Jimi Hendrix – Fender Stratocaster: Izabella

© Photo: Steve Banks

 

Malgré les apparences, l’autodidacte Jim Marshall Hendrix n’est pas né avec une Fender Stratocaster dans les mains. Plusieurs six cordes (Gibson, Danelectro, Epiphone, Guild, etc) sont passées entre ses doigts avant qu’en 1964, au sein des Isley Brothers, il utilise une Fender Duo-Sonic. Quand il accompagne Little Richard au sein des Upsetters en 1965, son choix se porte une Fender Jazzman de 1959. C’est avec son groupe Jimmy James & The Blueflames qu’il joue pour la première fois sur une Stratocaster tout ce qu’il y a de plus standard. Sauf que! Étant gaucher et pour des raisons économiques, Jimi s’est contenté de retourner l’instrument pour droitiers et d’en inverser les cordes. C’est cette guitare qui est devenue par la suite une arme de révolution musicale massive, symbole de liberté incendiaire.
En mars 1967, au cours d’une prestation du Jimi Hendrix Experience au London Astoria, le gaucher de Seattle met le feu à sa Strat à la fin de l’interprétation de Fire. Ça ne s’invente pas! Deux mois plus tard il en immole une autre et la fracasse lors du Festival Pop de Monterey après avoir interprété une version longue de Wild Thing, donnant lieu à l’un des moments les plus mémorables de l’histoire du Rock. Le 18 mai 1968, autre prestation brûlante sur la scène du Miami Pop Festival. l’histoire raconte qu’un roadie récupéra l’instrument cramé à l’essence de briquet et la donna à Frank Zappa. Corps partiellement calciné, manche brisé, micros et  pickguard fondus. Après restauration par un luthier, le Dali du rock joua de cette guitare pendant quelques années, notamment lors de l’enregistrement de son album Zoot Allures, sorti en 1976.
Légendaire également la prestation de Band of Gypsys à Woodstock en août 1969. Hendrix jouait sur une Stratocaster Olympic White de 1968 surnommée ″ Izabella ″ et avec laquelle il parodia l’hymne américain: The Star-Spangled Banner. Pas de casse ni de flammes cette fois mais profusion de larsens et de distorsions pour imiter le bruit des bombes au napalm déversées par les USA sur le Vietnam.
Aujourd’hui, cette guitare emblématique est à Seattle, dans le Museum of Pop Culture financé par Paul Allen (1953-2018). En 1993, ce milliardaire américain co-fondateur de Microsoft, mais aussi passionné de musique en général et de Jimi Hendrix en particulier, a déboursé 2 millions de dollars pour acquérir et exposer la Stratocaster blanche dans le temple du rock.

 

Joe Bonamassa – B.B. King’s Blues Summit 100

 

 

Joe Bonamassa n’a que 11 ans lorsque B.B. King l’invite à monter sur scène en première partie de l’un de ses concerts new-yorkais. C’est probablement cet événement qui a jeté les base d’une relation toute particulière entre le jeune prodige et le blues de Riley Ben King.
B.B. King s’est éteint en 2015, laissant derrière lui une œuvre considérable au travers d’une cinquantaine d’albums et des décennies passées à parcourir le monde pour faire rayonner le blues. Un parcours qui trouve aujourd’hui son aboutissement avec B.B. King’s Blues Summit 100, un album ambitieux qui marque ce qui aurait été le centenaire de la naissance du bluesman.
À l’initiative de Joe Bonamassa, cet album est le fruit d’un processus de création réunissant un panel d’une trentaine de participants parmi lesquels figurent Buddy Guy, Keb’ Mo’, Slash, Christone Ingram, Eric Clapton, Larkin Poe, Jimmie Vaughan, Warren Haynes, Derek Trucks, Kenny Wayne Shepherd, Joanne Shaw Taylor et Bobby Rush, entre autres. Chaque artiste s’est approprié le morceau qui résonnait en lui pour l’interpréter librement au travers de son propre style. Plus qu’un hommage, les 32 titres joués par le gratin du blues et du rock représentent la poursuite d’un engagement: que le blues reste vivant, gravé à jamais dans la mémoire collective! Comme le disait Buddy Guy, chaque guitariste porte en lui une part de BB King. Ce Blues Summit valide le bien fondé de la démarche de Bonamassa qui, en tant que producteur, s’est attaché à traiter les originaux en évitant l’écueil de la simple copie de reliques du passé. Naturel et spontané, l’ensemble dégouline d’autorité et de chaleur. Tout y est! Les voix sont habitées, les cordes redoutables, les cuivres somptueux et le tout est servi par des arrangements conçus dans le respect d’une époque au cours de laquelle la Musique avait encore une âme.

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The Sonic Youth – Sister

 

[Extrait]: Groupe américain originaire de New-York et fondé en 1981, The Sonic Youth est considéré comme l’une des figures majeures du rock alternatif. Sur la pochette de leur cinquième album – Sister, paru en 1987 – figure en haut à gauche une photo ainsi créditée :  » Sandra Bennett, twelve years old, Rocky Ford, Colorado, August 23, 1980 « …
Le cliché a été utilisé sans l’autorisation de son auteur. Face aux menaces de poursuites de la part du photographe Richard Avedon, l’artwork est modifié. Dans un premier temps, l’image toujours présente est simplement couverte par un sticker. Pour les éditions suivantes, le sujet sera remplacé par un rectangle noir, imprimé cette fois. Redoutant d’autres tracasseries, la maison de disques Geffen Records utilisera un code-barres pour masquer la représentation du Disney’s Magic Kingdom figurant au dos de l’album.


L’intégralité de la chronique est à retrouver dans le livre:

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Angus Young – Gibson SG Standard

© Photo: Rick Diamond/Mixdown Magazine

 

En tant que lead guitarist au sein d’AC/DC, Angus Young possède un belle collection de guitares parmi lesquelles des Gibson Firebird et ES 335. Cela dit, sur scène, l’éternel écolier affiche une fidélité quasi exclusive à la Gibson SG Standard. La toute première, il l’a acquise d’occasion en 1970; c’était ce modèle de 1968 qui est devenu son instrument de prédilection depuis la formation du groupe en 1973. Sur cette six cordes équipée d’un vibrato Lyre, Angus aimait particulièrement la légèreté favorable à son jeu nerveux, le son métallique des micros Gibson et surtout, le manche ultra fin bien adapté à ses petites mains. Même si par la suite beaucoup d’autres ″ Solid Guitar ″ – y compris celles fabriquées sur mesure ou modifiées – sont passées entre ses mains, l’originelle reste sa préférée et il en joue encore comme à l’époque de Let There Be Rock.

 

Bo Diddley – Gretsch: Twang Machine

© Photo: Alice S. Hall-NBCU Photo Bank

 

Grâce à ses compositions, à son jeu hypnotique et aux instruments qu’il utilisait, Ellas McDaniel fut un pionnier à bien des égards. Son style influent a contribué à fusionner le rock and roll et le blues, un croisement qui a jeté les bases d’un classic rock toujours d’actualité. Originaire du Mississippi le guitariste se fait remarquer en jouant sur des guitares rectangulaires qu’il fabrique lui même et qu’il n’aura de cesse de faire évoluer tout au long de sa carrière. Sa formation de luthier l’amena en 1954 à concevoir son premier modèle inspiré des Cigar Box à partir de matériaux de récupération, notamment le micro d’un vieux phono Victrola.
En 1958, le succès grandissant et après avoir construit plus de vingt guitares, Bo Diddley fait appel à Gretsch pour que soit élaborée une six cordes électrique sur mesure. Cette collaboration entre le musicien et les techniciens de la marque aboutit à la création de The Twang Machine.
Plus tard, il fera réaliser d’autres instruments de forme similaire personnalisés par différents fabricants. Ainsi, en 1978, lors d’une tournée en Australie, Bo s’adresse au luthier et concepteur de micros Chris Kinnman et lui demande de lui fabriquer un modèle intégrant des effets rhythmiques. Cette nouvelle version, toujours rectangulaire et réalisée en acajou du Honduras, dispose désormais d’une série de potentiomètres destinés aux réglages, ainsi que d’un équaliseur et d’un capteur MIDI. Jusqu’à sa mort en 2008, cette dernière version de la Twang machine accompagnera très souvent le créateur du ″ Diddley Beat ″. 

 

 

The Zac Schulze Gang – Straight To It

 

Voici un power trio britannique qui, incessamment, sous peu et peut-être même avant, risque de faire parler de lui. Originaire de Gillingham dans le Kent, The Zac Schulze Gang débarque avec un album prometteur. Coup de maitre pour Ruf Records qui a signé le groupe en publiant un  Straight To It au titre approprié. Accompagné par son frère Ben à la batterie et Ant Greenwell à la basse, Zac Schulze va droit au but et livre un rock’n’roll teinté de blues qui vous prend à la gorge. 11 titres balancés avec une précision redoutable et une énergie brute qu’électrise une production sans fioritures. De la force communicative de The Rocker à l’intensité explosive de High Roller, l’album vibre d’une alchimie unique. Derrière cette puissance se cachent pourtant des nuances. Des morceaux comme Angeline et Betterland apportent une touche power-pop, prouvant que mélodie et fougue peuvent parfaitement coexister. Quelques invités: Nigel Feist et son harmonica rageur sur I Won’t Do This Anymore ou High Roller et Lee Wilson à l’orgue Hammond sur Turning To Stone et la ballade Things Change.
Avant d’en arriver là, à l’heure de The Voice et de l’IA, le trio a arpenté avec succès des scènes aussi prestigieuses que le Rory Gallagher Tribute Festival de Ballyshannon, l’édition 2023 du Crossroads Festival parrainé par Clapton et fait les premières parties de Samantha Fish et Nine Below Zero. Finalement, en 2024, ils ont remporté le prix du meilleur groupe aux UK Blues Awards et celui de artiste de l’Année en 2025.


Ceci expliquant cela, ces lascars au blase improbable signent avec Straight To It un imparable premier LP fougueux, précis et résolument tourné vers un avenir sans ces branleurs d’Oasis et c’est tant mieux!


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 Emile Frandsen – Layla

©  Émile Théodore Frandsen

 

À la fin de sa vie, l’artiste franco-danois Émile Frandsen réside dans le sud de la France. Il meurt en 1969 à Valbonne, laissant derrière lui 500 toiles peu connues, sauf une: La Fille au bouquet. Son fils né d’une seconde union mais non reconnu, offrit un an après la mort du peintre ce tableau à un certain Eric Clapton alors en goguette sur la Côte d’Azur. Le leader de Derek and the Dominos tombe littéralement sous le charme de cette représentation de la femme qui pour lui symbolise celle dont il est tombé éperdument amoureux: Pattie Boyd, l’épouse de George Harrison. Ni une, ni deux, le tableau est reproduit sur la pochette de l’album Layla and Other Assorted Love Songs, produit en 1970 par Polydor.
Pendant 40 ans, les ayants droit n’ont jamais trouvé à redire quant à l’exploitation du travail de leur père. En 2011 cependant, un coffret célébrant le quarantième anniversaire du disque accompagné de goodies voit le jour et déclenche de la part des héritiers légitimes une cascade de procédures judiciaires au titre du droit patrimonial et de l’exploitation abusive de l’image. Procès, appels, cassation, finalement, en 2018 la justice tranche en faveur d’Eric Clapton et de Polydor.
En 2024, Pattie Boyd, unique propriétaire de l’œuvre originale depuis son divorce d’avec Slowhand, décide de vendre le portrait qui sera adjugé aux enchères 2,3 millions d’euros. Un joli bouquet!


D’autres chroniques à retrouver dans le livre:

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Ana Popovic – Dance to the Rhythm

 

 

Comme sur le précédent Power, on retrouve tout ce qui fait le style et la personnalité de Ana Popovic. Que ce soit dans le chant où elle ne manque ni d’assurance, ni de subtilité, ou dans son jeu à la technique infaillible, la guitariste reste à la hauteur de sa réputation. Exaltée comme jamais, elle aborde avec Dance To The Rhythm un registre essentiellement Soul et Funk. Elle est accompagnée d’un groupe qui évolue à la manière d’un big band dirigé par son ami, co-auteur et bassiste Buthel Burns. Enveloppée de chœurs envoûtants, dynamisée par une section cuivre torride, Ana fait preuve de classe et de grâce en évoluant dans un registre auquel elle ne nous avait pas forcément habitués et elle est musicalement irrésistible (physiquement aussi d’ailleurs!). Groove vitaminé et production léchée sont de mise sur les 10 titres d’une fluidité remarquable, parfois baignés d’influences jazz (Worked Up), blues (Dwell On The Feelin), R’n’B (Hurt So Good), funky (She Nuf) ou caribéennes (Soulution). Il y a beaucoup de technique dans les parties guitares. Beaucoup de feeling aussi, que ce soit en rhythmique ou en solo. Les incursions acoustiques (Hurt so Good) ou l’utilisation de la Cry Baby Wah (Sisters and Brothers) sont brillantes.
Et puis il y a 50 Ways To Leave Your Lover, une reprise de Paul Simon au chœurs très soul nappés de claviers et cuivres auxquels n’avait pas pensé Michel Delpech. Dire que Dance To The Rhythm porte bien son nom serait un doux euphémisme tant il est jubilatoire!
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Chris Rea – Fender Stratocaster: Pinky

© Photo: Andrzej Barabasz – Wikimedia Commons

 

Même si au cours des dernières années Chris Rea (1951-2025) a principalement utilisé des Italia et des Fender Squier, la Fender Stratocaster a toujours été son instrument de prédilection. Depuis le début de sa carrière c’est avec un modèle de 1962 qu’on le voyait le plus souvent jouer. À l’origine, cette guitare avait une finition rouge bonbon. Lors d’une inondation, elle a viré au rose après trois semaines d’immersion dans un sous-sol.
La guitare a survécu et c’est sous le nom de ″ Pinky ″ qu’elle a souvent accompagné le maître de la slide. Outre le porte-plectre présent sur toutes les guitares de Chris, la table est ornée de quelques autocollants. Sur le devant, Formentera, la plus petite des iles Baléares où le musicien avait l’habitude de passer ses vacances et celui du Club Lotus 7 et, à l’arrière, un sticker Ferrari/J. Alesi témoignant de la passion de son propriétaire pour les voitures.

Gluecifer – Same Drug New High

 

Les frimats sont là mais la vague de chaleur en provenance du nord de l’Europe, elle, persiste. Après le Kickstarter des suédois de Bullet, leurs voisins norvégiens de Gluecifer reviennent avec le baume réparateur pour lèvres gercées et mains abimées par la rigueur des températures hivernales. Entre 1994 et 2005 les gars d’Oslo ont occupé une place privilégiée au sein du heavy rock scandinave. Split, reformation en 2017 avec un nouveau line up mais depuis l’album Atomic Thrill paru en 2004,  ingenting, nothing, nada, nichts, que dale!
Le titre de ce nouvel album, le sixième, annonce la couleur: même médoc, nouveaux effets. Le groupe reprend les assauts sonores dont il avait le secret avec onze brûlots insolents et accrocheurs. Du furieux The Idiot à l’équilibre instable de On the Wire aucun temps mort avec au passage un clin d’œil à AC/DC (Made in the Morning) et une main tendue au punk rock avec Armadas et 1996. Fusion électrisante de rock, de punk et de glam, Same Drug, New High reste un hommage en toute simplicité à l’efficacité d’un rock euphorique et le signe annonciateur du retour de Gluecifer au sommet avec une signature sonore brute et incisive.
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