Le lundi c’est permis – Pénombre

Charme du clair-obscurIl y a quelque chose de magique quand la lumière d’un clair-obscur met en valeur les surfaces qu’elle frappe en laissant dans l’ombre le superflu.

Patrick BETAILLE, décembre 2018

Klaus Voormann – le Revolver des Beatles

Klaus Voormann Revolver CoverSi Sgt. Peppers’, le White Album ou Abbey Road ont été longtemps ou toujours considérés en tant que grandes œuvres des Fab Four, il convient aujourd’hui de rendre justice à ce qui reste le vrai chambardement musical de leur prédécesseur. Revolver arrive durant l’été 1966 et avec lui la confirmation d’un changement radical  dans la façon d’aborder la Pop Music. Déjà avec Rubber Soul en 1965, les Beatles se livrent à quelques expérimentations sonores avec notamment l’apparition du sitar dans Norwegian wood ou du clavecin dans In My Life. C’en est fini des bluettes pour minettes pré-pubères et Revolver le confirme. Les Beatles sont en totale symbiose, bossent comme des dingues, font tomber les barrières et, sous acides, explorent de nouveaux horizons. Au sommet de leur art, John, Paul et George intellectualisent le propos, enrichissent les sonorités et produisent un fantastique kaléidoscope lyrique et musical qui culmine sur un Yellow Submarine déjanté, festif, saugrenu, et aussi psychédélique que le cover art de l’album. C’est Klaus Voormann qui conçoit la pochette avec un montage noir et blanc mélangeant dessin au trait et collage de photos des musiciens. Bassiste de son état, Voormann rejoint le groupe Manfred Mann de 1966 à 1969. Après la séparation des Beatles, il intègre le Plastic Ono Band de John Lennon et joue sur les albums respectifs de George Harrison et Ringo Starr. En tant qu’ illustrateur il travaillera également pour les Bee Gees, Spooky Tooth et plus récemment pour les norvégiens de Turbonegro.

Patrick BETAILLE, novembre 2018

Volkswagen – Quand t’es dans le désert!

Désert de Mojave, épaves WolkswagenDes milliers de voitures abandonnées dans le désert de Mojave aux Etats-Unis. C’est, selon le National Geographicla meilleure photographie de l’année. Pris d’avion par le Californien Jassen Todorov, le cliché montre des milliers de véhicules Volkswagen, Audi et Porsche stockés au beau milieu de l’immensité californienne. Ces voitures, épaves en devenir, sont le résultat du rappel massif des modèles fabriqués entre 2009 et 2015. L’ opération avait été causée par le scandale des révélations sur la fraude liée aux tests antipollution allemands. Le photographe, déclare avoir capturé cette scène baptisée ″Unreal » en espérant que les conséquences de ce Dieselgate puisse créer une prise de conscience sur la nécessité de préserver l’environnement.

Patrick BETAILLE, décembre 2018

Andy Morgan – Abcédaire Rock

L'ABCD du Rock Andy MorganFinies les aventures de Bébé Koala, P’tit Loup, T’choupi et autre Petit Ours Brun. Il est venu le temps de l’initiation aux vraies valeurs grâce aux illustrations de l’artiste Andy Morgan. Son abécédaire éducatif destinés aux enfants regroupe les stars iconiques de l’histoire du Rock. De A à Z, d’Alice Cooper à ZZ Top, les marmots pourront se familiariser avec Sprigsteen, Jagger, Bowie et les autres et acquérir ainsi la faculté de gueuler Rock’n’Roll bordel! Ce petit livre de 58 pages au format 158 x 158 mm x 26 mm est disponible pour 19.99€ chez The Andy Shop.

Patrick BETAILLE, décembre 2018

Gerald Scarfe – The Wall

Gerald Scarfe The Wall Cover ArtDessinateur et caricaturiste anglais, Gerald Scarfe est surtout connu pour avoir travaillé avec Pink Floyd sur le concept album, la scénographie des concerts et le film The Wall. C’est lui en effet qui a réalisé les dessins ayant servi de base au projet artistique du cover art de l’album et aux animations du long métrage. En tant que caricaturiste et illustrateur, Scarfe travaille surtout pour le New Yorker et le Sunday Times dont l’édition du 27 janvier 2013 lui valent quelques soucis de la part des organisations juives. En effet, là aussi de mur il est question. A l’époque le Sunday Times publie une caricature représentant le Premier Ministre israélien Benyamin Netanyahou construisant un mur avec le sang et le corps des Palestiniens et légendée: ″Élections israéliennes – Va-t-on continuer à cimenter la paix?″. A l’occasion l’artiste ne manque pas non plus de s’en prendre à Donald Trump à qui il voue une haine féroce, notamment quand il fait dire au Président des USA: ″We are going to make America Hate again″ (nous allons à nouveau faire haïr l’Amérique)!

Donald Trump by Gerald Scarfe

Patrick BETAILLE, novembre 2018

Billie Holiday – Strange Fruit

Strange FruitAccusés d’avoir volé et assassiné un ouvrier blanc et violé sa petite amie, Thomas Shipp et d’Abram Smith sont arrêtés et mis en prison à Marion dans l’Indiana. Le 7 août 1930, un groupe de personnes, femmes et enfants compris, pénètre par effraction dans la prison, sort les deux hommes et les roue sauvagement de coups avant de les pendre à un arbre en présence de policiers ayant participé au lynchage. Sur les lieux Lawrence H. Beitler, un photographe local, immortalise le drame. Ces deux corps inertes et sanguinolents, ces gens affreux, leurs sourires ignobles et leurs yeux gonflés par la haine témoignent de la violence et de l’horreur de l’événement. Pendant les dix jours qui suivent Beitler imprime et distribue des milliers d’exemplaires de son cliché mais malgré l’intervention de la représentation locale de la NAACP (une association nationale pour la défense des gens de couleur) et du procureur général de l’État, personne ne fut poursuivi par la justice pour les meurtres de Shipp et Smith. Extrêmement choqué par la photo, Abel Meeropol, un enseignant juif d’origine russe vivant dans le Bronx, écrit alors le poème Strange Fruit qu’il publie sous le pseudonyme de Lewis Allan. Ce réquisitoire poignant contre le lynchage, est repris en 1939 par la chanteuse afro-américaine Billie Holiday. ″Les arbres du Sud portent des fruits étranges qui les tachent de sang des feuilles à la racine. Des corps noirs qui se balancent sous le vent du Sud, les yeux exorbités, la bouche tordue et soudain, l’odeur de chair brûlée…Strange Fruit!

Pat Perna/Frédéric Coicault – Triumph Riders Club

BD Triumph Riders ClubQuestion bande dessinée humoristique consacrée aux trucs qui roulent, cet ancien journaliste n’en est pas à son coup d’essai. De 2005 à 2011 il publie avec Jenfèvre la série Tuning Maniacs. De 2007 à 2012 une collaboration avec Juan donne naissance à  Paddock et de 2008 à 2011 c’est Camping Globe Trotter Car avec Philippe Bercovici. Dans l’intervalle, en 2010 et toujours avec Jenfèvre, il prend les rênes du Joe Bar Team pour le tome 7. Revoici le scénariste Pat Perna, alias Patoche, avec une nouvelle série intitulée Triumph Riders Club et consacrée aux adeptes des machines de Hinckley. Dans le tome 1, Des Cylindres et des Hommes, c’est Frédéric Coicault qui met en images les aventures de doux dingues qui roulent en Bonneville, Thruxton, Tiger et autre Rocket III.

Robert Johnson & Tom Wilson – King of the Delta Blues Singers

Tom Wilson King of the Delta Blues Singers Vol IIMort dans des circonstances non élucidées, Robert Johnson a rejoint le Club 27 en 1938. La musique jouée par ce natif du Mississippi est bien loin des standards habituels. C’est un Blues sans fioritures aucune, juste quelques notes de guitare acoustique qui accompagnent une mélopée à la fois aiguë et éraillée. Surprenant à la première écoute, le style de l’interprète plonge l’auditeur dans l’ univers d’un Blues des origines qui clame les peines, les joies et les espoirs des esclaves noirs n’ayant pour horizon que les champs de coton du Delta. Pendant sa courte carrière Robert Johnson n’enregistre que 29 titres dont plusieurs furent repris plus tard et aujourd’hui encore par de nombreux interprètes. Parmi les plus célèbres, Cream, Led Zeppelin, The Blues Brothers, Eric Clapton, The Rolling Stones, etc… Keith Richards raconte d’ailleurs qu’en 1962, lorsqu’il entend pour la première fois un disque de Robert Johnson chez Brian Jones, il lui demande: ″Qui est-ce?″ Jones répond que c’est Robert Johnson, un obscur chanteur/guitariste de blues. Keith insiste : ″Ok! mais qui est cet autre type qui joue de la guitare avec lui ?″ Jones lui explique qu’il n’y a pas de second guitariste et que Johnson joue seul. Et Keith de s’exclamer: ″Wow! Ce type doit avoir deux cerveaux !″ Le travail du bluesman ayant été gravé à l’époque en 78 tours, il va sans dire que sa discographie se limite à des compilations techniquement remises au goût du jour et régulièrement rééditées. La totalité des témoignages musicaux récupérés depuis son décès sont disponibles sur double CD et coffret parus en 1990 et 1996: Robert Johnson – The Complete Recordings. Avant cela Columbia publie deux albums contenant 16 titres chacun: King of the Delta Blues Singers en 1961 et King of the Delta Blues Singers, Vol. IIen 1970. Cette dernière édition est tout à fait remarquable notamment par son covert art expressif. Figure au bas de l’image la mention: Robert Johnson first records in a makeshift studio in a San Antonio hotel room – November, 1936 (Premiers enregistrements de Robert Johnson en studio improvisé dans une chambre d’hotel à San Antonio en novembre 1936. NDLR). Le trait, les couleurs, le décor et les personnages traduisent à merveille l’ambiance des conditions spartiates des séances et la solitude de l’artiste qui joue face au mur. En un seul tableau l’auteur de cette oeuvre arrive à exprimer toute la profondeur et la désespérance de la Musique du Diable. Sur les annotations, ce travail exceptionnel est attribué à Tom Wilson. Malgré des recherches assidues, il semble impossible d’en savoir plus sur cet artiste et le seul moyen d’apprécier la splendeur de cette oeuvre dans son intégralité reste la juxtaposition du recto avec l’autre partie du dessin figurant à l’intérieur de la pochette. Dont acte!

Patrick BETAILLE, novembre 2018

Mike Doud – Physical Graffiti

Mike Doud Physical GraffitiAvant de réaliser en 1979 la pochette de l’album Breakfast in America de Supertramp, Mike Doud avait acquis ses lettres de noblesse grâce à sa contribution au cover art de Physical Graffiti, sixième opus de Led Zeppelin. En 1975en collaboration avec Peter Corriston, l’artiste conçoit une jaquette ludique représentant deux immeubles du New York’s East Village. Selon l’orientation donnée aux enveloppes intérieures du double album, des figurines apparaissent aux fenêtres découpées. Ainsi il est possible de voir passer Elizabeth Taylor, Cléopatre, Marcel Duchamp, Marlene Dietrich, Laurel & Hardy, Jerry Lee Lewis, King Kong, la Vierge Marie, ou encore le couronnement d’Elizabeth II ou le Magicien d’Oz. Peter Grant et les membres du Zep occupent aussi la place, sauf si l’on privilégie l’insert contenant les titres de l’album en lettres rouges. Evidemment, les éditions CD de Physical Graffiti nuisent grandement à la valeur artistique du visuel de l’album mais la version vinyle reste l’une des plus originales dans la discographie du dirigeable et en tous cas à l’époque la plus chère à mettre en oeuvre. L’immeuble quant à lui est toujours debout, il se situe à New York au 97 St Mark’s Place. On y va? Au sous sol il y a désormais un magasin de fringues qui a pour enseigne… Physical Graffiti!

Patrick BETAILLE, novembre 2018

 

Mike Doud – Breakfast in America

Mike Doud Breakfast in AmericaAu départ prévu pour s’intituler Working Title, puis Hello Stranger, le sixième album de Supertramp sort finalement en 1979 sous le nom de Breakfast in America. Malgré des différends personnels et musicaux de plus en plus lourds à gérer, Rick Davies et Roger Hodgson ont quand même trouvé un terrain d’entente quant à la trame du disque: Une critique de l’Amérique et du rêve américain (n’oublions pas qu’ils sont anglais!). C’est dans ce contexte que le designer Mike Doud conçoit avec humour et dérision le magnifique visuel de l’album. La pochette montre une vue de New York depuis le hublot d’un avion. La Statue de la Liberté est remplacée par Kate Murtagh habillée en serveuse rigolarde tenant un menu et un jus d’orange posé sur un plateau. A l’arrière plan, on distingue un Manhattan tout en pots de condiments, piles de tasses, soucoupes, nourriture, carafes, couverts et objets divers. Symboliquement la Grosse Pomme devient alors une vision cartoonesque d’une Amérique consumériste et superficielle. Grâce à des tubes tels que ″Take the long way home, ″Logical song, ″Goodbye strangeret bien sûrBreakfast in America, l’album rencontre dès sa sortie un énorme succès qui fera de lui l’ un des albums les plus vendus au monde.

Patrick BETAILLE, novembre 2018