de surproduction. Riffs efficaces, rhythmiques dosées, lignes vocales aussi simples qu’organiques. L’authenticité est remarquablement présente et le sens du détail propulse l’ensemble dans une atmosphère eurythmique.


Dear God s’écoute sans effort et offre une cohérence rare. Le hard rock musclé qui a fait la réputation du groupe est toujours là, mais il s’accompagne de nombreuses nuances. Les compositions accrocheuses s’articulent harmonieusement sans jamais tomber dans la facilité et Taylor Momsen confirme qu’elle reste l’une des voix les plus intéressantes du rock contemporain. Magistral!