Le Club 27 – La Malédiction

 

Entre anecdotes inavouables, faits avérés et gros bobards, l’histoire du rock est émaillée de rumeurs qui, comme le veut la tradition orale, ont été déformées, exagérées ou enjolivées pour élaborer des légendes fantasques plus ou moins tenaces. Suivant les modes et le sens du vent on en apprend de belles. Ainsi, Robert Johnson aurait vendu son âme au diable pour pouvoir jouer de la guitare comme personne et Keith Richard aurait sniffé les cendres de son père. Plus fort. A la fin de Strawberry Fields Forever, certains croient entendre John Lennon  murmurer ″ I buried Paul  (j’ai enterré Paul); par contre Elvis et Jim Morrison, eux, seraient toujours en vie. J’en passe et des meilleures, y compris la présence de messages subliminaux ou sataniques sur des disques – Led Zeppelin entre autres – joués à l’envers. Il reste évident que la mort et la fascination qu’ elle exerce occupent une place prépondérante dans ce merveilleux monde du fantasme débridé. Pour peu que sur fond d’excès divers et variés une coïncidence s’en mêle et on en arrive vite au Mythe absolu.
De 1969 à 1971, en l’espace de deux ans donc,  Brian Jones, Jimi Hendrix, Janis Joplin et Jim Morrison sont passés violemment de vie à trépas alors qu’ils avaient tous 27 ans. La malédiction du Club des 27 était née et elle entrera définitivement dans l’inconscient collectif en 1994 avec la mort de Kurt Cobain qui n’a rien trouvé de mieux que de se suicider au cours de son vingt-septième printemps en laissant un ″ It’s better to burn out than to fade away ″ en guise d’au revoir. Étonnant non? En tous cas, superstitieux et autres adeptes de prophéties fumeuses y trouvent leur compte et ce n’est pas la disparition d’ Amy Winehouse le 23 juillet 2011 qui va venir mettre à mal leurs convictions. Elle aussi avait 27 ans! Au final si l’on prend en compte l’âge du décès, un talent certain et une aptitude à brûler la vie par les deux bouts on peut demander au cerbère de service d’accorder l’entrée au club des 27 à Robert Johnson, le père du blues moderne, Alan Wilson de Canned Heat, ou encore Gary Thain bassiste de Uriah Heep… Par contre Otis Redding et Graham Parson ont loupé le coche en mourant à 26 ans, idem pour Tim Buckley (le père de Jeff!) parti à 28 ans. Pour Psy c’est foutu, le stylé Gangnam a déjà 36 chevauchées à son actif. Quant à Justin Bieber va falloir attendre 8 ans pour être fixés !

Cee Cee James – Low Down Where the Snakes Crawl.

 

Christina ″Cee Cee″ James fait partie de ces talents stellaires qui, contre vents et marées, entretiennent la flamme de ce qu’ils ont de plus cher : une certaine idée de la musique en tant que mode de vie.  Low Down where the Snakes Crawl, sorti en 2008, est certainement la conclusion légitime d’une longue période passée sur les routes à courir les bars et les clubs pour glaner quelques dates de sets et, entre deux coups de pieds au cul, une éventuelle reconnaissance bienfaitrice.  Des onze titres de l’album  émergent des ambiances assez traditionnelles, parfois un peu fantasques ou mystérieuses car teintées de Soul. Voici donc un bon Blues underground qui se balade entre Memphis et Chicago porté par un  chant  plein de feeling et parfaitement maîtrisé. Selon les titres, la voix susurre ou se tend jusqu’à devenir délicieusement rauque quand les compositions le justifient.  Et les compos Cee Cee James connaît ! C’est elle qui œuvre, aidée par son mari qui, excellent joueur de slide, est également en charge des guitares. Le couple assure aussi mixage et production de l’ensemble. On n’est jamais mieux servi que par soi même ! Plus j’écoute ce disque intime et plus j’en apprécie l’atmosphère aux accents parfois Jopliniens.  ″ Janis était absolument unique, incomparable. Sauvage dans son chant, et je pense que c’est ce qui plait chez elle. Cette façon de tout donner, sans tricher″ (Cee Cee James).

 

Philippe Berthet – Dottie.

© Philippe Berthet

 

Pin Up est le titre d’une Bande Dessinée (Editions Dargaud) née en 1994 d’une collaboration judicieuse  entre le scénariste Yann et le dessinateur Philippe Berthet. En dépit du titre accrocheur il ne faut s’attendre ni à une série coquine, ni à un hommage à l’érotisme ; en fait il s’agit  plutôt d’un hymne à la femme que l’on aborde au travers des aventures de Dorothy Partington, alias Dottie. L’héroïne à la personnalité attachante et au physique troublant connaît des aventures tumultueuses et tragi-comiques sur fond de conflits divers et variés. Pendant la Seconde Guerre Mondiale, la Guerre Froide, le Viêt Nam, Dottie joue tour à tour et entre autres le rôle de Pin Up, d’aventurière, de physionomiste ou d’espionne. Finalement, dans le dixième et dernier tome, elle se voit proposer au détour d’une intrigue un rôle sur le tournage d’un film d’Alfred Hitchcock. Même s’il convient de ne pas réduire le talent de Philippe Berthet à cette seule série, il faut reconnaître que cet ancien de Spirou a tout de même donné un sacré élan à sa carrière en couchant sur la papier une créature de rêve.

Patrick BETAILLE, février 2013

 

Michael Ochs – 1000 Record Covers

 

Né en 1943, Michael Ochs est un photographe américain. Egalement archiviste et collectionneur passionné il est très connu pour sa collection d’images consacrées à la musique Rock.  Le New York Times considère The Michael Ochs Archive (localisée à Los Angeles), comme étant la banque d’images consacrées à la musique la plus importante du monde. Pas moins de 3 millions de clichés et de négatifs ! Durant les années 80-90, le Cd est en plein essor ; pour illustrer leurs rééditons de nombreuses maisons de disques – Rhino Records notamment – piochent dans ce trésor qui finalement sera vendu à Getty Images en 2007. Monsieur Ochs conserve néanmoins sa collection de plus de 100.000 microsillons. 1000 Record Covers propose une sélection par l’auteur d’illustrations d’albums et de singles des années soixante aux années 90. Certaines d’entre elles, véritables œuvres d’art sont devenues aussi célèbres que la musique qu’elles illustrent. D’autres, plus anecdotiques n’en restent pas moins les témoins d’une époque. ″Cette compilation n’est ni une anthologie critique sur l’Art des pochettes, ni une histoire exhaustive. Il s’agit seulement d’une sélection de mille pochettes de ma collection qui donneraient une vue d’ensemble sur le Rock & Roll depuis sa plus tendre enfance jusqu’à son âge actuel″. Plus qu’un simple catalogue ce livre est une véritable mine de renseignements. Outre les crédits photos ou les références de design, chaque illustration est accompagnée du nom du groupe ou de l’ interprète,  du titre de l’album, de sa date de parution. Même la maison de disques est citée. L’ouvrage de presque 800 pages, superbe et merveilleusement édité par TASCHEN, se lit indifféremment comme un voyage dans le temps ou une étude générale sur l’évolution du Cover Art mais il rend avant tout justice à une forme d’expression artistique malheureusement encore et toujours trop sous estimée.

Patrick BETAILLE, février 2013

 

Roxy Music – For your Pleasure!

Roxy Music: 1972: Roxy Music - 1973: For your pleasure - 1974: Country Life - 1975: Siren

[Extrait]: Au début des années 70 un courant avant-gardiste propulse sur le devant de la scène une musique privilégiant recherche de textures sonores et Pop élégante. Roxy Music s’impose en tant que l’un des fers de lance de cette tendance Art Rock. Brian Ferry et Brian Eno sont à l’époque les moteurs du groupe. Ils mettent en avant leur fascination pour la mode, le glamour, le cinéma et l’Art; musicalement bien sûr mais aussi au travers des pochettes d’albums pour lesquels ils font appel à des modèles qui en font la popularité. Sur l’album éponyme sorti en 1972, Kari-Ann Muller pose dans la plus pure tradition des calendar girls. 1973, ambiance nocturne pour Amanda Lear qui s’affiche en cuir moulant sur For your Pleasure. L’année suivante aux Etats-Unis Country Life sera emballé dans un film opaque car Constanze Karoli & Eveline Grunwald s’exhibent dans de la lingerie transparente. Et enfin Siren en 1975 met en scène celle qui sera l’espace d’un temps la compagne de Brian Ferry avant de le quitter pour Mick Jagger. Jerry Hall, c’est bien d’elle dont il s’agit.

Patrick BETAILLE, janvier 2013


L’intégralité de la chronique est à retrouver dans le livre:

👉  In Vinyle Veritas – Éloquence et Désaveu du Cover Art  👈


 

Julie London – Calendar Girl

Julie London: Calendar Girl 1956

 

[Extrait]: Au cours des années 50 Julie London (1926 – 2000) jouit d’une popularité considérable. En tant qu’actrice, cette californienne physiquement très intelligente, a tourné la bagatelle de 22 films dont certains aux côtés Gregory Peck et Rock Hudson. Musicalement elle connaît un succès fulgurant avec Cry me a River qu’elle interprète dans le film The Girl Can’t Help It (La blonde et moi) sorti en 1956. Cette année là également parait Calendar Girl, le deuxième opus d’une discographie riche de 34 albums. La mode est aux Pin-Up. Qu’à cela ne tienne ! La belle se retrouve mise en scène dans 12 tableaux calendaires qui détrôneraient à coup sûr les chalets enneigés et les chevaux neurasthéniques grâce auxquels les Petits Travailleurs Tranquilles nous délestent  annuellement de quelques euros. 12 poses…12 mois… Calendrier… Le concept du contenant s’applique aussi au contenu. 12 chansons, une pour chaque mois de l’année. Même pas peur ! Chaque titre intègre le mois qui lui revient de droit: 1. June in January, 2. February Brings the Rain… 12. Warm in December. Y figure même un Thirteenth Month bien négocié puisque illustré par une photo dont la suggestivité contribuera grandement à l’image de sex symbol de la dame. © photos d’illustrations de Gene Lester.

Julie London: Calendar Girl Thirteenth Month

À l’époque délicieusement dans l’air du temps, Jazzy à souhait, Calendar Girl bénéficie d’une orchestration soignée et savamment adaptée  à la voix chaude et suave qui aujourd’hui encore résonne dans certains lounges où des businessmen stressés rêvent d’un futur sans Powerpoint statisticiens. Pour conclure il convient d’ajouter que Julie London a été mariée à un certain Bobby Troop, célèbre pour avoir composé l’un des plus grands standards du Rock’n’Roll:  Route 66!!!


L’intégralité de la chronique est à retrouver dans le livre:

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Patrick BETAILLE, janvier 2013

Marcel Gotlib – Noël à Chier!

Gotlib Fluide Galcial
© Gotlib

 


C’est la couverture du numéro spécial que l’on voit chez les libraires un peu avant Noël. Elle est l’oeuvre de Marcel Gotlib. Nous sommes en 1975, le numéro 3 de Fluide Glacial vient de paraître. Énorme!


Patrick BETAILLE, décembre 2012

 

Zapping Photo – 2012 en images.

© Pablo Spencer – AFP

 

C’est de saison et tous les ans nous y avons droit, ça et là, sous une forme ou sous une autre. Louable initiative que celle de The Boston Globe qui au travers de  clichés soigneusement sélectionnés nous propose de parcourir les évènements significatifs de 2012. Un magnifique zapping en images qui nous incite à réfléchir et surtout à nous focaliser sur l’essentiel tout en passant outre l’orgie de clichés insipides et d’infos aseptisées que nous consommons quotidiennement sans même nous en rendre compte. La mémoire ne filme pas, la mémoire photographie ″ (Milan Kundera). C’est ici que ça se passe: The Boston Globe!

The Jim Jones Revue: The Savage Heart

 

Un Garage Rock rugissant façon MC5 ou Stooges première époque que ne renierait pas un Jerry Lee Lewis sous amphétamines ou un Little Richard à qui l’on annonce l’annulation de la Gay Pride. C’est ça The Jim Jones Revue ! Un déchaînement hargneux et puissant qui ferait passer des hauts fourneaux pour de vulgaires cocottes minute. Pour le coup la perfide Albion met en oeuvre des armes de destruction massive via des émissaires londoniens qui usent et abusent de guitares furieuses, de tempos sidérurgiques et de claviers déjantés. C’est sale, brut, visqueux et hystérique. Après un album éponyme en 2008 et ″Burning your House down″ en 2010, Jim Jones et sa bande de loubards reviennent dans les bacs avec ″The Savage Heart″. L’album, comme ses prédécesseurs, brille par sa concision et son efficacité mais aussi par une production magnifique. Toujours aussi allumées et rock’n’roll, les compos explorent néanmoins de nouvelles directions ; ce qui laisse présager le meilleur pour ce groupe qui vous fera sortir les couilles par les oreilles pour peu que vous ayez la chance de les voir sur scène.

Patrick BETAILLE, décembre 2012

 

L.A Guns – Golden Bullets

L.A Guns Albums Cover Art

 

Un peu d’Histoire. Dans les années 80 Tracii Guns (guitares) forme L.A Guns, un groupe de Hair Metal avec lequel il occupe la scène du Sunset Strip d’Hollywood. En 1983 Michael Jagosz, le chanteur, part en taule voir le temps qu’il y fait. Il est remplacé par Axl Rose qui quitte rapidement la formation pour monter Hollywood Rose  avec son pote Izzy Stradlin. En 1985 Axl Rose et Tracii Guns s’ acoquinent pour lancer la première mouture de Guns N’ Roses. Bon! Ca c’est fait! A moins d’être un inconditionnel du genre, disons que musicalement L.A Guns est indispensable… pour appréhender ce qui ne l’est pas. Et sinon? Ben… Il faut jeter un coup d’œil sur les titres des albums du combo (Cocked & Loaded, Sex, Booze N’ Tattos , etc…) ou s’attarder sur les intitulés de morceaux (No mercy, Sex Action, Bitch is back, etc.) pour piger le comment du pourquoi du sujet dont à propos duquel il s’agit. Allez, sautez directement à la case fuckin’ Guns & fuckin’ Roses vous gagnerez du temps. Cela dit, et pour ceux qui auraient la comprenette anesthésiée, un examen rapide de certaines  jaquettes des albums de L.A Guns devrait à coup sûr les mettre sur une piste; celle des Pin-Up. De ce côté là au moins on est servi!

Patrick BETAILLE, décembre 2012


d’autres anecdotes dans le livre:

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