Pink Floyd – Ummagumma

Sorti en octobre 1969, Ummagumma consiste en un album double, composé d’une galette enregistrée en studio et d’une autre issue de deux concerts de Pink Floyd. Comme les deux précédentes (Piper at the Gates of Dawn et A Saucerful of Secrets), la pochette de l’album est conçue par Hipgnosis. Elle consiste cette fois en un montage de photos prises au sud de Cambridge dans la maison de Libby January, la petite amie de Storm Thorgerson. Sous la forme d’une mise en abyme, les musiciens posent sur quatre tableaux placés en perspective. David Gilmour est au premier plan, installé sur un tabouret. Au second plan, Roger Waters est assis par terre. Debout derrière lui, Nick Mason contemple le ciel. L’effet vache-qui-rit s’achève sur un arrière plan campagnard occupé par Rick Wright qui fait la chandelle. En bas à gauche, posée par terre contre le mur, la bande originale de Gigi, une comédie musicale de Vincente Minnelli parue en 1958. Pour des raisons de copyright, la pochette de Gigi sera remplacée par un carré blanc sur les éditions américaines de l’album.

Sur le back cover de l’album, tout l’équipement de Pink Floyd est aligné sur l’aérodrome Biggin Hill Airport de Londres. Deux roadies prennent la pose. Il s’agit de Alan Stiles et Peter Watts. Quatre plus tard ce dernier apportera sa contribution à Dark Side of the Moon. Les rires sur Brain Damage (Dark Side of the Moon 1973)  c’est lui!

Quant au titre de l’album – Ummagumma – il s’agit d’un terme désignant l’acte sexuel, souvent rattaché à l’argot de Cambridge, inventé et couramment utilisé par Lain Moore, ami des Pink Floyd et roadie occasionnel, qui disait : ″Je vais à la maison pour une ummagumma″. 

Patrick BETAILLE, juin 2022

D’autres anecdotes sur la censure et l’histoire des pochettes de disques à retrouver dans le livre:

IN VINYLE VERITAS – ÉLOQUENCE ET DÉSAVEU DU COVER ART

Patrick DUCHER – Pink Floyd en France

Si l’on m’avait dit qu’un jour je ferais une chronique livre sur Pink Floyd… Persuadé j’étais que tout – du succinct au chiadé, de l’approximatif au fouillé, du pire au meilleur – avait déjà été décortiqué, analysé, dit ou montré. Ce n’est pas tous le jours que l’on a le privilège de pouvoir parler d’une œuvre – car c’en est une – qui vous pousse à reconsidérer un sujet sur ce groupe qui, depuis qu’il existe, a toujours été identifié en tant que fer de lance du rock progressif. Alors en quoi cet ouvrage préfacé par Jean-Marie Leduc est t-il différents des autres? ″Pink Floyd n’aurait peut être pas survécu sans le public français… » C’est dans cet extrait d’une déclaration de Nick Mason en 2016 que se trouve la réponse. Au même titre que Pink Floyd n’est pas un groupe de Flamants Roses, ce livre n’est pas un livre. C’est une fouille archéologique minutieuse étayée par une analyse personnelle qui retrace l’histoire du combo au sein de l’hexagone, et ce, sur base d’exhumation d’articles de la presse spécialisée et de témoignages de fans. En 1979, l’auteur – Patrick Ducher – s’est cogné sur Le Mur et il ne s’en est jamais remis. Pendant plus de deux ans il a entrepris un énorme travail de recherche documentaire pour pouvoir apporter sa contribution à ce qui, à mon sens, donne à la genèse du groupe une richesse inattendue. Résultat, plus de 400 pages d’infos, d’anecdotes, d’extraits, de visuels qui viennent perpétuer de la plus belle des manières l’art de la biographie. Que je sache, ce pavé est le premier du genre a être publié en France et c’est l’occasion de rendre un hommage appuyé à Éclipse – Lilly Éditions qui a fait le choix de donner sa chance à ce travail d’écriture fort, vivant et original, dans une nouvelle ligne éditoriale dédiée aux arts. Félicitations Lilly et bravo Monsieur Ducher. Vous permettez que je vous appelle Monsieur n’est ce pas? Pour toute info sur l’auteur, la maison d’édition et pour commander Pink Floyd en France c’est par ici: Shine On!

Patrick BETAILLE, janvier 2022

 

Pink Floyd – Battersea Power Station

1977: La Grande-Bretagne est secouée par l’explosion du punk porté par une jeunesse rebelle et violente, qui, à l’instar d’un certain Johnny Rotten arborant un tee shirt I Hate Pink Floyd, veut mettre à mal l’industrie musicale squattée par les dinosaures du rock du moment. Stones, Who, Dylan et consorts voient leur public s’éloigner peu à peu, attiré par la rébellion de l’underground londonien. C’est dans ce contexte que le 23 janvier parait le dixième album de Pink Floyd: Animals. malgré des tensions naissantes au sein du groupe, les sessions en studio se déroulent sans accroc majeur. Par contre, l’artwork de l’album pose problème. Le groupe ne parvient pas à se décider et, en l’absence de compromis, décide de faire appel (une fois de plus) à Hipgnosis, le collectif de graphisme responsable des précédentes illustrations des albums du groupe. Le collectif de designers soumet plusieurs idées en relation avec les textes des chansons. L’une d’entre elles consiste à montrer un enfant qui observe ses parents en train de copuler. Pour l’autre, est proposé un canard cloué au mur, allégorie de la jungle psychotique de l’enfance chère à Roger Waters. Aucun des deux concepts ne fait l’unanimité et c’est finalement un autre qui sera retenu.  À  l’époque, Waters passe régulièrement devant la Battersea Power Station et c’est une vue de cette centrale électrique à charbon plus que vieillissante qui fera l’objet d’un projet pour le moins ambitieux. L’équipe fait appel une société allemande spécialisée dans la fabrique de ballons et à l’artiste australien Jeffrey Shaw pour la construction d’un ballon en forme de cochon de 12 mètres de long destiné à être photographié entre les cheminées de la centrale. Baptisé Algie, le goret gonflé à l’hélium est mis en place le 2 décembre 1976. Onze photographes et huit caméras (dont une embarquée dans un hélicoptère) sont sur place pour immortaliser le moment. Un tireur d’élite chargé de shooter le ballon en cas de problème est également présent. Le mauvais temps retarde l’envol et l’opération est reportée. Le lendemain le largage a lieu mais malheureusement les amarres cèdent et le tireur d’élite est absent. Algie disparaît donc dans les nuages, monte à 12 000 mètres, survole l’aéroport de Londres-Heathrow et crée la pagaille en entrainant l’annulation de plusieurs vols.  Le ballon achève sa course sur les terres d’un fermier du Kent, pour être ensuite récupéré. Nouvelle tentative fructueuse le troisième jour. Mais c’est finalement l’un des clichés pris lors du repérage des lieux qui est retenu pour la beauté du ciel contrasté ce jour-là. Algie fera simplement l’objet d’un photomontage pour illustrer Animals.

La Battersea Power Station a définitivement cessé de produire de l’électricité en 1987. Au fil des ans, et pour entamer sa reconversion, la centrale a vu passer cirque, skate-park, piste de ski et autres manifestations culturelles. Le site est également devenu la cible de plusieurs projets immobiliers avortés, y compris un nouveau stade pour le club de Chelsea. En janvier 2013, c’est finalement un consortium malaisien qui investit sur l’avenir des 16 hectares. Le projet, qui prévoit un hôtel de luxe, des logements, des bureaux, un parc d’attraction et un complexe commercial est revendu en 2018 à deux fonds d’investissements malaisiens pour 1,8 milliard d’euros. Au printemps 2020, la Covid-19 met un coup d’arrêt aux travaux engagés. Le verrat volant lui reprendra du service au cours des tournées de Roger Waters. En 2013 il sera marqué d’une étoile de David pour contester l’occupation par Israël de territoires palestiniens et plus récemment encore il arborera le visage d’un Donald Trump estampillé: porc ignorant, menteur, raciste et sexiste. Pauvre Algie!

En promo! Le livre sur la censure des Vinyles et autres anecdotes:

In Vinyle Veritas – Éloquence et désaveu du Cover Art

Patrick BETAILLE, décembre 2021

 

George Hardie – De Led Zeppelin à Pink Floyd

George Hardie est un designer britannique né en 1944. Il fait ses études à Londres à la central Saint Martins et au Royal College of Art. C’est à ce moment là qu’il commence à créer illustrer des pochettes de disques, comme celle du premier album de Led Zeppelin en 1969. Il rejoint ensuite les studios NTA où il travaille sur de nombreuses galettes emblématiques avec le groupe de design Hipgnosis. de 1973 à 1976, il participe ainsi à celles de The Dark Side of the Moon et Wish you Where Here de Pink Floyd, How Dare You de 10cc, Technical Ecstasy de Black Sabbath et Presence de led Zeppelin. Parallèlement à cette activité l’illustrateur oeuvre en tant qu’indépendant. À partir de 1982 il enseigne à l’université de Brighton et en 1989 il ouvre le master Sequential Design/Illustration. depuis 1994 George Hardie est membre et secrétaire de l’Alliance Graphique Internationale et en 2005 il est élu Royal Designer for Industry. [Source: Plaquette de l’exposition Voir et Faire Voir du Bel Ordinaire 64140 Billère]. D’autres ont également bénéficié de la contribution de l’artiste. Parmi eux et entre autres, Peter Frampton, Genesis, Be+Bop Deluxe, Wings, Hollies, Paul McCartney, Golden Earring ou Yes.

Patrick BETAILLE, septembre 2020

Les Pochettes Emblématiques en Livre: In Vinyle Veritas!

Gerald Scarfe – The Wall

Gerald Scarfe The Wall Cover ArtDessinateur et caricaturiste anglais, Gerald Scarfe est surtout connu pour avoir travaillé avec Pink Floyd sur le concept album sur lequel figure l’éblouissante Screming Head, la scénographie des concerts et le film The Wall. C’est lui en effet qui a réalisé les dessins ayant servi de base au projet artistique du cover art de l’album et aux animations du long métrage. En tant que caricaturiste et illustrateur, Scarfe travaille surtout pour le New Yorker et le Sunday Times dont l’édition du 27 janvier 2013 lui valent quelques soucis de la part des organisations juives. En effet, là aussi de mur il est question. A l’époque le Sunday Times publie une caricature représentant le Premier Ministre israélien Benyamin Netanyahou construisant un mur avec le sang et le corps des Palestiniens et légendée: ″Élections israéliennes – Va-t-on continuer à cimenter la paix?″. A l’occasion l’artiste ne manque pas non plus de s’en prendre à Donald Trump à qui il voue une haine féroce, notamment quand il fait dire au Président des USA: ″We are going to make America Hate again″ (nous allons à nouveau faire haïr l’Amérique)!

Donald Trump by Gerald Scarfe

Patrick BETAILLE, novembre 2018

Le livre sur l’histoire et la censure des pochettes de disques: In Vinyle Veritas!

Pink Floyd – Atom Heart Mother

Lulubelle III Atom Heart MotherEn 1970, lors d’une réunion avec l’équipe de designers de Hipgnosis, les membres de Pink Floyd disent vouloir se débarrasser de leur image avant-gardiste, du moins pour ce qui concerne le visuel du disque à venir. D’après le groupe, la jaquette peut représenter n’importe quoi mais elle doit impérativement être simple et bannir toute connotation psychédélique. Avec pour consigne un concept aussi péremptoire que fumeux les photographes de l’agence se mettent en quête et reviennent avec trois propositions: un nageur effectuant un plongeon dans une piscine, une femme posant en haut d’un escalier et un bovidé sur un pâturage de la campagne anglaise. C’est cette dernière image qui au final sera retenue. La pochette de l’album représente donc une vache blanche avec des taches marron, vue de trois quarts arrière, la tête dirigée vers l’objectif. EMI fait de la résistance. Le label est peu emballé par le concept et s’oppose au fait que ni le nom du groupe ni le titre de l’album ne soient mentionnés. Peine perdue! c’est bien Lulubelle III qui se retrouve à l’honneur sur l’une des plus mythiques pochettes de l’histoire du rock, celle de Atom Heart Mother.

Patrick BETAILLE, mai 2018

Le Cover Art Emblématique en Livre: In Vinyle Veritas!

Pink Floyd – A Nice Pair

Pink Floyd, censure de A Nice PairA l’initiative de Harvest/Capitol, ″A Nice Pair a été publié en décembre 1973 sous la forme d’un double album qui regroupe ″The Piper at the Gates of Dawn et ″A Saucerful of Secrets″, les deux premiers albums de Pink Floyd parus respectivement en 1967 et 1968. La pochette originale de l’album, œuvre de Hipgnosis, consiste au verso en un kaléidoscope de neuf images surréalistes et humoristiques. Deux de ces clichés feront l’objet de censure. Celle qui représente une paire de seins (a nice pair?) sera dans certains pays dotée d’un bandeau ou d’une croix noire alors que les États-Unis opterons pour un sticker violet et blanc apposé sur la poitrine. Une deuxième photo représente la façade d’un cabinet dentaire, celui du Dr Phang. Ce dernier, s’appuyant sur la loi interdisant la publicité dans le domaine médical, demande et obtient le retrait de l’image qui sera remplacée par un cliché sur lequel figure un moine en train de se gargariser (!). Après la réédition des deux albums originaux sur CD, ″A nice Pairne sera plus édité.

Patrick BETAILLE, mai 2018

La Censure du Cover Art en Livre: In Vinyle Veritas!

Pink Floyd – Back Catalogue

Pink Floyd Back Catalogue Storm Thorgerson

La pratique commerciale est courante: remettre sur le marché les œuvres déjà produites par un artiste. C’est ce que l’on appelle le ″Back Catalogue″. En 1997, EMI, la maison de disque de Pink Floyd passe commande d’ un poster destiné à promouvoir la réédition des disques du groupe. L’équipe sollicitée en ce sens, opte non sans humour, pour un concept consistant à peindre les six jaquettes originales de Storm Thorgerson sur le dos de filles nues. ″Back″… ″Dos″… Vous suivez? L’artiste Phyllis Cohen réalise ce body painting classieux qui sera mis en image par Tony May. J’offre une tringle à rideaux à quiconque me fournira le recto de ce cliché pris au bord d’une piscine privée de la banlieue sud de Londres. À bon entendeur…

Jaquettes Back Catalogue Pink Floyd

Patrick BETAILLE, Juillet 2014

Le Cover Art Emblématique en Livre: In Vinyle Veritas!