Jethro Tull – Ruminant

 

Au regard du nombre de musiciens qui sont passés dans ses rangs et compte tenu du nombre d’albums publiés, on peut affirmer sans hésiter que Jethro Tull fait partie de ces institutions garantes de la qualité de la musique populaire, la vraie! Quasiment 60 ans que Ian Anderson promène sa flute sur les scènes du monde entier pour promouvoir cette espèce rock conceptuel et inclassable imprégné de musique classique, de folklore celtique, de blues et de rock progressif aux touches parfois heavy.

Après un gros passage à vide au cours des années 80, le Tull est parvenu plus tard à redonner espoir aux fans de la première heure avec deux albums solides parus successivement en 2022 et 2023: The Zealot Gene et RökFlöte. En 1976, sur une jambe perchée, Anderson chantait qu’il était trop vieux pour faire du rock ‘n’ roll mais trop jeune pour mourir. Pour preuve, nous voici en 2025 avec ce Curious Ruminant entre les oreillesPuppet and the Puppet Master annonce la couleur du retour aux sources avec un rythme soutenu, des guitares acoustiques et des échanges entre l’orgue Hammond de John O’Hara et la guitare de Jack Clark qui s’exprime à merveille sur le titre qui suit en apportant son nom à l’album. Bien sûr, il y a la flûte, si caractéristique et omniprésente qui domine et illustre notamment Dunsinane Hill et The Tipu House. On retrouve également dans ce 23ème album de la mandoline, de l’accordéon, du piano et beaucoup de guitares acoustiques révélatrices d’un retour aux racines folk du groupe. La voix de Ian est toujours aussi rauque et l’écossais fait preuve d’un lyrisme à nul autre pareil. Toutes les compositions sont concises, carrées, efficaces; de belle manière, elles vont à l’essentiel. Seule exception, Drink From The Same Well qui dure près de 17 minutes et qui n’est pas sans rappeler les magnifiques envolées de Thick As a Brick. Quelques accords de guitare acoustique pour Interim Sleep le dernier morceau. Ambiance pesante, nappage de clavier, flute subtile. Ian Anderson ne chante pas, il parle, avec en fond des pulsations qui finissent par s’éteindre car il s’agit d’exprimer le décès d’un être cher. Émouvant! 

À 77 ans Ian Anderson n’a pas encore dit son dernier mot. Inspiration et créativité sont le lot de ses dernières productions discographiques. Plus encore sur ce Curious Ruminant passionnant et musicalement très abouti.

Patrick BETAILLE, mars 2025

Jethro Tull & Burton Silverman – Aqualung

Burton Silverman Aqualung

[Extrait]: Né à Brooklyn en 1928, Burton Silverman est un peintre reconnu et très apprécié pour ses portraits réalistes ayant pour thème principal la classe ouvrière. Ce que l’on sait peut être moins, c’est que l’artiste américain est à l’origine du cover art de Aqualung, œuvre majeure et incontestée de Jethro Tull. En 1971, le producteur Terry Ellis fait venir Silverman à Londres pour rencontrer le groupe qui est train de finaliser son quatrième album. Le peintre assiste à une séance de répétition dans les studios Island, prend quelques clichés et fait des croquis. De retour chez lui, inspiré par ce qu’il a vu et entendu, il se met au travail et, quelques temps plus tard, livre trois aquarelles à la maison de disques. La première, représentant un vagabond au regard vil, quelque peu menaçant, vêtu de guenilles et emmitouflé dans un grand manteau usé, sera retenue pour le recto de la pochette. Au verso, une représentation, à la fois plus sereine et plus triste, du même personnage assis sur le trottoir en compagnie d’un chien famélique… Quant au gatefold, il représente le groupe qui s’adonne à des excès pour le moins iconoclastes à l’intérieur d’une église. Après la sortie de l’album, la relation se dégrade entre Burton Silverman et Ian Anderson qui déclare ne pas particulièrement apprécier les peintures de l’artiste. Compte tenu de l’énorme succès du disque et donc de l’exploitation médiatique qui en découle, le peintre se plaint de n’être pas suffisamment rémunéré. Malheureusement pour l’artiste, aucun contrat relatif à d’éventuelles royalties générées par l’utilisation des images n’a été établi. Effectivement, à l’époque, Terry Ellis, également cofondateur de Chrysalis Records, lui a versé un montant forfaitaire de 1 500 dollars pour les trois tableaux qui illustrent Aqualung, sans autre formalité qu’une poignée de mains… Après avoir été dérobés dans les bureaux de Chrysalis, les trois tableaux, abandonnés dans un hôtel, refont surface. En 2012, un anonyme prend contact téléphoniquement avec Silverman. Il affirme posséder les toiles et tente d’en négocier la revente. Faute d’accord, la transaction n’aura pas lieu. Depuis personne ne sait ce que sont devenues les œuvres.

Patrick BETAILLE , août 2017

L’intégralité de la chronique est à retrouver dans le livre:

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Jethro Tull – Too Old to Rock’n’Roll, Too Young to Die

Dave Gibbons et Jethro Tull Too Old to Rock'n'Roll, Too Young to Die

[Extrait]: Ce neuvième album de Jethro Tull, a été conçu au départ comme une comédie musicale pour, au final, être publié en 1976 sous forme de concept album. Adepte d’un genre déjà pratiqué avec notamment Thick as a Brick, ou Ministrel in the GalleryIan Anderson raconte ici l’histoire d’une Rock Star vieillissante en panne de succès. Afin d’en renforcer l’idée, il fait appel au dessinateur britannique Dave Gibbons, célèbre pour avoir remporté un succès commercial avec sa série Watchmen (Les Gardiens), qui résume le scénario sous forme de BD incluse à l’intérieur de la pochette du LP. Sur la jaquette elle même, le héro a indubitablement les traits d’un Ian Anderson faisant un bras d’honneur. A l’époque les critiques affirment que le disque est autobiographique et sont persuadés que le geste leur est destiné à cause d’un contentieux lié à la descente en flammes, en 1973, de ″Passion Play″ auquel le chanteur-flûtiste tenait tant. Malgré un vif démenti de la part de l’intéressé Too Old to Rock’n’Roll allait subir les foudres vengeresses et injustifiées du milieu musical.

Patrick BETAILLE, février 2016


L’intégralité de la chronique est à retrouver dans le livre:

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