John Lennon & Yoko Ono – Double Fantasy

Cinq ans après Rock’n’roll, John Lennon sort des studios avec ce Double Fantasy. Paru en novembre 1980, l’album marque le retour de John et Yoko à la vie publique après une période de vie de couple pour le moins chaotique. La critique se montre assez réticente; notamment à cause des titres composés par la nipponne. Titres à propos desquels le Melody Maker évoque une ″stérilité complaisante source de bâillements franchement atroces″. Ça c’est fait! Pourtant, commercialement parlant, Double Fantasy connait d’entrée un succès honorable. Le John et Yoko marchent vers leur limousine. Plusieurs fans sont là pour tenter d’obtenir un autographe. Parmi eux se trouve un certain Mark David Chapman. Il tend à Lennon une copie du disque que le musicien lui dédicace. Le même jour vers 22 heures, Chapman attend Lennon devant son domicile newyorkais: le Dakota Building. Il fait feu à cinq reprises sur le fondateur des Beatles qui est déclaré mort à son arrivée au St. Luke’s Roosevelt Hospital Center. Aujourd’hui, une maison d’enchères organise la vente du célèbre exemplaire qui à l’époque avait été réquisitionné par la police en tant que pièce à conviction. Pour justifier un prix de départ à hauteur de 400 000 dollars, Goldin Auctions ne manque pas de préciser: ″On ne peut imaginer un artéfact plus historique, emblématique et d’une importance aussi phénoménale. Cette pièce unique est livrée avec une authentification officielle de la signature de John Lennon et des références policières sont visibles au recto et au verso de la pochette″. ″Imagine no possessions, I wonder if you can…″ (John Lennon: imagine, extrait).

Patrick BETAILLE, novembre 2020

 

 

Agence Looma – L’art des gestes barrières

©Ministry of Culture and Information Policy of Ukraine (Vues partielles)

Afin de limiter la propagation de la Covid-19, tout est bon pour parvenir à faire respecter les gestes barrières indispensables. Les reportages choc montent en puissance. De plus en plus il est fait appel à des sommités diverses et variées pour témoigner de la gravité de la situation et les campagnes de pub tentent de sensibiliser les populations quant au respect des comportements à adopter face au fléau. En Ukraine, c’est le Ministère de la Culture qui s’y colle. La noble institution est à l’origine d’une campagne d’affichage ayant pour cadre des œuvres picturales de renom. Pour ce, les graphistes de l’Agence Looma se sont livrés à une réinterprétation de certaines toiles de Maîtres afin de pouvoir y incorporer les messages de circonstance.

De gauche à droite et de bas en haut: Avec son Christ seul à table, La Cène de Léonard de Vinci promeut la distanciation sociale. Pour Gustave Courbet, le contact lors de La Création du Monde ne se fait pas sans gel hydro-alcoolique. Avec le Portrait du jeune Pietro Bembo, Raphaël vante les bienfaits du lavage des mains. Léonard de Vinci encore avec La Dame à l’hermine qui incite à faire des provisions afin de limiter les déplacements. Même au moment de la prière La Madone de Giovanni Battista porte des gants chirurgicaux. Pour Frederic Leighton, Orpheus et Eurydice doivent impérativement garder leurs distances. Pas de cash, paiements par carte! C’est le message de la Miss Worrell as Hebe de Benjamin West. Le Fils de l’homme de René Magritte n’échappe pas à la règle du port du masque: Il doit couvrir la bouche et le nez et une fois en place ne doit pas être manipulé.

Pour voir ces œuvres dans leur intégralité et voir le Bonaparte de David franchissant le Grand-Saint-Bernard au service du click & collect il faut aller à la source: Galerie Sakura

Patrick BETAILLE, novembre 2020

 

Le lundi c’est permis – Les Médocs du confinement

Quelle leçon tirer de ce moment d’exception chaotique ? Personne n’en tire plus aucune mais il reste les Médocs pour ça: Margaux, Pauillac, Saint-Julien ou Saint-Estèphe. Les amateurs comprendront un tel propos, les autres se saisiront peut être de l’occasion pour tester un remède délivré sans ordonnance par Nicolas.

AC/DC – Power Up

On ne peut pas dire que ces dernières années se soient déroulées sous les meilleures auspices dans le milieu du power rock australien. Des problèmes d’auditions chez Brian Johnson, certains déboires judiciaires pour Phil Rudd et surtout le décès de Malcolm Young ont imposé un sérieux coup d’arrêt aux activités de la bande à Angus. Mais, contre vents et marées, AC/DC revient avec un dix-septième album: Power Up! Six ans se sont écoulés avant pouvoir écouter le successeur du dispensable Rock or Bust et c’est sans surprise que le verdict tombe. Les guitares aux rifs puissants, les rythmiques imparables, la voix éraillée de Brian Johnson, le gros son, les chœurs omniprésents (trop?), tout est là. Tous les titres sont bâtis selon la même formule, celle qui depuis trente ans nourri les fans des australiens. Produit par Brendan O’Brien et enregistré aux Warehouse Studios de Vancouver, Power Up est à inscrire au registre des accomplissements honorables d’AC/DC, sans pour autant flirter avec le niveau d’un Highway to Hell ou de Back in Black. Qu’espérer de plus? Pas grand chose de la part d’un groupe honnête qui – avec des hauts et des bas – n’a jamais changé de stratégie et apprécier à leur juste valeur – et même avec un arrière goût de déjà entendu – des titres tels que Realize ou Demon Fire. Se réjouir enfin d’un retour sur lequel peu de headbangers auraient misé 1 kopeck.

Tracklist: 1 – Realize: 3.37. 2 – Rejection: 4.06. 3 – Shot in the Dark: 3.06. 4 – Through the Mists of Time: 3.32. 5 – Kick You When You’re Down: 3.10.  6 – Witch’s Spell: 3.42. 7 – Demon Fire: 3.30. 8 – Wild Reputation: 2.54. 9 – No Man’s Land: 3.39. 10 – Systems Down 3.12. 11 – Money Shot: 3.05. 12 – Code Red: 3.31.

Patrick BETAILLE, novembre 2020

The Jaded Hearts Club – You’ve always been there

En ces temps difficiles, s’agissant de  trouver une échappatoire à la sinistrose ambiante, tout est bon à prendre. Alors pourquoi ne pas jeter une oreille – surtout pas distraite – sur The Jaded Hearts Club qui jusqu’alors n’existait que sur scène sous le nom de Dr. Pepper’s Jaded Hearts Club Band (Salut sergent, ça va?). Initialement, l’idée vient du guitariste Jamie Davis qui pour son anniversaire décide de monter un groupe pour rendre hommage aux 4 de Liverpool. Davis fait donc appel à quelques potes. Miles Kane (The Last Shadow Puppets), Nic Cester (Jet), Matthew Bellamy (Muse), Sean Payne (The Zutons) et Graham Coxon (Blur) se retrouvent réunis pour une série de gigs. C’est ainsi qu’en 2019 un premier album live issu d’un concert donné au 100 Club de Londres est publié en édition limitée (vinyle blanc 180 gr) au profit du Shooting Stars Children’s Hospice. Le plaisir est au rendez-vous, public et musiciens y trouvent leur compte et l’alchimie de ces instants se traduit par l’envie d’entrer en studio et de mettre sur bande leur appétence pour la Soul de chez Motown. ″De la même manière que le jazz réinvente de vieux morceaux, nous entretenons la tradition de groupes comme les Beatles ou les Stones à leurs débuts : trouver de bons standards de blues et de soul pour ensuite les jouer dans une veine plus moderne″ (Matthew Bellamy). Des Isley Brothers aux Sonics en passant, entre autres, par Marvin Gaye et Screamin’ Jay Hawkins, les 11 titres de You’ve always been there rendent hommage aux sixties de la plus belle des manières. Avec ce premier essai (transformé), on redécouvre en versions rock des titres mythiques dont certains maintes fois repris. Pour en apprécier la fraicheur et l’énergie brute il faut bien sûr laisser de côté tout ce que peut susciter le concept de supergroup et éviter de se poser la question du pourquoi et du comment ça va durer ou finir. Il faut juste se laisser embarquer par un brillant revival conduit de main de maitre par une poignée de musiciens talentueux. Ok! Cet album ne va ni réécrire l’histoire du rock, ni sauver le monde. Reste qu’en tant que remède à la mélancolie, entre 30 minutes de fun et 3 minutes de Gad Elmaleh qui massacre Nougaro, le choix est vite fait!

Tracklist: 1 – We’ll Meet Again. 2 – Reach Out I’ll Be There. 3 – Have Love Will Travel. 4 – This Love Starved Heart of Mine. 5 – Nobody but Me. 6 – Long and Lonesome Road. 7 – I Put a Spell on You. 8 – Money. 9 – Why When the Love Is Gone. 10 – Love’s Gone Bad. 11 – Fever.

Patrick BETAILLE, novembre 2020

Cadillac – La Fleetwood Series 60 d’Elvis Presley

Elvis Presley a toujours été un inconditionnel de la prestigieuse marque Cadillac. Au cours de son existence il en a possédé une bonne centaine. Sa première Caddy il l’achète début 1955. Il s’agit d’une Fleetwood Series 60 de 1954, de couleur rose. Pour le King, le V8 est essentiellement destiné à le véhiculer – lui et son groupe des Blue Moon Boys – à destination des salles de concerts. En juin 55, suite à problème technique, la berline est complètement détruite dans un incendie. Le 5 juillet de la même année, Elvis achète une autre Fleetwood Series 60 bleue avec le toit noir. À l’époque il obtient un succès conséquent avec une version de Baby, Let’s Play House dont les paroles font référence à sa voiture préférée: ″You may have a pink Cadillac″. Ni une ni deux, la Fleetwood est repeinte en rose avec le toit blanc et offerte en cadeau d’anniversaire à sa mère. Maman Gladys n’ayant pas le permis, c’est le fiston qui continue à utiliser la Elvis Rose. Le 2 septembre il la prête à Scotty Moore qui percute un pick-up, occasionnant de considérables dégâts qui nécessiteront un passage en carrosserie au cours duquel toute la sellerie sera remplacée. Longtemps garée et visible à Graceland, cette Cadillac rose est désormais exposée au Elvis Presley Automobile Museum. En décembre 2006, les administrateurs de Graceland ont accepté de fournir tous les éléments pour que soit fabriquée un copie exacte destinée à promouvoir les campagnes ″Ruban Rose″ pour la collecte de dons destinés à la lutte contre le cancer du sein.

Patrick BETAILLE, novembre 2020

 

Le lundi c’est permis – Noël Confiné?

Nom d’une crot’ de renne! Ça va mal tourner c’t’histoire de Covid!

Rolls-Royce: La Phantom V de John Lennon

En juillet 64 Lennon achète sa première Rolls. D’occasion certes mais une Rolls. En décembre, et bien qu’il n’ait pas encore son permis de conduire, John souhaite que le standing du véhicule qui le transporte soit à la hauteur de son statut grandissant de rockstar. Il passe donc commande auprès de R.S Mead Ltd du véhicule amiral du constructeur britannique: Une Phantom V noire, la même que celle utilisée par la reine Elizabeth II. Livré en juin 1965, le V8 de 3 tonnes est déjà doté de toutes les options possibles, y compris des vitres teintées, une première pour l’époque. Par la même occasion, les accoudoirs deviennent des cendriers, la banquette arrière peut se transformer en lit double et un imposant radio téléphone occupe une place de choix. La musique est gérée à la demande via une platine disque, un lecteur de cassettes 8 pistes, et l’ensemble peut être aussi connecté à des haut-parleurs extérieurs logés dans les passages de roues. Si ça c’est pas du tuning qui déchire sa race!

En 1967, peu avant la sortie de Sgt. Pepper’s, John Lennon décide de faire repeindre la voiture en jaune vif et de confier la réalisation de motifs psychédéliques à l’artiste Steve Weaver. La Beatlemobile new look fait sa première apparition publique le 28 mai et suscite de nombreuses réactions. Étonnement, admiration, moquerie mais aussi réprobation, notamment du côté des conservateurs: ″Comment osez vous?! Vous vous approchez dangereusement des limites de ce que peuvent supporter l’élégance, la décence et les bonnes manières britanniques!″ déclarent certains en faisant le bonheur d’un Lennon en plein trip contestataire. La Phantom flower-power a été régulièrement utilisée jusqu’en 1968, jusqu’à ce que le chanteur  ne décide de l’expédier aux États-Unis pour promouvoir le tout nouveau label des Fab Four: Apple. En Angleterre, une autre Phantom V devient le véhicule officiel de John. Entièrement blanche cette fois, elle symbolise le changement d’une vie qui s’écarte des fantaisies psychédéliques au profit d’un minimalisme conceptuel qui trouve ses origines dans une récente relation avec Yoko Ono. Le 31 août 1971, le musicien part s’installer à New York. En 1977,  il doit faire face à des poursuites de la part de l’administration fiscale américaine qui accepte un crédit d’impôt de 250 000 dollars à condition que la Rolls jaune soit donnée à un musée. En Juin 1985, quatre ans et demi après l’assassinat de la star, le musée Cooper-Hewitt met la voiture aux enchères chez Sotheby’s. Pour la somme de 2 300 000 dollars elle devient alors la propriété de Jim Pattison – un milliardaire canadien – qui l’offrira au Royal British Columbia Museum. Avec 56 000 kilomètres au compteur celle qui est désormais considérée en tant qu’œuvre d’art et symbole culturel, est toujours en état de marche; tous les six mois, un représentant de Bristol Motors lui fait parcourir quelques kms pour s’assurer que tout reste en ordre. Selon certains, la voiture de John Lennon serait aujourd’hui estimée à 5,2 millions de dollars. ″Imagine… Imagine no possessions, I wonder if you can…″.

Patrick BETAILLE, novembre 2020