Timo Lemmetti – Repel

© Photo: Timo Lemmetti

 


[Proverbe Ashanti]: ″ La lune bouge doucement mais elle traverse la ville – The moon moves slowly but it crosses the city ″


 

Jean-Claude Delmas – Chirac dans le Métro

© Photo Jean-Claude Delmas/AFP

 

La scène se déroule le 5 décembre 1980 à la station Auber du métro parisien. Le chef de file de la droite française a 48 ans, il est en route pour inaugurer une exposition de peinture. Jean-Claude Delmas, photographe pour l’AFP, est présent. C’est lui qui immortalise Jacques Chirac en train de passer par-dessus le portillon filtrant. Transgression? Provocation? Que nenni!
Vous imaginez le Grand Jacques en train de faire la queue pour acheter un billet? Moi non plus! C’est donc le directeur de la RATP qui glisse le sésame dans le système de contrôle. Le maire de Paris ne prend jamais le métro. Il ne sait même pas comment ça fonctionne. Pour sortir il oublie de reprendre le ticket et se retrouve bêtement bloqué. Pensant que le portique était en panne, spontanément il décide de sauter par-dessus le tourniquet. Clic, clac!
Dès sa publication dans la presse le lendemain, la photo devient culte. À 5 mois de l’élection présidentielle, ce moment estampillé symbole du non-conformisme à la française, montre que le maire de Paris et futur candidat à la plus haute fonction ne recule devant rien et est prêt à tout pour franchir les obstacles. Mais au premier tour Black Jack est distancé par Valy. La suite on la connaît; une vague rose installera Kermitterand à la tête de le république française. Sauter n’est pas gagner!

Patrick BETAILLE, avril 2023

Man – Slow Motion

 

[Extrait]: Pour illustrer son neuvième album de 1974, le groupe de rock progressif gallois Man fait appel au dessinateur Rick Griffin. Le graphiste californien choisit de mettre en scène Alfred E. Neuman, le personnage récurent des couvertures du magazine satirique Mad. L’anti-héro de la pop culture américaine y est éclaboussé par un thon qu’il tient à bras-le-corps, sa main gauche semblant faire un accord sur un manche de guitare. Entre MAD et MAN seule une lettre diffère et, quitte à pasticher, le graphiste utilise pour le nom du groupe la même typographie que celle du magazine. Dans son ensemble, la démarche n’est pas du tout du goût des juristes de la maison de disques United Artists et des responsables du journal qui refusent catégoriquement que la parodie de Rick Griffin soit en couverture de l’album Slow Motion. Le cover art est alors retravaillé avec un recentrage sur le thonidé frétillant. De fait, on ne voit plus qu’une partie du visage de la mascotte de Mad qui reste néanmoins facilement reconnaissable à cause de son incisive manquante et de son sourire béat quand il dit avec insouciance et nonchalance: ″ What, me worry? ″ (De quoi, moi inquiet ?).


L’intégralité de la chronique est à retrouver dans le livre:

👉  In Vinyle Veritas – Éloquence et Désaveu du Cover Art  👈


Patrick BETAILLE, avril 2023

Zager & Evans – In the Year 2525

 

[Extrait]: Des hymnes hippies comme Let the Sunshine In, aux chansons bubblegum du genre Sugar, Sugar en passant par les grands classiques des Beatles ou d’Elvis, la fin des sixties a connu sont lot de ritournelles marquantes. Marquantes et étranges aussi. C’est le cas de In the Year 2525 qui, pour la première fois, aborde musicalement le thème de la science fiction en évoquant les appréhensions de l’époque mais aussi l’émerveillement inquiet à l’égard de la technologie…

Le single sous-titré Exordium & Terminus évoque élégamment le début et la fin, celle de l’homme une fois que la technologie aura pris le dessus… Succès astronomique pour le duo folk-rock Zager & Evans. Il faut dire que l’époque se prête à merveille aux errances futuristes. Deux longs-métrages de sci-fi paraissent sur les écrans: La Planète des Singes et 2001, L’Odyssée de l’espace. Le 11 juillet, David Bowie raconte l’histoire du Major Tom lors de son Space Odity. Jugé naïvement fantasmagorique et descendu par de nombreux critiques, In the Year 2525 devient pourtant numéro 1 du Billboard Hot 1001 le 12 juillet 1969 et conserve cette place pendant six semaines. La chanson est ainsi en tête des charts anglais et américains lorsque Neil Armstrong pose le pied sur la Lune le 20 juillet. Bien qu’au bas de la liste alphabétique des artistes, Zager & Evans se retrouvent à côtoyer les étoiles avec leur hit écoulé à plus de 10 millions d’exemplaires…


L’intégralité de la chronique est à retrouver dans le livre:
👉  IN VINYLE VERITAS – REMEMBER THE SIXTIES  👈

 

Patrick BETAILLE, avril 2023

Scorpions – Lovedrive

 

[Extrait]: 1979, année du changement pour Scorpions; le groupe de hard rock allemand quitte sa maison de disques RCA. Il signe chez Harvest pour l’Europe et chez Mecury Records pour les États-Unis. Nouveau line up également. Le guitariste Ulrich Roth, parti l’année précédente, est remplacé par Mathias Jabs. Lovedrive, le sixième album studio, sort cette année là, le 15 janvier. Sur la pochette originale, un couple pour le moins suffisant est assis à l’arrière d’une berline. L’homme, élégant et cravaté, est en costard trois pièces. À ses côtés, une femme dont la robe échancrée dévoile son sein droit relié, de façon incongrue, à la main de l’homme par ce qui ressemble à du chewing-gum. Visiblement, Storm Thorgerson – le patron de l’agence Hignosis – s’est lâché. Il a préféré pour le recto cette image plutôt que celle, bien meilleure, du verso où le même couple, hilare cette fois, tient une photo encadrée du groupe. Suite à controverses aux USA, Lovedrive est censuré et édité avec, en guise de motif, un scorpion mécanique sur fond noir.


L’intégralité de la chronique est à retrouver dans le livre:

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Patrick BETAILLE, février 2023

Daddy Long Legs – Street Sermons

 

Trois mecs de la Big Apple pratiquant une espèce de punk-blues déjanté. Originaire du Missouri, Brian Hurd prêche et exhorte ses deux enfants de chœur qui assurent rythmiquement l’essentiel avec efficacité. Le trio Daddy Long Legs s’approprie le rock, le blues, le stomp et la country, secoue le tout pour se livrer à joyeux un chahut old school à l’énergie jouissive. Avec ses 12 homélies ce Street Sermons est étonnant, c’est le moins que l’on puisse dire. Ça sent la bière tiède et la sueur, c’est tendu comme un string et les inflexions du prédicateur harmoniciste font la part belle à la puissance et au feeling. Pour des sermons comme Be a Fool Once, Harmonica Razor ou Rockin’ my Boogie, je suis prêt à aller à la messe tous les jours. De fortes chances d’ailleurs que j’y croise Dr. Feelgood, Nine Below Zero et même le Reverend Horton Heat… 

 

The Kingsmen – Louie, Louie

 

[Extrait]: En 1956, Richard Berry entend un groupe interpréter El Loco Cha Cha Cha dans un club californien. Il pompe l’intro faite au piano et y rajoute des paroles sans queue ni tête sensées raconter l’histoire d’un marin qui explique à un barman prénommé Louie qu’il veut à tout prix rejoindre sa fiancée en Jamaïque. L’histoire aurait pu s’arrêter sur un petit succès d’estime si un groupe de l’Oregon qui vivotait de sa musique n’avait pas décidé de s’approprier la chanson et d’en faire sa marque de fabrique. Généralement, lors de leurs concerts The Kingsmen avaient en effet pour habitude de s’étendre joyeusement sur le titre en le faisant tourner parfois pendant plus d’une demi-heure. Un beau jour, impressionné par l’effet produit sur le public de son club, le taulier suggère au groupe d’entrer en studio. La formation décide alors de casser sa tirelire et Louie, Louie sort en mars 1963 sur un petit label local. Ironie du sort, un DJ de Boston déclare à l’antenne que l’enregistrement est ″ le plus mauvais disque de toute l’histoire du rock’n’roll ″. Il n’en faut pas plus pour éveiller la curiosité des auditeurs et, contre toute attente, le morceau devient un hit, décroche une distribution nationale et pointe à la deuxième place du hit parade en décembre 1963…

Tout aurait été pour le mieux si ce succès aussi inattendu que n’avait donné envie à certains de se pencher sur les paroles. À l’origine, Richard Berry s’inspire du Havana Moon d’un autre Berry – Chuck – avec la même histoire de marin nostalgique  transposée de Cuba à la Jamaïque… Quand il en fait la reprise avec ses Kingsmen, Jack Ely, le chanteur, ne comprend rien aux paroles. Sur certains passages il se contente d’ânonner les paroles, laissant penser qu’il s’agit d’obscénités… Plusieurs radios censurent le disque et le gouverneur de l’Indiana envoie Jack Ely devant les tribunaux au motif d’énoncé à caractère pornographique…

Un peu ça, un peu le reste, Louie, Louie est devenu un hit cultissime, identifié par certains comme l’acte fondateur du  garage rock. d’Otis Redding aux Kinks en passant par Patti Smith, David Bowie, Frank Zappa, The Clash, Iggy Pop, MC5, Motörhead, etc., pas loin de 1200 versions sont officiellement recensées…


L’intégralité de la chronique est à retrouver dans le livre:
👉  IN VINYLE VERITAS – REMEMBER THE SIXTIES  👈

 

Patrick BETAILLE, mars 2023

Tattooed Lady – Citation

 

[Melissa Marr-auteure américaine]: ″ Se faire tatouer lui semblait juste, comme si cela l’aidait à mettre de l’ordre dans sa vie, à aller de l’avant. C’était son corps, malgré tout ce qu’on lui avait fait subir, et elle voulait se l’approprier. Elle savait que ce n’était pas de la magie, mais l’idée d’écrire sa propre identité lui semblait la plus proche de la reconquête de sa vie. Parfois, la force réside dans l’acte. Elle voulait trouver une image qui représente ce qu’elle ressentait, la graver sur sa peau comme une preuve tangible de sa décision de changer ″.

Patrick BETAILLE, mars 2023

 

Metallica – Ça Presse!

 

Les chiffres publiés en 2019 attestaient d’une augmentation vertigineuse des ventes de vinyles avec une progression de 70 % sur les cinq exercices précédents. Depuis, cet engouement pour la galette noire et la demande qui en découle, l’industrie du vinyle souffre de retards conséquents de fabrication et de difficultés au niveau de la chaîne d’approvisionnement, conséquence des crises sanitaires et énergétiques successives. Situation difficile pour les artistes en général mais surtout pour les petits labels qui n’ont pas les moyens de se positionner sur un marché asphyxié par des demande. Il faut ainsi se souvenir qu’en 2021 Adele et sa maison de disques Sony ont causé une pénurie mondiale dans les usines de pressages de vinyles en anticipant une demande estimée à hauteur de 500 000 exemplaires pour l’album 30.

Visionnaire jack White? On peut le penser. Déjà en 2001, l’artiste avait lancé son nouveau label en y associant sa propre usine de pressage, Third Man Records. Il déclarait à l’époque: ″ La prochaine décennie sera celle du vinyle et du streaming; du streaming en voiture et dans la cuisine, du vinyle dans le salon. Voilà comment sera écoutée la musique… Le vinyle est gravé dans la pierre. S’il a survécu pendant 120 ans je crois qu’il n’a pas fini de tourner sur les platines…″. 

Au tour de Metallica de s’intéresser de près à la démarche. Ayant travaillé avec Furnace Record Pressing depuis 2014, la formation de heavy metal vient d’acquérir une participation majoritaire dans cette entreprise qui a déjà produit plus de cinq millions d’exemplaires de sa production musicale. Alors que l’achat de l’usine offrira la capacité évidente de presser plus de vinyles de sa propre musique,  Metallica a aussi l’intention de prêter main forte à d’autres maisons de disques et d’autres artistes pour leurs sorties de vinyles. Et James Hetfield de déclarer: ″ Furnace a été formidable pour Metallica et, plus important encore, pour nos fans. Cette relation approfondie entre Metallica et Furnace garantit qu’à l’avenir les fans de vinyle du monde entier auront un accès continu à des disques de haute qualité  ″.  Kill ‘Em All!

Patrick BETAILLE, mars 2023

Shepard Fairey – Make Art, Not War

© Shepard Fairey

Avec Banksy, l’americain Frank Shepard Fairey figure aujourd’hui dans le top 5 des artistes street art les plus célèbres au monde. Pour lui tout commence en 1989, il a alors 19 ans. À l’époque, ce skateboarder fan de punk rock pratique la sérigraphie sur T-shirts et décore des planches à roulettes. Sa carrière se lance sérieusement quand il recouvre les murs de de sa ville d’autocollants représentant le visage du catcheur français André Roussimoff – aka André Le Géant – sous lequel figure la mention OBEY qui deviendra son pseudo et le nom de son projet de communication au travers duquel il dénonce les travers de la société de consommation et surtout ceux de l’impérialisme américain. De graffs en affiches, de portraits (Sid Vicious, Bob Marley, Tommy Ramone, Blondie etc.) en pochettes de disques (Led Zeppelin: Motherhip en 2007), la notoriété de Shepard Fairey va grandissante et finit par exploser en 2008 avec son engagement pour la campagne présidentielle de Barack Obama. Plus tard, toujours fidèle aux valeurs militantes, il revient dans l’arène politique avec We The People, une nouvelle campagne qui vise le discours clivant du nouveau président Donald Trump qu’il traite de démagogue. En juin 2016, une fresque monumentale voit le jour à Paris. Elle est visible sur le mur d’un immeuble du XIIIème arrondissement et affiche le soutien au peuple français après les attentats de novembre 2015. Quant au visage de cette Marianne qui orne désormais le mur de l’un des salons de l’Elysée, Obey l’avait créé pour lors d’un projet précédent: Make Art Not War.  ″ Liberté, Egalité, Fraternité ″ est donc un détournement comme l’affirme le street artiste lui même dans une interview. Site officiel de Shepard Fairey: Obey Giant.

 

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