Gotlib – Édito: les Malabars

Il existe des individus auxquels je souhaite le pire, quand je me trouve en leur présence. Mais attention, sans la moindre haine, c’est pas du tout mon genre. Ces grands mecs, physiquement très attrayants et toujours bronzés. Ils sont beaux, forts, velus, se font toutes les nanas qu’ils veulent*. Ils ont en commun deux particularités : Leurs lunettes de soleil, qu’ils portent relevées sur les cheveux, et leur gourmette d’argent au poignet.
Quand ils rappliquent à la plage, ils ont juste une serviette autour du cou. (Je ne sais pas comment ils se démerdent. Moi, quand je vais à la plage, j’ai besoin d’une remorque pour trimballer tout ce qu’il me faut.) Pour vous, je ne sais pas, mais en ce qui me concerne, je les hais assez cordialement. Ça n’est pas du tout par jalousie. Je ne suis pas comme ça. C’est plutôt que je souhaiterais les voir crever parce que je ne suis pas aussi beaux qu’eux. Et lorsqu’il leur arrive la moindre merde, c’est plus fort que moi je ne puis m’empêcher d’applaudir intérieurement. C’est pas que je leur souhaite du mal car je ne connais pas la méchanceté. C’est plutôt que je biche quand ils sont victimes d’une catastrophe. Mais vraiment sans aucune arrière-pensée hostile de ma part.

Un jour, je roulais sur une corniche en lacets, dangereuse, avec une falaise à pic donnant sur la mer juste à ma droite. D’un seul coup, j’entends derrière moi la musique du Pont de la Rivière Kwaï. Et VROOOM !!.. Un bolide écarlate et scintillant, style Gordini grand sport, me double à 150 en plein virage. J’ai tout de suite reconnu au volant le type à la gourmette et aux lunettes solaires sur les cheveux. “Tu vois maman, dis-je à mon épouse (dans l’intimité je donne à ma femme des petits noms gentils) c’est là qu’il faudrait un flic ! Mais ça, ÇA N’ARRIVE JAMAIS ! Or, un kilomètre plus loin, on tombe pile sur la décapotable rouge, arrêtée sur le bas côté. Un motard, manipulant des pièces d’identité était visiblement en train de dresser contravention. ZE miracle! Sans un brin d’animosité, j’ai déclaré que c’était bien fait pour sa gueule. Puis, je fondis en larmes de bonheur. Un peu plus loin, j’arrêtai la voiture à l’abri douillet d’une pinède touffue, attirai ma femme brutalement contre moi et écrasai mes lèvres contre les siennes tout en pétrissant ses seins, cependant qu’elle me griffait le dos en gémissant. Il nous fallait épancher un trop-plein d’extase.

*Et en plus je suis sûr qu’ils ont une grosse bite.

Patrick BETAILLE, août 2021

2 commentaires sur « Gotlib – Édito: les Malabars »

  1. Ouais j’te comprends mais on y peut rien… C’est de naissance… C’est la nature…

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