ZZ Top – Décès de Dusty Hill

En 1971 j’allais allègrement vers mes 18 ans quand je tombais sur un truc qui allait bouleverser une journée banalement ennuyeuse. Tout commence par une mélopée à l’ancienne, toute en douceur, une voix chaude quasiment a capela, accompagnée de quelques accords d’une guitare qui suinte le blues des origines. Moins de deux minutes plus tard, un larsen viscéral et le break annonciateur d’un rock enfumé et funky qui sent bon l’huile et l’électricité envahissent la pièce. Littéralement abasourdi par tant de simplicité apparente et d’efficacité naturelle, j’assistais à l’élaboration d’une potion euphorisante qui allait définitivement consolider ma culture musicale. Aujourd’hui encore, ce Brown Sugar – déjà et de loin le titre majeur de ce premier album – reste pour moi l’un des meilleurs morceaux de ZZ Top. Dusty Hill vient de quitter définitivement le monde du rock texan. Il avait 72 ans. Comment oublier la constance et la simplicité métronomique des doigts aussi épais que des knackies de ce bassiste indispensable au jeu d’un Billy Gibbons rarement en panne d’inspiration. Impossible! ″Ta présence inébranlable, ta bonne humeur et ton engagement permanent à fournir cette base monumentale au Top nous manqueront, à nous et aux légions de fans de ZZ Top dans le monde entier[Billy Gibbons & Frank Beard]. Tellement vrai!

Patrick BETAILLE, juillet 2021

 

Theresa Needham – The Blues Godmother

Née McLaurin dans le Mississippi, Theresa a épousé Robert Needham et a déménagé à Chicago dans les années 40. En décembre 1949, elle a ouvert un club dans le sous-sol d’un immeuble au 4801 South Indiana Avenue, dans le sud de Chicago. Baptisé Theresa’s Lounge (parfois aussi appelé T’s Basement) l’endroit modeste avait pour vocation de proposer des concerts de blues au public, majoritairement noir, du quartier. Le talent des bluesmen et la qualité des jams sessions auxquelles participaient volontiers les musiciens, attiraient de plus en plus de monde. Rapidement, le bouche à oreille permit au Thersa’s Lounge d’acquérir une renommée mondiale. Outre Junior Wells et Buddy Guy qui faisaient pour ainsi dire partie des murs, d’autres pointures n’hésitaient pas à y faire une apparition au cours de leurs tournées. Ce fut le cas par exemple de Muddy Waters, Jimmy Rogers, Otis Spann, Little Walter, Otis Rush, ou encore Howlin’ Wolf. Dans les années 70, Earl Hooker et Junior Wells y ont même enregistré des sessions qui seront publiées dans les années 2000. En 1983, lorsque le propriétaire a refusé de renouveler le bail de Theresa Needham, le club a déménagé puis, a définitivement fermé ses portes trois ans après. La marraine du Chicago Blues est décédée en 1992, à l’âge de 80 ans. Elle a été intronisée à titre posthume au Blues Hall of Fame en 2001. Source et infos (en anglais): Theresa’s Lounge.

Photos: Marc Pokempner. De gauche à droite: Jam entre Sammy Lawhorn et John Primer. Theresa Needham, la taulière en fin de soirée. Junior Wells derrière le bar (il est armé!).

Patrick BETAILLE, juillet 2021

 

 

Censure Rock – Back in USSR

Cette liste – qui visait à interdire la diffusion de certains artistes dans les clubs, les discothèques et la radio – a été distribuée aux responsables politique de l’Union Soviétique en janvier 1985, deux mois avant que Mikhaïl Gorbatchev ne soit à la tête du pays. Elle a été établie en 1985 par le Komsomol, l’Union des jeunesses léninistes communistes: ″Liste non-exhaustive des groupes et artistes musicaux étrangers dont les répertoires contiennent des compositions idéologiquement nuisibles″. 38 groupes ou interprètes y sont référencés. En pleine guerre froide et compte tenu du contexte politique et culturel de l’époque, l’on peut à la rigueur faire l’effort d’éventuellement admettre de façon hypothétique la mention d’obscurantisme religieux attribuée à Black Sabbath ou Iron Maiden. De là à croire que Ten CC ou Julio Iglesias (si, si!) sont des suppôts du néofascisme ou que les Village People prônent la violence et Canned Heat l’homosexualité, y’a tout de même un monde! Entre ça et les ricains qui prévenaient des dangers de propos explicites contenus dans des disques totalement instrumentaux (Frank Zappa), je me demande où se situe le pire. En tous cas, les censeurs ne doutent de rien et sont capables de tout, même de nous faire rire. Ou pas! Pour le document original c’est Ici

Patrick BETAILLE, juillet 2021

Vinyles, la Censure du Cover Art: Le livre!

Rock Anthology – 1971

Trois mois se sont écoulés depuis que Janis Joplin, victime d’une overdose en pleine gloire, est partie rejoindre le Club 27. Pourtant, un beau jour, l’exceptionnelle voix de la chanteuse résonne à nouveau. La puissance viscérale de Pearl comble les sillons d’un disque posthume qui, d’emblée, squatte le top des vente. C’est ainsi que, voilà 50 ans, débute l’année 1971 qui s’achèvera par la pendaison de Vincent Damon Furnier et restera l’un des plus riches millésimes de l’histoire de la musique rock.

1971, Janvier – Janis Joplin: Pearl. Mountain: Nantucket Sleighride • Mars – Jethro Tull: Aqualung. Serge Gainsbourg: L’histoire de Melody Nelson • Avril – The Rolling Stones: Sticky Fingers. The Doors : L.A. Woman • Juin – Emerson, Lake And Palmer: Tarkus • Juillet – The Allman Brothers Band: At Fillmore East. Black Sabbath: Master Of Reality • Août – The Who: Who’s Next. Deep Purple: Fireball. Ten Years After: A Space in Time • Septembre – T. Rex: Electric Warrior • Octobre – Pink Floyd: Meddle • Novembre – Led Zeppelin: IV. Alice Cooper: Killer.

Alors oui, je sais. Il en manque. Beaucoup, et des bons en plus: David Bowie, Leonard Cohen, Funkadelic, J.J. Cale, Kinks, Caravan, Lennon, McCartney, Harrison, Genesis, Yes, Neil Young, Traffic, Moody Blues, Flamin’ Groovies, Jefferson Airplane, James Taylor et tant d’autres… Pas la peine de gueuler, de toutes façons, ici, c’est moi le chef et la playlist je l’assume.

Patrick BETAILLE, juillet 2021

Éloquence et Désaveu du Cover Art: Le Livre!

Vinyles – Les prix flambent!

Depuis son retour en grâce le disque vinyle connaît une croissance que même l’industrie musicale n’aurait oser envisager. En France, presque 5 millions d’unités vendues au détriment du CD qui lui enregistre une chute des ventes de 27,1 %, tout en restant encore la seconde source de revenus (derrière le streaming) du marché de la musique enregistrée. L’occasion est trop belle pour tirer rapidement profit de engouement du public! Au prétexte de compenser la hausse des coûts de production et les pertes liées à la pandémie, les suceurs de son Universal, Warner et Sony se sont entendus. Ils ont décidé d’augmenter les prix des disques vinyles et sont en train de faire le forcing pour que les labels et les gros distributeurs leur emboitent le pas. Le Gredin, (Groupement des disquaires indépendants nationaux) s’alarme dans un communiqué en prenant l’exemple de l’album Dure Limite, de Téléphone, sorti en 1982 (et donc rentabilisé depuis perpète les alouettes! NDLR) et vendu à plus de 400 000 exemplaires: ″Actuellement, il est vendu environ 21,30 € TTC. Avec le nouveau tarif, il coûtera 51 €« . Un beau gâchis en perspective du côté des disquaires indépendants et des artistes déjà bien malmenés par la dématérialisation, les contrefaçons et les conséquences de la crise sanitaire. Quant à la Culture Musicale… visiblement elle n’est plus au cœur du sujet. Mais ça on le savait déjà depuis longtemps! Le Gredin: Communiqué de Presse!

Patrick BETAILLE, juillet 2021

Heureusement il reste le livre: In Vinyle Veritas, éloquence et désaveu du cover art

Dirty Honey – Dirty Honey

En 2019, Marc Labelle (chant), John Notto (guitares), Justin Smolian (basse) Corey Coverstone (Batterie) font leurs premières armes sur les scènes des clubs de Los Angeles. Un premier single en 2018, suivi par un EP en 2019 affichent clairement des influences tout droit sorties du classic rock des années 70. Logiquement, Dirty Honey débarque aujourd’hui avec un premier long play éponyme prometteur. Produit par Nick Didia (Pearl Jam, Rage Against the Machine), les huit titres de l’album baignent dans des rythmiques soutenues, de bons gros riffs, une cohésion à toute épreuve et des vocalises qui vous en mettent plein les esgourdes. À coup sûr les fans de Led Zep, Aerosmith et autres Gun’N’Roses vont y trouver leur compte et bien vite oublier ces poseurs de Greta Van Fleet. Les autres vont certainement dire que Dirty Honey ne réinventent pas la roue ou l’eau tiède mais ils apprécieront certainement la spontanéité, l’énergie et l’authenticité que dégage ce premier essai. Dirty Honey ne changera pas votre vie mais si le heavy rock de qualité est votre tasse de thé, n’hésitez pas à y ajouter un peu de miel.

Patrick BETAILLE, juillet 2021

Gregg Allman – Midnight Rider

Midnight Rider voit le jour en 1970 alors que Le Allman Brothers Band passe quelques jours dans une ferme louée aux alentours de Macon en Géorgie. Durant les sessions d’enregistrement du deuxième album Idlewild South, Gregg Allman (1947 – 2017), son auteur, aime à s’isoler dans une des dépendances pour composer tout en s’adonnant aux plaisirs de la fumette. C’est là que lui vient l’idée du titre qui, avant d’être enregistré dans les studios de Capricorn Sound, bénéficiera de l’aide de son pote roadie, Robert Kim Payne, pour finaliser les paroles. Dès sa sortie, l’album rencontre un succès considérable mais la compo Allman/Payne passe quasiment inaperçue. Du moins jusqu’à ce que la communauté des bikers ne s’approprie les thèmes qui lui sont si chers. À la sauce Born to be Wild, indépendance, liberté et rébellion constituent en effet la trame de ce Midnight Rider qui finalement sort en single en mars 1971 et devient l’un des moments forts des concerts du groupe. Une autre version, plus cool, du Chevalier de Minuit parait sur le premier album solo de Gregg Allman: Laid Back. En 2013, le titre est utilisé par la société Geico dans une publicité pour leur assurance moto. Le spot, intitulé Money Man, met en scène un motard qui roule en semant des billets de banque. Ceux qui connaissent le groupe s’insurgent contre une faute de goût manifeste: ″Les auteurs de cette publicité ont visiblement oublié que deux des membres des Allman Brothers (Duane Allman et Berry Oakley – NDLR) ont péri dans des accidents de moto. Ils auraient mieux fait de dire: Vous ne savez jamais si votre virée nocturne va se terminer tragiquement. Parlez en donc aux Allman Brothers!

Midnight Rider. Paroles (extrait traduit) …Ok, je dois partir pour ne pas avoir à me cacher. Me voilà obligé de fuir. Je n’ai qu’un dollar en poche mais je ne vais pas les laisser m’attraper. La route défile, je ne possède même pas les vêtements que je porte et je ne me soucie guère de pouvoir trouver un vieux lit à partager. Non, ils n’auront pas le Chevalier de Minuit..!

Patrick BETAILLE, juillet 2021

Orianthi Panagaris – This Is It!

Grâce à son père lui-même guitariste Orianthi Panagaris apprend à jouer de la guitare acoustique à six ans puis de la guitare électrique à dix ans. À partir de 14 ans, elle joue dans plusieurs groupes différents en Angleterre et en France. Elle quitte l’école à 15 ans pour se consacrer à la composition et à la scène. Son premier show a lieu en présence de Steve Vai et un peu plus tard elle a l’occasion de rejoindre sur scène Carlos Santana, Prince ou encore Eric Clapton, ce qui lui vaut le privilège de figurer en bonne place au panthéon des douze meilleures guitaristes électriques féminines. En 2009 elle est sollicitée par Michael Jackson. Elle raconte: ″À l’époque j’étais en train de terminer mon disque quand j’ai reçu un message qui disait:  Hey, Michael Jackson a besoin d’un guitariste, tu es exactement ce qu’il cherche. C’était signé: Michael Jackson et Michael Bearden (le directeur musical de Jackson)″. Orianthi sera ainsi présente sur toutes les répétitions de la tournée This Is It qui sera annulée et pour cause: Jackson décède en juin 2009. Fin août 2011, Boulot à temps plein pour Orianthi. Alice Cooper annonce son arrivée dans son groupe en remplacement de Damon Johnson parti rejoindre Thin Lizzy. Leur collaboration scénique durera jusqu’an 2014, année au cours de laquelle la guitariste australienne sera remplacée par Nita Strauss.

Patrick BETAILLE, juillet 2021

 

 

Val Shively – The Emperor of Oldies

Depuis son enfance, Val Shively n’a qu’une obsession: les disques en général, les 45 tours en particulier et plus précisément ceux des groupes de Doo Wop des années 50 et 60. ″Je n’avais pas de copines, je n’ai pas assisté au bal de promo de mon lycée ni à toutes ces conneries″, déclarait t’il dans une interview. À la fin de sa scolarité son seul but était de se trouver des petits boulots afin de pouvoir assouvir sa passion. Ce doux dingue a ainsi passé sa vie à accumuler, à répertorier et à vendre des vinyles; au point que Rolling Stone l’a couronné ″The Emperor of Oldies″. Après plusieurs déménagements, Val détient aujourd’hui probablement la plus incroyable boutique de disques du monde. C’est dans la banlieue de Philadelphie et ça s’appelle R&B Records. Sur trois étages, dans un foutoir sans nom se côtoient 5 millions de références dont 4 de vieux singles de R&B, de soul et de funk, pour la plupart provenant d’anciens fournisseurs de juke-boxes, de stations de radio et de reliquats de distributeurs. Hors de question de pénétrer en ses lieux sans avoir une idée précise de la pièce recherchée et d’annoncer la couleur. Simple curieux, vous vous voilà prévenus! Idem pour les chouraveurs: un squelette suspendu au plafond menace: ″Voici ce qu’il reste du gars que j’ai chopé en train de chourer″. Ou encore: « Les intrus seront flingués, les survivants poursuivis!« . À 77 ans, Val Shively est finalement tout aussi célèbre pour ses frasques et sa personnalité que pour son immense collection.

Patrick BETAILLE, juin 2021

 

Stephen Fears – High Fidelity

Dans un quartier pauvre de Chicago, Rob Gordon tient une boutique de disques fréquentée par des amateurs de vinyles rares des 60’s & 70’s. L’essentiel de son existence tourne autour de la musique pop dans laquelle il puise l’énergie nécessaire à la gestion d’un quotidien pour le moins erratique. Interprété par John Cusack, Rob est plutôt du genre ado attardé, perturbé et instable. Il a abandonné ses études et gère tant bien que mal son antre fréquentée par des collectionneurs compulsifs en quête de galettes ésotériques. Pour l’aider, Dick et Barry (Jack Black), deux vendeurs quelque peu débiles mais incollables en musique. Vient le temps de la rupture. Laura (Iben Hjejle) annonce à Rob qu’elle le quitte. Abasourdi et désormais seul, il décide de retrouver ses ex – dont une certaine Charlie jouée par Catherine Zeta-Jones – pour comprendre les raisons de ces échecs amoureux à répétition. S’en suit une comédie (romantique?) tonique, sympathique et sans prétention sur les aléas des peines de cœur. Stephen Frears, comme comme à son habitude, peint des marginaux avec cruauté et affection. Ils sont drôles, inquiétants, survoltés, angoissés, hors normes et leurs tribulations sont accompagnées d’une bande son jouissive (Dylan, Stevie Wonder, Velvet Underground, Love, 13th Elevator, Stereolab, Kinks, Elvis Costello, etc. Tiré du roman de Nick Hornby et sorti en 2000, High Fidelity n’a que la prétention de faire passer un bon moment, il y parvient et c’est déjà pas si mal. À ranger pas trop loin de Good Morning England, The Commitments et The Blues Brothers.

Patrick BETAILLE, juin 2021