Trois ans après When You See Yourself , les rockers sudistes drivés par Caleb Followill sont de retour avec Can We Please Have Fun. Trois années de pause dont les Kings Of Leon ont profité pour passer chez Capitol sans pour autan trop changer d’orientation musicale. Sans révolutionner le genre ou surprendre les fans, cet album continue de fleurer bon le sud des Etats-Unis en offrant un rock à la fois simple et arty qui, parfois, ne délaisse pas pour autant les ambiances garage. C’est là que réside l’ambiguïté de cet album : d’un côté un retour aux racines rock avec Mustang ou Hesitation Gen, de l’autre un combo qui donne l’impression de se perdre dans des exercices stylistiques un peu vains, au risque de décevoir les fans de la première heure. Sur le fond comme sur la forme, le disque est dans la retenue, sans vraiment de fulgurance. Reste que l’ensemble des 12 titres brille par des qualités mélodiques évidentes et des interprétations efficaces. Alors? Peut-on s’amuser avec ce neuvième opus des ″ Southern Stokes ″? La réponse est oui et, sans pour autant marcher au plafond, l’on peut au moins prétendre à 45 minutes de détente.
Saul Hudson est un excellent guitariste. Saul Hudson n’a plus rien à prouver. Saul Hudson peut tout jouer. Ceci admis, certains s’étonneront pourtant de constater que la dernière production studio de l’homme au gibus soit entièrement consacrée au blues. Et pourtant. Déjà en 1996, en rupture de Guns’ N’ Roses et avant les aventures Slash’s Snakepit et Velvet Revolver, Slash avait monté l’éphémère Blues Ball, un groupe de reprises de titres de rock, de rhythm & blues et de… blues. Déjà. Orgy on the Damnedn’est donc pas fondamentalement une énorme surprise. Par contre, question setlist, les grands du blues sont à l’honneur: Robert Johnson (Crossroad Blues), Willie Dixon (Hoochie Coochie Man), Lightnin’ Hopkins (Awful Dream), Albert King (Born Under a Bad Sign), Howlin’ Wolf (Killing Floor), T-Bone Walker (Stormy Monday). Key to the Highway (Stevie Wonder), Papa Was a Rollin’ Stone (The Temptations ), Oh Well (Fleetwood Mac) et The Pusher (Steppenwolf) animent également cette fête à laquelle participe quelques pointures du gotta de la scène blues rock.
Chris Robinson, Gary Clark Jr, Billy Gibbons, Chris Stapleton, Dorothy, Iggy Pop, Paul Rodgers, Demi Lovato, Brian Johnson et Steven Tyler. Ce dernier – en soutien à un Brian Johnson plus qu’honnête au chant – se fend d’un beau petit solo d’harmonica sur killing Floor. Bien sûr, certains titres et interprètes émergent du lot. C’est le cas de Billy Gibbons sur un Hoochie Coochie Man gras à souhait et de Demi Lovato qui offre un version mémorable de Papa Was A Rolling Stone. À retenir surtout cette version torride de Stormy Monday chantée par une Beth Hart impériale et habitée. ″ Tout le monde aime jouer avec Beth parce qu’elle est cette nana férocement émotive qui donne tout lorsqu’elle chante ″, c’est Slash himself qui le dit. ″ Bordel de merde, c’était mortel! C’est Beth qui le dit à la fin du morceau.
Ce sixième opus du guitariste hors Guns N’ Roses ce distingue haut la main des albums de reprises habituels gravés au cours de réunions pince-fesses sans âme et purement alimentaires. On retrouve évidemment la maestria du guitariste dans des solos inspirés, parfaitement dosés et passionnément exécutés. En aucun cas les autres musiciens ne sont écrasés et l’ont constate que les vocalistes sont à l’honneur grâce à une production aux petits oignons, parfaite et sur mesure pour ce genre d’album. Pendant plus d’une heure, l’écoute de cette Orgie des Damnés est plus que plaisante. Jusqu’au dernier morceau, Metal Chestnut, une composition instrumentale sympathique et subtile par et à l’image du maître de cérémonie en quelque sorte.
Le 8 mai 2023, Sum 41 annonçait qu’il se séparerait après la sortie d’un dernier album. Nous y voilà! Heaven :x: Hell, le skud en question est dans les bacs et, depuis janvier 2024, le groupe assure une tournée mondiale qui s’achèvera en janvier 2025 au pays de Couillu le Caribou. En la circonstance et question studio, le combo canadien n’a pas fait les choses à moitié. Un double album et 20 titres partagés à part égales sous la forme de deux thématiques. Heaven offre une collection de 10 morceaux de pop punk énergique fidèle à une identité sonore nourricière d’un succès qui n’est plus à prouver. Pour preuve Bad Mistake et Johnny Libertine aux refrains accrocheurs, comme une invite à foncer tête baissée. À l’inverse, Hell passe la démultipliée avec un heavy metal plus brut, plus sombre et plus acéré. En témoignent Stranger In These Times et surtout I Don’t Need Anyone qui déboule sur un groove de basse hypnotique pour s’achever sur solo de guitare aussi tranchant que la lame d’une guillotine.
Chaque section de ce double LP est impeccablement conçue et il est parfois difficile choisir entre le Paradis et à l’Enfer, sauf à se dire que grâce à une reprise martiale de Paint it Black l’on peut opter pour une voie alternative susceptible de fusionner l’ensemble. Tout au long de 27 années d’une carrière remarquable, les canadiens ont constamment démontré des compétences musicales solides, affirmant ainsi leur statut de groupe parmi les plus estimés et doués de leur génération. Pour un chant du cygne, Heaven :x: Hell mérite un immense respect à l’égard du savoir-faire de Sum 41 qui nous offre là un cadeau d’adieu généreux des plus estimables.
15 ans! Certains n’y croyaient plus, d’autres les attendaient avec impatience. Si l’on fait abstraction de Croweology (une espèce de best of revisité) en 2010 et de Wiser for the Time (un double live de la tournée 2010), The Black Crowes n’avaient rien produit depuis l’excellent Before the Frost/Until the Freeze paru en 2009. Tout ceci à cause de difficultés relationnelles suivies d’un clash entre les frères Robinson. 15 ans d’attente pour pouvoir savourer ce Happiness Bastards, premier véritable album annonciateur d’un nouveau départ pour Chris et Rich Robinson. Pour ce neuvième opus studio, les américains jouent la carte de l’efficacité avec dix titres totalisant une quarantaine de minutes de classic rock qu’ils maitrisent parfaitement. Démarrage en trombe avec Bedside Manners et Wanting and Waiting, puissance au groove imparable et aux guitares entêtantes qui deviennent sublimes sur Rats and Clowns. Des cuivres et des chœurs pour un Dirty Cold Sun aux accents soul. De la slide et de l’harmonica pour un Bleed It Dry qui s’impose en tant que joyaux heavy blues. Difficile de ne pas tomber sous le charme de Flesh Wound énergique, simpliste mais tellement mélodieux et efficace. Seule exception à la règle, Wilted Rose, une ballade sur laquelle la chanteuse country Lainey Wilson vient poser sa voix. Happiness Bastards est un album couillu qui mérite que l’on s’y attarde, ne serait-ce que pour accompagner la fratrie Robinson dans leur processus de réconciliation créative.
″ • Charles-Edouard?! D’où vient cette proéminence qui déforme le pantalon de votre costume Fursac?! Veuillez m’expliquer je vous prie! • Marie-Chalotte mon amie, sachez que je viens d’écouter un disque ma foi étonnant! Celui-là même qui m’a été confié par l’abbé Molle. • Soit, grand bien vous fasse mon bon, mais ne craignez-vous pas de causer du tort à notre caste en vous affichant dans cet état?! • Mais que nenni ma mie! Diantre, fichtre, foutre, je bande et me voilà prêt pour une saillie mémorable. Seriez-vous prête à y consentir? • Eh bien soit! Procédez céans mon cher, mais prestement . Je vous rappelle que Hughes et Anne-Sophie doivent se joindre à nous pour le thé ″.
« Amis de le grivoiserie, du rock paillard et du rock tout court, Booonsoaaar! Les Ex-Tulaviok vous salueeent! « . C’est par ces mots qu’est annoncée la couleur mais surtout, le retour sur scène de ce qu’il reste de ce groupe de rock franchouillard qui participa aux riches heures de la scène punk hexagonale du milieu des années 80, aux côté des Sheriff bien sûr, mais aussi de OTH, ou des Kidnappers. Et j’en passe. Plus qu’un best of de Dèche à la Ch’touille (1987) et Q sec (1988), ce concert, enregistré en mai 2023 sur la scène de La Moba à Bagnols-sur-Cèze, est un hymne à l’humour speed d’un genre trop souvent et trop longtemps sous-estimé. Des Filles de Camaret à Va Vomir Ton 4 heures en passant par Gros Dégueulasse (hommage à Reiser-NDLR) et Nina, la poupée qui fait Non, les 16 titres de punk paillard qui composent ce Tulaviok is Alive dégueulent de joie, de punch et d’énergie. Le son et le mix de ce skud autoproduit sont tout simplement surprenants. Attention, c’est le printemps! Loulou Laviok et sa suite bandent encore. Ça joue vite, ça titille les rotules et stimule les zygomatiques. De quoi tourner le dos à la sinistrose ambiante! ″ Si c’est fort, tant-pis pour vous.C’est com’ ça et on s’en fout! ″, c’est ″ Boober ″ qui le dit! En Cd ou en Vinyle, le disque est disponible Ici: Dirty Punk Records.
Vous vous rendez compte? Cette année, Agostino Arturo Maria Ferrari aurait fêté ses 90 ans si Nino Ferrer en avait décidé autrement. Un jour de 1998, en plein mois d’août, une détonation retentit dans le Lot, près de Montcuq. Dans l’indifférence quasi générale d’une France encore en train de célébrer sa victoire à la coupe du monde de football, c’en était fini du chanteur des Cornichons, de Mirza et du Télefon. Il allait fêter ses 64 ans. Vous vous rendez compte? Mis à part les fans de la première heure qui appréciaient et apprécient encore cet artiste touche-à-tout sensible à l’humour original, aux propos pertinents ou acerbes et au comportement à la fois romantique et rebelle, seuls ces trois titres restent à jamais gravés dans la mémoire collective. Vous vous rendez compte? TROIS! Allez, quatre si l’on compte Le Sud, son dernier tube qui remonte déjà à plus de deux décennies. Pourtant, le chanteur a laissé un œuvre prolifique, entre jazz, rhythm’n’blues, soul, rock psychédélique et folk. Une bonne quinzaine d’albums, pas moins de 200 titres qui, pour la plupart, restent méconnus!
À l’occasion des 25 ans de la disparition Nino et à l’initiative des fils de Ferrer, Universal a publié trois compilations thématiques: Nino Rebel, Nino Dandy et Nino Groovy. Ces doubles Best Of comprennent chacun 40 titres. Point commun, les 20 premiers morceaux sont les mêmes quel que soit le thème [on se demande bien pourquoi mais bon, le marketing à ses raisons que la raison ignore]. Autre point commun, les trois disques sont illustrés par Loustal. Et ça c’est pas rien non plus!
Les divas de l’auto-tune vous donnent des envies de suicide? La soupe radiophonique et télévisuelle vous en touche une sans faire bouger l’autre? Le Viens Poupoule d’André Verchuren vous hérisse? La Symphonie N°5 d’Arthur Honegger vous fait autant d’effet qu’un pet de lapin sur une toile cirée?
Le remède existe. Si, si! Le choix, bien qu’assumé, est bien évidemment relatif, partial et subjectif. Il a juste pour ambition d’entretenir l’espoir que le rock n’est pas encore mort et de prouver que, contre vents et marées, de talentueuses volontés mettent beaucoup de conviction et d’énergie pour que leur passion et leur plaisir deviennent nôtres. Bien sûr, le débat reste entier et ouvert mais il doit obéir à une constante et une seule: ″ La musique c’est comme la vie, ça se respire ″ (Francis Zegut). La discothèque idéale est chroniquée ici: Rock’n’Roll Bordel!
Depuis sa formation en 2012, ce groupe britannique a su se tailler une solide réputation, nourrie de 2014 à 2020 par trois albums aux influences sérieusement seventies et entretenue en 2017 et 2018 par de nombreux concerts. The Struts ont d’ailleurs eu l’occasion de faire les premières parties des Who, de Guns N’ Roses, de Mötley Crüe et des Foo Fighters dont le leader Dave Grohl a eu l’occasion de déclarer: ″ The Struts sont le meilleur groupe qui a ouvert pour nous ″. Pas trop étonnant. Heavy rock parfois teinté de glam ou de pop. Gros son, riffs calibrés, concision, sens de la mélodie et spontanéité flamboyante donnent au quatuor l’occasion d’offrir à son auditoire quelques instants jubilatoires jusqu’alors chasse gardée de Slade et Aerosmith. The Struts ont du style et ils le prouvent avec ce Pretty Vicious énergique, efficace et accrocheur. À l’écoute des onze titres, les plaisirs varient sans jamais tomber dans la caricature et le mauvais goût. Tout pour le rock et rien que pour le plaisir.
Ni bon, ni mauvais le nouvel album des Stones mais il soulève beaucoup (trop?) de questions . Que fait Lady Gaga dans cette galette? Aurait-elle la prétention de concurrencer Merry Clayton ou Lisa Fischer? Loupé! Stevie Wonder, Elton John, Paul MaCartney, fallait-il les inviter? Pour les noms? Ils sont si discrets! Jagger en fait-il trop? Oui, mais ça on a l’habitude. Que ne ferait-on pas pour prouver qu’à 80 balais on est toujours rock? Quitte à user et abuser de l’autotune!
Ni surprenant, ni enthousiasmant, Hackney Diamonds est-il un diamant? Non, juste un zircon qui malgré quelques éclats (merci qui? Merci Keith!) finira dans les bacs à soldes des supermarchés. Mais bon, que l’on se rassure, en 60 ans de carrière les Pierres qui Roulent ont commis pire, bien pire! Cet opus sera-t-il le prétexte à remplir les stades du monde entier avant que cette machine de guerre ne se produise que sous forme d’hologrammes? Probablement. En tout cas le FC Barcelone arbore déjà le ″ Tongue-and-Lip ″ sur ses maillots. Toujours ça de pris?
Mes esgourdes en mode veille depuis et à cause de Black and Blue (1976, une paille!) se sont rouvertes à l’écoute du dernier des 12 titres: Rolling Stone Blues. D’accord, il s’agit d’une reprise de Rollin’ Stone de Muddy Waters, le morceau à partir duquel Brian Jones a décidé du nom à adopter pour le groupe. Un hommage bienvenu qui prouve – au même titre que le précédent Blue & Lonesome paru en 2016 – que les ″ Glimmer Twins ″ n’ont jamais été aussi bons que quand ils retournent aux sources. De là à poser Hackney Diamonds sur l’étagère? Non! J’ai plus de place. Ou alors il faudrait que je vire Beggars Banquet ou Sticky Fingers ou Exile. Hors de question! Surtout pour avoir à supporter cette horreur de cover art!
The Dead Daisies est un groupe de hard rock qui envoie du bois coupé en Australie. C’était du moins le cas quand en 2012 Jon Stevens et David Lowy, respectivement chanteur et guitariste originaires de Sidney décident de se lancer dans l’aventure. De nombreux changement de line-up, ont vu passer Marco Mendoza (Whitesnake / Thin Lizzy), Dizzy Reed (Guns N’ Roses), Darryl Jones (Rolling Stones), John Tempesta (The Cult), Doug Aldrich (Whitesnake), John Corabi (Mötley Crüe), Glenn Hughes (Black Country Communion et Deep Purple) et Tommy Clufetos (Rob Zombie & Black Sabbath). Aujourd’hui le combo est essentiellement composé de musiciens américains et n’a plus grand chose à voir avec ses origines. Le seul membre australien restant étant le fondateur et guitariste David Lowy, désormais accompagné de Brian Tichy (drums), John Corabi (vocals), Doug Aldrich (guitar) et Michael Devin (bass). Après 7 albums et 10 ans après la sortie du premier, le quintet débarque avec un nouveau disque. Appelons un chat un chat, surtout quand c’est marqué sur l’étiquette. Un Best Of! Vous savez ce truc de fainéants à but lucratif. Sauf que là non! 18 morceaux qui passent en revue l’intégralité d’albums excellents dans lesquels il n’y a rien à jeter surtout s’agissant des deux derniers, Holy Ground (2021) et Radiance (2022). En prime et en plus, deux inédits, juste pour prouver que les gars en ont encore sous le pied: The Healer et Let It Set You Free. Voilà, vous savez ce qu’il vous reste à faire. Moi c’est fait!