Black Crowes – Happiness Bastards

 

15 ans! Certains n’y croyaient plus, d’autres les attendaient avec impatience. Si l’on fait abstraction de Croweology (une espèce de best of revisité) en 2010 et de Wiser for the Time (un double live de la tournée 2010), The Black Crowes n’avaient rien produit depuis l’excellent Before the Frost/Until the Freeze paru en 2009. Tout ceci à cause de difficultés relationnelles suivies d’un clash entre les frères Robinson. 15 ans d’attente pour pouvoir savourer ce Happiness Bastards, premier véritable album annonciateur d’un nouveau départ pour Chris et Rich Robinson. Pour ce neuvième opus studio, les américains jouent la carte de l’efficacité avec dix titres totalisant une quarantaine de minutes de classic rock qu’ils maitrisent parfaitement. Démarrage en trombe avec Bedside Manners et Wanting and Waiting, puissance au groove imparable et aux guitares entêtantes qui deviennent sublimes sur Rats and Clowns. Des cuivres et des chœurs pour un Dirty Cold Sun aux accents soul. De la slide et de l’harmonica pour un Bleed It Dry qui s’impose en tant que joyaux heavy blues. Difficile de ne pas tomber sous le charme de Flesh Wound énergique, simpliste mais tellement mélodieux et efficace. Seule exception à la règle, Wilted Rose, une ballade sur laquelle la chanteuse country Lainey Wilson vient poser sa voix. Happiness Bastards est un album couillu qui mérite que l’on s’y attarde, ne serait-ce que pour accompagner la fratrie Robinson dans leur processus de réconciliation créative.

Patrick BETAILLE, mars 2024

Bobby Fuller – I Fought the Law

 

L’histoire débute tragiquement le 3 février 1959 par un crash dans un champ de l’Iowa. L’avion transportait des musiciens qui devaient se produire en concert dans le Minnesota, puis dans le Dakota du Nord. Quatre personnes sont tuées sur le coup. Parmi eux, Richie Valens et Buddy Holly, alors guitariste du groupe The Crickets.
Sonny Curtis, un ami de Buddy, guitariste texan comme lui, décide de rejoindre le groupe pour remplacer son copain. C’est avec cette nouvelle formation qu’il enregistre une chanson écrite peu avant et qui figure sur le premier LP post Holly : In Style With the Crickets. I Fought the Law paraît en single en décembre 1960. Le texte raconte l’histoire d’un délinquant rattrapé par la justice. En prison, sa copine lui manque, dans tous les sens du terme.
″ J’ai enfreint la loi et la loi a gagné. Ma chérie me manque et les moments passés avec elle aussi. Je l’ai abandonnée et je me sens tellement mal. Ma vie est foutue. C’est la meilleure nana que j’ai jamais eue. J’ai enfreint la loi et la loi a gagné. Je n’avais pas d’argent, j’en avais besoin, alors j’ai commis des braquages avec un flingue fait maison. J’ai enfreint la loi et la loi a gagné. J’ai abandonné ma chérie et je me sens si mal. Ma vie est foutue, j’ai enfreint la loi et la loi a gagné ″.
Il y a fort à parier que si Buddy Holly avait été encore de ce monde, la chanson aurait eu un retentissement immédiat. Il faudra attendre cinq ans pour que le titre sorte de l’ombre. Après avoir végété avec quelques hits mineurs, Bobby Fuller – un autre texan – décide d’enregistrer I Fought the Law qui sort en 45 tours en octobre 1965 sous le nom de Bobby Fuller 4 [normal, ils sont quatre – NDLR]. Six mois après que le titre ait fait son apparition au Billboard Top 10, Fuller est retrouvé mort dans la voiture de sa mère stationnée dans un terrain vague de Los Angeles. La police déclare qu’il s’agit d’un suicide par asphyxie, mais d’autres pensent qu’il a été assassiné.
Plus tard encore, nouveau rebondissement. De passage à Los Angeles, les Clash entendent la chanson sur un jukebox et décident de l’enregistrer. Leur version est plus sombre : ″ J’ai abandonné ma chérie ″ est remplacé par ″ j’ai tué ma chérie ″. CBS publie en Juillet 1979 ce qui deviendra l’hymne punk du moment.
En 1987 c’est Jello Biafra et ses Dead Kennedys qui s’y collent. Sur la compilation Give Me Convenience or Give Me Death, bien loin de la version originale, les paroles deviennent un hymne à l’anarchie évoquant l’alcool, le sexe, la corruption, la mort et le fric, le tout ponctué par un refrain de circonstance : ″ J’ai enfreint la loi et j’ai gagné  ″.


L’intégralité de la chronique est à retrouver dans le livre:
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Patrick BETAILLE, mars 2024

Loulou Laviok – En Concert!


 

″ • Charles-Edouard?! D’où vient cette proéminence qui déforme le pantalon de votre costume Fursac?! Veuillez m’expliquer je vous prie! • Marie-Chalotte mon amie, sachez que je viens d’écouter un disque ma foi étonnant! Celui-là même qui m’a été confié par l’abbé Molle. • Soit, grand bien vous fasse mon bon, mais ne craignez-vous pas de causer du tort à notre caste en vous affichant dans cet état?! • Mais que nenni ma mie! Diantre, fichtre, foutre, je bande et me voilà prêt pour une saillie mémorable. Seriez-vous prête à y consentir? • Eh bien soit! Procédez céans mon cher, mais prestement . Je vous rappelle que Hughes et Anne-Sophie doivent se joindre à nous pour le thé ″.


«  Amis de le grivoiserie, du rock paillard et du rock tout court, Booonsoaaar! Les Ex-Tulaviok vous salueeent! « . C’est par ces mots qu’est annoncée la couleur mais surtout, le retour sur scène de ce qu’il reste de ce groupe de rock franchouillard qui participa aux riches heures de la scène punk hexagonale du milieu des années 80, aux côté des Sheriff bien sûr, mais aussi de OTH, ou des Kidnappers. Et j’en passe. Plus qu’un best of de Dèche à la Ch’touille (1987) et Q sec (1988), ce concert, enregistré en mai 2023 sur la scène de La Moba à Bagnols-sur-Cèze, est un hymne à  l’humour speed d’un genre trop souvent et trop longtemps sous-estimé. Des Filles de Camaret à Va Vomir Ton 4 heures en passant par Gros Dégueulasse (hommage à Reiser-NDLR) et Nina, la poupée qui fait Non, les 16 titres de punk paillard qui composent ce Tulaviok is Alive dégueulent de joie, de punch et d’énergie. Le son et le mix de ce skud autoproduit sont tout simplement surprenants. Attention, c’est le printemps! Loulou Laviok et sa suite bandent encore. Ça joue vite, ça titille les rotules et stimule les zygomatiques. De quoi tourner le dos à la sinistrose ambiante! ″ Si c’est fort, tant-pis pour vous. C’est com’ ça et on s’en fout! ″, c’est ″ Boober ″ qui le dit! En Cd ou en Vinyle, le disque est disponible Ici: Dirty Punk Records.

Patrick BETAILLE, mars 2024

 

Le lundi c’est permis – Vox

Screenshot Youtube – Kopek: Love Is Dead


L’amplificateur VOX. Un son à la fois pur et cristallin. Des aigus précis et brillants, Des médiums chauds et ronds. Des réglages exigeants parfois difficiles à mettre en œuvre. Mais, une fois maitrisée, la bête sait faire preuve de charme et parvient à séduire les guitaristes les plus exigeants.


Patrick BETAILLE, mars 2024

Les Charlots – Fesse en Rut Majeur

 

[Extrait]: Suce Ma Pine, Staphylocoque Blues, La P’tite Branlette et Neurochimie Mon Amour (Coït À Tokyo), c’est le programme de nos Charlots nationaux en 1985. Finies les chansons potaches et autres parodies costumées qui font les riches heures de la variété télévisuelle. Rinaldi et consorts passent aux choses sérieuses. Fesse en Rut Majeur est un album à la gloire du sexe. Les paroles y sont très explicites, y compris quand Georges Brassens prête sa plume au Grand Vicaire et que Nicole Croisille (créditée ″Debbie Stoockett″ si, si!) vocalise sur Ah Viens ! Un véritable hymne à la paillardise à ne surtout pas mettre entre toutes les oreilles. Dès la parution, toutes les chansons sont bannies des antennes. L’album de 6 titres, lui, est interdit de séjour chez les disquaires à cause du joli joufflu tatoué du packaging. Inspirée du School’s Out d’Alice Cooper, la pochette intérieure héberge le vinyle dans un fac-similé de string en dentelle saumon. Malgré cela, 100 000 exemplaires de Fesse en Rut Majeur se vendront sous le manteau avant la réédition en disque compact en 2000. Sur cette nouvelle version, six inédits en bonus et une accroche publicitaire : LES CHARLOTS INTERDITS!…


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Patrick BETAILLE, février 2024

Desmond Dekker – Israelites

 

[Extrait]: Originaire de Kingston en Jamaïque, Desmond Adolphus Dacres fréquente dès son plus jeune âge l’église locale dans laquelle il chante régulièrement. Plus tard, au cours de son activité professionnelle, son talent attire l’attention de ses collègues qui l’encouragent à se lancer dans une carrière musicale.
Après quelques déboires, l’auteur-compositeur et interprète obtient en 1961 son premier contrat d’enregistrement avec Liberty Records. Celui qui dorénavant se fera appeler Desmond Dekker devra tout de même attendre deux ans avant de pouvoir sortir un premier disque…
Finalement, en 1963 Liberty publie Honour Your Mother and Father (la chanson que Desmond avait chantée lors de son audition deux ans auparavant) et qui devient un succès jamaïcain. La carrière de Dekker est lancée, faisant de lui l’une des plus grandes stars de l’île. Quatre frères sont alors recrutés en tant que choristes permanents pour jouer, sous le nom de Desmond Dekker and the Aces, un mélange de ska, de rocksteady et de reggae. La nouvelle formation enregistre bon nombre de titres mettant en valeur la culture jamaïcaine mise à mal par les difficultés économiques et les problèmes sociaux sur deux accords de guitare et des mots qui claquent…
Il est probable qu’au delà des mers le public ait été incapable de saisir le sens profond du texte chanté en créole jamaïcain mais musicalement le charme opère. Beauté de la voix, rythme enjoué et harmonies chorales suscitent un plaisir immédiat. Le single devient l’un des premiers succès internationaux rastafari. Il atteint les sommets des charts au Royaume-Uni, en Allemagne, aux Pays-Bas et aux États-Unis. Dès lors, la Jamaïque devient le premier exportateur de bananes, de bauxite et de… Reggae.

 

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Patrick BETAILLE, février 2024

Bo Diddley – Who Do You Love?

 

[Extrait]: Parcours pour le moins atypique que celui de Ellas McDaniel. Enfant abandonné par sa mère de 15 ans incapable de subvenir à ses besoin, il est confié à sa tante qui, en 1935, s’installe dans un ghetto au sud de Chicago. Dès l’âge de sept ans, le gamin apprend le violon et commence à jouer et à chanter le gospel dans l’église de son quartier…
Il quitte l’école de bonne heure pour s’initier à la menuiserie et la lutherie. Parallèlement il se met à la boxe qu’il abandonnera rapidement pour se consacrer à la musique. Avec The Hipsters, son premier groupe, il joue dans les rues et dans les bars tout en vivotant de petits boulots pour assurer son quotidien. À temps perdu, il enregistre des maquettes et démarche les maisons de disques. Séduits par le son original et par le rythme afro-cubain de ses compostions, les frères Chess le signent et lui font enregistrer Bo Diddley/I’m a Man (avec Willie Dixon à la contrebasse), un premier disque qui sera le prétexte pour Ellas Mc Daniel de devenir Bo Diddley…
Influencé par John Lee Hooker et inspiré par le I’m Your Hoochie Coochie Man de Muddy Waters, Bo enregistre Who do you Love ? Une espèce de shuffle hypnotique au cours duquel le protagoniste harcèle de questions sa femme qu’il soupçonne d‘adultère. Le single sort en 1956 sans atteindre les charts. Le public commencera à s’intéresser à la chanson et à toutes celles incluses dans la compilation sortie en 1958 : Bo Diddley. Des titres tels que Who Do You Love bien sûr, mais aussi Before You Accuse Me, Pretty Thing, I’m a Man ou Road Runner auront une énorme influence sur les jeunes britanniques qui découvrent le blues et les premiers disques de rock’n’roll. Plus encore après la tournée de Diddley au Royaume-Uni en 1963, avec en première partie un jeune groupe débutant et motivé: les Rolling Stones…

 

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Patrick BETAILLE, janvier 2024

Rock Anthology – 1974

 

Putain 50 ans! Il est indéniable que le rock moderne doit énormément aux seventies. Pink Floyd, Led Zeppelin,  Aerosmith, Alice Cooper et d’autres inspirent parfois encore – et heureusement – de nombreux groupes contemporains. En 1974 Supertramp commettait le Crime du siècle, Rory Gallagher nous embarquait dans son Tour d’ Irlande, Deep Purple Brûlait et pour les Stones c’était Only Rock’n’roll.

Petit voyage sur un chemin de mémoire musicale pavé de certains de ces albums intemporels, sortis il y a un demi-siècle, et qui ont joué un rôle essentiel dans l’histoire de la musique populaire sur laquelle ne régnait pas encore une Aya Nakamura autotunée et bistourisée de la tête aux pieds.

Alors oui, je sais. Il en manque. Beaucoup dans ce millésime, et des bons en plus: Aerosmith: Get Your Wings – Bad Company: Bad Company – David Bowie: Diamond Dogs – Eric Clapton: 461 Ocean Boulevard – Genesis: The Lamb Lies Down On Broadway – Lynyrd Skynyrd – Second Helping, Humble Pie, Judas Priest, Kiss, Queen, Roxy Music, Thin Lizzy, Yes, Tom Waits, etc. Le bon temps quoi!

Patrick BETAILLE, février 2024

 

Nino Ferrer – Best Of

 

Vous vous rendez compte? Cette année, Agostino Arturo Maria Ferrari aurait fêté ses 90 ans si Nino Ferrer en avait décidé autrement. Un jour de 1998, en plein mois d’août, une détonation retentit dans le Lot, près de Montcuq. Dans l’indifférence quasi générale d’une France encore en train de célébrer sa victoire à la coupe du monde de football, c’en était fini du chanteur des Cornichons, de Mirza et du Télefon. Il allait fêter ses 64 ans. Vous vous rendez compte? Mis à part les fans de la première heure qui appréciaient et apprécient encore cet artiste touche-à-tout sensible à l’humour original, aux propos pertinents ou acerbes et au comportement à la fois romantique et rebelle, seuls ces trois titres restent à jamais gravés dans la mémoire collective. Vous vous rendez compte? TROIS! Allez, quatre si l’on compte Le Sud, son dernier tube qui remonte déjà à plus de deux décennies. Pourtant, le chanteur a laissé un œuvre prolifique, entre jazz, rhythm’n’blues, soul, rock psychédélique et folk. Une bonne quinzaine d’albums, pas moins de 200 titres qui, pour la plupart, restent méconnus! 

À l’occasion des 25 ans de la disparition Nino et à l’initiative des fils de Ferrer, Universal a publié trois compilations thématiques: Nino Rebel, Nino Dandy et Nino Groovy. Ces doubles Best Of comprennent chacun 40 titres. Point commun, les 20 premiers morceaux sont les mêmes quel que soit le thème [on se demande bien pourquoi mais bon, le marketing à ses raisons que la raison ignore]. Autre point commun, les trois disques sont illustrés par Loustal. Et ça c’est pas rien non plus!

Alors?! Rebel, Dandy ou Groovy? Tout est Ici: Loustal/Nino Ferrer.

Patrick, BETAILLE, Janvier 2024