Foo Fighters – Your Favorite Toy

 

En à peine un peu plus de 30 minutes top chrono la boucle est bouclée. Your Favorite Toy va droit au but. Pas d’intros à rallonge, pas de fondus en fermeture, rien qui ne semble vouloir prouver quoi que ce soit. Le groupe ne se replonge pas dans le passé, mais il ne perd pas non plus dans la créativité introspective. En 10 titres Dave Grohl et sa bande assènent ce qu’ils font le mieux: du Foo Fighters et c’est d’ailleurs pour ça qu’on les aime. Soutenue par un groupe au diapason, la voix du frontman est toujours aussi intense.
Les morceaux sont percutants, incisifs et privilégient l’immédiateté. Tout en puissance contenue, Caught in the Echo annonce la couleur avant que Of All People ne bénéficie d’une sérieuse accélération. Window adopte un rythme moins soutenu mais parvient à préserver l’intensité. Your Favorite Toy va droit au but et met le feu aux poudres. Baisse de régime bien sentie et sans excès pour If You Only Knew, juste avant la déflagration de Spit Shine qui met en avant le beau boulot du nouveau batteur Ilan Rubin. Pop rock mélancolique et vitaminée pour Unconditional et Child Actor, brillants de par les sonorités dépouillées et les performances vocales de Dave. Amen Caveman et Asking For a Friend bénéficient d’un son brut, plus proche des premières inspirations du groupe.


Plus court et moins sombre que le précédent But Here We Are, Your Favorite Toy reste bien ancré dans la tradition d’un rock puissant, efficace et encore capable de balancer quelques claques revigorantes.


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Dana Fuchs – Live In Denmark

 

Depuis 2003, année de la parution du premier album Lonely for a Lifetime, Dana Fuchs a atteint à deux reprises le Top 10 des Blues Albums du Billboard, notamment avec Bliss Avenue, sa troisième production en studio, et Songs from the Road enregistré en public et paru en 2014. Se retrouver face au public est un exercice qui semble particulièrement convenir à l’américaine qui, déjà en 2007, avait sorti le Live In NYC enregistré au BB King’s Club.
Live in Denmark arrive à point nommé pour confirmer que la chanteuse possède une voix exceptionnelle et de l’énergie à revendre. Le concert danois débute avec trois titres du dernier Borrowed Time de 2022. Tour de chauffe donc avec le rock irrésistiblement seventies de Double Down et de Hard Road. Le tempo ralentit avec Blue Mist Road tout en restant dans la même mouvance. Après Superman et Nothing You Own – un Southern Blues mâtiné de soul – vient l’un des moments forts: Home Is Where The Hatred Is. Intense, le chant y est poignant et les musiciens sont au sommet de leur art. La vitesse de croisière est atteinte en mode country rock avec Borrowed Time et battle Lines tandis que le puissant Curtain Close incorpore subtilement des éléments du classique Ain’t No Love In The Heart Of The City de Bobby Blue Bland, joliment repris en son temps par Whitesnake. Le set s’achève en apothéose avec une reprise magistrale du Sympathy for the Devil de kivouçavé.
Il faut noter que tout au long de la prestation, John Diamond livre un jeu de guitare exceptionnel et que Kevin Mackall – Bassiste et mari de la frontwoman – fait preuve d’un feeling et d’une technique redoutables, bien en phase avec la finesse de Piero Perelli aux drums. Ce trio est en totale osmose et complète à merveille le cri primal de Dana Fuchs.


Live In Denmark est un témoignage brut et authentique. Les amateurs de blues-rock ne seront pas indifférents à la qualité de l’enregistrement et surtout, à la belle performance d’une artiste à la voix rauque, expressive et inimitable. 


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Foo Fighters – But Here We Are

 

Mais nous sommes (encore) ! Ainsi pourrait-on traduire le titre du dernier album des américains. Une réponse à l’interrogation légitime suite à la tragique et soudaine disparition de Taylor Hawkins: que vont-ils devenir? Déjà en 1994, Dave Grohl – batteur de Nirvana – avait géré la douleur provoquée par la mort de Kurt Cobain en quittant ses futs pour mettre sur orbite le satellite Foo Fighters. Aujourd’hui et à nouveau, Dave et sa bande repartent à l’aventure avec un onzième opus de rock efficace et sincère. Si But Here We Are est le signe du retour, il est aussi annonciateur d’un changement provoqué par le chagrin et le deuil. Musicalement l’on retrouve avec un plaisir non dissimulé la marque de fabrique du combo quant il est au meilleur de sa forme: puissance, exaltation et intensité. Reste que pendant l’écoute des dix titres c’est le côté à la fois arty et sombre qui offre aux compos une orientation à laquelle on ne se serait pas forcément attendu. The Glass, Show me How, Beyond Me, Rest en témoignent en mode mid tempo. Avec The Teacher qui flirte avec le psychédélisme, le groupe signe également le titre le plus long de sa carrière discographique; 10 minutes qui après plusieurs changements de rythme s’achèvent en déluge sonique. Visiblement ce disque semble ouvrir un nouveau chapitre dans l’histoire des Foo Fighters mais à l’évidence l’identité musicale et le talent sont préservés. N’est-ce pas l’essentiel?

Patrick BETAILLE, juin 2023

Raymond Pettibon – Black Flag

Black Flag: Slip it In, 1984. Sonic Youth: Goo, 1990. Foo Fighters: One by One, 2002

 

Raymond Pettibon est un artiste américain contemporain connu pour ses œuvres à l’encre combinant image et textes. Ses dessins inventifs mêlent de multiples références et viennent alimenter des critiques incisives de la culture contemporaine via des compositions empreintes d’humour noir. Son style renvoie, avec un mélange d’ironie et de maladresse assumée, à la bande dessinée classique américaine des années 40-50. Né Raymond Ginn le 16 juin 1957 à Tucson dans l’Arizona, l’artiste acquiert sa notoriété à la fin des années 70 en créant le logo, des flyers et des pochettes d’albums pour Black Flag, un groupe punk hardcore dirigé par son frère aîné, Greg Ginn. Il travaille également sur des affiches de concerts des Dead Kennedys, des Ramones et autres Minutemen. Plus tard, Raymond Pettibon a continué à se faire un nom dans le monde de l’art tout en s’intéressant encore à la musique, notamment en réalisant des cover art pour Off!, Sonic Youth et les Foo Fighters, entre autres.


d’autres anecdotes à retrouver dans le livre:

👉  In Vinyle Veritas – Éloquence et Désaveu du Cover Art  👈


Patrick BETAILLE, novembre 2021