Le Lundi c’est Permis – Saxo

Candy Dufler From Sreenshot Masterfunk on TV

[Emil Cioran, philosophe]: ″ À quoi bon fréquenter Platon, quand un saxophone peut aussi bien nous faire entrevoir un autre monde? –  Why would we get involved with Plato, when a saxophone can give us a glimpse of another world? ″.


Patrick BETAILLE, juillet 2023

Elvis Presley – That’s All Right

 

[Extrait]: Pas facile d’attirer l’attention d’un patron de maison de disques dont l’activité principale consiste à produire des musiciens de blues comme Howlin’ Wolf ou B.B. King et qui, de surcroît, déclare à qui veut l’entendre : ″ Si un jour, je trouve un blanc qui chante comme un noir alors je serai riche ! ″.

Après plusieurs tentatives infructueuses, le timide Elvis Presley parvient tout de même à se faire admettre dans l’antre de Sun Records et Sam Philipps consent enfin à donner une chance à Elvis et lui alloue les services du guitariste Scotty Moore et du contrebassiste Bill Black pour un essai dans ses locaux de Memphis. Peu enthousiasmé par ce qu’il entend (essentiellement des ballades country), Sam dresse pourtant l’oreille alors qu’il surprend les musiciens qui, au cours d’une pause, font les pitres en mettant à leur sauce un blues d’Arthur Crudup : That’s All Right (Mama)….

Accompagné de sa guitare, Elvis chante avec des intonations hillbilly et se déhanche en gesticulant sur un rythme soutenu. Le titre abrégé en That’s All Right est validé pour figurer en face A du 45 tours à venir. Pour la face B il est décidé de graver Blue Moon of Kentucky, un bluegrass de Bill Monroe.
Le single sort le 19 juillet 1954. Un DJ local influent le diffuse et interviewe l’artiste. le succès est au rendez-vous pour Elvis. Sous le nom des Blue Moon Boys, Presley, Moore et Black tournent dans tout le sud des Etats-Unis. Sur scène Elvis est de plus en plus provoquant et suggestif, nourrissant la colère des ligues de moralité sudistes qui cherchent à faire interdire le groupe qui, d’après elles, pervertit la jeunesse. Le chanteur, désormais affublé du surnom de ″ Pelvis ″ (le Bassin), trouve pourtant un écho très favorable auprès des adolescents. Malgré cet engouement, Sam Phillips a du mal a dégager des bénéfices avec les tournées des Blue Moon Boys. Aussi, décide t’il de vendre le contrat à Tom Parker qui parvient à faire engager le chanteur par RCA. Celui que l’on surnomme  le ″ Colonel ″ s’octroie la fonction de manager exclusif de l’idole qui devient la star nationale des antennes de radios et des émissions de télévision populaires…


L’intégralité de la chronique est à retrouver dans le livre:
👉  IN VINYLE VERITAS – REMEMBER THE SIXTIES  👈

 

Patrick BETAILLE, juillet 2023

David McWilliams – The Days of Pearly Spencer

[Extrait]: Sans être proche de l’IRA, cet auteur-compositeur nord-irlandais né à Belfast était toutefois fervent partisan d’une réunification de l’Irlande et il aimait être reconnu en tant qu’irlandais plutôt qu’en tant que citoyen britannique. Mais ce ne sont pourtant pas ses convictions politiques qui vont révéler David McWilliams qui passera de l’ombre à la lumière en interprétant un succès sans lendemain.

À l’origine Days of Pearly Spencer est une ballade folk dont les paroles inspirées par la pauvreté et le désespoir racontent l’histoire de Pearly, un indigent vivant dans le dénuement le plus complet…

Lors de l’enregistrement, le producteur-arrangeur Mike Leander. connu pour être à l’origine de la partie cordes de As Tears Go By des Rolling Stones, accélère le tempo en ajoutant un accompagnement orchestral de violons spécialement composé pour la circonstance. Par ailleurs, la voix de McWilliams est enregistrée via un mégaphone destiné à renforcer la dramaturgie du texte. Cette combinaison aussi étrange qu’originale est une réussite sur laquelle Solomon compte bien thésauriser… Relayé sur toutes les ondes d’Europe continentale, le morceau du troubadour de l’Ulster y rencontre un énorme succès, surtout en France où il est N°1…


L’intégralité de la chronique est à retrouver dans le livre:
👉  IN VINYLE VERITAS – REMEMBER THE SIXTIES 

 

Patrick BETAILLE, juillet 2023

Lio – Pop Model

© Costa Kekemenis

Vanda Maria Ribeiro Furtado Tavares de Vasconcelos connaît son premier succès en 1979 avec Banana Split. Mademoiselle a alors seize ans, et se produit sous le nom de Lio. [NDLR avouez quand même que c’est plus facile à retenir et à caser sur une pochette de disque, à fortiori s’agissant d’un 45 tours].

Sorti en 1986, Pop Model est le quatrième opus studio de la chanteuse. Grâce à  Les Brunes ne Compte pas pour des Prunes et Fallait pas Commencer, l’album se vend à plus de 100 000 exemplaires. Disque d’or, il marque le retour de la lolita sur le devant de la scène et fait pas mal de bruit à cause de sa pochette.

Sur une idée du designer Esteban – inspirée par la ″ Red Girl ″, œuvre du pop artiste Allen Jones – c’est Costa Kekemenis qui s’occupe de la photographie. Couleurs vives, dessous chics face nord pour le recto et fesses sud pour le verso, difficile de louper ce cover art tapageur et suggestif devant lequel beaucoup se sont retrouvés plus excités que des acariens au salon de la moquette. Bien que trouvant le visuel plutôt approprié, Lio exprimera néanmoins des sentiments mitigés à l’égard du fétichisme et du concept de femme-objet que Jones met en avant au travers de ses œuvres.

En 2018, dans son émission Quotidien, Yann Barthès interviewe l’artiste et revient sur l’album en question en le présentant à la caméra: ″ Je me suis toujours demandé si c’était vous! ″.  Réponse de la Pop Model: ″ Je confirme, c’est moi. C’est absolument moi et la petite culotte est en cuir si vous voulez savoir! ″. Voilà qui est dit, maintenant on sait!

 

Rolling Stones – (I Can’t Get No) Satisfaction

 

[Extrait]: Glen Snoddy était loin de se douter que sans lui la face du rock aurait été changée. En 1961, lors d’un enregistrement à Nashville, cet ingénieur du son est à la manœuvre pour peaufiner les réglages de sa console. Soudain, accidentellement, il constate qu’une défaillance technique génère un son saturé en provenance de la guitare électrique d’un musicien du studio.
Intrigué et séduit, le technicien décide de créer un circuit électronique destiné à reproduire cette anomalie sonore. L’effet Fuzz vient d’être inventé ! Snoddy se rend alors chez Gibson qui, sans grande conviction, lance en 1962 la pédale d’effet Maestro FZ1 Fuzztone, également appelée Fuzzbox. L’histoire aurait pu s’arrêter là, mais Non !
En 1965, les Rolling Stones sont en tournée aux Etats-Unis et le 12 mai et entrent dans les studios RCA à Hollywood. Ils arrivent de Chicago où – en tant qu’inconditionnels de blues – ils ont enregistré quelques titres, dont une composition de Keith Richards : (I Can’t Get No) Satisfaction. L’endroit où est né le riff a fait l’objet de nombreuses supputations mais l’histoire raconte que Keith en a eu l’idée durant son sommeil.

Chez RCA les Stones se remettent au boulot et travaillent sur une nouvelle mouture de Satisfaction. Le tempo est accéléré et surtout ″ Keef ″ accepte d’utiliser la Maestro FZ-1 Fuzz Tone de Gibson. Les paroles de Mick Jagger évoquent les travers de l’Amérique illustrés par la démarche d’un homme en quête d’authenticité mais incapable de l’atteindre à cause de la société de consommation…
Malgré les réticences de Richards, le single sort le 6 juin 1965 aux USA où il atteint la première place en Juillet, et le 26 août au Royaume-Uni. Grâce à ces cinq notes qui ont secoué le monde, le titre a été classé deuxième plus grande chanson de tous les temps par le magazine Rolling Stone, derrière… Like a Rolling Stone de Bob Dylan. Du coup, Les Pierres Qui Roulent remettront le couvert dans ce studio pour Paint It Black, Get Off My Cloud, Let’s Spend The Night Together et 19th Nervous breakdown. Quant à Gibson, le succès de sa Fuzzbox est désormais établi. Beaucoup de d’artistes vont désormais utiliser l’effet magique ; que ce soit dans le rock classique, le blues, le garage rock ou le rock psychédélique. Rien Qu’un Seul Mot ! C’est avec cette adaptation qu’en 1965 ″ Schmoll ″ n’a pas obtenu… Satisfaction !


L’intégralité de la chronique est à retrouver dans le livre:
👉  IN VINYLE VERITAS – REMEMBER THE SIXTIES  👈

 

Patrick BETAILLE, juillet 2023

Phil Travers – The Moody Blues

 

[Extrait]: Phil Travers a travaillé deux années pour le label Decca avant d’être contacté par les Moody Blues pour réaliser l’illustration de leur album In Search Of the Lost Chord (1968). L’artiste restera le designer attitré du groupe jusqu’à Seventh Sojourn en 1972. La pochette de l’album A Question Of Balance paru en 1970 reste sans conteste l’une de ses plus belles réussites…
Une fois n’est pas coutume, le gatefold s’ouvre et se regarde de haut en bas. Des vacanciers se prélassent sur la plage qui borde une mer bleue et paisible alors qu’à l’horizon, un cyclone habité de scènes allégoriques se fait très menaçant. Sur le montage de la composition un homme brandit un revolver. Cette image provient du National Geographic. Suite à une plainte déposée par le magazine, Decca se voit contraint de rappeler les premiers exemplaires déjà en circulation. Pour les éditions suivantes, la tête du personnage sera légèrement modifiée et coiffée d’un casque colonial.


L’intégralité de la chronique est à retrouver dans le livre:

👉  In Vinyle Veritas – Éloquence et Désaveu du Cover Art  👈


Patrick BETAILLE, juillet 2023

The Byrds – Mr. Tambourine Man

 

[Extrait]: Le 20 janvier 1965, The Byrds entrent aux studios Columbia de Los Angeles. Trois voix s’accordent à merveille, celles de Roger McGuinn, Gene Clark et David Crosby. Fasciné par les Beatles, le trio met au point sa propre version d’un titre de Bob Dylan apparue sur son album Bringing It All Back Home et sorti la même année : Mr. Tambourine Man. Électrisée par les guitares de McGuinn et Crosby, cette version n’intègre que le deuxième couplet de l’originale qui en comporte cinq. Columbia est emballée par la démo – véritable synthèse entre le folk du ″ Zimm ″ et la pop des ″ Fab Four ″ – et signe le groupe immédiatement. La maison de disques fait appel au Wrecking Crew, une équipe de requins de studio (entre autres, Leon Russel au piano), pour assurer le coup. Seul McGuinn a le droit de faire sonner sa Rickenbacker 12 cordes…

Beaucoup interprètent les lyrics comme un hymne à la drogue évoquant les premières prises de LSD de Dylan. Le ″ Tambourine Man ″ serait un trafiquant de drogue et ″ play a song for me ″ signifierait donne-moi un joint. Théorie basée sur le fait que les paroles de chansons étaient à l’époque sous surveillance étroite et souvent censurées. Les musiciens s’ingéniaient donc à délivrer des massages sur des sujets sensibles en utilisant des codes souvent alambiqués…
Enregistré en janvier 1965, le single atteint la première place du Billboard Hot 100 peu de temps après sa sortie en single le 12 avril. Mr. Tambourine Man a chamboulé le monde de la musique, convaincu Dylan de passer à l’électrique, et surtout, installé le groupe californien au pinacle d’un genre nouveau : le folk-rock…


L’intégralité de la chronique est à retrouver dans le livre:
👉  IN VINYLE VERITAS – REMEMBER THE SIXTIES  👈

 

Patrick BETAILLE, juillet 2023

Philippe Brossat – Streets of Los Angeles

 

Généralement, Il existe des moyens somme toute classiques – mais qui ont fait leurs preuves – pour raconter l’histoire du rock. Ce ne sont pas les biographies d’artistes ou de groupes qui manquent. Souvent accompagnées de témoignages, d’anecdotes, de faits avérés ou légendaires, avec en toile de fond les lieux, les tournées, la scène, les backstages, les maisons de disques, les studios, les amours etc; elles racontent les errances de ces musiciens qui ont nourri les pages de la musique populaire.

Philippe Brossat, lui, fait le choix de la cartographie, celle de Los Angeles, haut lieu du cinéma mais aussi temple de la culture musicale. Pour son Streets of Los Angeles, l’auteur se met en mode Guide du Routard et nous emmène visiter des endroits plus ou moins connus, théâtres d’évènements heureux, cocasses ou dramatiques, de rencontres, d’albums mythiques, de carrières fulgurantes mais aussi de déchéances qui ont marqué durablement l’histoire du rock.

La visite commence par le Continental Hyatt dans les couloirs duquel John Bonham se baladait en Harley Davidson à l’époque où Led Zeppelin en tournée louait les six derniers étages. Keith Moon et Keith Richard, eux, préféraient balancer des téléviseurs par les fenêtres; Axl Rose y cuisait des steaks au barbeuk sur le balcon de sa chambre, Jim Morrison escaladait la façade du bâtiment et Corey Taylor loupait son suicide en sautant du huitième étage. Cap sur le Château Marmont, le quartier général de quelques stars comme Robert Plant où John Belushi qui a trouvé la mort dans l’un des bungalows jouxtant le bâtiment. Quelques numéros plus loin, le London Frog, club dans lequel les Doors se produisirent sur scène pour la première fois. En route pour les studios Columbia où furent enregistrés les premiers albums des Byrds et de Buffalo Springfield; pour le Troubadour où défilèrent Joni Mitchell, David Crosby, Jackson Browne ou encore Elton John pour son premier concert sur le sol américain. Un peu plus loin, Radio Recorders. C’est là qu’ Elvis Presley a enregistré Jailhouse Rock.

Au fil des 288 pages, on passe de Laurel Canyon – où vécurent Neil Young, Frank Zappa, les Eagles et The Mamas & The Papas – aux environs de la Santa Monica Freeway où Marvin Gaye fut assassiné par son père. On peut aussi décider de flâner sur Santa Monica Boulevard là où Janis Joplin sera retrouvée morte d’une overdose dans la chambre 105 du Landmark Hotel et où Jim Morrison pissa sur le comptoir du Barney’s Beanery, bar dans lequel Quentin Tarantino écrira plus tard le script de Pulp Fiction.  Mais le visiteur est également bien accueilli dans le saint des saint, le Guitar Center sur le parvis duquel les mains de guitaristes (AC/DC, Van Halen, Motörhead, Zappa, etc;) sont imprégnées dans le ciment. Quant à Jimi Hendrix, il a carrément son effigie en façade. Sans oublier une véritable catastrophe pour le monde de la musique. Celle de l’incendie d’un entrepôt situé près du parc d’attractions Universal, hangar anonyme dans lequel étaient stockés certains masters originaux de Chuck Berry, Bill Haley, Buddy Holly, Jerry Lee Lewis, B.B. King, Police, Iggy Pop, Elton John, etc; etc. 

Truffé de tranches de vies et de références indispensables à la compréhension du monde du rock, ce trip sans Gps dans la Cité des Anges est historiquement étonnant, culturellement savoureux, et donc, nécessaire. Édité par Le Mot et le Reste, Streets of Los Angeles est actuellement diponible partout et même ailleurs.

Patrick BETAILLE, juillet 2023

 

Willy Ronis – Le Petit Parisien

© Willy Ronis

 

[ Source France Info ]: Selon Willy Ronis, ce cliché est le seul pour lequel il a demandé à son modèle de se mettre en scène. Le petit Parisien avec sa baguette dans les rues de Paris, c’est Jean Brosseron. A l’époque, en 1952, il avait 5 ans. Aujourd’hui, il se souvient comme si c’était hier que le photographe lui avait demandé de courir en sortant de la boulangerie. ″ Ravi de rendre service et de faire l’intéressant, j’ai couru avec ma baguette. Le monsieur a pris ses photos et ensuite, je suis rentré chez moi. Très fier, je l’ai dit à ma mère, mais elle ne m’a pas cru et m’a répondu : et moi, je suis la reine d’Angleterre ″ raconte, amusé, le septuagénaire.

Patrick BETAILLE, juillet 2023

Festival BD de Dieppe – Le Décolleté de Marie

© Jim

 

Une robe à peine décolletée a fait réagir la municipalité de gauche de Dieppe qui a fait rajouter des livres sur ce dessin de Jim, l’invité d’honneur du festival de la bande dessinée et auteur de Une Nuit à Rome qui met en scène en scène Marie et Raphaël, amants de 20 ans qui se promettent de se revoir à Rome pour leurs 40 ans. C’est donc tout naturellement que l’héroïne figure sur l’affiche destinée à promouvoir l’événement culturel. Voici donc Marie, accoudée sur des piles de livres avec en arrière plan l’église Saint-Jacques. Au prétexte que s’agissant d’annoncer un événement qui touche tous les publics, la mairie communiste a pensé que ″ la représentation d’une jeune femme en pose lascive, avec un décolleté même discret, n’entrait pas dans la vision qu’elle se fait de la lutte contre les discriminations « . Sans consulter ni faire appel aux services de l’artiste le visuel a donc été modifié. Le décolleté de Marie s’est ainsi retrouvé masqué par un empilement de bouquins, ses cheveux ont pris de la longueur et les fines bretelles de sa robe ont gagné en épaisseur.

Face à l’émoi provoqué par la volonté municipale de modifier le visuel original de l’affiche, l’élu Nicolas Langlois a pris la décision de revenir à la version originale. Ouf! Nous avons échappé au pire! Certes, mais jusqu’à quand? Les moralisateurs, coincés du fondement, bas du front, puritains et autres béni-oui-oui, eux les conformistes soumis au politiquement correct sont là, ils veillent. De plus en plus présents et prêts à déclencher une tempête dans un verre d’eau au nom d’une bien-pensance navrante, pitoyable et ridicule.

Patrick BETAILLE, juillet 2023