John Fogerty – Legacy

 

Après plusieurs décennies de batailles juridiques avec Fantasy Records, John Fogerty a finalement obtenu les droits d’édition de son catalogue. Mais il a aussi réalisé que jamais il ne possèderait les enregistrement originaux de Creedence Clearwater Revival. Qu’à cela ne tienne! Même si à 80 ans le chanteur-guitariste-compositeur n’a plus rien à prouver, il a fait le choix de relever le défi: réenregistrer une bonne partie des marqueurs de la musique américaine. Legacy, le bien nommé Creedence Clearwater Revival Years, regroupe 20 classiques du groupe revisités en famille. Une bonne parie de la tribu Fogerty s’est retrouvée en studio pour finaliser le projet pour le moins exigeant. Shane est à la guitare et à la basse, Tyler à la guitare, à la basse et aux claviers et Kelsy à la batterie. Malgré les ans, la voix de John n’a rien perdu et les gosses assurent à merveille pour honorer leur héritage avec une précision métronomique. Au point qu’à quelques détails minimes près l’on croirait entendre Up Around the Bend, Proud Mary, Travelin’ Band, Bad Moon Rising, Born on the Bayou, Fortunate Son et tous les autres interprétés à la grande époque par Doug Clifford, Stu Cook et Tom Fogerty qui aujourd’hui déclare:  » Soit on est complètement différent, soit on fait de son mieux pour sonner exactement pareil. C’était un challenge passionnant, dit-il en ajoutant:  ″ Pendant la majeure partie de ma vie, je n’ai pas été propriétaire des chansons que j’avais écrites. Les récupérer change tout « .

Aussi bons soient-ils, ces nouveaux enregistrements sont-ils meilleurs que ceux de feu Creedence Clearwater Revival ? Franchement non mais on s’en fout. Avec ces John’s Versions, Legacy permet de renouer avec les titres de l’un des plus remarquables groupes de l’histoire du rock et ses cinq albums classés dans le Top Ten entre 1968 et 1970.

Patrick BETAILLE, août 2025

 

Céré – Made In Rock’n’Roll

 

Pau, en bas à gauche sur la carte de France. Pau, préfecture du département des Pyrénées-Atlantiques. Pau, son beth ceu, sa vue sur les Pyrénées, sa garbure, son roi Henry, quatrième du nom, et son François, notre… Premier Sinistre.
Et puis à Pau il y a aussi un haut dignitaire du wok’N’wol. Bien qu’ayant déjà eu l’occasion d’exprimer tout le bien que je pense de Didier Céré et de sa musique, une question subsiste. Bordel! Comment fait-il?
Presque cinquante ans que ce rocker pur et dur traine sa gouaille, ses tiags et ses guitares sur les routes de Navarre et d’ailleurs. Que ce soit avec les Rebels, Abilène, les Bootleggers ou en solo, contre vents et marées et musicalement très bien entouré, Didier a toujours diffusé la bonne parole en faisant preuve d’une énergie et d’une sincérité qui ne trompent pas. Pour preuve, sur sa route il a eu l’occasion de croiser les cordes avec des grands, y compris en ouvrant pour des pointures telles que Calvin Russel, Moon Martin, Toto, ZZ Top ou Johnny Halliday. Entre autres.
Moi qui pensais qu’après une bonne dizaine de disques, ce Rock Rebel paru en 2021 signifiait peut-être la fin d’une histoire discographique, je me suis magistralement foutu l’accordeur dans l’œil. Tant mieux! Le vieux rocker n’a pas tout dit! Les 11 titres du tout nouveau Made in Rock’n’Roll ont été enregistrés et mixés à Pau et – s’cusez du peu – mastérisés à Austin Texas.  Le Did reprend et adapte en français Breathless (Bad Bad Boy s’habille en Blouson noir), Brian Setzer (Radiation Ranch devient Le Rade des Zombies et Bruce Springsteen (pour Fire c’est Je Suis Toqué). Il rend aussi hommage à Johnny avec une version de Génération Perdue sorti en 1966. Quant au morceau qui offre son titre à l’album il s’agit ni plus ni moins que de Let the Good Times Roll de JD McPherson.
En plus de Jeremy Mondou (guitare) et Mickael Mazaleyrat (Harmonica), l’incroyable noyau dur des Bootleggers est renforcé par un aéropage de talents incontestés: Fred Chapelier, Neal Black et le canadien Redd Volkaert aux guitares, Red Young et Larry Telford de Point Blank aux claviers (les sudistes apprécieront!) et l’immense frenchie Michel Mondou au saxophone. Made In Rock’n’Roll est un album au titre qui veut bien dire ce que ça veut dire. Si vous cherchez de l’IA, de l’autotune et du vocoder passez votre chemin et allez vous faire téter les yeux chez Orelsan. Rendez vous plutôt au Rade des Zombies (putain quel morceau!); sans Salma Hayek (comprenne qui pourra!), la tournée des 11 shots ne vous coûtera que 17 euros service compris. Pour passer commande: txdidier@wanadoo.fr

Sinon, la discographie complète sous forme de singles et d’albums est disponible en écoute ou à l’achat ici: Bandcamp/Bootleggers!

Patrick BETAILLE, août 2025

Pink Floyd – Wish You Were Here

 

[Extrait]: On pourrait penser qu’une forme de censure est à l’origine du packaging opaque de Wish You Were Here. Au départ, la pochette de l’album représente une poignée de mains entre deux personnages dont Ronnie Rondell* qui est en train est en train de brûler pour les besoins de la cause…

Le concept relève d’un postulat. Une forme de pacte entre les membres du groupe et le défunt Syd Barrett – symbolisé par le personnage en feu – dont le souvenir est le fil conducteur de ce neuvième album de Pink Floyd. C’est à Storm Thorgerson, très proche du groupe, qu’a été confiée la réalisation de l’artwork. Bien au fait que les textes de Roger Waters tournent essentiellement autour des affres de l’absence, le designer propose alors de couvrir l’album d’un film plastique noir et d’y apposer un sticker sur lequel le motif d’une poignée de mains mécaniques vient renforcer la thématique…

L’idée proposée est loin de séduire la maison de disques, mais face au blanc-seing donné par les musiciens et le staff d’ Hipgnosis, Wish You Were Here voit le jour sous cette forme le 15 septembre 1975.

*Durant la séance photo de l’album du Floyd, Ronnie Rondell n’a perdu qu’un sourcil et sa moustache. Il a aussi travaillé sur plus de 200 films dont How The West Was WonLethal WeaponTwister, Thelma & Louise, The Matrix Reloaded, etc. Le cascadeur vient de décéder à l’âge de 88 ans.


L’intégralité de la chronique est à retrouver dans le livre:

👉  In Vinyle Veritas – Éloquence et Désaveu du Cover Art  👈


Patrick BETAILLE, août 2025

The Blues Brothers – The Lost Recordings

© Z2 Comics

 

La suite des aventures des Blues Brothers, en bande dessinée cette fois. Inspiré du film de 1980, The Escape of Joliet Jake reprend l’histoire de Jake et Elwood Blues en 1997. Alors qu’il est en taule, Jake disparaît. Évasion? Enlèvement? C’est à un détective accompagné d’un jeune de l’orphelinat de Chicago où les frangins ont grandi qu’incombe la tâche de retrouver sa piste. Le scénario est écrit par Stella Aykroyd (fille du co-créateur Dan) et Evan Pisano (dont la défunte mère Judy était la veuve du co-créateur John Belushi. C’est Felipe Sobreiro qui illustre le livre préfacé par Dan Aykroyd.

D’ici la fin de l’année, l’éditeur Z2 Comics proposera une édition de luxe de la bande dessinée, avec de nombreux bonus, dont des tirages d’art, un coffret et même un harmonica. Mais la pièce maîtresse du lot est un vinyle bleu intitulé The Lost Recordings. Disponibles uniquement dans ce coffret, 13 enregistrements live inédits de Belushi et Aykroyd accompagnés des musiciens originaux du groupe. Des membres de Booker T. and the M.G.’s, des Bar-Kays, du groupe de Howlin’ Wolf et du groupe du Saturday Night Live de l’époque, dont Steve Cropper, Donald Duck Dunn et Matt Murphy. Ensemble ils reprennent des classiques comme Flip, Flop & Fly, Green Onions, Rubber Biscuit, Shot Gun Blues et bien sûr Soul Man, le hit de Sam & Dave.

Patrick BETAILLE, août 2025

Percy Sledge – When a Man Loves a Woman

 

[Extrait]: Cette chanson est un monument de l’histoire de la musique. Il s’agit du premier hit n°1 au Bilboard Hot 100 enregistré dans les studios de Muscle Shoals, en Alabama…
Pendant la journée, Percy Sledge travaille en tant qu’infirmier à l’hôpital du comté de Colbert en Alabama. La nuit, il chante dans un groupe local. Un soir de 1965, il remplace au pied levé le chanteur de The Esquires. Lors du concert avec cette formation il demande aux musiciens d’improviser un blues sur lequel il souhaite exprimer son mal-être et, pendant six minutes, il improvise une chanson provisoirement appelée Why Did You Leave Me
Présent dans la salle, Quin Ivy, parolier et DJ de son état, est sous le charme et propose à Percy de venir dans son studio et de retravailler le morceau…

Désormais intitulée When a man Loves a Woman, la chanson sort en single en mai 1966 et atteint la première place des charts. Comme Sledge avait coécrit la première version de la chanson avec les musiciens de The Esquires, il leur accorda généreusement les droits sur la composition, jugeant que c’était grâce à eux qu’il avait eu l’opportunité de chanter cet hymne à l’amour devenu légendaire…

Jerry Wexler, le plus grand producteur – blanc de surcroît – de soul aux États-Unis déclara : ″ si un seul morceau doit résumer toute la soul, c’est bien When a man Loves a Woman ″.


L’intégralité de la chronique est à retrouver dans le livre:
👉  IN VINYLE VERITAS – REMEMBER THE SIXTIES  👈

Patrick BETAILLE, août 2025

Buddy Guy – Ain’t Done With the Blues

 

La dernière apparition de Buddy Guy datait du 16 avril 2025 dans Sinners, le drame horrifico-surnaturel consacré au blues du Delta et à la fin duquel il incarnait le rôle de Preacher Boy. Même si musicalement il n’a plus rien à prouver, le dernier des Blues Giants persiste et signe avec un vingtième album studio: Ain’t Done with the Blues.  ″ Cet album parle de mon parcours et des gens qui m’ont tant appris ″ explique Buddy. ″ Muddy, Wolf, Walter, Sonny Boy, BB… tous m’ont demandé de défendre le blues. J’essaie de tenir cette promesse ″.

À bientôt 90 ans, Buddy Guy est non seulement toujours debout mais il confirme également que grâce à sa passion, sa détermination et son jeu il est capable d’honorer ses engagements en allant encore plus loin avec 18 titres imprégnées d’âme et d’histoire. Une célébration à laquelle sont invités quelques uns de ceux qui, plus souvent qu’à leur tour, ont rendu hommage à la Musique du Diable. Joe Walsh (How Blues is That), Christone ″ Kingfish ″ Ingram (Where U At), Peter Frampton (It Keeps me Young), Joe Bonamassa (Dry Stick) et les Blind Boys of Alabama (Jesus Loves the Sinners). Entre hommages à John Lee Hooker (Hooker Thing), Lightning Hopkins (One for Lightnin’) et BB KIng (The Blues Chase the Blues Away), entre shuffle, gospel, R&B, Chicago blues et hymne méditatif (I Don’t Forget), l’ensemble vibre d’un chant expressif et d’une intensité électrique dont le guitariste a le secret. Ain’t Done With The Blues n’est pas une promenade nostalgique, pas plus qu’un résumé de carrière. C’est juste la preuve que Buddy Guy n’en a pas fini avec le blues et qu’il reste un artiste essentiel devant lequel on ne peut que s’incliner.

Patrick BETAILLE, août 2025

Pierre Bachelet – Emmanuelle

 

[Extrait]: 1960-1970. Émancipation des mœurs et liberté sexuelle. Le film érotique cherche sa place entre une production de plus en plus hard et un cinéma de séduction. Réalisé par Just Jaekin, sur un scénario de Jean-Louis Richard et d’après un roman d’Emmanuelle Arsan, le long métrage Emmanuelle est à l’affiche en France le 26 Juin 1974. Scandale ! Le film, en conjuguant érotisme chic et décors exotiques, met en scène Sylvia Kristel dans un scénario qui explore plusieurs aspects d’une sexualité découverte ou fantasmée. La musique du film composée par Pierre Bachelet est éditée la même année chez Barclay. Il s’avère que l’une des plages contrefait le Larks’ Tongues in Aspic de King Crimson paru le 23 mars 1973. L’année suivante, Robert Fripp, compositeur du morceau, poursuit les producteurs du film en justice et obtient gain de cause. Sur la jaquette de la bande originale, Sylvia Krystel pose a demi nue dans le désormais célèbre Fauteuil. L’image sera censurée dans certains pays. Portugal et Espagne devront ainsi se contenter d’une photo de l’actrice, plus classique et surtout, plus habillée. 


L’intégralité de la chronique est à retrouver dans le livre:

👉  In Vinyle Veritas – Éloquence et Désaveu du Cover Art  👈


Patrick BETAILLE, août 2025

Orianthi – Some Kind of Feeling

 

Orianthi… Guitar hero au féminin ou taupe modèle? Pour trancher il suffit de garder en mémoire le fait que mademoiselle Panagaris a brillamment collaboré avec Alice Cooper, Dave Stewart et Richie Sambora. Il convient également de souligner que son style et son jeu lui ont valu l’honneur d’être souvent comparée à Joe Satriani, Steve Vai, Carlos Santana et même Eddie Van Halen. Au fil des ans, tout en jouant avec des légendes elle a continué à enrichir sa discographie personnelle. Dernière production studio en date, ce Some Kind of Feeling pour le moins intéressant.

Entre ballade sensuelle et profonde (Some Kind of Feeling et Heaven Right Here) et un blues rock intense partagé avec Joe Bonamassa (First Time Blues), Orianthi confirme ses qualités vocales avec les ambiances soul de Ghost et Call you Mine. Elle n’en oublie pas pour autant qu’elle est aussi là pour envoyer du bois et elle le prouve avec Dark Days Are Gone, What I’ve Been Looking For et une belle reprise de Sharp Dressed Man qu’elle a déjà eu l’occasion de jouer avec son compositeur: Billy Gibbons. Some Kind of Feeling possède une réelle identité musicale, entre puissance et élégance, technique et feeling. De quoi  bien démarrer la journée.

Patrick BETAILLE, août 2025

Simon & Garfunkel – The Sounds of Silence

 

[Extrait]: Paul Simon et Art Garfunkel grandissent ensemble à New York, dans un quartier du Queens où ils fréquentent la même école. En dehors des cours, tous deux se retrouvent dans le garage des parents de Art pour s’exercer sur des airs du moment et bricoler des harmonies à quatre voix sur un magnétophone…
Arrivent les années 60 et la vague folk qui déferle sur le milieu étudiant de Greenwich Village. Inspiré par l’engouement du public pour Bob Dylan et Joan Baez, Paul Simon obtient un rendez-vous avec Columbia Records qui donne le feu vert pour enregistrer Wednesday Morning 3 A.M, album sur lequel figure The Sounds of Silence, une chanson que Simon a composée peu après l’assassinat de John F. Kennedy et qui évoque le manque de communication entre les hommes…
Sorti le 19 octobre 1964, le LP passe inaperçu et cet échec entraîne la séparation du duo. Le producteur Tom Wilson, apprend que la chanson est diffusée avec succès sur plusieurs radios. Alors que le folk rock devient de plus en plus populaire, il décide de tenter un coup pour coller à la tendance du moment. À l’insu de Art et Paul, il conserve le chant et fait enregistrer un accompagnement électrique. Cette nouvelle mouture sort en single en septembre 1965 et amorce une lente mais inexorable progression des deux artistes vers les sommets. Sounds of Silence atteint la première place du Billboard et devient pour Simon & Garfunkel le moteur d’une célébrité internationale, confirmée en 1967 par la BO du film The Graduate (Le Lauréat) sur laquelle le morceau apparaît à deux reprises.

Vivement recommandée, la magnifique version de Sound of Silence interprétée à capela par: Nouela


L’intégralité de la chronique est à retrouver dans le livre:
👉  IN VINYLE VERITAS – REMEMBER THE SIXTIES  👈

Patrick BETAILLE, juillet 2025

Alice Cooper – The Revenge of Alice Cooper

 

L’album du retour que tout le monde redoutait ″. Le message est clair. D’autant plus clair qu’à y regarder de plus près on peut lire aussi: ″ Le groupe des origines? 14 nouveaux titres? Pas de pitié? ″. Alice revient, sans son lapin mais en compagnie de ceux avec qui elle a écrit les plus belles pages du shock rock des seventies. Michael Bruce (Guitare), Denis Dunaway (Basse), Neal Smith (Batterie)  sont là pour revivre la grande époque de Love It to Death, Killer, School’s Out et Billion Dollar Babies. Un seul manque à l’appel: Glen Buxton, le guitariste disparu en 1997 à qui un hommage est rendu avec See you on the Other Side, titre dans lequel Alice chante : ″ à bientôt, je sais qu’un jour nous jouerons à nouveau ensemble ″.

Essayer de faire revivre le passé peut s’avérer délicat, voire risqué s’agissant d’une réunion d’anciens combattants. Même si les protagonistes affichent plus de 70 au compteur de leurs existences, The Revenge of Alice Cooper est une réussite. Certes, le rock horrifique de monsieur Furnier s’est considérablement assagi mais la magie opère toujours et l’alchimie est palpable. Pas d’esbroufe, la formation au complet accepte le temps qui passe et en fait un atout. Avec ses 14 titres l’album navigue sans temps morts entre rock, théâtralité, grandiloquence et même psychédélisme. Témoignage simple et  efficace de la part de ceux qui n’ont pas besoin de se réinventer pour prouver qu’il sont encore vivants.

Patrick BETAILLE, juillet 2025