Golden Earring – Moontan

 

[Extrait]: Formé en 1961 à La Haye, Golden Earring connaît très vite le succès. Entre 1969 et 1984, le groupe effectue de nombreuses tournées en Amérique. Durant cette période ils jouent avec Santana, King Crimson, Led Zeppelin, Kiss, Rush, Aerosmith et Jimi Hendrix. Moontan est leur neuvième album studio. Diffusé par Polydor en 1973, il renferme entre autres titres celui qui deviendra le plus grand succès international des bataves : Radar Love. À partir d’une photo de Ronnie Hertz, c’est une danseuse de cabaret qui tient lieu d’illustration. La Bluebell girl emplumée et lascive pose nue. Aux États-Unis, l’image est rapidement censurée. À sa place c’est désormais un gros plan sur une oreille arborant sur son lobe une créole étiquetée  » Golden Earring « .


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Patrick BETAILLE, février 2023

Platon – La Musique sous Contrôle!

Dans ″La République″, son ouvrage le plus connu et le plus célèbre portant principalement sur la justice, Platon se livre à la critique de la démocratie dans sa dégénérescence en démagogie et en tyrannie. Sous la forme de ″Dialogues″, le sage grec s’interrogeait sur des sujets tels que – par exemple – le beau, le courage ou encore… la musique. Ainsi, en l’an -425 et des briquettes, le philosophe se livrait à un constat alors largement diffusé sur les réseaux sociaux:

Ce qu’ignorait Platon c’est qu’une éternité plus tard, en un lieu proche de perpette les alouettes, son allégation se retrouverait à l’honneur en tant que fil conducteur d’un ouvrage consacré aux vinyles. Étranges, intrigantes, choquantes, sublimes ou amusantes, certaines pochettes de disques au pouvoir attractif redoutable ont été réprouvées de différentes manières. C’est bien ce dont il s’agit dans cet ouvrage de 325 pages consacré à la censure de l’imagerie qui a accompagné la musique populaire des années 60 à nos jours:


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La Polnarévolution de l’Amiral

Entre le 6 et le 22 octobre 1972, c’est la Polnarévolution à l’Olympia. Le 2 octobre, l’affiche promotionnelle de l’événement, placardée à six mille exemplaires sur les murs de la capitale, fait scandale. Sur une photo de Tony Frank, Michel Polnareff se présente en travesti, les fesses à l’air. Le syndicat des affichistes porte plainte. Le tribunal correctionnel condamne l’artiste à 60 000 francs (NDLR: 9100 euros) d’amende pour attentat à la pudeur. La somme sera réglée par la maison de disques. Sur les placards, un rectangle sera ajouté sur le joufflu polnarévien. Deux mois plus tard, après le succès de son premier show, L’Amiral décide d’ajouter quelques dates. Nouvelle affiche. Cette fois le chanteur est de face, les bras en l’air, un chapeau au niveau de l’entre-jambe. En ouverture de la nouvelle série de concerts, une danseuse du Crazy Horse déguisée en Polnareff arrive de dos et enlève le bas. Quant à l’album tiré du concert, il offre un poster tiré de l’affiche originale, non censurée.

Patrick BETAILLE, février 2023


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New York Dolls – New York Dolls

 

[Extrait]: Fringues de drag queens, platform boots, maquillage outrancier, poses lascives et avachies. C’est ainsi qu’apparaissent les New York Dolls sur la pochette de leur premier album éponyme. 1973, au cœur d’une période dominée par la musique progressive, Mercury Records signe le groupe et dévoile un disque brut de fonderie et quelque peu dévastateur. Le contenu musical produit par Tod Rundgren est aussi provocateur que l’illustration réalisée à partir d’une photo de Toshi Matsuo. Trop novateur pour l’époque, l’album se solde par un échec commercial et l’imagerie glam décadente véhiculée par les poupées new-yorkaises de David Johansen et Johnny Thunders ne fait pas l’unanimité. Sous couvert de son idéologie franquiste, l’Espagne refuse le cover art du ″Lipstick album″. Mercury Records propose alors un autre visuel composé d’un fond uni sur lequel le nom du groupe est écrit à l’aide d’un bâton de rouge à lèvres. Rétrospectivement New York Dolls sera considéré comme un élément particulièrement déterminant dans l’émergence de la mouvance punk rock.


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Patrick BETAILLE, janvier 2023

Nine Eleven – Les Interdits du Rock

 

Le 11 septembre 2001. Les attentats ayant entrainé la destruction du World Trade Center, ont été l’un des jours les plus tragiques de l’histoire de l’humanité.
Même si images, débats, polémiques diverses et variées sur fond de théories parfois complotistes ont peu à peu cédé la place à une routine quotidienne salvatrice, personne n’a oublié ce qui s’est passé ce jour-là.

Trois jours après la catastrophe, la société Clear Channel Communications fait parvenir à plus de 1100 radios nationales une liste de chansons dont la diffusion est jugée inappropriée compte tenu du contexte. Ainsi, ce listing comprenait des titres qui, de près ou de loin, faisaient référence à la violence, la guerre, les armes, la mort mais aussi aux avions, aux collisions et au… ciel.
Plus de 160 chansons se retrouvent bannies du jour au lendemain, souvent de manière absurde et sous couvert de prétextes aberrants, farfelus ou illogiques. Ainsi, d’après Clear Channel, What a Wonderful World de Louis Armstrong se retrouve censurée car trop joyeuse par rapport au désastre (Si, si!). Walk like an Egyptian des Bangles, interdite car son titre fait référence à un pays du  Moyen-Orient.
Bien évidemment, certains groupes à la réputation déjà sulfureuse n’échappent pas à la vindicte moraliste. AC/DC et ses  Shot Down in Flames, Shoot to Thrill, Highway to Hell, TNT et Hell’s Bells. Knockin’ on Heaven’s Door par Bob Dylan et Guns’ N’ Roses, Rock the Casbah des Clash, Stairway to Heaven de Led Zeppelin ou encore Jump de Van Halen. Quant à Rage Against the Machine, c’est tout le répertoire du groupe qui est condamné car globalement trop critique vis à vis de la société américaine. 

Prémonition? Live Scenes from New-York,  le triple album live de Dream Theater, sort le jour même des attentats. Sur la pochette, une pomme en feu ceinte de barbelés. En arrière plan, Manhattan,  ses Twin Towers et sa statue de la Liberté. Le disque est aussitôt retiré de la vente pour être réédité. Le logo du groupe viendra remplacer la Big Apple embrasée.


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Pink Floyd – Ummagumma

 

[Extrait]: Sorti en octobre 1969, Ummagumma consiste en un album double, composé d’une galette enregistrée en studio et d’une autre issue de deux concerts de Pink Floyd. Comme les deux précédentes (Piper at the Gates of Dawn et A Saucerful of Secrets), la pochette de l’album est conçue par Hipgnosis. Elle consiste cette fois en un montage de photos prises au sud de Cambridge dans la maison de Libby January, la petite amie de Storm Thorgerson. Sous la forme d’une mise en abyme, les musiciens posent sur quatre tableaux placés en perspective. David Gilmour est au premier plan, installé sur un tabouret. Au second plan, Roger Waters est assis par terre. Debout derrière lui, Nick Mason contemple le ciel. L’effet vache-qui-rit s’achève sur un arrière plan campagnard occupé par Rick Wright qui fait la chandelle. En bas à gauche, posée par terre contre le mur, la bande originale de Gigi, une comédie musicale de Vincente Minnelli parue en 1958. Pour des raisons de copyright, la pochette de Gigi sera remplacée par un carré blanc sur les éditions américaines de l’album.

Sur le back cover de l’album, tout l’équipement de Pink Floyd est aligné sur l’aérodrome Biggin Hill Airport de Londres. Deux roadies prennent la pose. Il s’agit de Alan Stiles et Peter Watts. Quatre plus tard ce dernier apportera sa contribution à Dark Side of the Moon. Les rires sur Brain Damage (Dark Side of the Moon 1973)  c’est lui!…

Patrick BETAILLE, juin 2022


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Andy Warhol – The Velvet Underground & Nico

 

[Extrait]: Voilà un album qui a la banane ! À la fin des sixties, le Velvet Underground joue souvent au sein de la Factory d’Andy Warhol. L’artiste, subjugué par les prestations du groupe, décide de produire le premier album de Lou Reed et John Cale, accompagnés au chant par une actrice mannequin allemande : Christa Päffgen, dite Nico. The Velvet Underground & Nico est commercialisé le 12 mars 1967 et c’est bien le nom du peintre et non celui du groupe qui est mis en avant. À l’époque Warhol ne se contente pas que de la production ; c’est aussi lui qui s’occupe de l’élaboration de la pochette. Pour ce, il fait appel au designer Craig Braun afin de développer les moyens techniques nécessaires à la mise en œuvre du concept dit de La Banane. L’idée consiste à coller un sticker qui, une fois ôté, laisse apparaître une banane rose à connotation phallique. ″Peel slowly and see″ (épluche lentement et mate). La rumeur prétend même qu’ il y aurait du LSD dans la colle du sticker. La distribution de l’album illustré par cette allégorie se prolonge jusqu’en 1971. Par la suite, c’est une simple impression du motif qui, de fait, entraîne la disparition de l’autocollant et donc, du fruit rose. Au dos de la pochette, un cliché du danseur Eric Emerson, une autre figure de la Factory. L’image, exploitée sans autorisation, déclenche une action en justice de la part de l’intéressé. Verve Records doit retirer le disque de la vente pour le ressortir en juin sous une autre forme. La photographie incriminée est alors masquée par un encart : ″ The Velvet Underground and Nico produced by Andy Warhol ″.

Patrick BETAILLE, mai 2022


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Camel – Mirage

 

[Extrait]: Paru en 1974, le deuxième disque de Camel a été élu comme l’un plus grands albums de rock progressif de tous les temps. Mirage est sans doute l’album le plus connu du groupe britannique. Musicalement d’abord, grâce notamment aux ambiances folk, rock et jazz sophistiquées, parfois teintés de metal, mais aussi et surtout à cause de son cover art. Malgré les apparences, le choix du nom Camel n’a rien à voir avec un hommage quelconque au vaisseau du désert qu’est le Camelus dromedarius. En fait c’est bien de cigarettes dont il s’agit; celles de la Reynolds Tobacco Company que les musiciens apprécient et consomment sans modération. Ainsi, pour le visuel de Mirage, l’agence de design Modula détourne délibérément l’image de l’emballage du cigarettier américain. Soupçonné de promouvoir la marque, la formation du Surrey doit immédiatement faire face à une levée de boucliers. Pour l’industrie musicale, question marketing, il est très mal vu de faire l’apologie du tabac, et ce, même au cours des années 70. De son côté, Reynolds Tobacco n’apprécie pas du tout l’utilisation de son logo et le sort réservé à l’emblématique ″Old Joe″. Au final, sur la version américaine de Mirage, c’est un dragon ailé qui fait partir en fumée le paquet de clopes de l’édition originale.


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Patrick BETAILLE, février 2022

Tulaviok – Dèche à la Ch’touille

 

[Extrait]: Hiver 1984, à Uzès dans le Gard, une bande de potes gamberge à propos d’un nom évocateur et provoc pour leur groupe. À l’époque, les méfaits de Thierry Paulin – le ″tueur des vieilles dames″ – tournent en boucle sur les antennes. ″TUE LA VIOCQ″ surgit comme une évidence et est adopté à l’unanimité avant de devenir, après quelques concerts sur le circuit du rock alternatif, TULAVIOK. Partant du principe que le rock reste l’ultime manifestation païenne, le combo punk s’en donne à cœur joie. Enregistré à Montpellier, leur premier album sort en 1987 sur leur propre label: Bollock’s Produktion. Distribué par New Rose, Dèche à la Cht’ouille (labellisé Queue Pon Paillard et Queue Rock au dos de la pochette) est un concentré de paillardises dans lequel le vin, le sexe et la fête sont à l’honneur. Sur des rythmes aussi déjantés qu’une bacchanale, c’est la naissance de la Zob Musik! Paradoxalement, ce brûlot de punk grivois ne sera pas censuré. Par contre, son packaging va défrayer la chronique. En cause, le sexe turgescent de 38 cm qui jaillit à l’ouverture de la pochette double…

BANDE OF ROCK’ N’ ROLL ! L’organe en question fut fixé à la main par le groupe et quelques amis sur les 5000 exemplaires de la première édition de Dèche à la Ch’touille, référencée ZOB 001. Au recto, ambiance nocturne; un poivrot gît sur le pavé aux pieds d’une catin version gonflable. Au verso, la même prostituée entourée des six musiciens grimés en poupées sexuelles, bouches ouvertes. Les textes sont manuscrits sur l’enveloppe du vinyle labellisé ZOB 01-A : FESSE NANA en Face A et ZOB 01-B : FESSE MEC sur la Face B. ″Ami artiste, réalise toi même ton pochoir en découpant les parties hachurées avec ta lame″. Ainsi est présenté le Paf Gadget offert avec l’album. En 2009, sur la réédition vinyle en double LP de Dirty Punk Records, le pop-up érectile disparaît. Un sexe dessiné et enrichi des paroles occupe désormais l’intérieur de la pochette trifold. ″ On joue mal, vite, fort et faux, on est heureux ! ″. C’est Tulaviok qui le dit.

Patrick BETAILLE, janvier 2022


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Scorpions – Pure Instinct

 

[Extrait]: Kolossal! In Trance en 75, Virgin Killer en 76, Taken by Force en 78, Lovedrive en 79, Animal Magnetism en 80 et Love at First Sting en 84. Scorpions reste sans conteste le groupe pop rock dont les pochettes d’albums ont été les plus controversées et censurées.

Dixit Klaus Meine, le treizième album des hardos teutons était sensé être un paquet de dynamite à mèche courte. En réalité, paru en 1996 et destiné à séduire le plus grand nombre, Pure Instinct n’est qu’un album conçu, formaté et produit en mode MTV à des fins de diffusion radiophonique. Ach! Mauvaise pioche! Globalement l’album est mal reçu par le public qui n’apprécie guère, ni l’orientation musicale, ni la production clinquante des onze titres. Pour ne rien arranger, la censure jette une fois de plus son dévolu sur l’allégorie imaginée par Jo Mirowski. Sur le cliché de Gered Mankowitz, des animaux sauvages contemplent une famille en cage. C’est un rejet catégorique au pays de l’Uncle Sam. À plus forte raison si, derrière les barreaux, les homo sapiens sont exhibés dans leur plus simple appareil. Pour palier à l’incongruité et au cynisme de la situation, le cover art de Pure Instinct sera banni aux USA, remplacé par un montage photo de 4 des 5 membres du groupe (NDLR: il manque le batteur) affichant une fougue hélas absente des compositions.


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Patrick BETAILLE, septembre 2021