Plus d’une heure. 14 titres: 9 de rock pêchu, 3 ballades et 2 morceaux aux accents country. Des invités VIP: Paul McCartney, Steve Winwood, Robert Smith et Chad Smith. Deux reprises et un hommage aussi. Celui à Charlie Watts parti traîner ses fûts et ses baguettes au plus haut des cieux en 2021. Voilà une belle entrée en matière – sur le papier du moins – pour Foreign Tongues, le vingt-cinquième album studio des Rolling Stones.
Un fois digéré le cover art plus que douteux, à l’écoute, çà s’annonce plutôt bien. Les hostilités débutent avec Rough And Twisted, un rock bluesy vigoureux et prometteur, bien ancré dans la tradition stonienne. Même si l’énergie est souvent présente grâce aux guitares rugueuses et autres habiletés sonores, la suite s’avère plus délicate. Certains titres affichent même de grosses faiblesses. Bien qu’efficace, In The Stars arrive encore à faire le job en se noyant dans un refrain et des chœurs par trop entêtants. Pour un indigeste Jealous Lover, Sir Jagger ressort son costard de serial crooner à la voix de falsetto période Emotional Rescue. Pour Mr Charm et Divine Intervention on est en droit de se demander à quoi peuvent bien servir des resucées de fonds de tiroirs. Avec une tonalité country, la ballade Far Away Eyes est trop balisée et devient vite ennuyeuse. Par manque d’originalité, Never Wanna Loose You aux accents disco tourne vite en rond. L’espoir renaît avec Hit Me In The Head. Tempo speed, riffs endiablés et harmonica rugissant redonnent un bon coup de fouet. Ceci expliquant probablement cela, c’est d’ailleurs le seul titre sur lequel on entend le gentleman drummer des origines. Sa frappe sèche y est immédiatement reconnaissable. Il faut vite déchanter à cause de Covered In You. Titre dénué d’intérêt, totalement au service de Mick qui en fait des tonnes. Si bien que parfois sa voix auto-tunée semble difficilement reconnaissable. Le très formaté Side Effects qui suit parvient sans trop forcer à remettre l’église au centre du village.
L’album réserve quelques surprises agréables. Une relecture toute en retenue du You Know I’m No Good d’Amy Winehouse dans lequel le ″ tin sandwich ″ remplace les cuivres. Some Of Us, un mid-tempo nostalgique chanté par Keef qui emprunte des intonations à Bob Dylan pour nous charmer et ça fonctionne. Back In Your Life déploie une montée en puissance qui mène à un solo auquel Ronnie Wood ne nous avait plus habitué depuis longtemps. Pour finir, une reprise de Chuck Berry. En version acoustique, Beautiful Delilah offre une mouture indéniablement roots et sincère de la compo de ″ Crazy Legs ″. Les ″ Glimmer Twins ″ sont imbattables quand il s’assoient côte à côte pour célébrer leurs premières amours. Comme pour son prédécesseur Hackney Diamonds, c’est Andrew Watt qui est à la manœuvre. Bien que allégée, la production de Foreign Tongues reste donc trop propre, trop brillante et trop lissée [NDLR: Hey Andrew!? On ne produit pas les stones comme Justin Bieber ou Britney Spears!). Au point que l’écoute devient quelque peu lassante. L’album à l’évidence trop long offre malgré tout de bons moments. Même en mode rabâchage sous stéroïdes, il ne sonne pas du tout comme un chant du cygne d’octogénaires qui roulent encore.
Mieux que si c’était pire, Foreign Tongues n’entame en rien la légende des Rolling Stones. Il faut quand même reconnaître qu’il n’apporte pas grand chose non plus. En tout cas pas de quoi y trouver une réelle Satisfaction.
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