Doisneau – Le Baiser de l’Hôtel de Ville

 

En avril 1950, dans le Paris de l’après-guerre, Robert Doisneau est en quête de sujets pour répondre à une commande de la part de Life Magazine. Dans un café, le photographe repère un jeune couple en train de s’embrasser. Il les aborde et leur propose la somme de 500 francs pour rejouer la scène à l’extérieur. Le 12 juin, le cliché mettant en scène Françoise Delbart et Jacques Carteaud – alors tous deux élèves du Cours Simon – figure sur une double page du magazine américain : ″In paris, young lovers kiss wherever they want to and nobody seems to care″ (À Paris, les jeunes amoureux s’embrassent où bon leur semble et personne ne semble s’en soucier). Aux côtés de cinq autres photos, celle de l’Hôtel de ville passe alors quasiment inaperçue. Fin de l’histoire?

À partir de 1986, soit 36 ans après sa sortie dans Life magazine, Le Baiser de l’Hôtel de Ville devient la photo iconique du Paris romantique. Déclinée en posters, imprimée à des millions d’exemplaires, elle reste la plus célèbre de Robert Doisneau et figure dans le top 10 des images les plus connues au monde. C’est tout?

En 1992, Denise et Jean-Louis Lavergne, un couple d’imprimeurs, affirment qu’ils sont les protagonistes du Baiser et réclament 500 000 francs au photographe pour atteinte à au droit à l’image et à la vie privée. À l’annonce du procès, Françoise Delbart réapparait avec en main le cliché original que Doisneau lui avait offert après la séance photo. En 1993, tout ce beau monde se retrouve devant le tribunal. Les Lavergne ne parviennent pas à démontrer qu’ils étaient les amants de l’Hôtel de ville et sont déboutés. Françoise également. Le tribunal estime que son visage n’est pas formellement identifiable et, à ce titre, considère qu’elle n’est qu’une figurante. Elle réclamait 100 000 francs ainsi qu’un pourcentage sur les bénéfices commerciaux et finalement elle en obtiendra 50 000 après avoir renoncé à ses droits passés et à venir. Jacques Carteaud, lui a toujours refusé d’être associé à une démarche qu’il considère comme ″une vulgaire histoire de fric″. Mais encore?

En 2015, lors d’une vente aux enchère, Françoise a obtenu 155 000€ de son exemplaire original du Baiser de l’Hôtel de Ville. Aujourd’hui elle a 92 ans et vit à Evreux. Point final!

Patrick BETAILLE, novembre 2022

7 commentaires sur « Doisneau – Le Baiser de l’Hôtel de Ville »

  1. La magie de l’instant, comme pas mal de photos.
    Bon et le monsieur aux lunettes et beret, il ne s’est pas fait connaitre???

  2. Une belle histoire qui avait bien commencé mais l’air du temps actuel l’a bien pourrit…
    Aujourd’hui, plus aucun photographe ne se risquerait à « faire du Doisneau ». Vous pensez bien ! Photographier des enfants dans la rue… 😱

  3. Bravo à Jacques Carteaud le plus beau de l’histoire
    relevé sur le monde et tu en parles « A la suite d’un article du Monde, en 1993, ce viticulteur âgé de 65 ans nous avait téléphoné. Il s’étonnait que l’on puisse « transformer cette histoire photographique en histoire de fric » . Il est mort depuis…

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