Larkin Poe – Bloom

 

Il est de ces formations dont on ne se lasse que très difficilement. C’est le cas de Larkin Poe qui, album après album, atteste le talent des sœurs Lovell: Rebecca (chant et guitare) et Megan (chœurs et lap steel guitar). Depuis 2013, le duo n’a cessé de rendre hommage à la musique du Deep South avec un mélange jouissif de blues, d’americana et de rock sudiste. Coproduit par Tyler Bryant, Bloom reflète à merveille toute la force créative des filles d’Atlanta. D’emblée, ce huitième album studio s’impose avec Mockinbird, Easy Love Part1 et Little Bit qui, entre blues et ballades, ne font pas les chose à moitié question feeling. En mode blues rock Bluephoria monte en puissance juste avant que les vumètres ne s’affolent sur Nowhere Fast, If God Is a Woman et surtout Pearls, un titre étourdissant qui, gorgé de riffs et de pulsations, déchire tout sur son passage. Dans Easy Love part 2, You Are The River et Bloom Again, folk et folk rock sont à l’honneur en apportant une touche d’émotion. Quels que soient les genres, les Larkin Poe les transcendent avec un talent et une habileté indéniables en explorant les contrées musicales qui leur sont chères. En navigant entre douceur et puissance, Rebecca et Megan nous offrent un album riche et captivant que l’on savoure  à chaque écoute !

Patrick BETAILLE, mai 2025

 

James Brown – I Feel Good

 

[Extrait]: Yvonne Fair était l’une des choristes, favorite et protégée, de James Brown. Pour elle, le chanteur a écrit et produit I Found You, une chanson enregistrée et publiée en juin 1962. Enceinte de l’artiste, Yvonne donnera naissance à une fille…
En 1964, James Brown reprend I Found You et la remet au goût du jour pour en faire ce qui deviendra sa chanson signature et un slogan célèbre : I Feel Good… L’enregistrement a lieu en mai 1965 aux Criteria Studios de Miami, là-même où les Eagles graveront Hotel California et Derek and the Dominos Layla. Sorti en single par King Records en octobre, I got You (I Feel Good) se hisse au sommet des charts R&B, où il reste pendant six semaines et atteint la troisième place du Hot 100. Le meilleur score de ″ The Godfather of Soul ″ dans ce classement. La version originale de 1964 ne comprenait aucune partie guitare. Lorsque Brown la refait en 1965 il en ajoute et en profite pour renforcer les cuivres. Pour soutenir le groove, il donne aussi plus de corps aux cris et onomatopées qui ponctuent les paroles vantant les bienfaits d’être amoureux…
Point trop de poésie mais le chant saccadé et monosyllabique colle à merveille à la partition et au rythme. Un véritable coup de maître. Homme de spectacle par excellence et proche de ses racines africaines, ″ Mr Dynamite ″ est perçu comme le représentant de l’identité du peuple noir et devient immensément populaire. Paradoxalement, c’est aussi au cours de cette période qu’il s’offre un jet privé et se fait construire un château fort avec pont-levis et douves…


L’intégralité de la chronique est à retrouver dans le livre:
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Patrick BETAILLE, mai 2025

Chris Hardy – Short Sharp Shocked

 

Américaine née au Texas, compositrice et militante engagée, Michelle Shocked a mené une vie itinérante aux États-Unis et en Europe tout au long des années 1980. Short Sharp Shocked est son deuxième album sorti en août 1988. La photographie de la chanteuse qui figure sur le cover art a été prise par Chris Hardy du journal San Francisco Examiner. On y voit Michelle brutalisée par des policiers lors d’une manifestation contre les entreprises qui financent les campagnes du Parti Républicain. L’événement s’est déroulé à San Francisco pendant la convention nationale démocrate de 1984.

Nota: Pour la pochette du disque publié par Mercury, le cliché a été recadré, la position de la tête de Michelle modifiée et les yeux de l’agent de contention ont été masqués par des lunettes de soleil ajoutées à l’aérographe. Voir la photo originale de Chris Hardy: Michelle Shocked.

Patrick  BETAILLE, mai 2025


d’autres chroniques à retrouver dans le livre:

👉  In Vinyle Veritas – Éloquence et Désaveu du Cover Art  👈


 

Anthny Gomes – Praise the Loud

 

Tronche de killer hurlant, Gibson Flying V fumante pointée vers le ciel, d’emblée le message est clair: le mec il n’est pas là pour enfiler des perles. Ce guitariste canadien est pour moi une découverte prescrite par un mien expert en trucs qui hérissent les poils de la guitare. Anthony Gomes s’y connait en 6 cordes et c’est toute son énergie qu’il déverse aux pieds du blues rock, du hard rock et du metal. Question voix le gars ne fait pas dans la dentelle non plus avec un clonage des cordes vocales de Rod Stewart (Love Song Gone Wrong) et celles de Billy Gibbons (Praise the Loud), le tout dégrossi à la râpe à bois puis mixé au pili-pili. Le vaste répertoire vociférant de Gomes rend parfois aussi hommage à ses pairs tels que Free (Inside Out) ou AC/DC (Electric Blues Crusade). Who cares! En 12 titres Praise the Loud est véritablement une expérience électrisante, délivrée avec virtuosité, décontraction et un savoir faire redoutable de la part de ce power trio.
D’entrée, le titre éponyme frappe très fort en juxtaposant riffs puissants et solo explosif à la wah-wah. Pour la suite, la même recette est appliquée, y compris sur des morceaux mid tempo comme Netflix and Chill. En juxtaposant guitares massives, chant puissant et rhythmique impeccable de la part de ses deux acolytes (le bassiste Jacob Mreen et le batteur Chris Whited), Anthony Gomes parvient à ouvrir la frontière entre le blues et le rock en saupoudrant largement les genres d’incandescence. En ce sens, In the Name of the Blues et son jeu de guitare exceptionnel est probablement le plus représentatif de ce processus. Même tarif, même punition pour Electric Blues Crusade au solo de guitare jouissif et exceptionnel d’audace. L’album s’achève comme il a commencé sur Blame on Rock and Roll, un hard rock plombé de chœurs entêtants.
Praise the Loud est convaincant. Le genre est assuré de prospérer tant que des artistes comme Anthony Gomes seront là pour entretenir la flamme!

 

Ally Venable – Money & Power

 

Ally Venable a pratiqué le chant dès son plus jeune âge, découvert la guitare à 12 ans et n’en avait que 14 lors de la sortie de Wise Man, son premier EP de 7 titres. De cordes en micros la texane a passé la dernière décennie à se faire une place dans un monde musicalement dominé par les hommes. Très influencée par Stevie Ray Vaughan et Samantha Fish, la guitariste et chanteuse a été nominée en 2018 pour le prix du meilleur nouvel artiste aux Blues Awards. Il n’en fallait pas plus pour qu’elle fasse partie en 2019 de la Blues Caravan de Ruf Records (sa maison de disques) et que Kenny Wayne Shepard l’embarque en première partie de sa tournée de 2021. L’ascension de Venable a donc été fulgurante. Après le succès de Real Gone, N°1 du Billboard blues en 2023, et la reconnaissance par le magazine Total Guitar comme l’une des 100 meilleures guitaristes de blues, l’artiste revient avec un sixième album dans lequel elle confirme vouloir repousser les limites de son art.

Sans être forcément révolutionnaire, Money & Power est un album de blues rock audacieux et agressif qui réveille et satisfait les attentes. Brown Liquor ouvre les hostilités en compagnie de  Christone ″ Kingfish ″ Ingram venu livrer un furieux solo. Changement d’ambiance avec Maybe Someday et son ambiance soul portée par la voix et les cuivres. L’album explose avec le titre éponyme, précis, direct et cinglant porté par un solo à la wah wah de haute volée. Suit Do you cry, un slow blues viscéral au cours duquel la puissance de la voix et un solo d’anthologie vous font sortir les roustons par les oreilles. Même recette mais accélération du tempo sur un Heal Me qui précède Stopper Back Papa qui vient prouver les talents de la dame dans un style plus funky.  Legends, Keep In Mind, Unbreakable irréprochables eux aussi. Stepping Stone et Feel That Thing, puissants et énergiques mais aux ambiances plus atmosphériques et envoutantes. C’est sur Black Cat, un titre fringant emprunté à Janet Jackson, que s’achève Money & Power avec lequel Ally Venable affiche son ambition de vouloir s’imposer à l’avant-garde d’un blues rock puissant et équilibré.

 

Johnny Kidd – Shakin’ All Over

 

[Extrait]: Chanteur et guitariste anglais de rock’n’roll, Frederick Heath fait ses débuts en jouant du skiffle… C’est en 1959 qu’il adopte le pseudo de Johnny Kidd – en référence au pirate écossais William Kidd – et qu’il se produit sous le nom de Johnny Kidd and the Pirates…
À la différence des artistes de l‘époque qui reprennent les titres en vogue chez les rockers américains, le quatuor préfère chasser sur les terres du rhythm & blues en reprenant Bo Diddley ou Arthur Alexander. En mai 1959, HMV publie un premier 45 tours, Please Don’t Touch, et l’année suivante, le 13 mai, l’équipage entre dans les studios d’Abbey Road et enregistre Shakin’ all Over, un rock’n’roll mid-tempo frissonnant à souhait.

Le single est publié en juin 1960 – toujours sur le label HMV – et atteint la première place du hit-parade britannique le 4 août. Grâce à ce succès, le quatuor appareille. Cap sur les tournées avec Vince Taylor et Gene Vincent. En 1961 changement de line up avec l’arrivée de Mick Green (guitare) et Johnny Spence (basse). En 1962, nouvelle tournée avec Jerry Lee Lewis cette fois…
Johnny Kidd and The Pirates ont eu finalement une longue influence qui survécut au trépas du chanteur dans un accident de la route le 7 octobre 1966. Même pas dix ans de carrière mais Shakin’ all Over restera à jamais un classique, repris de nombreuses fois, notamment par les Who, les Flamin’ Groovies, Billy idol, Iggy Pop ou Suzy Quatro…

 

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Patrick BETAILLE, mai 2025

L.A. Guns – Leopard Skin

 

En ce printemps 2025, L.A. Guns, les vétérans du sleaze rock californien nous gratifient de leur quinzième album studio. Leopard Skin témoigne de pas loin de 40 années de bons et loyaux services au cours desquelles le groupe a toujours fait preuve d’une énergie sans faille pour entretenir la flamme d’un heavy rock simple et efficace. Les dix titres de ce nouvel album – le quatrième depuis le retour aux affaires des membres fondateurs Phil Lewis (chant) et Tracii Guns (Guitare) – offrent une ambiance baignée à la fois de nostalgie et d’inventivité. Dès le premier morceau, Taste It, on retrouve avec plaisir la signature sonore qui a fait la renommée du quintet de Los Angeles: des riffs tranchants, une rythmique entraînante et la voix puissante de Phil Lewis. Lucky Motherfucker vient confirmer la tendance en y ajoutant à mi-course une touche funky et un break étonnant d’originalité. Pas de baisse de régime avec The Grinder, Intense et crasseux avec ses solos de slide. Hit And Run est un mid tempo moins bourrin mais irrésistible. Rien à voir toutefois avec le déjanté Don’t Gimme Away. Lui aussi en mode mid tempo, I’m your Candy Man précède l’étonnant Runaway Train [Rien à voir avec le titre de Soul Asylum – NDLR], une incursion country and western acoustique. Follow The Money s’inscrit dans la lignée des classiques du hard rock avec guitares en veux-tu en voilà et déclamations voraces. Dans la série  » on sait faire aussi des ballades  » c’est le moment de The Masquerade. Intro acoustique, profusion de cordes avant que ne débraque la fée électricité et ses lignes mélodiques dans la plus pure tradition power ballad des eighties. Avec If You Wanna, l’album s’achève comme il a commencé; avec le même punch.
Même s’il ne bouscule pas les codes, Leopard Skin est l’occasion d’apprécier l’honnêteté et l’efficacité de ces Guns encore et toujours prêts à défourailler pour entretenir leur légende, y compris en faisant appel à l’artiste peintre Kahla Lewis pour un cover art des plus attractifs.

 

Marbles – Only One Woman

 

[Extrait]: Ce sont les Bee Gees qui ont composé le titre qui a lancé la carrière très éphémère du duo anglais The Marbles. Les frères Gibb ont également apporté leur contribution à l’enregistrement. Barry jouait de la guitare et Maurice, du piano et de la basse sur le single sorti sur en août 1968…
Le texte évoque un amour passé. Le protagoniste ne possède qu’une seule photo de celle qu’il aime. Il remue ciel et terre pour la retrouver car pour lui elle est la seule, l’unique, celle qui occupe une place dans son cœur…
Only one Woman atteindra le Top 5 au Royaume-Uni et sera l’unique succès de ses interprètes qui mettront fin à leur collaboration en 1969 pour entamer des carrières en solo. Après un unique album, Trevor Gordon deviendra professeur de musique…

Pour Graham Bonnet c’est une autre histoire. Alors que Ronnie James Dio vient de quitter Rainbow, Ritchie Blackmore auditionne bon nombre de chanteurs potentiels. Sans succès. C’est Roger Glover qui propose celui avec qui il avait déjà bossé auparavant. Bonnet sera finalement accepté. De 1978 à 1979, passage éclair pour le nouveau chanteur de l’Arc-En-Ciel. Le temps d’un seul album: Down to Earth.


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Patrick BETAILLE, mai 2025

Who – Won’t Get Fooled Again

 

[Won’t Get Fooled Again – Album: Who’s Next – 1971]: Je rendrai hommage à la nouvelle constitution. Je me prosternerai devant la nouvelle révolution. Je me contenterai des changements annoncés. Comme hier, je jouerai de la guitare. Puis, je m’agenouillerai et prierai pour que nous ne nous fassions pas avoir une fois de plus.

Patrick BETAILLE, mai 2025

Ghost – Skeletá

 

Les hasards de l’actualité donnent parfois aux événements une dimension quasi surnaturelle. Le 21 avril, le pape François partait au plus haut des cieux histoire de voir si j’y étais déjà. Quatre jours après, la nouvelle tombe sur les téléscripteurs de la chapelle Sixtine: Habemus papam! Sans la moindre fumée blanche, la nomination du nouveau pape Papa Emeritus V n’a bien sûr rien à voir avec la succession du Saint-Père argentin. Il ne s’agit que de la énième incarnation de Tobias Forge, le leader masqué de Ghost, groupe de metal suédois qui, depuis  2010, gère ses albums comme une saga théâtrale axée sur l’occulte et le mystique.

Dernier opus en date, Skeletá ne déroge pas à la règle. Mélant rock FM estampillé eighties (Peacefield, Cenotaph, Marks of the Evil One), hard rock classieux (Satanized, De Profundis Borealis, Missilia Amori) et prog rock (Lachryma, Excelsis) parfois imprégné de pop symphonique, les Nameless Ghouls (les gueules Anonymes – NDLR) accompagnent avec talent le prédicateur de service dans ses sermons grandiloquents. D’accord, l’ensemble n’est pas sans rappeler les riches heures de Toto ou Journey, mais qui oserait s’en plaindre? Une chose est sûre, musicalement la qualité est au rendez-vous. Pour preuve, Guiding Lights, ballade lente baignant dans une instrumentation luxuriante au service d’une voix à la fois céleste et ardente. Quant à Umbra, c’est probablement le plus de ce sixième album. Refrain magnifique, rhythmique hypnotique, dialogues claviers/guitares, voix profonde et puissante, tout y est. Un coup de génie, la recette imparable pour soulever les stades. En se penchant sur les textes, l’analyse vaudrait certainement son pesant d’hosties mais là je n’ai pas le temps; j’ai un rencart à Lourdes avec Bernadette.

Kitch Skeletá? Peut-être. En tous cas bougrement efficace, admirablement produit et doté d’un cover art sublime que l’on doit à un illustrateur polonais répondant au nom de Zbigniew M. Bielak. Ite missa est, allez en paix!

Patrick BETAILLE, avril 2025