Alice Cooper – The Revenge of Alice Cooper

 

L’album du retour que tout le monde redoutait ″. Le message est clair. D’autant plus clair qu’à y regarder de plus près on peut lire aussi: ″ Le groupe des origines? 14 nouveaux titres? Pas de pitié? ″. Alice revient, sans son lapin mais en compagnie de ceux avec qui elle a écrit les plus belles pages du shock rock des seventies. Michael Bruce (Guitare), Denis Dunaway (Basse), Neal Smith (Batterie)  sont là pour revivre la grande époque de Love It to Death, Killer, School’s Out et Billion Dollar Babies. Un seul manque à l’appel: Glen Buxton, le guitariste disparu en 1997 à qui un hommage est rendu avec See you on the Other Side, titre dans lequel Alice chante : ″ à bientôt, je sais qu’un jour nous jouerons à nouveau ensemble ″.

Essayer de faire revivre le passé peut s’avérer délicat, voire risqué s’agissant d’une réunion d’anciens combattants. Même si les protagonistes affichent plus de 70 au compteur de leurs existences, The Revenge of Alice Cooper est une réussite. Certes, le rock horrifique de monsieur Furnier s’est considérablement assagi mais la magie opère toujours et l’alchimie est palpable. Pas d’esbroufe, la formation au complet accepte le temps qui passe et en fait un atout. Avec ses 14 titres l’album navigue sans temps morts entre rock, théâtralité, grandiloquence et même psychédélisme. Témoignage simple et  efficace de la part de ceux qui n’ont pas besoin de se réinventer pour prouver qu’il sont encore vivants.

Patrick BETAILLE, juillet 2025

Rush – Permanent Waves

 

[Extrait]: Si musicalement Permanent Waves – la septième production studio de Rush – figure parmi les meilleures de la discographie des canadiens, l’album est aussi graphiquement remarquable et remarqué.
Sur le visuel, en bas à gauche, la première page d’un quotidien titre :  » Dewey Defeats Truman « . En 1948, lors de l’élection présidentielle américaine, le journal annonce à tort la victoire du républicain
Thomas E. Dewey face au président sortant, le démocrate Harry Truman. En réalité c’est Truman qui l’emporte. 30 ans après ces élections, lors de la parution de l’album, Le Chicago Daily Tribune fait le forcing pour que cette énorme boulette ne refasse pas surface. Sur certaines versions, le gros titre embarrassant sera effacé ou masqué… 
La femme au premier plan est le top model canadien Paula Turbull et contrairement à la rumeur, l’individu qui lève le bras n’est pas l’un des membres de Rush mais Hugh Syme, le directeur artistique de l’album.

© United Press / Records of the U.S. Information Agency National Archives: Harry Truman, hilare, brandissant le Chicago Tribune qui annonce sa défaite.

L’intégralité de la chronique est à retrouver dans le livre:

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Patrick BETAILLE, juillet 2025

Barclay James Harvest – Octoberon

 

Groupe britannique de pop rock, Barclay James Harvest a très souvent utilisé l’emblème du papillon. Sous une forme ou une autre, le lépidoptère s’est retrouvé à l’honneur sur différentes pochettes de disques (BJH & And Other Short Stories, Once Again, Baby James Harvest,Time Honoured Ghosts, Gone to Earth, XII, et Turn of the Tide) et même intégré de belle manière dans le light show laser des concerts. La plus belle pochette des albums de BJH reste celle d’Octoberon paru en 1976. S’appuyant sur ce symbole illustrant des mélodies ambitieuses, le groupe a cette fois utilisé un tableau datant de 1901 et peint par l’artiste britannique Frederick Marriott (1860-1941). On y voit Oberon, le roi des elfes, sous la forme d’un papillon aux ailes déployées. Le personnage avec ses incrustations de nacre et ses dorures a été apposé en relief sur un paysage verdoyant.

Quant l’intitulé du disque, Octoberon, il résulte de la contraction de octo (le disque étant le huitième du groupe) et Oberon, l’un des personnages d’une comédie de William Shakespeare écrite en 1595, Le Songe d’une nuit d’été.

Patrick BETAILLE, juillet 2025


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Bruce Springsteen – Tracks II: The Lost Album

 

Tracks, sorti en 1998, regroupait déjà des pépites que les inconditionnels du Boss avaient recherché pendant des années et qui pour certains figuraient sur de rares bootlegs faisant l’objet de quêtes fébriles. Sept ans après, Bruce Springsteen remet le couvert avec Tracks II en commercialisant, sous forme de coffret, des inédits couvrant essentiellement les années 90, période au cours de laquelle le E Street Band avait été délaissé au profit d’une entame de carrière solo. Un véritable trésor: des albums ambitieux regroupant 83 titres qui pour certains avaient été mixés mais jamais publiés. De démos austères aux orchestrations grandiloquentes en passant par de l’americana gorgée d’émotions ou du gospel inspiré, chaque disque possède sa propre identité et braque les projos sur le talent du plus grand conteur de l’histoire du rock qui affiche 75 printemps et plus de 50 ans de carrière.

Tracks II est disponible en édition limitée de neuf vinyls ou sept Cd pour la modique somme de 285 à 350€ selon les versions, photos et livrets compris. Pour les fans qui souhaitent un point d’entrée plus abordable, une version complémentaire, Lost and Found: Selections from The Lost Albums, rassemble 20 titres de l’intégrale sur deux LP ou un CD.

Patrick BETAILLE, juillet 2025

 

Silver Convention – Save Me

 

[Extrait]: Silver Convention est un groupe de funk/soul/disco originaire d’Allemagne de l’Ouest. L’ensemble vocal féminin lancé à Munich en 1974 connaît rapidement un énorme succès international avec ses trois premières productions studio. Dès lors et pour répondre aux exigences des prestations scéniques devenues indispensables à la conquête du public, la formation se professionnalise, se renforce et doit se résoudre à plusieurs changements de line-up. Le premier album intitulé Save Me sort en 1975. Le designer et photographe Ken Ley est à l’origine de l’artwork sur lequel un buste de femme nue laisse deviner l’existence d’une paire de menottes. La nudité à connotation sadomasochiste pose problème à certains pays qui font le choix de n’afficher que la paire de pinces sur fond noir, en conservant toutefois l’image offerte sous forme de poster géant. À contrario, Polydor France fait appel au cliché d’origine pour illustrer le LP. Au recto, les mains menottées dissimulent l’entrejambe du modèle. Au verso, c’est la poitrine incriminée qui est à l’honneur. L’image segmentée illustre également le single Save Me et son remix Save Me Again, sur le 45 tours au format 7 pouces: la preuve en image!


L’intégralité de la chronique est à retrouver dans le livre:

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Patrick BETAILLE, juin 2025

Carolyn Wonderland: Truth Is

 

Carolyn Wonderland a ceci d’exceptionnel qui consiste à prouver que le blues n’est ni simpliste, ni unidimensionnel.  Son treizième album – le deuxième sur le label Aligator – couvre presque tous les genres, de la country au gospel, du rock au boogie-woogie en passant par le blues. Chanteuse, compositrice, guitariste et multi-instrumentiste, cette artiste a fréquenté quasiment tout le gotta de la musique américaine, John Mayall, Townes Van Zandt et Buddy Guy compris. Il n’est donc pas étonnant de percevoir avec délectation des influences diverses à l’écoute des 12 titres joliment rythmés par des claviers et des parties guitares qui classent la dame parmi les meilleurs musiciens de country blues. Et puis il y a cette voix puissante qui ne lâche rien en offrant une étendue extraordinaire aux compositions. Sooner or Later et son jeu de lap steel guitar. I Ain’t Going Back à la sauce blues funky. Rock en mode shuffle éblouissant pour Truth Is (mon préféré) et Tattoos As His Talisman. Teinte soul aux intonations jopliniennes période Pearl pour un Let’s Play a Game poignant. Whistlin’ Past The Graveyard Again à la lisière du blues et de la country. Piano virevoltant sublime sur Blues for Gene et un It Should Take aux accents louisianais. Direction les Caraïbes avec Deepest Ocean Blue. Flowers in Bloom débute tout en douceur et va crescendo pour laisser libre cours à une performance vocale énorme.

Truth Is c’est ça: un pot-pourri de haute volée qui reflète la classe, le talent et le feeling incontestables d’une musicienne d’exception.

Patrick BETAILLE, juillet 2025

 

Status Quo – Quo Live!

 

Quo Live est le premier album en public de Status Quo. Il est sorti le 1er mars 1977 sur le label Vertigo Records et a été produit par le groupe. Ce double LP a été enregistré avec le studio Rolling Stones Mobile à l’Apollo Theatre de Glasgow, lors des trois concerts des 27, 28 et 29 octobre 1976. Véritable tournant dans la carrière du groupe ce brulot de boogie rock frénétique a déjà fait l’objet de rééditions remastérisées en 2005 et, en 2014, sous la forme de 4 cd incluant des extraits de concerts australiens.

Marketing oblige, en prenant en compte le fait que Francis Rossi n’ait jamais été vraiment satisfait du son de l’album original et que récemment des masters aient été exhumés par hasard, voici qu’arrive le graal qui devrait combler de bonheur les fans du quatuor anglais.

Dans un coffret de 8 CD on retrouve l’album original, fraîchement remasterisé, mais aussi les 3 prestations écossaises dans leur intégralité et remixées à partir du son des 24 pistes sources. Bien évidemment et mises à part des subtilités au niveau de l’interprétation de la part de musiciens métronomiques patentés, la set list ne varie pas d’un soir à l’autre. Raison pour laquelle l’objet s’adressera essentiellement aux inconditionnels. Les autres – ceux qui possèdent les vinyls ravagés jusqu’au fond des sillons ou ceux qui ont déjà investi dans les rééditions – se laisseront peut-être tenter par les informations regroupées dans le livret inclus dans le contenant. Ils auront raison! Des notes de Dave Ling (auteur et fondateur de Classic Rock Magazine) révèlent les dessous de la création du disque et de son impact lors de sa sortie et, en supplément de commentaires et de photos inédites, un article d’Andy Gamble (AVP Studios) dévoile les processus de mastering et d’ingénierie sonore. 

Seule ombre au tableau: le packaging. Avec un tarif de plus de 100 euros, la valeur historique de ce document sonore aurait mérité un emballage moins cheap et surtout une conception mieux adaptée à la manipulation des cd.

Woo-Ooh-Ooh-Ooh-Ooh! - Wow-Ooh-Ooh-Ooh-Ooh!

Patrick BETAILLE, juin 2025

The Dead Daisies – Lookin’ For Trouble

 

The Dead Daisies sortent de leur zone de confort au sein de laquelle ils pratiquent un rock énergique qui leur réussit plutôt bien. Même pas peur! Avec Lookin’ for Trouble, les australo-américains se jettent à corps perdu dans un genre sur lequel beaucoup avant eux se sont cassés les chicots: le blues high octane! Histoire de remettre l’église au cœur du village, ce nouvel album a été enregistré dans les studios Fame de Muscle Shoals en Alabama. C’est depuis ce lieu mythique que le quintet rend un hommage appuyé à des compositeurs ou interprètes qui ont définitivement marqué l’histoire de la musique populaire grâce à des classiques intemporels. Jugez plutôt: I’m Ready (Muddy Waters) – Going Down (Freddy King) – Boom Boom (John Lee Hooker) – Black Betty (Lead Belly) – The Thrill Is Gone (B.B. King) – Born Under A Bad Sign (Albert King) – Crossroads (Robert Johnson) – Sweet Home Chicago (Robert Johnson) – Walking The Dog (Rufus Thomas) et Little Red Rooster (Howlin’ Wolf).

Le groupe ne se contente pourtant pas de resucées honnêtes de standards vénérés. Ils prennent parfois aussi le risque de mettre à mal les préceptes du blues en trois accords sur douze mesures. Le chant puissant de John Corabi et les interventions virtuoses du guitariste Doug Aldrich à la slide offrent à l’ensemble une dimension particulière à la musique du diable. Aucune faute de goût non plus de la part de David Lowy (guitar), Michael Devin (bass) et la nouvelle recrue Sarah Tomek (drums) qui viennent prouver avec efficacité qu’eux aussi sont là pour péter la gueule aux fantômes et faire se lever de sa chaise n’importe quel cul de jatte.

En dix titres électrifiés par la puissance et l’assurance sur lesquelles ils ont bâti leur réputation, The Dead Daisies font de chaque morceau un amalgame de feeling, d’audace et de férocité en offrant à Lookin’ For Trouble un blanc-seing pour laisser le blues venir percuter le heavy rock de plein fouet. Juste histoire de chercher des ennuis en tentant de mettre fin à la querelle des anciens et des modernes.

Patrick BETAILLE, juin 2025

Poison – Open Up and Say… Aah!

 

[Extrait]: Open up and Say… Ahh ! est le deuxième album de Poison, groupe de hard rock américain originaire de Pennsylvanie. À sa parution en1998, certaines entités s’insurgent à propos de la pochette. Le montage, composé à partir d’une photo de Neil Zlozower, leur semble par trop agressif et tendancieux. Sur fond noir, gros plan en rouge sur une femme hirsute, mi-démon, mi-tigresse. Dotée d’une langue dont la longueur ferait pâlir de jalousie un certain Gene Simmons, elle pose toutes griffes et incisives dehors. Bien plus étrange que sexuel ou satanique, le visuel devient sujet à polémiques. Sous la pression, il subit un formatage qui ne laisse apparaître que les yeux de la créature méphistophélique. Considéré comme un album typique du glam metal de la fin des années 1980, Open Up and Say… Ahh ! est moins sous influence heavy metal que son prédécesseur. Every Rose Has Its Thorn, un titre aux accents country, deviendra le seul hit numéro un de Poison. Certifié platine cinq fois aux États-Unis, le disque se vendra à huit millions d’exemplaires.


L’intégralité de la chronique est à retrouver dans le livre:

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Patrick BETAILLE, juin 2025

Larkin Poe – Bloom

 

Il est de ces formations dont on ne se lasse que très difficilement. C’est le cas de Larkin Poe qui, album après album, atteste le talent des sœurs Lovell: Rebecca (chant et guitare) et Megan (chœurs et lap steel guitar). Depuis 2013, le duo n’a cessé de rendre hommage à la musique du Deep South avec un mélange jouissif de blues, d’americana et de rock sudiste. Coproduit par Tyler Bryant, Bloom reflète à merveille toute la force créative des filles d’Atlanta. D’emblée, ce huitième album studio s’impose avec Mockinbird, Easy Love Part1 et Little Bit qui, entre blues et ballades, ne font pas les chose à moitié question feeling. En mode blues rock Bluephoria monte en puissance juste avant que les vumètres ne s’affolent sur Nowhere Fast, If God Is a Woman et surtout Pearls, un titre étourdissant qui, gorgé de riffs et de pulsations, déchire tout sur son passage. Dans Easy Love part 2, You Are The River et Bloom Again, folk et folk rock sont à l’honneur en apportant une touche d’émotion. Quels que soient les genres, les Larkin Poe les transcendent avec un talent et une habileté indéniables en explorant les contrées musicales qui leur sont chères. En navigant entre douceur et puissance, Rebecca et Megan nous offrent un album riche et captivant que l’on savoure  à chaque écoute !

Patrick BETAILLE, mai 2025