Joel Brodsky – Doors: Strange Days

Joel Brodsky Doors Strange DaysComme beaucoup d’autres, les pochettes des albums des Doors n’ont généralement rien de transcendant. A une exception près, celle de Strange Days. Ce Cover Art est l’oeuvre de Joel Brodsky, photographe américain auteur de plus de 400 pochettes d’albums devenu célèbre pour sa photo de Jim Morrison torse nu, les bras en croix. Le visuel du deuxième album de la bande au poète maudit ne tombe pas dans la facilité et pour cause. En effet, au cours d’une des crises dont il était coutumier, Morrison refuse de se prêter à la séance photo sensée servir de base à l’édition de l’album à paraître fin 1967. Qu’à cela ne tienne! Au retour d’un repérage, Brosky, s’inspirant du film La Strada de Federico Fellini, propose de faire un cliché d’un groupe de saltimbanques dans les rues de New York City. Pour ce faire, deux acteurs sont embauchés: les nains jumeaux que l’on voit au recto et au verso. Le jongleur lui est l’un des assistants du photographe, le géant un portier de club et le trompettiste un taxi driver recruté sur place. Une fois réunie, la petite troupe est amenée sur les lieux du shooting dans l’Est de Manhattan: une ruelle du nom de: Sniffen Court. Mise en scène impeccable, on y croit! Les deux photos qui auraient mérité n’en faire qu’une au montage donnent vraiment l’impression d’avoir été prises sur le vif. L’ambiance mélodramatique associée à une incongrue étrangeté des lieux et des personnages colle parfaitement à la musique du groupe. Pour parfaire le décor et afin d’identifier clairement l’album, des posters des musiciens ont été collé sur les murs de l’impasse: il s’agit d’un tirage qui figurait au verso du premier opus éponyme des Doors.

Patrick BETAILLE, août 2019

La Cène – The Last Rock Supper

De gauche à droite: Bob Marley, Freddie Mercury, James Brown, Johnny Cash, Sid Vicious,  Janis Joplin, Elvis Presley, John Lennon, Kurt Cobain, Jim Morrison, Jimi Hendrix, Jerry Garcia et Frank Zappa.
Last Rock Supper
De par leur notoriété, certaines œuvres de la culture occidentale font régulièrement l’objet de reprises constantes dans la culture contemporaine, notamment au travers de copies, parodies, mises en scène et autres détournements. C’est le cas de La Cène peinte par Léonard de Vinci en 1495-1497. Dans cette interprétation pour le moins inattendue on retrouve le gotha de célébrités aujourd’hui disparues après avoir écrit quelques unes des plus belles pages de l’histoire du Rock. Personnage principal, c’est bien sûr le King Elvis qui préside ici The Last Rock Supper. L’on peut noter aussi que le rôle de Judas est tenu par Johnny Cash et que l’apôtre Pierre se retrouve dans la peau de Sid Vicious. Marie Madeleine, elle, devient hilare sous les traits d’une Janis Joplin probablement bourrée. En bout de table siège Simon, le comique de circonstance qui se retrouve sublimé en Frank Zappa à poil sur une cuvette de WC. A noter également les murs tapissés d’affiches de concerts de Muddy Waters, Jefferson Airplane et Grateful Dead. ″Mais alors nom de Dieu de bordel de merde!! Y’a donc rien de sacré pour vous!?!″ (Hamster Jovial).

Patrick BETAILLE, août 2019

Sophie Rosemont – Girls Rock

Les filles du RockEn 1922, c’est une femme, Trixie Smith, qui utilise pour la première fois le vocabulaire du rock dans sa chanson: My man Rocks me with one steady Roll″.(NdT: Mon mec me culbute vigoureusement). La Musique, Sophie Rosemont, journaliste aux InRocks et à Rolling Stone, elle connait! Depuis de nombreuses années elle grenouille dans le monde du Rock et elle a eu la chance de pouvoir rencontrer, côtoyer et interviewer bon nombre de représentants d’un genre qui le plus souvent se définit au masculin. En effet, quand on parle de légendes, généralement c’est de mecs dont il s’agit. Quand ça et là sont évoquées des Yoko Ono ou des Courtney Love, c’est en tant que ″femme de″ et ″copine de″. Quand sont retracés les parcours de Janis Joplin ou Amy Winehouse c’est au travers de la vision étriquée de leur penchant pour la bouteille. Ces figures mythiques ne sont que très rarement considérées pour ce qu’elles représentent en tant que valeur artistique, apport culturel ou influence. Girls Rock avec ses 350 pages s’attarde sur quelques 140 musiciennes qui au travers de leurs œuvres et de leurs talents ont largement contribué à l’édification du temple dédié à la musique populaire. Certes toutes n’y sont pas mais Rosetta Tharpe, P.J Harvey, Aretha Franklin, Patti Smith, Kate Bush, Cat Power, Poly Styrène, Nico et toutes les autres sont ici invitées. Histoire, style, engagement, rumeurs et discographie sont abordés au travers de bios, d’anecdotes et de témoignages qui soulignent l’importance de la Girl Power. Même sur fond de machisme et de discrimination, plus qu’un livre connement féministe, Girls Rock doit être considéré comme un document partial mais indispensable qui met au placard les groupies peroxydées pour rendre justice à ces oubliées du collectif musical. ″Les femmes ont des couilles. Elles sont juste un peu plus haut placées, voilà tout![Joan Jett].

Patrick BETAILLE, juillet 2019

Manuel Litran – La Route des Vacances

Photo Manuel LitranLa photo date de juillet 1980. C’est Manuel Litran, photographe pour Paris-Match, qui, à sa manière, témoigne contre l’une des conséquences des exactions à mettre au crédit de la connerie humaine. Le mignon petit chiot pelucheux a grandi, grossi, il prend de la place, il n’amuse ni n’attendrit plus personne et demande à ceux qui ont désormais ″autre chose à faire″ de lui accorder un peu d’attention. Vient le temps des vacances. Que faire de cet encombrant qui n’a plus de ″compagnon″ que le nom? Rocky va de fait rejoindre ses 139 congénères qui gisent sur l’asphalte. Ils ont été abandonnés par leurs propriétaires et la SPA ne peut répondre à l’ampleur du désastre que par l’euthanasie. Voilà pour la triste histoire de ce cliché douloureusement révélateur. Depuis cette époque, la SPA ne procède plus à ces éliminations massives. ″Nous n’euthanasions pas par facilité ou pour des raisons de quotas… Nous faisons euthanasier par des vétérinaires uniquement pour raisons de santé, de souffrance extrême ou de dangerosité…Mais aujourd’hui encore et chaque année 100.000 animaux de compagnie sont lâchement abandonnés. Parmi eux 60.000 le sont en été, période durant laquelle monsieur, madame et leur progéniture éprouvent un irrépressible besoin de liberté en nus-pieds à scratch et lumières clignotantes. Reste que le désastre en question est globalement passé sous silence par des médias qui préfèrent nous abreuver jusqu’à plus soif – l’expression est de circonstance – d’allégations étriquées et de reportages lénifiants à propos de la canicule du moment. ″Raymonde branche le ventilo et passe moi une aut’ bière! Faut boire frais, l’ont dit à la télé″!

Patrick BETAILLE, juillet 2019

 

Death NYC – Death is Free

Street Art Death NYC Don'tVéritable révélation dans le monde du Street Art, Death NYC exerce son talent sur les murs de la Big Apple. Sous ce pseudo se cache une artiste qui, à l’instar d’un Bansky, a choisi de rester anonyme afin de pouvoir travailler sans contraintes. Bien qu’il prête à confusion, le terme DEATH est en fait un acronyme qui signifie ″Don’t Easily Abandon The Hope″ (N’abandonne pas l’espoir facilement). A ses débuts, Death peignait sur les murs et les sols de magasins de Soho et Chelsea. Aujourd’hui son travail, essentiellement basé sur le détournement des images et symboles de la culture populaire, s’affiche un peu partout dans New York. Au détour des rues on peut ainsi croiser Kate Moss, Mao, Obama ou une Marylin Monroe au rouge à lèvres dégoulinant affublée d’un nœud rouge dans les cheveux et brandissant un spray de Jack Daniel’s. Imprégnées de Pop Art, souvent humoristiques ou empreintes de dérision, les œuvres de Death NYC sont parfois sombres mais elles restent esthétiquement épurées et percutantes. ″Pourquoi je pratique le Street Art? Parce ce que dehors tout semble plus beau!″, c’est ce que déclare la Street Artiste sur son site.

Patrick BETAILLE, juillet 2019

Carole Épinette – Rock Fictions

Photos Rock Carole EpinetteCarole Épinette est une photographe reconnue et appréciée notamment sur les pages du Monde, de Libération ou encore de Rolling Stone et Rock & Folk. Pour Rock fictions publié en 2018 au Cherche-Midi elle nous offre en noir et blanc de magnifiques clichés d’artistes shootés sur le vif. Au travers d’une quarantaine d’images puissantes, AC/DC, Sex Pistols, Bashung, Arthur H, Metallica, Motörhead, James Brown et bien d’autres trônent en bonne place dans cet ouvrage de 150 pages. Alors, 40 photos pour 150 pages, le compte n’y est pas me direz vous! Eh bien c’est là que réside toute l’originalité du concept et, quelque part, l’aspect littéraire du projet. Des écrivains, des poètes et des journalistes ont choisi une photographie qui les touchait et ont donné libre cours à leur imagination. Parmi les 21 auteurs, Amélie Nothomb, Gilles Marchand, Bernard Minier, Thomas VDB et Jérôme Attal se sont prêtés au jeu. Nouvelles sombres, récits lumineux, divagations imaginaires, et parfois même déclaration d’amour à un groupe. C’est notamment le cas pour Jean Luc Bizien qui déclare à propos de Motörhead: ″L’univers se divise en deux catégories, ceux qui ont vu Motörhead en Live… et ceux qui n’ont pas cette chance… Aller à un concert de Motörhead, ce n’était pas assister à un concert de Rock. C’était vivre une expérience Métaphysique″. Rock Fictions parvient à réunir magie des mots et puissance de la photo avec pour fil conducteur l’amour du Rock!

Patrick BETAILLE, juillet 2019

Buck Uzzel – Woodstock

Buck Uzzel: Nick & Bobbi ErcolineDu 15 au 17 août 1969, avait lieu le Festival de Woodstock, événement musical par excellence devenu la représentation emblématique de la culture hippie alors à son apogée. Organisé à Bethel dans l’État de New York et sur les 800 hectares des terres du fermier Max Yasgur, ce rassemblement a accueilli un demi million de spectateurs venus assister aux prestations de quelques 32 groupes ou artistes folk, rock, soul et blues. 50 ans donc qu’a eu lieu l’un des plus grands moments qui ont changé l’histoire de la musique populaire. De toutes les photos prises durant cette célébration du ″Peace and Love″ il en est une qui d’emblée s’est installée définitivement aux tréfonds de la mémoire collective pour la bonne et simple raison que c’est celle qui a été choisie pour illustrer la jaquette du triple album Woodstock: Music from the Original Soundtrack and More et l’affiche du film Woodstock de Michael Wadleigh. Buck Uzzel, l’un des photographes officiels présents sur les lieux, a immortalisé un jeune couple debout et enlacé sous une couverture improbable, au beau milieu d’une marée humaine couchée à même le sol boueux. Nick Ercoline et Bobbi Kelly ont à peine 20 ans à l’époque, se fréquentent depuis quelques mois seulement et décident de passer outre les recommandations de l’organisation en se rendant sur les lieux. Il leur faudra six heures pour parcourir 90 km en voiture et feront les derniers huit kilomètres à pied pour se retrouver si loin de la scène qu’ils n’ont rien vu du concert. ″Le vrai spectacle était sous nos yeux, tantôt un groupe improvisait un barbecue, parfois un couple faisait l’amour, d’autres chantaient, ou dansaient. Woodstock, c’était des moments volés d’intimité partagée. Le tout sans aucune violence, malgré des conditions frôlant le désastre″. 50 ans après Nick et Bobbi sont toujours ensemble. Mariés en 1971, Monsieur et Madame Ercoline ont eu deux enfants, deux fils, et coulent des jours heureux à 70 km de Bethel Woods, l’endroit où pendant ces trois jours de 1969 Musique, Amour et Paix unissaient toute un génération.

Patrick BETAILLE, juin 2019

Ken Kelly – Rainbow Rising

Rainbow RisingAu printemps 1975, Ritchie Blackmore, ténébreux pourvoyeur de riffs plombés devant l’éternel, quitte Deep Purple pour former son propre groupe. Depuis quelques mois déjà, il s’est acoquiné avec les musiciens du groupe Elf qui assure les premières parties des concerts du Pourpre. A l’exception de Ronnie James Dio, lutin hirsute aux cordes vocales surdimensionnées, les musiciens quittent la formation peu après la parution d’un premier essai quelque peu pompeux, Ritchie Blackmore’s Rainbow. Arrivent alors Tony Carey aux claviers, Jimmy Bain à la basse et Cozy Powell à la batterie. Tout ce beau monde entre en studio et, sous la houlette de Martin Birch, enregistre en 1976 et avec la contribution de l’Orchestre Philharmonique de Munich ce qui deviendra LA référence du Hard Rock mélodique: Rising. ″Tarot Woman″, une longue intro aux synthés, suivie par une guitare galopante vite rejointe par une section rythmique dominée par la frappe lourde de Powell. Le décor est planté. Avec son timbre à la fois puissant et lyrique, et surtout cette aisance pour atteindre les notes hautes, la voix prend alors une ampleur inégalable. D’emblée on pénètre dans un monde féerique, celui qu’affectionne le regretté Ronnie James Dio, auteur de tous les textes et co-signataire de toutes les musiques. L’album culmine avec en face B deux titres très énervés de plus de 8 minutes chacun, modèles du genre. ″Stargazer″ tout d’abordun véritable joyau dans lequel Dio donne toute la mesure de son talent et Blackmore assure une prestation immense avec un solo mémorable. ″A Light In The Black″ enfin, morceau d’anthologie, encore un, le summum étant atteint avec un duel guitare/synthé éblouissant au cours duquel Powell martyrise sa double batterie comme il a rarement eu l’occasion de le faire, avant ou après. Imparable! Mais le premier contact avec ce monument a lieu via la pochette signée Ken Kelly, connu pour ses illustrations de Conan le Barbare, Tarzan, Vampirella mais aussi au travers de son travail pour Manowar, Kiss et Ace Frehley. Dans le plus pur style de l’Heroïc Fantasy, l’artiste marque les esprits avec cette main gigantesque émergeant des profondeurs d’un océan tempétueux pour saisir un arc-en-ciel (Rainbow). En 1981 Rising a été élu par le magazine Kerrang meilleur album de Heavy Metal de tous les temps.

Patrick BETAILLE, juin 2019

Félix Meynet – Pin Up savoyardes

Pin Up Félix meynetAncien moniteur de ski, Félix Meynet est un auteur de bande dessinée originaire de Saint-Jeoire-en-Faucigny dans les Alpes de Haute-Savoie. De ses alpages favoris, le dessinateur croque des blondes, des rousses ou des brunes, toutes plus mignonnes les unes que les autres. Il a entre autres notamment créé la série Fanfoué des Pnottas dans laquelle sévit un montagnard à l’oeil égrillard qui ne se prive pas de tourner en ridicule les touristes, mais aussi les gens du cru. ″Dieu, les femmes et la fondue″, ″Gentiane et petites Pépées″, ″Fondues Déchaînées″, Le Reblochon qui tue″, etc, racontent ainsi les facéties que le vieux Fanfoué (François en français) partage avec ses jolies amies joyeuses, sexy et désirables à souhait. Et puis dans Double Mil y a Mirabelle, une belle parisienne dans le rôle d’une journaliste insuportable. La belle aventurière frivole s’affiche dans tenues élégantes, légères et sexy, tendance sixties. Après les lingeries fines, les porte-jarretelles soyeux et les soutien-gorge pigeonnants, vient le temps des Éternels. Dans cette série qui mêle action, espionnage et romance, Félix Meynet nous initie aux plaisirs du cuir et du latex dont il affuble ses héroïnes Mira et Uma, deux sœurs jumelles nées sous le signe du… Polar!

Patrick BETAILLE, juin 2019

Gennadiy Koufay – Canicule

Gennadiy Koufay Pin-UpNé en 1961, d’origine russe, Gennadiy Koufay est très tôt encouragé par son père, ingénieur, à réaliser des dessins à connotation technique. Très vite le jeune homme va laisser de côté le dessin industriel pour s’orienter par goût vers une toute autre expression, beaucoup plus artistique. En 1973, il entre à l’Ecole des Arts de Sébastopol où il va développer de réels talents dans le domaine de la décoration. Après un début réussi dans la production théâtrale, Gennadiy est nommé décorateur en chef du théâtre de Sébastopol et parallèlement il parvient à acquérir une solide réputation dans l’univers de la mode et de la publicité. En décembre 1995, il s’installe à New York, puis un peu plus tarden Floride. Là, il travaille en tant qu’artiste indépendant et réalise plusieurs projets remarquables, notamment des œuvres décoratives pour le festival Fantasy Fest de Key West où glamour, Fantasy Art et Pin-Up sont à l’honneur. Dès lors, le peintre se consacre à ce qu’il a toujours voulu faire: célébrer la féminité. Bien que son travail, souvent assez suggestif, s’adresse à un public averti, Kouflay ne tombe jamais dans la vulgarité. Élégance et sensualité sont l’apanage de bon nombre d’acryliques, de dessins ou d’aquarelles qui traduisent un amour immodéré pour les courbes féminines. De Marylin, son idole, à Vampirella, l’ambiance torride générée par chaque toile est palpable; ce qui explique certainement pourquoi le premier volume consacré son travail est sous-titré ″Heatwave″. C’est moi ou il fait chaud là tout d’un coup?…

Patrick BETAILLE, mai 2019