Silver Convention – Save Me

 

[Extrait]: Silver Convention est un groupe de funk/soul/disco originaire d’Allemagne de l’Ouest. L’ensemble vocal féminin lancé à Munich en 1974 connaît rapidement un énorme succès international avec ses trois premières productions studio. Dès lors et pour répondre aux exigences des prestations scéniques devenues indispensables à la conquête du public, la formation se professionnalise, se renforce et doit se résoudre à plusieurs changements de line-up. Le premier album intitulé Save Me sort en 1975. Le designer et photographe Ken Ley est à l’origine de l’artwork sur lequel un buste de femme nue laisse deviner l’existence d’une paire de menottes. La nudité à connotation sadomasochiste pose problème à certains pays qui font le choix de n’afficher que la paire de pinces sur fond noir, en conservant toutefois l’image offerte sous forme de poster géant. À contrario, Polydor France fait appel au cliché d’origine pour illustrer le LP. Au recto, les mains menottées dissimulent l’entrejambe du modèle. Au verso, c’est la poitrine incriminée qui est à l’honneur. L’image segmentée illustre également le single Save Me et son remix Save Me Again, sur le 45 tours au format 7 pouces: la preuve en image!


L’intégralité de la chronique est à retrouver dans le livre:

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Patrick BETAILLE, juin 2025

Carolyn Wonderland: Truth Is

 

Carolyn Wonderland a ceci d’exceptionnel qui consiste à prouver que le blues n’est ni simpliste, ni unidimensionnel.  Son treizième album – le deuxième sur le label Aligator – couvre presque tous les genres, de la country au gospel, du rock au boogie-woogie en passant par le blues. Chanteuse, compositrice, guitariste et multi-instrumentiste, cette artiste a fréquenté quasiment tout le gotta de la musique américaine, John Mayall, Townes Van Zandt et Buddy Guy compris. Il n’est donc pas étonnant de percevoir avec délectation des influences diverses à l’écoute des 12 titres joliment rythmés par des claviers et des parties guitares qui classent la dame parmi les meilleurs musiciens de country blues. Et puis il y a cette voix puissante qui ne lâche rien en offrant une étendue extraordinaire aux compositions. Sooner or Later et son jeu de lap steel guitar. I Ain’t Going Back à la sauce blues funky. Rock en mode shuffle éblouissant pour Truth Is (mon préféré) et Tattoos As His Talisman. Teinte soul aux intonations jopliniennes période Pearl pour un Let’s Play a Game poignant. Whistlin’ Past The Graveyard Again à la lisière du blues et de la country. Piano virevoltant sublime sur Blues for Gene et un It Should Take aux accents louisianais. Direction les Caraïbes avec Deepest Ocean Blue. Flowers in Bloom débute tout en douceur et va crescendo pour laisser libre cours à une performance vocale énorme.

Truth Is c’est ça: un pot-pourri de haute volée qui reflète la classe, le talent et le feeling incontestables d’une musicienne d’exception.

Patrick BETAILLE, juillet 2025

 

Status Quo – Quo Live!

 

Quo Live est le premier album en public de Status Quo. Il est sorti le 1er mars 1977 sur le label Vertigo Records et a été produit par le groupe. Ce double LP a été enregistré avec le studio Rolling Stones Mobile à l’Apollo Theatre de Glasgow, lors des trois concerts des 27, 28 et 29 octobre 1976. Véritable tournant dans la carrière du groupe ce brulot de boogie rock frénétique a déjà fait l’objet de rééditions remastérisées en 2005 et, en 2014, sous la forme de 4 cd incluant des extraits de concerts australiens.

Marketing oblige, en prenant en compte le fait que Francis Rossi n’ait jamais été vraiment satisfait du son de l’album original et que récemment des masters aient été exhumés par hasard, voici qu’arrive le graal qui devrait combler de bonheur les fans du quatuor anglais.

Dans un coffret de 8 CD on retrouve l’album original, fraîchement remasterisé, mais aussi les 3 prestations écossaises dans leur intégralité et remixées à partir du son des 24 pistes sources. Bien évidemment et mises à part des subtilités au niveau de l’interprétation de la part de musiciens métronomiques patentés, la set list ne varie pas d’un soir à l’autre. Raison pour laquelle l’objet s’adressera essentiellement aux inconditionnels. Les autres – ceux qui possèdent les vinyls ravagés jusqu’au fond des sillons ou ceux qui ont déjà investi dans les rééditions – se laisseront peut-être tenter par les informations regroupées dans le livret inclus dans le contenant. Ils auront raison! Des notes de Dave Ling (auteur et fondateur de Classic Rock Magazine) révèlent les dessous de la création du disque et de son impact lors de sa sortie et, en supplément de commentaires et de photos inédites, un article d’Andy Gamble (AVP Studios) dévoile les processus de mastering et d’ingénierie sonore. 

Seule ombre au tableau: le packaging. Avec un tarif de plus de 100 euros, la valeur historique de ce document sonore aurait mérité un emballage moins cheap et surtout une conception mieux adaptée à la manipulation des cd.

Woo-Ooh-Ooh-Ooh-Ooh! - Wow-Ooh-Ooh-Ooh-Ooh!

Patrick BETAILLE, juin 2025

The Dead Daisies – Lookin’ For Trouble

 

The Dead Daisies sortent de leur zone de confort au sein de laquelle ils pratiquent un rock énergique qui leur réussit plutôt bien. Même pas peur! Avec Lookin’ for Trouble, les australo-américains se jettent à corps perdu dans un genre sur lequel beaucoup avant eux se sont cassés les chicots: le blues high octane! Histoire de remettre l’église au cœur du village, ce nouvel album a été enregistré dans les studios Fame de Muscle Shoals en Alabama. C’est depuis ce lieu mythique que le quintet rend un hommage appuyé à des compositeurs ou interprètes qui ont définitivement marqué l’histoire de la musique populaire grâce à des classiques intemporels. Jugez plutôt: I’m Ready (Muddy Waters) – Going Down (Freddy King) – Boom Boom (John Lee Hooker) – Black Betty (Lead Belly) – The Thrill Is Gone (B.B. King) – Born Under A Bad Sign (Albert King) – Crossroads (Robert Johnson) – Sweet Home Chicago (Robert Johnson) – Walking The Dog (Rufus Thomas) et Little Red Rooster (Howlin’ Wolf).

Le groupe ne se contente pourtant pas de resucées honnêtes de standards vénérés. Ils prennent parfois aussi le risque de mettre à mal les préceptes du blues en trois accords sur douze mesures. Le chant puissant de John Corabi et les interventions virtuoses du guitariste Doug Aldrich à la slide offrent à l’ensemble une dimension particulière à la musique du diable. Aucune faute de goût non plus de la part de David Lowy (guitar), Michael Devin (bass) et la nouvelle recrue Sarah Tomek (drums) qui viennent prouver avec efficacité qu’eux aussi sont là pour péter la gueule aux fantômes et faire se lever de sa chaise n’importe quel cul de jatte.

En dix titres électrifiés par la puissance et l’assurance sur lesquelles ils ont bâti leur réputation, The Dead Daisies font de chaque morceau un amalgame de feeling, d’audace et de férocité en offrant à Lookin’ For Trouble un blanc-seing pour laisser le blues venir percuter le heavy rock de plein fouet. Juste histoire de chercher des ennuis en tentant de mettre fin à la querelle des anciens et des modernes.

Patrick BETAILLE, juin 2025

Poison – Open Up and Say… Aah!

 

[Extrait]: Open up and Say… Ahh ! est le deuxième album de Poison, groupe de hard rock américain originaire de Pennsylvanie. À sa parution en1998, certaines entités s’insurgent à propos de la pochette. Le montage, composé à partir d’une photo de Neil Zlozower, leur semble par trop agressif et tendancieux. Sur fond noir, gros plan en rouge sur une femme hirsute, mi-démon, mi-tigresse. Dotée d’une langue dont la longueur ferait pâlir de jalousie un certain Gene Simmons, elle pose toutes griffes et incisives dehors. Bien plus étrange que sexuel ou satanique, le visuel devient sujet à polémiques. Sous la pression, il subit un formatage qui ne laisse apparaître que les yeux de la créature méphistophélique. Considéré comme un album typique du glam metal de la fin des années 1980, Open Up and Say… Ahh ! est moins sous influence heavy metal que son prédécesseur. Every Rose Has Its Thorn, un titre aux accents country, deviendra le seul hit numéro un de Poison. Certifié platine cinq fois aux États-Unis, le disque se vendra à huit millions d’exemplaires.


L’intégralité de la chronique est à retrouver dans le livre:

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Patrick BETAILLE, juin 2025

Larkin Poe – Bloom

 

Il est de ces formations dont on ne se lasse que très difficilement. C’est le cas de Larkin Poe qui, album après album, atteste le talent des sœurs Lovell: Rebecca (chant et guitare) et Megan (chœurs et lap steel guitar). Depuis 2013, le duo n’a cessé de rendre hommage à la musique du Deep South avec un mélange jouissif de blues, d’americana et de rock sudiste. Coproduit par Tyler Bryant, Bloom reflète à merveille toute la force créative des filles d’Atlanta. D’emblée, ce huitième album studio s’impose avec Mockinbird, Easy Love Part1 et Little Bit qui, entre blues et ballades, ne font pas les chose à moitié question feeling. En mode blues rock Bluephoria monte en puissance juste avant que les vumètres ne s’affolent sur Nowhere Fast, If God Is a Woman et surtout Pearls, un titre étourdissant qui, gorgé de riffs et de pulsations, déchire tout sur son passage. Dans Easy Love part 2, You Are The River et Bloom Again, folk et folk rock sont à l’honneur en apportant une touche d’émotion. Quels que soient les genres, les Larkin Poe les transcendent avec un talent et une habileté indéniables en explorant les contrées musicales qui leur sont chères. En navigant entre douceur et puissance, Rebecca et Megan nous offrent un album riche et captivant que l’on savoure  à chaque écoute !

Patrick BETAILLE, mai 2025

 

James Brown – I Feel Good

 

[Extrait]: Yvonne Fair était l’une des choristes, favorite et protégée, de James Brown. Pour elle, le chanteur a écrit et produit I Found You, une chanson enregistrée et publiée en juin 1962. Enceinte de l’artiste, Yvonne donnera naissance à une fille…
En 1964, James Brown reprend I Found You et la remet au goût du jour pour en faire ce qui deviendra sa chanson signature et un slogan célèbre : I Feel Good… L’enregistrement a lieu en mai 1965 aux Criteria Studios de Miami, là-même où les Eagles graveront Hotel California et Derek and the Dominos Layla. Sorti en single par King Records en octobre, I got You (I Feel Good) se hisse au sommet des charts R&B, où il reste pendant six semaines et atteint la troisième place du Hot 100. Le meilleur score de ″ The Godfather of Soul ″ dans ce classement. La version originale de 1964 ne comprenait aucune partie guitare. Lorsque Brown la refait en 1965 il en ajoute et en profite pour renforcer les cuivres. Pour soutenir le groove, il donne aussi plus de corps aux cris et onomatopées qui ponctuent les paroles vantant les bienfaits d’être amoureux…
Point trop de poésie mais le chant saccadé et monosyllabique colle à merveille à la partition et au rythme. Un véritable coup de maître. Homme de spectacle par excellence et proche de ses racines africaines, ″ Mr Dynamite ″ est perçu comme le représentant de l’identité du peuple noir et devient immensément populaire. Paradoxalement, c’est aussi au cours de cette période qu’il s’offre un jet privé et se fait construire un château fort avec pont-levis et douves…


L’intégralité de la chronique est à retrouver dans le livre:
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Patrick BETAILLE, mai 2025

Chris Hardy – Short Sharp Shocked

 

Américaine née au Texas, compositrice et militante engagée, Michelle Shocked a mené une vie itinérante aux États-Unis et en Europe tout au long des années 1980. Short Sharp Shocked est son deuxième album sorti en août 1988. La photographie de la chanteuse qui figure sur le cover art a été prise par Chris Hardy du journal San Francisco Examiner. On y voit Michelle brutalisée par des policiers lors d’une manifestation contre les entreprises qui financent les campagnes du Parti Républicain. L’événement s’est déroulé à San Francisco pendant la convention nationale démocrate de 1984.

Nota: Pour la pochette du disque publié par Mercury, le cliché a été recadré, la position de la tête de Michelle modifiée et les yeux de l’agent de contention ont été masqués par des lunettes de soleil ajoutées à l’aérographe. Voir la photo originale de Chris Hardy: Michelle Shocked.

Patrick  BETAILLE, mai 2025


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Anthny Gomes – Praise the Loud

 

Tronche de killer hurlant, Gibson Flying V fumante pointée vers le ciel, d’emblée le message est clair: le mec il n’est pas là pour enfiler des perles. Ce guitariste canadien est pour moi une découverte prescrite par un mien expert en trucs qui hérissent les poils de la guitare. Anthony Gomes s’y connait en 6 cordes et c’est toute son énergie qu’il déverse aux pieds du blues rock, du hard rock et du metal. Question voix le gars ne fait pas dans la dentelle non plus avec un clonage des cordes vocales de Rod Stewart (Love Song Gone Wrong) et celles de Billy Gibbons (Praise the Loud), le tout dégrossi à la râpe à bois puis mixé au pili-pili. Le vaste répertoire vociférant de Gomes rend parfois aussi hommage à ses pairs tels que Free (Inside Out) ou AC/DC (Electric Blues Crusade). Who cares! En 12 titres Praise the Loud est véritablement une expérience électrisante, délivrée avec virtuosité, décontraction et un savoir faire redoutable de la part de ce power trio.
D’entrée, le titre éponyme frappe très fort en juxtaposant riffs puissants et solo explosif à la wah-wah. Pour la suite, la même recette est appliquée, y compris sur des morceaux mid tempo comme Netflix and Chill. En juxtaposant guitares massives, chant puissant et rhythmique impeccable de la part de ses deux acolytes (le bassiste Jacob Mreen et le batteur Chris Whited), Anthony Gomes parvient à ouvrir la frontière entre le blues et le rock en saupoudrant largement les genres d’incandescence. En ce sens, In the Name of the Blues et son jeu de guitare exceptionnel est probablement le plus représentatif de ce processus. Même tarif, même punition pour Electric Blues Crusade au solo de guitare jouissif et exceptionnel d’audace. L’album s’achève comme il a commencé sur Blame on Rock and Roll, un hard rock plombé de chœurs entêtants.
Praise the Loud est convaincant. Le genre est assuré de prospérer tant que des artistes comme Anthony Gomes seront là pour entretenir la flamme!

 

Ally Venable – Money & Power

 

Ally Venable a pratiqué le chant dès son plus jeune âge, découvert la guitare à 12 ans et n’en avait que 14 lors de la sortie de Wise Man, son premier EP de 7 titres. De cordes en micros la texane a passé la dernière décennie à se faire une place dans un monde musicalement dominé par les hommes. Très influencée par Stevie Ray Vaughan et Samantha Fish, la guitariste et chanteuse a été nominée en 2018 pour le prix du meilleur nouvel artiste aux Blues Awards. Il n’en fallait pas plus pour qu’elle fasse partie en 2019 de la Blues Caravan de Ruf Records (sa maison de disques) et que Kenny Wayne Shepard l’embarque en première partie de sa tournée de 2021. L’ascension de Venable a donc été fulgurante. Après le succès de Real Gone, N°1 du Billboard blues en 2023, et la reconnaissance par le magazine Total Guitar comme l’une des 100 meilleures guitaristes de blues, l’artiste revient avec un sixième album dans lequel elle confirme vouloir repousser les limites de son art.

Sans être forcément révolutionnaire, Money & Power est un album de blues rock audacieux et agressif qui réveille et satisfait les attentes. Brown Liquor ouvre les hostilités en compagnie de  Christone ″ Kingfish ″ Ingram venu livrer un furieux solo. Changement d’ambiance avec Maybe Someday et son ambiance soul portée par la voix et les cuivres. L’album explose avec le titre éponyme, précis, direct et cinglant porté par un solo à la wah wah de haute volée. Suit Do you cry, un slow blues viscéral au cours duquel la puissance de la voix et un solo d’anthologie vous font sortir les roustons par les oreilles. Même recette mais accélération du tempo sur un Heal Me qui précède Stopper Back Papa qui vient prouver les talents de la dame dans un style plus funky.  Legends, Keep In Mind, Unbreakable irréprochables eux aussi. Stepping Stone et Feel That Thing, puissants et énergiques mais aux ambiances plus atmosphériques et envoutantes. C’est sur Black Cat, un titre fringant emprunté à Janet Jackson, que s’achève Money & Power avec lequel Ally Venable affiche son ambition de vouloir s’imposer à l’avant-garde d’un blues rock puissant et équilibré.