Un mien ami, tout à fait artisan, presque retraité, adepte de fanfares et grand consommateur de super sans plomb, me disait récemment: ″ Dis donc y’a longtemps que tu nous as pas balancé un truc sympa?! ″. Est ce de ma faute si la production discographique du moment est aussi pauvre que le QI d’un animateur de Fun Radio? Non hein ?! Ceci admis, et sans atteindre les fulgurances de Henry’s Funeral Shoe ou Black Joe Lewis, en fouillant un peu, on parvient à exhumer des trucs qui font du bien par où ça passe. Formé en 2008, Rival Sons excelle dans un Classic Rock qui à n’en pas douter devrait ravir les nostalgiques d’Aerosmith, Led Zeppelin ou Black Crowes. Avec Pressure and time Le quatuor de Los Angeles vous en donne pour votre argent même si l’ensemble des dix titres dépasse tout juste les 30 minutes. Rythmique plombée, guitares insolentes, vocalises perçantes, changements de rythme et une production sans faille s’avèrent aptes à dégourdir les enceintes les plus amorphes. Certes l’album ne vous fera pas sortir les couilles par les oreilles mais il vous fera peut être découvrir un groupe qui s’est quand même vu attribuer les premières parties d’Alice Cooper et d’AC/DC. Ben ouais! Eh ben ouais!
Allez faites un effort et répétez le nom du groupe plusieurs fois… Ca y est ? Vous avez compris ? Bon j’explique pour les handicapés de la menteuse. En 2001 Hayseed Dixie sort une galette exclusivement composée de reprises de hits des Australiens d’AC/DC. Hayseed Dixie… AC/DC… Vous y êtes ce coup ci ? Ce premier album, ″A Hillbilly tribute to AC/DC″, annonce la couleur et de ″Highway to Hell″ à ″Back in Black″ en passant par ″TNT″ et ″Hells Bells″, tout y est ou presque. Les quatre furieux des Appalaches, habitués à jouer la musique traditionnelle de leurs ancêtres, ont obtenu cette année là un succès quasi immédiat et ont pris goût aux covers à la sauce Blue Grass et Hillbilly. Tout en donnant un éventail plus large à leurs cibles et sans pour autant délaisser les compositions personnelles ils sortent en gros une dizaine d’albums, tous aussi barrés les uns que les autres. En 2005 ″A Hot Piece of Grass″ ravage tout ce que le monde du Heavy Rock possède de plus lourd. Des reprises de Led Zeppelin, AC/DC, Motorhead, Van Halen, Green Day, Black Sabbath voisinent avec quelques compos personnelles bien foutues et l’ensemble s’avère on ne peut plus jouissif. Même quand le banjo remplace la guitare de Jimmy Page cet album est exactement ce qu’il est censé être: divertissant, provocateur, kitsch et déjanté. Il n’en reste pas moins fidèle dans les adaptations et bougrement efficace quant à l’énergie déployée par des musiciens talentueux. Alors bien sûr, on peut se masturber l’intellect pour remettre en cause la légitimité de la formation ou le bien fondé de sa démarche mais le plaisir éprouvé à l’écoute des quinze titres devrait sans problème annihiler ce genre de digression. De toutes façons entre ça et un groupe de puceaux imberbes (vous voulez des noms ?) dont les voix ne feraient même pas bander un teckel à poil ras, moi j’ai choisi. Pas vous ?
[Extrait]: Initialement, 38 Special est l’un des nombreux groupes de Southern Rock dans la veine des Allman Brothers et Lynyrd Skynyrd. Donnie Van Zant le leader n’est ni plus ni moins que, le frère de Ronnie Van Zant, patron de Lynyrd Skynyrd. Formé en 1975 c’est après quelques errances Country et dans les années 80 que le groupe de Jacksonville parvient au sommet de sa popularité en alignant sur scène deux guitares et deux batteurs et en assurant des shows ravageurs au cours desquels preuve est faite que les membres n’ont pas pour habitude de mettre de l’eau dans le Bourbon qu’ils consomment sans modération…
Trois albums honnêtes marquent cette époque. Rockin’ into the night en 1980, Wild eyed Southern Boys l’année suivante, et, en 1982 Special Forces. Musicalement intéressantes les compositions bénéficient en outre d’un packaging accrocheur sur lequel le peintre Larry Gerber met en scène les valeurs emblématiques – Je vous laisse deviner lesquelles – de rigueur à l’époque dans le milieu du Rock Confédéré. Plus tard hélas la bande à Van Zant s’enlise dans un rock FM convenu et sans grande personnalité qui aboutit à un oubli légitime malgré un come back poussif en 1997.
Patrick BETAILLE, juillet 2012
L’intégralité de la chronique est à retrouver dans le livre:
Il y a déjà pas mal de temps que les White Stripes avaient convaincu tout le monde que l’on peut faire un Power Trio avec seulement deux musiciens. S’il subsistait encore quelques réfractaires à ce postulat fumeux il semble bien que ″Henry’s Funeral Shoe″ arrive à point nommé pour lever les derniers doutes. Les frères Clifford débarquent fin 2011 avec un deuxième album bourré jusqu’à la gueule d’un Heavy Rock bluesy somme toute assez classique mais pas forcément aussi facile à catégoriser puisque grâce à une production plutôt Garage et un mix réalisé à Detroit, le duo Gallois vous propulse également dans un univers dominé par une concision énergique que John Spencer himself ne renierait pas un instant. Mais qu’importe, ″Donkey Jacket″ reste finalement un album d’une grande cohésion d’où il est difficile de ressortir un morceau plutôt qu’un autre. On apprécie pleinement les dix pistes sur lesquelles le chant puissant et les guitares d’Aled sont des plus inspirés, y compris sur ″Bottom to top″, d’influence country ou sur la très Beatlesienne ballade ″Across the sky″. Là où le duo excelle c’est incontestablement quand il exprime de manière frontale une énergie décomplexée et magistralement soutenue par la batterie du frangin Brenning qui à mon avis a beaucoup écouté Keith Moon. A ce stade, même s’il faut rendre hommage à l’harmonica de John Edwards sur ″Anvil & Chains″, on se fiche pas mal d’en savoir plus sur les ″additional musicians″ qui ont oeuvré en studio. ″Love is a fever″, « Be your own invention″, ″Dog scratched ear″, ″The walking crawl″ ou encore ″Gimme back my morphine″, sont des compos incendiaires qui font de ce disque et de ce groupe un truc à la fois surprenant et prometteur.
C’est un pote – dont l’addiction au canapé n’a d’égale que l’obsession du Duke pour son tapis – qui me fit découvrir ce brûlot qu’est Scandalous, deuxième disque de Black Joe Lewis & the Honeybears. Voici donc un quatuor rock balançant tout de go 11 titres imprégnés de Soul, de funk et de Rhythm & Blues qui ne sont pas sans rappeler le J. Geils Band , James Brown , Wilson Pickett , ou encore Otis Redding. Les guitares de Joe Lewis et Zach Ernst sont grasses et méchamment incisives, comme en témoigne le duel avec les cuivres sur ″Mustang Ranch″ et ″Booty City″. Sur ″Black Snake″ et ″She’s So Scandalous″ c’est la rythmique qui se taille la part belle ; en bons ours mal léchés Bill Stevenson assure des lignes de basse magnifiques et Matthew Strimska sort de ses fûts des grooves palpitants ou hypnotiques. ″Livin’ in the Jungle″ est tendu, brut et dynamitesque ; Lewis y hurle son meilleur James Brown sur un savant mélange de funk primitive et de Soul débridée. Plus loin surgissent d’autres influences. ″You been lying″ flirte allègrement avec une espèce de Rhythm & Blues teinté de Gospel. Avec ″Ballad of Jimmy Tanks″ et ″Jesus took my Hand″ c’est du Delta Blues électrique version R.L Burnside dont on se délecte. L’ensemble est énorme, terriblement efficace avec en fil rouge l’omni présence d’une section de cuivres digne de la grande époque Stax. Ce disque est une tuerie ! Plus chaud qu’un cataplasme à la moutarde, aussi moite qu’un dessous de bras d’estivant, il pulse autant qu’un émoi d’adolescent et claque comme des volets un jour de grand vent. Pour peu que vous l’écoutiez fort vous réaliserez avec Scandalous que jamais la fusion du rock et de la Soul n’avaient atteint un tel niveau.
Jimi Hendrix brûlant sa guitare à Monterey c’était lui. Le doigt d’honneur de Johnny Cash à Saint Quentin, encore lui. Le grand écart de Chuck Berry toujours lui ! A partir de 1959 Jim Marshall a shooté les plus grandes Stars et couvert les rassemblements majeurs qui ont marqué l’histoire du Rock ; le Monterey Pop Festival ou Woodstock il y était. Il a également été le seul à avoir réussi à couvrir les coulisses du dernier concert des Beatles à San Francisco en 1966 ou la tournée historique des Stones en 1972. Sa passion pour la musique et la photo l’ont amené à développer un lien particulier avec les artistes qu’il captait sur scène ou dont il tirait le portrait ; c’est d’ailleurs par ce biais qu’il a participé à quelques 500 pochettes d’albums (Alman Brothers, Jefferson Airplane…) ″ Faire des photos n’a jamais été un job, c’était ma vie, tout simplement! ″. Jim a définitivement remisé son Leica le 24 Mars 2010 à l’âge de 74 ans. Reste son témoignage photo sous forme d’albums éblouissants; deux d’entre eux, regroupant clichés et anecdotes, sont indispensables : Trust et Not Fade Away.
480 pages, 450 photos de 300 artistes ; le tout mis en scène sur des textes du journaliste Gino Castaldo qui, de façon originale,structure l’ensemble autour d’une dizaine de rubriques cohérentes et intimement liées. A tout seigneur tout honneur, c’est la guitare qui sur des accords magiques s’enflamme sous les doigts de Jimmy Hendrix ou se sacralise avec Django Reinhart. Vient ensuite une série de portraits consacrée au couvre chef, cet élément indissociable d’artistes tels que Bob Marley, Lemmy ou encore Jake et Elwood. La magie de la nuit est évoquée aussi ; magie de la clandestinité, des énergies cachées, de l’obscurité indispensable aux artistes et à leur intimité. C’est quelques pages plus loin que cette intimité acquiert de la profondeur dans les yeux Jeff Buckley ou de Kurt Cobain dont les portraits en disent long sur les doutes, la folie et les angoisses qui les animent et les font avancer artistiquement. Dedans et dehors, tout est prétexte à la captation de ce qui s’exprime sur et devant la scène. Que ce soit à Woodstock ou à Venice, qu’il s’agisse de Joe Cocker ou d’un fan anonyme, il est toujours un moment où il se passe quelque chose de « spécial ». A mi lecture, arrêt sur le Backstage pour des « avant » ou « après » concert, toujours révélateurs de ce qui a eu lieu ou de ce qui va arriver au cours de l’instant privilégié qui consiste à fêter la musique, quelle qu’elle soit. Quand on voit Jimmy Page biberonner une bouteille de Jack Daniels on est en droit de s’imaginer pour la suite le pire… ou le meilleur. Au chapitre suivant, Bowie se métamorphose, les membres de Kiss se travestissent à l’excès ou Vincent Furnier joue d’artifices pour devenir Alice Cooper. Tous expriment ou traduisent un ressenti ; même Angus Young lorsqu’il dévoile ses arrières, même Boy George… euh…non rien en fait ! Ressenti, disais-je, qui devient, bon gré mal gré, une projection, une marque de fabrique voir un identifiant, et ce au même titre que les tatouages d’ Axl Rose, les dreadlocks de Bob Marley ou le maquillage de Marilyn Manson. Mais quand tombent les masques ou que le rideau se ferme Gainbourg devient Serge dans un cave de Saint Germain, Billy Joel fait le plein de sa bécane, le Pink Floyd au complet se prépare à un match de foot, Robert Plant et Roger Daltrey s’affichent en gentlemen farmer et Johnny Cash pouponne. Comme quoi… Qu’en est il de la vie ordinaire et de la normalité quand on devient un artiste célèbre ? Musique Box, aux Editions Du Chêne, ne répond pas à la question dans ce livre indispensable mais affiche » le son des regards, les notes du corps, la symphonie des mouvements pour restituer l’intégrité visuelle de la musique « . Pour ce qui concerne l’identité sonore, l’auteur suggère en annexe et pour chaque artiste présenté dans l’ouvrage un album choisi selon des critères entièrement personnels. C’est tout con mais il fallait y penser!
″Diantre, fichtre et sacrebleu″ – s’écria la comtesse – ″Charles-André qu’est ce donc que cette musique de sauvages ?″
Une belle surprise en cette fin d’année ; le genre de truc qui vous pète à la face sans que vous y attendiez le moins du monde et qui vous laisse sur votre séant tellement c’est efficace. M’est avis que les graisseux et autres headbangers affûtés avaient déjà dans leur playlist du Flexx Bronco cru 2006. Aujourd’hui revoilà le quatuor de San Fransisco avec 14 titres plus Rock que Hard et plus Punk que Heavy. Une cinquantaine de minutes de plaisir instantané et d’efficacité redoutable. Flexx Bronco n’invente rien, les gus jouent ce qu’ils aiment, ils aiment ce qu’ils jouent et ils le font bien ; la rythmique efficace, les guitares tranchantes et la voix travaillée au mauvais alcool devraient plaire aux amateurs de American Dog, Supersuckers ou de tout autre groupe de bad boys chers à leurs oreilles. Vol.2 est intense certes mais il est aussi surprenant, notamment avec ″Lauren blues in A″, un bon gros blues bien noir et bien plombé qui ralentit le rythme tout en maintenant la pression. Surprenant également ce « Johnny’s saloon » aux accents de country/bluegrass déjantés que ne renieraient pas ces fous de Honky Stomp. Pour terminer, il faut noter que Bad Reputation a eu une excellente idée: La première édition européenne de ce disque se voit adjoindre le Vol 1, le premier EP 6 titres du groupe.
″Charles-André ?! Cessez de vous agiter comme un damné, éteignez ce mange disque et faites moi penser à convoquer le Père Grégoire dès demain, je trouve que cette pièce sent le soufre ! Charles-André ?!″
[Extrait]: Sorti en 1975, In Trance, le troisième album des teutons s’inscrit comme déterminant quant au Hard Rock mélodique qui assurera au groupe un succès grandissant. La bande à Klaus Meine se fait donc remarquer et pas qu’au travers des compositions. La pochette de l’album, oeuvre du photographe Michael Von Gimbut exhibe une femme au téton apparent, tenant une guitare (la Stratocaster de Ulrich Roth) sous elle. Ce sera la première de la série de pochettes du groupe à avoir été censurée. Quand je pense qu’à l’époque j’avais acheté le disque rien que pour la pochette, sans connaitre le goupe, ni même écouter. C’est grave docteur? L’année suivante sortira Virgin Killer: La pochette originale fait à nouveau scandale. Une jeune fille pré-pubère pose entièrement nue et le sexe est caché par un impact sur une vitre. Excepté en France, la pochette est censurée et remplacée par une photo du groupe. La polémique dure, enfle et culmine en décembre 2008. Le IWF (Internet Watch Foundation) juge la photo de l’album non seulement indécente mais potentiellement illégale de par son aspect pédopornographique. Plusieurs FAI britanniques interdisent alors l’accès à la consultation de la page de Wikipédia.
L’intégralité de la chronique est à retrouver dans le livre:
De la scène Belge émergent régulièrement des artistes ou des groupes tôt ou tard susceptibles de marquer les esprits. Attention, on oublie Anny Cordy ou Plastic Bertrand, on parle de Rock là hein! faut pas déconner quand même ! Non, en fait je fais plutôt allusion à K’s Choice, Scabs, Willy Willy, Ghinzu, Black box revelation, Tc Matic, Deus … j’en passe et des meilleurs… Plus anecdotique: qui se souvient encore des Wallace Collection et de leur Daydream ? Personne ? tant pis, concentrons nous sur le missile du jour : Driving Dead Girl.
Leur deuxième album – Don’t give a damn about bad reputation – initialement sorti au pays de la frite en 2010 déboule chez nous grâce au label Bad Reputation. Une fois de plus louons la vista d’Eric Coubard qui n’a pas son pareil pour signer sur son label des valeurs sûres tout en faisant preuve d’initiatives plus qu’heureuses. Excusez du peu mais là en l’occurrence le patron se paye quand même le luxe de rajouter à l’album d’origine la bagatelle de l’intégralité du premier opus du groupe, soit sept titres ! Résultat nous voilà avec dans les mains un brûlot de 18 titres et pas loin d’une heure de rock des plus énergiques à la sauce John Spencer Blues Explosion. C’est bien foutu, couillu, velu, pointu, c’est tout ce que vous voulez qui puisse rimer avec coup de pied au cul. DDG balance du Punk – Garage survitaminé qui fait mouche immédiatement tellement c’est bourré d’énergie primaire enrobée de guitares saturées, de rythmiques bastons et de voix travaillées à la clope et à la bibine. Bref, un pur concentré de Rock’n’Roll dont la fougue et la production vous laisse à penser que décidément ce doit être un truc qu’il faut absolument voir sur scène histoire de rajouter quelques relents de cuir, de sueur et de bière . Foi de Marcel Destroy, il y a longtemps que j’avais pas pris une baffe comme celle-ci et c’est foutrement bon; du coup je vais de ce pas graisser mes tiags. Quant à vous, je suppose que vous savez ce qu’il vous reste à faire!