Lil’ Ed and the Blues Imperials – Slideways

 

Quarante ans que Lil’ Ed Williams et ses Blues Imperials nous gratifient avec bonheur d’une musique en lien direct avec le blues de Chicago. Avec ses riffs de guitare slide endiablés et son chant rauque, Williams n’a pas son pareil pour mettre en lumière un groupe qui excelle dans l’expression d’une authenticité musicale redoutable. Sur ce dixième album, la formation se montre intrépide, décontractée et parfaitement soudée, jouant le blues pur sous toutes ses formes. Autour de celui  que le Chicago Tribune a un jour qualifié  de ″ guitariste slide extraordinaire, électrisant et déchaîné ″, Les Blues Imperials forment un trio parfait. Bassiste, guitariste et batteur jouent avec instinct et se répondent avec une conviction rare et en totale osmose avec leur leader. Le résultat est immédiat et l’approche transparaît avec une force incroyable de spontanéité. Occasionnellement ponctué de claviers old-school, Slideways est un album intense et énergique qui navigue avec aisance entre boogies endiablés (The Flirt In The Car Wash Skirt – You Can’t Strike Gold From A Silver Mine), shuffles percutants (One Foot On The Brake – 13th Street And Trouble – If I Should Lose Your Love) en passant par des blues lents et profonds (Homeless Blues et Wayward Women) ou le swing jazzy de Crazy Love Affair au cœur desquels la slide est portée par le chant rauque de celui qui vit cette musique depuis toujours.


Quand on apprécie la musique sans OGM, il est rassurant de constater que Lil’ Ed et Alligators Records sont toujours là pour perpétuer le blues urbain de l’Illinois dans ce qu’il possède de plus fondamental.


 

The Black Crowes – A Pound Of Feathers

 

Avec un dixième album studio, The Black Crowes confirment un retour tonitruant amorcé avec Happiness Bastards en 2024 et ce, sans jamais avoir succombé aux chants des sirènes de la facilité ni adapté leur son aux modes passagères. De Shake Your Money Maker à The Southern Harmony And Musical Companion, en passant par Amorica et leur album avec Jimmy Page, Live At The Greek, Chris et Rich ont bâti une discographie imprégné d’assurance et de créativité.
Pound Of Feathers, c’est une vague de rock à la fois débridé et subtil qui déferle avec une puissance indéniable dès les deux premiers titres. Gorgés de riffs incisifs et de chœurs rythmés, Profane Prophecy et Cruel Streak s’imposent en tant que tels avant de dévoiler Pharmacy Chronicles, une ballade sombre qui explore un territoire inhabituel chez les gars d’Atlanta. Redoutable, le Do the Parasite crasseux qui suit brille d’un tempo appuyé et de guitares explosives. Électro acoustique et solo en reverb de rigueur pour un swinguant High & Lonesome ponctué par les phrasés d’un violon aérien. En à peine un peu plus de 2 minutes Queen Of The B-Sides nous promène dans un univers mélancolique dans lequel la complicité entre voix, dobro et piano fait des merveilles. À n’en pas douter, le classique et entrainant It’s Like That est fait pour les stades alors que Blood Red Regrets flirte avec un psychédélisme sombre aux arrangements somptueux. You Call This a Good Time: par excellence le son et l’empreinte Black Crowes en mode AC/DC avant ce Eros Blues fiévreux aux variations de cadence surprenantes. Pour finir, Doomsday Doggerel migre vers un environnement sonore apocalyptique rageur, lourd et mélodique dont Led Zeppelin avait jusqu’alors la primeur.
Malgré les virages stylistiques, les onze compositions nourrissent une cohésion harmonieuse au sein de laquelle les frères Robinson sont au sommet de leur art grâce à un équilibre issu de quarante années de collaboration fraternelle. Rich gratte comme si sa vie en dépendait en balançant riffs ou solos incandescents et Chris n’a pas son pareil pour allier énergie viscérale et maîtrise émotionnelle.


A pound of Feather est un témoignage audacieux qui prouve que Les Corbeaux Noirs ne se contentent pas de faire revivre le rock; ils le réinventent.


 

Black Stone Cherry – Celebrate

 

Originaire d’Edmonton dans le Kentucky, Black Stone Cherry s’inscrivait au départ dans la tradition d’un Southern Rock couillu rondement mené. Après un premier album éponyme tonitruant paru en 2006, le groupe s’est peu à peu forgé une solide réputation et, malgré un virage FM dommageable avec Between The Devil And The Deep Blue Sea en 2011, sa notoriété est allée croissante. Grâce notamment à des apparitions aux côtes de Chickenfoot, Def Leppard, Buckcherry, Black Label Society ou encore Whitesnake.
Avec Celebrate, le quatuor s’essaie à un nouvel exercice, celui de l’Exented Play. Une première après huit albums au format standard. Sept titres donc, et autant de facettes qui se rejoignent dans une démarche coutumière chez ceux du Bluegrass State: ne pas s’installer dans la routine.
Dans la lignée des deux derniers albums, s’installe désormais un Alt Metal nerveux qui, tout en dissipant définitivement l’empreinte sudiste, affiche une sincérité et une authenticité sans faille. Sans atteindre le brio des débuts, BSC nous offre 25 minutes de puissance, de rythme et de guitares rageuses. Cette célébration de 20 ans de carrière du combo de Chris Robertson s’achève sur une reprise étonnante du classique d’un classique pop des années 80: Don’t You (Forget About Me) des écossais Simple Minds. Va comprendre Charles!

Joe Bonamassa – B.B. King’s Blues Summit 100

 

 

Joe Bonamassa n’a que 11 ans lorsque B.B. King l’invite à monter sur scène en première partie de l’un de ses concerts new-yorkais. C’est probablement cet événement qui a jeté les base d’une relation toute particulière entre le jeune prodige et le blues de Riley Ben King.
B.B. King s’est éteint en 2015, laissant derrière lui une œuvre considérable au travers d’une cinquantaine d’albums et des décennies passées à parcourir le monde pour faire rayonner le blues. Un parcours qui trouve aujourd’hui son aboutissement avec B.B. King’s Blues Summit 100, un album ambitieux qui marque ce qui aurait été le centenaire de la naissance du bluesman.
À l’initiative de Joe Bonamassa, cet album est le fruit d’un processus de création réunissant un panel d’une trentaine de participants parmi lesquels figurent Buddy Guy, Keb’ Mo’, Slash, Christone Ingram, Eric Clapton, Larkin Poe, Jimmie Vaughan, Warren Haynes, Derek Trucks, Kenny Wayne Shepherd, Joanne Shaw Taylor et Bobby Rush, entre autres. Chaque artiste s’est approprié le morceau qui résonnait en lui pour l’interpréter librement au travers de son propre style. Plus qu’un hommage, les 32 titres joués par le gratin du blues et du rock représentent la poursuite d’un engagement: que le blues reste vivant, gravé à jamais dans la mémoire collective! Comme le disait Buddy Guy, chaque guitariste porte en lui une part de BB King. Ce Blues Summit valide le bien fondé de la démarche de Bonamassa qui, en tant que producteur, s’est attaché à traiter les originaux en évitant l’écueil de la simple copie de reliques du passé. Naturel et spontané, l’ensemble dégouline d’autorité et de chaleur. Tout y est! Les voix sont habitées, les cordes redoutables, les cuivres somptueux et le tout est servi par des arrangements conçus dans le respect d’une époque au cours de laquelle la Musique avait encore une âme.

The Zac Schulze Gang – Straight To It

 

Voici un power trio britannique qui, incessamment, sous peu et peut-être même avant, risque de faire parler de lui. Originaire de Gillingham dans le Kent, The Zac Schulze Gang débarque avec un album prometteur. Coup de maitre pour Ruf Records qui a signé le groupe en publiant un  Straight To It au titre approprié. Accompagné par son frère Ben à la batterie et Ant Greenwell à la basse, Zac Schulze va droit au but et livre un rock’n’roll teinté de blues qui vous prend à la gorge. 11 titres balancés avec une précision redoutable et une énergie brute qu’électrise une production sans fioritures. De la force communicative de The Rocker à l’intensité explosive de High Roller, l’album vibre d’une alchimie unique. Derrière cette puissance se cachent pourtant des nuances. Des morceaux comme Angeline et Betterland apportent une touche power-pop, prouvant que mélodie et fougue peuvent parfaitement coexister. Quelques invités: Nigel Feist et son harmonica rageur sur I Won’t Do This Anymore ou High Roller et Lee Wilson à l’orgue Hammond sur Turning To Stone et la ballade Things Change.
Avant d’en arriver là, à l’heure de The Voice et de l’IA, le trio a arpenté avec succès des scènes aussi prestigieuses que le Rory Gallagher Tribute Festival de Ballyshannon, l’édition 2023 du Crossroads Festival parrainé par Clapton et fait les premières parties de Samantha Fish et Nine Below Zero. Finalement, en 2024, ils ont remporté le prix du meilleur groupe aux UK Blues Awards et celui de artiste de l’Année en 2025.


Ceci expliquant cela, ces lascars au blase improbable signent avec Straight To It un imparable premier LP fougueux, précis et résolument tourné vers un avenir sans ces branleurs d’Oasis et c’est tant mieux!


 

 Emile Frandsen – Layla

©  Émile Théodore Frandsen

 

À la fin de sa vie, l’artiste franco-danois Émile Frandsen réside dans le sud de la France. Il meurt en 1969 à Valbonne, laissant derrière lui 500 toiles peu connues, sauf une: La Fille au bouquet. Son fils né d’une seconde union mais non reconnu, offrit un an après la mort du peintre ce tableau à un certain Eric Clapton alors en goguette sur la Côte d’Azur. Le leader de Derek and the Dominos tombe littéralement sous le charme de cette représentation de la femme qui pour lui symbolise celle dont il est tombé éperdument amoureux: Pattie Boyd, l’épouse de George Harrison. Ni une, ni deux, le tableau est reproduit sur la pochette de l’album Layla and Other Assorted Love Songs, produit en 1970 par Polydor.
Pendant 40 ans, les ayants droit n’ont jamais trouvé à redire quant à l’exploitation du travail de leur père. En 2011 cependant, un coffret célébrant le quarantième anniversaire du disque accompagné de goodies voit le jour et déclenche de la part des héritiers légitimes une cascade de procédures judiciaires au titre du droit patrimonial et de l’exploitation abusive de l’image. Procès, appels, cassation, finalement, en 2018 la justice tranche en faveur d’Eric Clapton et de Polydor.
En 2024, Pattie Boyd, unique propriétaire de l’œuvre originale depuis son divorce d’avec Slowhand, décide de vendre le portrait qui sera adjugé aux enchères 2,3 millions d’euros. Un joli bouquet!


D’autres chroniques à retrouver dans le livre:

👉  In Vinyle Veritas – Éloquence et Désaveu du Cover Art  👈


 

Ana Popovic – Dance to the Rhythm

 

 

Comme sur le précédent Power, on retrouve tout ce qui fait le style et la personnalité de Ana Popovic. Que ce soit dans le chant où elle ne manque ni d’assurance, ni de subtilité, ou dans son jeu à la technique infaillible, la guitariste reste à la hauteur de sa réputation. Exaltée comme jamais, elle aborde avec Dance To The Rhythm un registre essentiellement Soul et Funk. Elle est accompagnée d’un groupe qui évolue à la manière d’un big band dirigé par son ami, co-auteur et bassiste Buthel Burns. Enveloppée de chœurs envoûtants, dynamisée par une section cuivre torride, Ana fait preuve de classe et de grâce en évoluant dans un registre auquel elle ne nous avait pas forcément habitués et elle est musicalement irrésistible (physiquement aussi d’ailleurs!). Groove vitaminé et production léchée sont de mise sur les 10 titres d’une fluidité remarquable, parfois baignés d’influences jazz (Worked Up), blues (Dwell On The Feelin), R’n’B (Hurt So Good), funky (She Nuf) ou caribéennes (Soulution). Il y a beaucoup de technique dans les parties guitares. Beaucoup de feeling aussi, que ce soit en rhythmique ou en solo. Les incursions acoustiques (Hurt so Good) ou l’utilisation de la Cry Baby Wah (Sisters and Brothers) sont brillantes.
Et puis il y a 50 Ways To Leave Your Lover, une reprise de Paul Simon au chœurs très soul nappés de claviers et cuivres auxquels n’avait pas pensé Michel Delpech. Dire que Dance To The Rhythm porte bien son nom serait un doux euphémisme tant il est jubilatoire!

Gluecifer – Same Drug New High

 

Les frimats sont là mais la vague de chaleur en provenance du nord de l’Europe, elle, persiste. Après le Kickstarter des suédois de Bullet, leurs voisins norvégiens de Gluecifer reviennent avec le baume réparateur pour lèvres gercées et mains abimées par la rigueur des températures hivernales. Entre 1994 et 2005 les gars d’Oslo ont occupé une place privilégiée au sein du heavy rock scandinave. Split, reformation en 2017 avec un nouveau line up mais depuis l’album Atomic Thrill paru en 2004,  ingenting, nothing, nada, nichts, que dale!
Le titre de ce nouvel album, le sixième, annonce la couleur: même médoc, nouveaux effets. Le groupe reprend les assauts sonores dont il avait le secret avec onze brûlots insolents et accrocheurs. Du furieux The Idiot à l’équilibre instable de On the Wire aucun temps mort avec au passage un clin d’œil à AC/DC (Made in the Morning) et une main tendue au punk rock avec Armadas et 1996. Fusion électrisante de rock, de punk et de glam, Same Drug, New High reste un hommage en toute simplicité à l’efficacité d’un rock euphorique et le signe annonciateur du retour de Gluecifer au sommet avec une signature sonore brute et incisive.

Bullet – Kickstarter

 

Ceux qui devant le visuel de ce disque auraient encore un doute pourront le lever en se penchant sur une tracklist* au nommage révélateur. Au cours de 25 ans d’existence, Bullet n’avait rien produit depuis Dust To Gold paru en 2018 et aujourd’hui le message est clair. Avec Kickstarter Le combo suédois est de retour pour un hommage appuyé à un heavy metal fidèle à l’esprit de la fin des seventies. Guitares rugissantes, riffs solides et énergie boostée à l’aquavit, le tout conforme au modèle sur lequel Accept, Judas Priest et, aujourd’hui encore, AC/DC ont toujours régné en maîtres. Sur les onze titres, le chanteur Dag Hofer mène la charge en tonitruant haut dans les tours, accompagné par des guitares constamment en zone rouge et une rhythmique à la synchro parfaite. Classique certes, vintage bien sûr, mais Kickstarter se distingue par une grosse dose de maturité et un soin particulier apporté à l’efficacité d’un vigoureux démarrage au kick. Attention aux guiboles!  


*Tracklist: Kickstarter, Caught In The Action, Open Fire, Keep Rolling, Hit The Road, Avenger, Chained By Metal, Spitfire, Full Throttle, Strike At Night, Night Falls Down.


 

Rock Anthology – 1976

 

Putain 50 ans! En 1976, Steve Jobs lance Apple, le Concorde effectue son premier vol commercial, le film Rocky est à l’affiche et Jimmy Carter remporte l’élection présidentielle américaine. Queen passe une journée aux courses, Led Zeppelin fait acte de présence, Thin Lizzy s’évade de prison et les Eagles squattent un hôtel en Californie.

Petit voyage sur un chemin de mémoire musicale pavé de certains de ces albums intemporels, sortis il y a un demi-siècle, et qui ont joué un rôle essentiel dans l’histoire de la musique populaire sur laquelle ne régnait pas encore l’autotune.

Évidemment il en manque dans ce millésime. Beaucoup! Dr Feelgood: Stupidity – Stevie Wonder: Songs in the Key of Life – David Bowie: Station to Station – Ramones: Ramones – Bob Dylan: Desire – Genesis: A Trick of the Tail Rolling Stones: Black & Blue – Scorpions: Virgin Killer – AC/DC: Dirty Deeds Done Dirt Cheap – Aerosmith: Rocks – Black Sabbath: Technical Extasy – JJ Cale: Troubadour –  Bob Marley, Judas Priest, Blondie, Kiss,  Blue Öyster Cult, Kansas, Eagles, ZZ Top, Boston, Rainbow, etc… Le bon temps quoi!