Gilbert Dumas – Au fond du vieux refuge

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[Gilbert Dumas – Poème]: ″ Au fond du vieux refuge, dans une niche en bois, depuis deux ans je purge, d’avoir trop cru en toi. Tous les jours je t’attends, certain que tu viendras, tous les soirs je m’endors, sans que tu ne sois là. Pourtant je suis certain, je te reconnaîtrai. Viens me tendre une main, je te la lécherai. Tu te souviens très bien, quand je sautais sur toi, que tu me caressais, que je dansais de joie. Que c’est-il donc passé, pour que ce 16 juin, heureux que tu étais, je me rappelle bien. Tu sifflais, tu chantais, en bouclant les valises et tu m’as attaché, là, devant cette église. Je ne peux pas comprendre, et ne croirai jamais, que toi qui fus si tendre, tu sois aussi mauvais. Peut-être es-tu très loin, dans un autre pays, mais quand tu reviendras, moi j’aurai trop vieilli.

Ton absence me pèse, et les jours sont si longs. Mon corps s’épuise, et mon cœur se morfond. Je n’ai plus goût à rien, et je deviens si laid, que personne, jamais, ne voudra m’adopter. Mais moi je ne veux pas que l’on me trouve un maître, je montre bien mes dents et je prends un air traître, envers qui veut me prendre, ou bien me caresser, pour toutes illusions, enfin leur enlever. Car c’est toi que j’attends, prêt à te pardonner, à te combler de joie, du mieux que je pourrai. Et je suis sûr, tu vois, qu’ensemble nous saurions vivre des jours heureux, en réconciliation. Pour cela, je suis prêt à faire de gros efforts, à rester près de toi, à veiller quand tu dors, et à me contenter, même si j’ai très faim, d’un vulgaire petit os et d’un morceau de pain.

Je n’ai jamais rien dit, lorsque tu m’as frappé, sans aucune raison, quand tu étais énervé. Tu avais tous les droits, j’étais à ton service. Je t’aimais sans compter, j’acceptais tous tes vices. Tu m’as mis à la chaîne ou tu m’as enfermé, tu m’as laissé des jours, sans boire et sans manger. J’ai dormi bien souvent, dans ma niche sans toit, paralysé, raidi, tellement j’avais froid. Pourtant, si tu reviens, nous partirons ensemble. Nous franchirons en chœur, la porte qui ressemble, à celle d’une prison, que je ne veux plus voir, et dans laquelle, hélas, j’ai broyé tant de noir.

Voilà, mon rêve se termine, car je vois le gardien, puis l’infirmière et le vétérinaire plus loin. Ils entrent dans l’enclos et leurs visages blêmes en disent long pour nous, sur ce qu’ils nous amènent. Je suis heureux tu vois, car dans quelques instants, je vais tout oublier et comme il y a deux ans je m’endormais sur toi, mon cher et grand ami, je dormirai toujours, grâce à… l’euthanasie. S’il t’arrive un jour de repenser à moi, ne verse pas de larmes, ne te prends pas d’émoi. Pour toi, je n’étais qu’un chien, tu préférais la mer. Tu l’aurais su avant, j’aurai payé moins cher.

À vous tous les humains, j’adresse une prière. Me tuer tout petit, aurait peiné ma mère, mais il eut mieux valu, pour moi cette manière, et vous, vous n’auriez pas eu, aujourd’hui, à le faire ″.

Le lundi c’est permis – Instant

© Photo: John Blanding/The Boston Globe

 


Un•e extraterrestre s’est glissé•e dans la foule venue à la rencontre d’une célébrité. Sauras-tu l’identifier? Selon quel (s) critère (s)?


Patrick BETAILLE, octobre 2024

MC5 – Heavy Lifting

 

Malgré les apparences, Heavy Lifting n’est pas un album de MC5. Enfin si, mais là non, ou du moins pas vraiment. C’est en réalité le chant du cygne de Wayne Kramer, guitariste et auteur-compositeur du groupe proto-punk de Detroit fondé à son initiative en 1964. Soixante ans plus tard, quand le projet d’album a vu le jour, les seuls membres du groupe originel encore vivants étaient Kramer et le batteur Dennis Thompson. C’est donc avec un sentiment bizarre que l’on réalise que ce quatrième album officiel voit le jour alors que Kramer et Thompson sont tous deux décédés en 2024. Wayne en février et Dennis en mai. Bien que Thompson soit aux drums sur deux morceaux, et que Kramer soit aux commandes en écrivant 12 des 13 morceaux, la question se pose. Célébration fantomatique? Oui et non ou alors peut-être, faut voir quoi.

Ce n’est pas surprenant, Heavy Lifting est musicalement très différent de ce que le Motor City Five a gravé sur Kick Out the Jams en 1969, Back in the USA en 1970 ou le High Time de 1971 et dans les faits, la set list se rapproche d’avantage de ce que Wayne Kramer a offert en solo au cours des années 90, pas tout à fait ou presque. À ceci près que notre guitar hero parvient à réaffirmer son statut de vétéran du proto-punk avec de bons morceaux et une dose conséquente d’arrogance, hélas mise à mal par un son trop formaté années 80. C’est Bob Erzin (Kiss, Alice Cooper, Pink Floyd, etc.) qui est aux commandes d’une production tapageuse beaucoup trop clinquante qui sied mal à la folie et à l’énergie brutale planquées dans nos mémoires auditives. Des invités de marque (Slash, Tom Morello, Vernon Reid et Tim McIlrath) apportent leur contribution à un album somme toute intéressant qui peut être considéré comme l’œuvre finale d’un combo, certes assagi, qui n’a jamais fait de concession à la scène rock et qui y revient pour lever le rideau sur un dernier acte qu’il ne faudrait surtout pas mésestimer. Ça c’est sûr!

Patrick BETAILLE, octobre 2024

Rory Gallagher – Fender Stratocaster 1961

© Photo: Rory Gallagher Estate: Live At Hammersmith Odeon 1977

 

L’une des guitares les plus reconnaissables de l’histoire du rock: la fameuse Stratocaster en finition Sunburst de 1961. Celle de Rory Gallagher (1948 – 1995). La fidélité sans réserve vouée par le guitariste à sa six cordes fait totalement partie de la légende. Gallagher a utilisé pas mal de guitares au cours de sa carrière mais, la principale c’est celle qui l’a accompagné jusqu’au bout: la Strat que notre homme acheta d’occasion 100£ en 1963. C’est assurément cette utilisation intensive en studio et sur les routes qui altéra le vernis de l’instrument. Au fil du temps, la quasi-totalité de la finition de cet instrument s’est abîmée. Rory ne l’a jamais faite restaurer, déclarant: ″ moins de peinture ou de vernis sur une guitare, acoustique ou électrique, c’est l’idéal; le bois respire plus ″. Son frère Dónal explique également que, en raison de son groupe sanguin rare, la sueur de Gallagher était anormalement acide, ce qui fait vieillir prématurément la peinture de l’instrument.

Organisée par la maison Bonhams une vente aux enchères d’une collection d’objets ayant appartenu à Rory Gallagher a eu lieu le 17 octobre 2024. Ce sont pas moins de 150 items qui ont été proposés sur le marché : guitares, amplis, pédales d’effets, accessoires divers et variés. Forcément, la Fender du musicien irlandais était la pièce maîtresse de l’événement.

En un temps record, la guitare a été adjugée un peu plus de 1 million d’euros à une société irlandaise. Il faut se réjouir que l’outil de travail de l’un des plus grands guitaristes de tous le temps reste sur ses terres d’origine, l’Irlande, et n’aille pas décorer le salon d’un avide collectionneur friqué et ignare (l’inverse fonctionne aussi). En effet, la Live Nation Gaiety Ltd a acquis lobjet pour en faire don au Musée National Irlandais. Après la vente, Catherine Martin, ministre du Tourisme, de la Culture, des Arts, et des Médias, a déclaré: ″ l’accord d’achat garantit que la célèbre Strat sera désormais préservée en restant la propriété de l’État irlandais et sera mise à la disposition du public et des fans de Rory Gallagher du monde entier ″.

 

Joe Rosenthal – Iwo Jima

© Joe Rosenthal

 

Réformé par l’armée en raison de sa mauvaise vue, Joe Rosenthal (1911 – 2006) rejoint l’agence Associated Press et suit l’US Marine Corps dans le théâtre des opérations du Pacifique. Le 23 février 1945, six Marines américains plantent le Stars and Stripes au sommet d’une colline dévastée par les combats sur l’île d’Iwo Jima, un bastion japonais farouchement défendu. 

Dans les faits, une équipe de Marines avait déjà hissé un petit drapeau américain. Le sergent-chef Louis Lowery, photographe officiel de l’armée, a immortalisé le moment où le mât de fortune a été érigé. Mais la présence de ce drapeau a provoqué une salve de tirs des troupes japonaises et, en se jetant à l’abri, Lowery casse son appareil photo. Il doit donc redescendre la colline pour aller chercher du nouveau matériel. En chemin, il rencontre Rosenthal, qui lutte encore pour atteindre le sommet, et lui annonce la nouvelle: le mont Suribachi a été pris et le drapeau a été hissé. Rosenthal continue néanmoins son ascension, espérant obtenir de bonnes photos depuis le sommet.

Anéanti par l’effort il arrive sur les lieux. Il remarque alors une équipe de Marines qui se prépare à hisser un deuxième drapeau, plus grand, sur ordre des officiers supérieurs qui voulaient qu’il soit visible de toute l’île. Le photographe oriente son appareil dans la bonne direction et il appuie sur le déclencheur sans même regarder dans son viseur. En définitive, cinq jours après le début de l’une des batailles les plus sanglantes de la guerre du Pacifique, Rosenthal était en retard mais finalement il est arrivé au bon moment. Symbole du courage et de la solidarité des combattants, le cliché capture un épisode essentiel dans une composition artistique parfaite. Si parfaite que durant tout le reste de sa vie son auteur a dû réfuter les nombreuses accusations selon lesquelles il avait tout organisé et mis en scène. 

Publiée par l’Associated Press, l’image emblématique a été immédiatement récompensée par le prix Pulitzer. En voyant la photographie, le président des États-Unis Franklin D. Roosevelt réalise que celle-ci constituerait un excellent symbole sur la base duquel il lance un emprunt national afin que l’épargne privée soutienne l’effort de guerre.

En 1951, Felix de Weldon fut chargé de la conception d’un mémorial en hommage au corps des Marines. La statue de bronze reproduit ″ Raising the Flag on Iwo Jima ″ – la scène figée pour la postérité par Joe Rosenthal – et est installée à proximité du cimetière national d’Arlington, à Rosslyn en Virginie.

Patrick BETAILLE, octobre 2024

Little Richard – Tutti Frutti

 

[Extrait]: … Dans une interview au magazine Rolling Stone, Little Richard qui arborait alors coiffure permanentée de 20 centimètres de haut, moustache en trait de crayon, maquillage et tenues voyantes déclarait : ″ … au temps où je faisais la plonge, je ne supportais plus mon patron qui n’arrêtait pas d’amener des gamelles à laver. Un jour je me suis dit que je devais faire quelque chose pour empêcher ce gus de me rapporter toutes ces casseroles et j’ai lors gueulé : Awopbopaloopbop-awopbamboom, vire-moi ça de là! Un peu comme un slogan, un avertissement en somme ″…            Tutti Frutti sort en single le 14 septembre 1955 avec en face B I’m Just A Lonely Guy, une ballade soul qui, en 1956, sera remplacée par un Long Tall Sally ravageur qui deviendra le plus gros succès du nouvel architecte du Rock. En mars 1957 sort Here’s Little Richard, le premier LP. Tutti Frutti fait bien sûr partie des 12 titres de l’album qui comporte également Long Tall Sally, Rip it Up, Ready Teddy et Jenny Jenny pour 28 minutes de folie. Woo O Woo !


L’intégralité de la chronique est à retrouver dans le livre:
👉  IN VINYLE VERITAS – REMEMBER THE SIXTIES  👈

Patrick BETAILLE, octobre 2024

Le lundi c’est permis – Rock’ n’ Roll


[Kate Pierson – Chanteuse de The B-52’s]: ″ There is a whole split personnality thing being a farm girl and a rock and roll girl Il y un réel dédoublement de personnalité quand on est une fermière qui fait du rock’n’roll ″.


Patrick BETAILLE, octobre 2024

Nashville Pussy – Hate & Whiskey

 


[Nashville Pussy: Hate & Whiskey]. ″ Je viens d’une ville de terre et d’eau où il n’y a pas grand chose à faire et rien de sympa dans les environs…  Je n’ai jamais été nulle part et il n’existe pas d’endroit qui me tente… On dirait que tout le monde m’en veut. Alors fous-moi la paix car je suis ivre de haine et de whisky ″.


Patrick BETAILLE, octobre 2024

Pink Floyd – Le Deal

 


Money, it’s a crime. Share it fairly, but don’t take a slice of my pie. Money, so they say, Is the root of all evil today – L’argent, c’est un sacrilège. Partagez équitablement, mais ne touchez pas à ma part du gâteau. L’argent, dit-on, est à l’origine de tous les maux aujourd’hui ″. (Roger Waters: Money – 1973).


Depuis 2022 le catalogue de Pink Floyd était à vendre, appâtant les plus gros poissons de l’industrie musicale dont Sony Music, Warner Music, BMG et Hipgnosis, le collectif qui a conçu la plupart des illustrations emblématiques des albums du groupe anglais. Une première négociation à hauteur de $500 millions avait échoué pour cause de conflits d’intérêts entre David Gilmour et Roger Waters. Finalement un accord a été conclu et c’est Sony – déjà propriétaire de la musique de Bruce Springsteen ($550 millions), de celle de Queen ($1 milliard) et de Bob Dylan ($200 millions) – qui a remporté la mise. Alors, pour $400 millions, qu’y a‑t-il dans ce deal ?  Pink Floyd a cédé ses droits sur les enregistrements et l’utilisation du nom et de l’image mais reste propriétaire des paroles de chansons. Subtilité qui devrait arranger les affaires de Waters puisqu’il est l’auteur de la plupart des textes. Cela signifie également que Sony Music détiendra les droits cruciaux pour tout ce qui concerne le Floyd, des produits dérivés jusqu’aux films, en plus d’avoir le contrôle total sur la musique du groupe.


L’on a pas fini de voir le marché inondé par les versions collector, les remix, les tirages limités, les alternate takes, les Best Of, les inédits et autres fonds de tiroirs. D’ailleurs, une édition 50ème anniversaire de Wish You Were Here est déjà annoncée pour 2025.


Patrick BETAILLE, octobre 2024

The Dead Daisies – Light ’Em Up

 

Après avoir tenu le micro au sein du groupe australien de 2015 à fin 2018, John Corabi revient en tant que frontman remplacer au chant Glen Hughes parti batifoler chez Black Country Communion. Le septième album studio des Dead Daisies marque donc une nouvelle étape dans la carrière de ce supergroupe qui, au fil des années, a connu bon nombre de changements de line-up. Aujourd’hui c’est un quintet affuté qui vient promouvoir un heavy rock haut de gamme. Doug Aldrich anciennement guitariste de Whitesnake, David Lowy le guitare rythmique membre fondateur du groupe, Michael Devin – lui aussi un ex-Whitesnake – à la basse et Tommy Clufetos, un des anciens batteur de Black Sabbath, accompagnent le retour de l’ex-chanteur de Mötley Crüe. La voix puissante de Corabi colle efficacement à un registre somme toute assez classique mais bougrement efficace puisque soutenu par la virtuosité de Aldrich, la maîtrise de Lowy et une rhythmique solide. C’est exactement ce que l’on ressent à l’écoute du premier skud, celui qui offre son titre à l’album: Light ‘Em Up [allumez-les ! – NDLR]. Il en va de même pour les morceaux suivants avec une mention particulière pour I Wanna be your Bitch ou I’m Gonna Ride qui semblent tout droit sortis du répertoire AC/DC et un Take a Long Line basique mais terriblement badass. En neuvième position un dispensable Love That’ll Never Be, une ballade aux sonorités très eighties bienvenue pour le repos des cages à miel après un décrassage zélé. Take my Soul parachève l’ensemble avec un mid tempo atmosphérique qui connait une accélération au cours de la quelle Doug Alrich renoue avec son passé Whitesnake. Mission accomplie pour les Dead Daisies. Light ‘Em Up est puissant sans être outrancier, traditionnel sans être rétro, mature, sans concession, tout simplement simple et réjouissant.

Patrick BETAILLE, octobre 2024