The Darkness – Dreams on Toast

 

Huitième album studio pour cette formation britannique qui distille depuis toujours un rock de qualité. Aujourd’hui, The Darkness persiste et signe en remettant au goût du jour les codes du heavy metal et du glam rock. Iconoclaste par essence, Dreams on Toast propose donc un patchwork étonnamment éclectique. Rock And Roll Party Cowboy ouvre l’album avec un véritable hommage au heavy rock à l’énergie brute et aux solos tranchants. Avec I Hate Myself  Justin Hawkins se prend pour Russell Mael des Sparks pour s’ancrer cette fois dans une veine glam réjouissante. Queen première époque ne renierait certainement pas ce Hot On My Tail aux accents folk de ’39 (A Night at the Opera) qui offre un bon moment de calme avant un entêtant Mortal Dread aux accents classic rock. Don’t Need Sunshine, une ballade rock des plus classiques riche en harmonies vocales et arrangements classieux. 

Le reste du disque ressasse la formule, chacun des morceaux répondant de près ou de loin aux influences évoquées précédemment. Il faut néanmoins retenir le mid tempo enjôleur de Don’t Need Sunshine et un The Longest Kiss aux faux airs de pop bubblegum nourrie de vocalises expressives et de guitares cristallines. Quant à The Battle For Gadget Land, voilà une autre pépite énergique aux accents métal qui prend au passage des tournures stoner. Cold Hearted Woman: guitare acoustique, tambourin, banjo et fiddle sont de sortie pour une ballade moderne dans l’Ouest américain. Dreams On Toast s’achève sur Weekend In Rome, un titre conçu comme une musique de film avec des voix parlées accompagnées d’une orchestration grandiloquente qui installe une atmosphère totalement décalée. Véritable épilogue émotionnel à contrepied, ce dernier morceau souligne la capacité du quatuor à sortir brillamment de son registre habituel pour séduire la plupart avec un album foisonnant et réussi.

Patrick BETAILLE, avril 2025

Gyasi – Here Comes The Good Part

 

À l’origine du projet, le chanteur/guitariste Gyasi Heus qui, du fin fond de la Virginie Occidentale, s’est construit à travers diverses expériences. Ses parents lui ont transmis leur passion pour le blues, le Jazz et la world music. Par la suite l’artiste a découvert les Stones, Hendrix et a développé une passion pour le rock psychédélique et le glam rock de Bowie et de T.Rex.

Un premier album, Androgyne, parait en 2019 et offre un melting-pot de ces influences auxquelles viennent s’ajouter des touches de pop, de folk et d’un hard rock à la sauce Led Zep. 

Le deuxième album de Gyasi (prononcer Jah-See ou Jossi) paru récemment, s’épanouit lui aussi dans une fusion de glam vintage et de rock brut, où cohabitent riffs, rythmes soutenus et chant puissant. Toujours ancré dans l’approche rock flamboyant, la production du disque est bien étoffée et les arrangements sont suffisamment audacieux pour créer une alchimie immédiate et puissante qui insuffle de la nouveauté dans un genre qui a fait ses preuves depuis fort longtemps.

Here Comes The Good Part est un voyage intéressant dans le passé et le futur du rock. L’approche audacieuse et le style de Gyasi alliés à la technique d’un groupe efficace donne naissance à un album à la fois classique et avant-gardiste. Même les fans des New York Dolls devraient trouver leur bonheur dans cet équilibre – entre tape-à-l’œil et intensité brute – qui possède déjà sa propre identité.

Patrick BETAILLE, mars 2025

Jethro Tull – Ruminant

 

Au regard du nombre de musiciens qui sont passés dans ses rangs et compte tenu du nombre d’albums publiés, on peut affirmer sans hésiter que Jethro Tull fait partie de ces institutions garantes de la qualité de la musique populaire, la vraie! Quasiment 60 ans que Ian Anderson promène sa flute sur les scènes du monde entier pour promouvoir cette espèce rock conceptuel et inclassable imprégné de musique classique, de folklore celtique, de blues et de rock progressif aux touches parfois heavy.

Après un gros passage à vide au cours des années 80, le Tull est parvenu plus tard à redonner espoir aux fans de la première heure avec deux albums solides parus successivement en 2022 et 2023: The Zealot Gene et RökFlöte. En 1976, sur une jambe perchée, Anderson chantait qu’il était trop vieux pour faire du rock ‘n’ roll mais trop jeune pour mourir. Pour preuve, nous voici en 2025 avec ce Curious Ruminant entre les oreillesPuppet and the Puppet Master annonce la couleur du retour aux sources avec un rythme soutenu, des guitares acoustiques et des échanges entre l’orgue Hammond de John O’Hara et la guitare de Jack Clark qui s’exprime à merveille sur le titre qui suit en apportant son nom à l’album. Bien sûr, il y a la flûte, si caractéristique et omniprésente qui domine et illustre notamment Dunsinane Hill et The Tipu House. On retrouve également dans ce 23ème album de la mandoline, de l’accordéon, du piano et beaucoup de guitares acoustiques révélatrices d’un retour aux racines folk du groupe. La voix de Ian est toujours aussi rauque et l’écossais fait preuve d’un lyrisme à nul autre pareil. Toutes les compositions sont concises, carrées, efficaces; de belle manière, elles vont à l’essentiel. Seule exception, Drink From The Same Well qui dure près de 17 minutes et qui n’est pas sans rappeler les magnifiques envolées de Thick As a Brick. Quelques accords de guitare acoustique pour Interim Sleep le dernier morceau. Ambiance pesante, nappage de clavier, flute subtile. Ian Anderson ne chante pas, il parle, avec en fond des pulsations qui finissent par s’éteindre car il s’agit d’exprimer le décès d’un être cher. Émouvant! 

À 77 ans Ian Anderson n’a pas encore dit son dernier mot. Inspiration et créativité sont le lot de ses dernières productions discographiques. Plus encore sur ce Curious Ruminant passionnant et musicalement très abouti.

Patrick BETAILLE, mars 2025

Thundermother – Dirty & Divine

 

Exclusivement féminin et mené par la guitariste suédoise et membre fondatrice Filippa Nässil, Thundermother est parvenu à s’imposer jusqu’à décrocher en 2020 le prix du meilleur groupe de hard rock aux Gaffa Awards. ″ Nous nous battons pour le rock’n’roll ″ c’est le leitmotiv des filles qui tiennent leur promesse avec ce Dirty & Divine. Le hard rock qui puise son inspiration chez AC/DC et Motörhead bénéficie ici d’une touche toute personnelle. Dès la première note, ce sixième opus livre exactement ce qu’annonce le titre : des riffs bruts et des chœurs plaisants, le tout sous couvert d’une énergie honnête qui ne faiblit pas. Les dix titres ont le punch électrisant et honnête que l’on aime dans ce genre de musique C’est fort, c’est impétueux et c’est vraiment jubilatoire. Peu importe le nombre de fois où le rock sera déclaré moribond; il y aura toujours un groupe qui cherchera à prouver le contraire. Thundermother y parvient!

Patrick BETAILLE, mars 2025

Spiders – Sharp Objects

 

Depuis leurs débuts en 2012, ces suédois se sont forgés une réputation d’ambassadeurs d’un rock qui réchauffe en s’inspirant d’un passé agrémenté d’une touche de modernité. Spiders revendiquent haut et fort leurs influences. Blues, boogie, heavy rock et même new wave) suintent de Flash Point (2012), Shake Electric (2014) et Killer Machine (2018), les précédents albums. Avec Sharp Objects,  le groupe explore un nouveau territoire imprégné d’un garage rock qui sur fond de riffs ravageurs battrait au rythme de la new wave du début des années 80. Étant donné qu’aucun des 11 morceaux ne dépasse les quatre minutes, le groupe livre un album à la fois familier et imprévisible qui semble avoir été enregistré dans un seul but : divertir. Imaginez que, dans les années 70, Status Quo aurait eu Debbie Harry comme chanteuse et vous comprendrez. Ou pas. Blondie est manifestement une référence assez évidente avec au chant Ann-Sofie Hoyles qui livre ici une excellente interprétation. Les guitares old school sont une véritable force tout au long de cet album soigneusement produit et très accrocheur qui ne se contente pas de rendre hommage à l’histoire du rock; il l’entraîne dans le présent avec un joli petit coup de pied au cul. Sharp Objects ne changera pas votre vie mais il offrira du piquant à vos soirées avec des titres énergiques qui donnent l’impression d’avoir été faits pour être joué fort. Très fort!

Patrick BETAILLE, février 2025

The Hellacopters – Overdriver

 

Trois après Eyes of Oblivion qui mettait fin à une pause amorcée en 2008, les métalleux suédois reviennent avec un nouvel album studio: Overdriver. L’occasion rêvée pour The Hellacopters de célébrer dignement 30 ans de bons et loyaux services rendus au rock énergique sous influence seventies. Sans pour autant laisser de côté un genre grâce auquel il a pu acquérir les faveurs du public, le gang nordique semble cette fois s’orienter vers quelque chose d’un peu plus classique certes, mais imprégné de sophistication et d’efficacité. Token Apologies et son intro tonitruante semble tout à fait adapté à une ouverture de concert. I Don’t Wanna Be Just A Memory est clairement influencé par une power pop à la fois énergique et classieuse grâce à laquelle le quintet parvient à maitriser sa fougue de la plus belle des manières. Soldier On, un beau mid tempo ponctué par des parties piano qui collent à merveille à l’ensemble. Retour aux sources avec Wrong Face On, Doomsday Daydreams et Faraway Looks, archétypes d’un classic rock vitaminé dans lequel Nicke Andersson et sa bande excellent. 

Au premier abord, Overdriver et ses 11 titres est peut-être moins facile à aborder que son prédécesseur mais ça n’est qu’une apparence derrière laquelle il faut savourer une belle constance, du talent et un soupçon d’originalité, même si…

À condition d’y prêter une oreille attentive on se laisse vite emporter par un ensemble harmonieux, des refrains convaincants et des guitares explosives. Pour ceux chez qui le doute subsisterait encore je conseille Leave A Mark qui clôture le débat en remettant l’église au milieu du village. 

Patrick BETAILLE, février 2025

Thin Lizzy – The Acoustic Sessions

 

En mai 1984, Thin Lizzy se sépare après avoir laissé un beau marque-page dans le livre de l’histoire du rock. C’est deux ans plus tard que, victime de nombreux excès, Phil Lynott disparait à jamais en laissant derrière lui un vide que les fans de l’époque auront bien du mal à combler. Et voilà qu’en 2025, quarante ans après la sortie de Thunder and Lightning, arrivent the Acoustic Sessions, un album composé des versions dépouillées des morceaux qui ont nourri la notoriété du combo irlandais formé à Dublin en 1969. Pour en arriver là, la batterie d’époque de Brian Downeyes et les voix originales de Phil Lynott ont été associées à de nouvelles parties de guitare de Eric Bell, membre fondateur présent au sein de la formation jusqu’en 1973. Raison pour laquelle l’intégralité des titres viennent des sessions des trois premiers albums auxquels le guitariste a participé: Thin Lizzy en 1971, Shades of a Blue Orphanage en 72, et Vagabonds of the Western World paru en 1973.

Whiskey In The Jar, Eire, Mama Nature Said, Here I Go Again, l’essentiel y est, y-compris Slow Blues qui rend hommage à Gary Moore qui avait rejoint la formation suite au départ de Bell. Chaque morceau est une version revisitée des originaux. Soutenu par une production bien équilibrée, Eric Bell a fait un travail remarquable et il parvient à nous offrir une approche différente et jouissive, bien loin des resucées mercantiles. The Accoustic Sessions est bien un nouvel album qui est à Thin Lizzy ce que le MTV Unplugged est à Nirvana! 

Patrick BETAILLE, février 2025

Becoming Led Zeppelin – Le Film, Enfin!

 

Le sujet avait été évoqué ici même en août 2021. Déjà à l’époque, le premier documentaire officiellement autorisé sur Led Zeppelin affichait un retard de deux ans. Ce coup-ci, les choses ont l’air d’avancer. La sortie de Becoming Led Zeppelin est planifiée pour le 7 février et la bande annonce est d’ores et déjà disponible. On y voit Robert Plant, Jimmy Page et John Paul Jones évoquant la formation du groupe sur fond de Whole Lotta Love. Le trailer s’achève sur un extrait d’interview du batteur John Bonham: ″ La première fois que nous avons joué ensemble, c’était stupéfiant ″ dit-il. ″ C’était comme un cadeau du ciel. Pas vrai?! ″. 

Patrick BETAILLE, décembre 2024

Steve Hill – Hanging on a String

Steve Hill a passé des décennies à définir ce que signifie d’être un groupe de blues rock à lui tout seul. Hanging On A String est probablement un aboutissement. Faute de mieux, le canadien est considéré comme l’un des guitaristes les plus prolifiques au pays de Couillu le Caribou. Également chanteur, auteur, compositeur et homme orchestre, celui qui a commencé à jouer dans les bars à 16 ans et qui est devenu pro à 18 ans, est aujourd’hui une force musicale à ne surtout pas sous-estimer. Enregistré au Studio 606 de Dave Grohl et produit par Darrell Thorp (Foo Fighters, Radiohead), ce treizième album est aussi raffiné que brut. Il est de ce bois dont on fait les cabanes qui doivent résister aux assauts du temps. 8 rondins impeccables, bruts, taillés à la hache par le bucheron de service qui joue de tous les instruments. Du titre éponyme à la reprise du When the Music is Over des Doors, ce disque est un véritable assaut musical. Amateurs de sirop d’érable passez votre chemin. 

Patrick BETAILLE, novembre 2024

Warren Haynes – Million Voices Whisper

 

Warren Haynes est de retour et après neuf ans d’absence en studio, le guitariste de Gov’t Mule et de l’Allman Brothers Band affiche clairement sa volonté d’explorer de nouveaux horizons. Joués avec un groupe exceptionnel, les onze (14 en version Deluxe) titres de Million Voices Whisper établissent un équilibre subtil entre blues, funk et soul. Le disque débute par These Changes, co-écrit avec Derek Trucks. Tout en légèreté, le morceau brille d’un magnifique dialogue de guitares qui n’est pas sans rappeler l’époque où le duo dialoguait au sein des Allman Brothers. Day Of Reckoning offre des accents country à ce qui ressemble à un blues rock mené à plusieurs voix.  L’ambiance Muscle Shoals prend vraiment vie sur un Go Down Swinging tout de cuivres nourri. You Ain’t Above Me débute en blues lent et va crescendo vers un final au cours duquel Haynes livre un beau solo et se laisse aller en donnant une belle puissance à sa voix. This Life As We Know It impressionne par son côté enjoué et accrocheur. Retour de Derek Trucks sur une ballade chargée d’émotion avec Real, Real Love dans lequel Warren rend hommage à son ami défunt, Gregg Allman. Funky time now! Dans le genre, Lies, Lies, Lies se présente comme une jam époustouflante au cours de laquelle le travail à l’orgue de John Medeski est aussi lumineux que la partition du guitariste à la wah-wah. Quant à Kevin Scott, le bassiste et compère au sein de Gov’t Mule depuis 2023, il est monstrueux avec un groove et une finesse dignes d’un Jaco Pastorius! Incontestablement le grand moment de Million Voices Whisper qui s’achève sur Terrified et Hall Of Future Saints tout aussi funky et classieux, offrant quelque chose d’unique de la part de Warren Haynes qui maîtrise son sujet mieux que jamais. Son solo sur From Here On Out devrait convaincre les plus sceptiques.

Patrick BETAILLE, novembre 2024