Black Country Communion – V

 

Beaucoup en 2010 – et j’en faisais partie – ne donnaient pas cher de cette réunion au sommet, et ce, malgré le plaisir indéniable suscité par un premier album éponyme: Black Country Communion.  D’autres productions plus qu’honorables ont suivi: Black Country Communion 2 l’année suivante et Afterglow en 2012. Cinq ans de silence. Il y avait matière à penser – et je le pensais – que c’en était fini de cette association haut de gamme et qu’il était temps d’aller voir ailleurs si le classic rock était toujours d’actualité. Arrive pourtant une quatrième invitation intitulée BCCIV et bourrée d’alchimie palpable entre des joueurs aguerris et talentueux.

Du coup, sept ans plus tard, la curiosité – et curieux je suis – était de mise vis à vis de V le cinquième opus du super groupe. La formation allait-elle confirmer la réussite du précédent ou se satisfaire d’un heavy rock alimentaire? Franchement, ça valait le coup d’attendre. En 10 titres, Glenn Hughes (bass & vocals), Derek Sherinian (keyboards), Jason Bonham (drums) et Joe Bonamassa (guitars) nous offrent ce qui se fait de mieux dans le genre. Les compositions sont accrocheuses, soignées et n’ont aucun mal à se démarquer des platitudes habituelles. Au chant, Glen Hughes brille par sa puissance et son feeling. Les guitares rhythmiques et solos de Joe Bonamassa sont incandescentes. Bohnam la joue simple et efficace et les nappages aériens des claviers de Sherinian assurent à merveille la cohésion de l’ensemble. Le quatuor est au mieux de sa forme et assurément V peut être considéré comme une démonstration classieuse et recommandable nous invitant à rêver que l’aventure puisse continuer. 

Patrick BETAILLE, juillet 2024

Kings of Leon – Can we Please Have Fun

 

Trois ans après  When You See Yourself , les rockers sudistes drivés par Caleb Followill sont de retour avec Can We Please Have Fun. Trois années de pause dont les Kings Of Leon ont profité pour passer chez Capitol sans pour autan trop changer d’orientation musicale. Sans révolutionner le genre ou surprendre les fans, cet album continue de fleurer bon le sud des Etats-Unis en offrant un rock à la fois simple et arty qui, parfois, ne délaisse pas pour autant les ambiances garage. C’est là que réside l’ambiguïté de cet album : d’un côté un retour aux racines rock avec Mustang ou Hesitation Gen, de l’autre un combo qui donne l’impression de se perdre dans des exercices stylistiques un peu vains, au risque de décevoir les fans de la première heure. Sur le fond comme sur la forme, le disque est dans la retenue, sans vraiment de fulgurance. Reste que l’ensemble des 12 titres brille par des qualités mélodiques évidentes et des interprétations efficaces. Alors? Peut-on s’amuser avec ce neuvième opus des ″ Southern Stokes ″? La réponse est oui et, sans pour autant marcher au plafond, l’on peut au moins prétendre à 45 minutes de détente.

Patrick BETAILLE, juin 2024

6 Juin – Commémorations

© Arko Datta / Reuters

Ça n’a échappé à personne, ce jour marque le 80ème anniversaire du 6 juin 1944, date à laquelle le général américain Dwight Eisenhower déclenchait l’opération Overlord sur les plages de Normandie.
Ce que l’on sait moins, c’est qu’il n’y a pas si longtemps, une campagne menée par la société civile algérienne demandait aux maris de couvrir leurs épouses. En réaction à un slogan évocateur (″ Sois UN homme et voile TES femmes! ″) bafouant le droit des femmes à disposer de leur corps, l’activiste féministe Najet Bayoudh et le président de la Ligue de défense de la laïcité et des libertés, Rachid Ben Othman, ont lancé une contre-offensive, en demandant à toutes de porter la mini-jupe lors d’un grand rassemblement organisé à Tunis le 6 juin 2015. Depuis, tous les 6 juin, la mini-jupe est célébrée en solidarité avec les femmes algériennes et en union avec toutes les femmes opprimées à travers le monde. 


Finalement, en terme de commémorations, que ce soit grâce à Ike ou grâce à Mary Quant, en ce 6 juin c’est bien de Libération dont il est question !


 

Fête des voisins – Je t’aime moi non plus!

© Chimulus

 

Selon une étude, moins de 21% des Français participent à la fête des voisins. 84% des personnes avouent avoir déjà connu des soucis au sein de leur environnement social. Principales sources de conflits: les nuisances sonores (40%), les problèmes de clôture (14%), les contentieux liés aux animaux (12%) et ceux relatifs au stationnement (10%). si vous faites partie des 6% qui avouent avoir déjà fantasmé sur leur voisin(e), tentez votre chance. C’est l’occasion d’intégrer les 24% non évoqués par l’enquête ou de figurer à la rubrique faits divers.

Sinon, plutôt que de prétendre mettre fin aux discordes à grand renfort de sangria tiède, de taboulé gluant et de brochettes calcinées, fuyez l’apéro palier ou le frichti mitoyen. Au pire, inspirez-vous de Kim Jong-un. Profitez du rassemblement festif pour exprimer votre ressentiment en balançant sur vos voisins du sud ou d’ailleurs des ballons de… merde. 

Patrick BETAILLE, juin 2024

 

Humble Pie – Thunderbox

 

[Extrait]: Pour Thunderbox, le septième album de Humble Pie (comprenant notamment, Steve Marriott et Peter Frampton), Hipgnosis fait appel à la technique du die-cut. Au travers d’un trou de serrure les voyeurs peuvent se rincer l’œil et voir ce qu’il se passe dans un cabinet de toilette. Une fois la porte ouverte, ils se retrouvent en présence d’une dame à demi-nue assise sur des goguenots. Il convient de noter que thunderbox (en français : la boite à tonnerre) est un terme argotique du XVIIème siècle servant à désigner les lieux d’aisance. Flush !


L’intégralité de la chronique est à retrouver dans le livre:

👉  In Vinyle Veritas – Éloquence et Désaveu du Cover Art  👈


Patrick BETAILLE, mai 2024

Slash – Orgy of the Damned

 

Saul Hudson est un excellent guitariste. Saul Hudson n’a plus rien à prouver. Saul Hudson peut tout jouer. Ceci admis, certains s’étonneront pourtant de constater que la dernière production studio de l’homme au gibus soit entièrement consacrée au blues. Et pourtant. Déjà en 1996, en rupture de Guns’ N’ Roses et avant les aventures Slash’s Snakepit et Velvet Revolver, Slash avait monté l’éphémère Blues Ball, un groupe de reprises de titres de rock, de rhythm & blues et de… blues. Déjà. Orgy on the Damned n’est donc pas fondamentalement une énorme surprise. Par contre, question setlist, les grands du blues sont à l’honneur: Robert Johnson (Crossroad Blues), Willie Dixon (Hoochie Coochie Man), Lightnin’ Hopkins (Awful Dream), Albert King (Born Under a Bad Sign), Howlin’ Wolf (Killing Floor), T-Bone Walker (Stormy Monday). Key to the Highway (Stevie Wonder), Papa Was a Rollin’ Stone (The Temptations ), Oh Well (Fleetwood Mac) et The Pusher (Steppenwolf) animent également cette fête à laquelle participe quelques pointures du gotta de la scène blues rock.

Chris Robinson, Gary Clark Jr, Billy Gibbons, Chris Stapleton, Dorothy, Iggy Pop, Paul Rodgers, Demi Lovato, Brian Johnson et Steven Tyler. Ce dernier – en soutien à un Brian Johnson plus qu’honnête au chant – se fend d’un beau petit solo d’harmonica sur killing Floor. Bien sûr, certains titres et interprètes émergent du lot. C’est le cas de Billy Gibbons sur un Hoochie Coochie Man gras à souhait et de Demi Lovato qui offre un version mémorable de Papa Was A Rolling Stone.  À retenir surtout cette version torride de Stormy Monday chantée par une Beth Hart impériale et habitée. ″ Tout le monde aime jouer avec Beth parce qu’elle est cette nana férocement émotive qui donne tout lorsqu’elle chante ″, c’est Slash himself qui le dit. ″ Bordel de merde, c’était mortel! C’est Beth qui le dit à la fin du morceau.

Ce sixième opus du guitariste hors Guns N’ Roses ce distingue haut la main des albums de reprises habituels gravés au cours de réunions pince-fesses sans âme et purement alimentaires. On retrouve évidemment la maestria du guitariste dans des solos inspirés, parfaitement dosés et passionnément exécutés. En aucun cas les autres musiciens ne sont écrasés et l’ont constate que les vocalistes sont à l’honneur grâce à une production aux petits oignons, parfaite et sur mesure pour ce genre d’album. Pendant plus d’une heure, l’écoute de cette Orgie des Damnés est plus que plaisante. Jusqu’au dernier morceau, Metal Chestnut, une composition instrumentale sympathique et subtile par et à l’image du maître de cérémonie en quelque sorte.

Patrick BETAILLE, mai 2024

 

Disques Vinyls – Dans le Mur

 

Dans les années 80 et afin de promouvoir le Cd, potentielle nouvelle poule aux œufs d’or, l’industrie musicale a mis en œuvre l’inéluctable obsolescence puis la disparition du vinyle. Quand le marché de la réédition d’œuvres musicales sous la forme de galettes de 12 cm gavées jusqu’à la gueule de bonus tracs, d’alternates takes et de fonds de tiroirs n’a plus eu les faveurs du public il a fallu trouver la parade. Vint donc le temps du tout numérique et avec lui avec la dématérialisation de la musique mise à disposition sur Spotify, Deezer et consorts. C’était sans compter sur la lassitude et la frustration d’une partie de l’auditoire désormais en manque de support palpable. Il s’agissait désormais de remédier au manque à gagner et de faire les fonds de poches du consommateur. Surfant sur la vague du Vintage, les majors ont alors trouvé le bon filon: relancer le retour en grâce du 33 tours de papa. À partir de 2015, elles ont convaincu tout un chacun que le charme de l’objet et la chaleur de l’analogique étaient indispensables à tout amateur d’authenticité culturelle et d’émotion auditive. Dans le même temps, le marketing s’est bien gardé d’avouer que ce soit disant graal n’était en fait que très rarement issu de véritables masters analogiques, ces derniers ayant été perdus à jamais, sacrifiés sur l’autel du numérique. Passé sous silence également le fait que, dans le meilleur des cas, pour pouvoir jouir pleinement du plaisir issu de l’écoute d’enregistrements d’antan il fallait se doter d’un matériel audiophile onéreux. Résultat, 90 fois sur 100, un vinyle n’est que la transposition d’un fichier .wav sur un support plus cher, plus fragile et techniquement plus limité. Avec un même master, les labels ont gagné de l’argent en le mettant sur Cd, puis un peu plus en le vendant sur les plateformes et aujourd’hui encore d’avantage en le gravant sur le vinyle promu au rang d’indispensable et/ou incontournable.   

Il n’est donc pas rare de trouver des rééditions faussement analogiques d’origine pour lesquelles il faut débourser 25€, sans garantie que la magie sonore annoncée soit au rendez-vous. Les nouveautés? 30 à 35€, parfois même 40 ou 51€ pour un album de Taylor Swift. La belle affaire. Une galette en couleur logée dans un emballage de 30 cm de côté et accompagnée d’un luxueux livret évidemment estampillé ″ collector ″. C’est désormais l’objet qui s’achète; parfois même par certains qui n’ont pas de platine et qui en font un accessoire de décoration. ″ T’as vu mon Sticky Fingers dans la salle de bain? ″. Il est là le nouveau segment du marché!

Pour preuve, un label de rap américain vient de commercialiser un tirage ″ Art Album ″ au format 33 tours. C’est comme pour le Port-Salut, c’est écrit dessus: ″ Vinyl not included ″. Pour 35€, cette pochette de vinyle ne contient en fait qu’un banal Cd. Ne cherchez pas l’erreur, il n’y en a pas!

Patrick BETAILLE, mai 2024


👉  In Vinyle Veritas – Éloquence et Désaveu du Cover Art  👈


 

Le lundi c’est permis – Rosie

 


Bon Scott – AC/DC: Whole Lotta Rosie – 1977


″ Wanna tell you story. About woman I know. When it comes to lovin’ ,she steals the show. She ain’t exactly pretty. Ain’t exactly small. Forty-two, thirty-nine, fifty-six, you could say she’s got it all  – Je veux vous raconter une histoire. Celle d’une femme que je connais. S’agissant d’amour, elle vaut le détour. Elle n’est pas vraiment belle. Elle est loin d’être menue. 106 x 99 x 168, on peut dire qu’elle a tout ce qu’il faut, où il faut ″.


Patrick BETAILLE, avril 2024

SUM 41 – Heaven :x: Hell

 

 

Le 8 mai 2023, Sum 41 annonçait qu’il se séparerait après la sortie d’un dernier album. Nous y voilà!  Heaven :x: Hell, le skud en question est dans les bacs et, depuis janvier 2024, le groupe assure une tournée mondiale qui s’achèvera en janvier 2025 au pays de Couillu le Caribou. En la circonstance et question studio, le combo canadien n’a pas fait les choses à moitié. Un double album et 20 titres partagés à part égales sous la forme de deux thématiques. Heaven offre une collection de 10 morceaux de pop punk énergique fidèle à une identité sonore nourricière d’un succès qui n’est plus à prouver. Pour preuve Bad Mistake et Johnny Libertine aux refrains accrocheurs, comme une invite à foncer tête baissée. À l’inverse, Hell passe la démultipliée avec un heavy metal plus brut, plus sombre et plus acéré. En témoignent Stranger In These Times et surtout I Don’t Need Anyone qui déboule sur un groove de basse hypnotique pour s’achever sur solo de guitare aussi tranchant que la lame d’une guillotine.

Chaque section de ce double LP est impeccablement conçue et il est parfois difficile choisir entre le Paradis et à l’Enfer, sauf à se dire que grâce à une reprise martiale de Paint it Black l’on peut opter pour une voie alternative susceptible de fusionner l’ensemble. Tout au long de 27 années d’une carrière remarquable, les canadiens ont constamment démontré des compétences musicales solides, affirmant ainsi leur statut de groupe parmi les plus estimés et doués de leur génération. Pour un chant du cygne, Heaven :x: Hell mérite un immense respect à l’égard du savoir-faire de Sum 41 qui nous offre là un cadeau d’adieu généreux des plus estimables.

Patrick BEATILLE, avril 2024

Le lundi c’est permis – Discours

Source Image: Caradisiac

 


Winston Churchill: ″ A good speech should be like a woman’s dress: long enough to cover the subject and short enough to create interest – Un bon discours doit être comme la robe d’une femme : suffisamment long pour couvrir le sujet et suffisamment court pour susciter l’intérêt. ″


Patrick BETAILLE, avril 2024