Éric Carrère – Pleine Lune

© Photo: Éric Carrère – Pleine lune sur le Pic du Midi de Bigorre

 

[Source: Romain Bély – Journal Sud Ouest]. Au cœur du Sud-Ouest montagneux, le photographe amateur béarnais, Éric Carrère sublime le massif pyrénéen avec des images magiques. Ce père de famille est commercial dans les assurances, ce qui l’invite à sillonner les routes du département des Pyrénées-Atlantiques, propices à quelques repérages. Le photographe s’est pris de passion pour l’image à la fin des années 1990; depuis L’appareil s’est perfectionné, les optiques se sont multipliées et l’œil s’est aiguisé. Cette photo de la lune sur le pic du Midi de Bigorre résume surtout la quête technique qui consiste à se trouver au bon endroit au bon moment, retient Éric Carrère. 

Patrick BETAILLE, novembre 2025

 Eddie Adams – Nguyen Van Lem

© Photo: Wikimedia Commons: Eddie Adams – Associated Press

 

En 1968, le photojournaliste américain Eddie Adams couvre la guerre du Vietnam pour le compte de Associated Press. Le premier février dans une rue de Saigon et alors qu’il pense assister à une technique d’intimidation, il est le témoin d’une exécution sommaire. Nguyen Ngọc Loan, le chef de la police du Sud Viêt Nam, tire une balle dans la tête d’un prisonnier Viêt-Cong: le capitaine Nguyen Van Lem.
Ce cliché fit le tour du monde et obtint en 1969 le prix Pulitzer. Eddie Adams déclara alors: ″ Deux personnes sont mortes sur ce cliché. Le colonel a tué le prisonnier, j’ai tué le colonel avec mon appareil photo ″.

Un cameraman de NBC également présent sur les lieux a filmé la scène. Bien que diffusée sur la chaine le 2 février à une heure de grande écoute, la vidéo de quelques secondes a eu beaucoup moins d’impact dans le monde que la photo elle même. 

Patrick BETAILLE, octobre 2025

Le lundi c’est permis – Stop!

© Photo: Dingo

 


[Dozier/Holland – The Supremes]: ″ Stop! In the name of love. Before you break my heart, baby, think it over –  Arrête-toi ! Au nom de l’amour. Réfléchis bien chéri avant de me briser le cœur


 

 Frank Fournier – Omayra Sanchez

© Photo: Frank Fournier / Contact Press Images

 

En Colombie, le volcan Nevado del Ruiz entrait en éruption le 11 septembre 1985. À une quarantaine de kilomètres de là, treize villages étaient atteints par des coulées de boue et de cendres qui se sont déversées dans les vallées fluviales en faisant 25 000 victimes. À Armero, une petite fille de treize ans s’est retrouvée coincée sous les décombres de sa maison où elle est restée trois jours dans l’eau sans que les secouristes puissent lui venir en aide. Après 60 heures de lutte, Omayra Sanchez, décède sous les yeux du monde entier.
Frank Fournier, un reporter français, a pris une photographie de la fillette durant ses derniers instants. Intitulé L’Agonie d’Omayra Sánchez, le cliché publié dans paris match a suscité de nombreuses polémiques. Traité de charognard, Franck Fournier dira à l’époque: ″ J’ai senti qu’il était important de rapporter cette histoire et je voulais que les gens sachent qui elle était… Tant mieux s’il y a eu des réactions, cela aurait été pire si les gens ne s’en étaient pas souciés… La photo a mis en évidence l’irresponsabilité des dirigeants du pays, le manque d’organisation et de moyens de secours. Elle a aussi grandement contribué à la collecte de fonds en faveur de l’aide humanitaire. La photo a ensuite remporté le prix World Press Photo de l’année 1986.

Patrick BETAILLE, septembre 2025

 Victor Jorgensen – Kissing the War

© Photo Victor Jorgensen – Wikimedia

 

Cette célèbre photographie a été prise par Le photojournaliste de la marine américaine Victor Jorgensen. Prise sur Times Square à New York le jour de la capitulation du Japon le 14 août 1945, elle montre un marin de l’US Navy penché sur une jeune infirmière qu’il est en train d’embrasser à pleine bouche.
Kissing the War Goodbye a été publiée le le lendemain 15 août 1945 dans The New York Times. Comme pour le Baiser de l’Hôtel de Ville de Robert Doisneau, de nombreuses personnes se sont revendiquées être les protagonistes du cliché. Après enquêtes, ce sont finalement George Mendonza, un marin de l’US Navy et Greta Zimmer Friedman, une assistante dentaire, qui ont été officiellement identifiés dans les années 80.

Nota: Sous un angle différent et en plan plus large, une image similaire a été prise le même jour par Alfred Eisenstaedt. V-J Day ( Victory over Japan Day) in Times Square a été publiée une semaine plus tard par le magazine Life dans un dossier de 12 pages consacrées à aux célébrations de la victoire. 

Patrick BETAILLE, septembre 2025

Dmitri Vrubel – Le Baiser

© German Federal Archive via Wikimedia Commons

[Régis Bossu]: ″ Ce très chaud baiser ne pouvait que faire fondre une guerre froide, n’est-ce pas? ″


Street artiste soviétique, Dmitri Vrubel (1960-2022) s’est rendu célèbre avec une œuvre satirique peinte peu après l’effondrement du régime est-allemand. 3,6 mètres de hauteur et 4,8 mètres de largeur, la fresque murale est intitulée: Mon Dieu, aide-moi à survivre à cet amour mortel. Elle a été réalisée sur une partie du mur de Berlin connue sous le nom d’East Side Gallery, peu après l’ouverture de la frontière inter-allemande le 9 novembre 1989. Détruite en 2009 dans le cadre d’un projet de restauration du site, l’œuvre sera reproduite à l’identique par l’artiste la même année.

L’image qui a servi de modèle à l’artiste est un cliché de Régis Bossu intitulé Le Baiser de la Fraternité. Le 5 octobre 1979 à Berlin, le photographe français couvrait l’actualité allemande pour l’agence Sygma. Lors de la cérémonie du trentième anniversaire de la formation de la République démocratique allemande, il a immortalisé le moment au cours duquel Léonid Brejnev, alors secrétaire général du Parti communiste de l’URSS, et Erich Honecker, président du Conseil d’État de la République démocratique allemande échangent un baiser fraternel. C’est ce cliché qui, en faisant la couverture de Paris Match, a inspiré Dmitri Vrubel. 

Patrick BETAILLE, août 2025

 Photoplay Magazine – Einstein & Chaplin

© Wikimedia Commons

Photo d’Albert Einstein et Charlie Chaplin à Los Angeles lors de l’avant-première du film Les Lumières de la ville. Pris en avril 1931, le cliché a été publié en page 36 de Photoplay Magazine.


Une histoire raconte qu’alors qu’ils voyageaient ensemble, ils furent reconnus et applaudis chaleureusement. Ils saluèrent le public et, paraît-il, auraient échangé les mots suivants: Albert Einstein : ″ Ce que j’admire le plus dans votre art, c’est son universalité. Vous ne dites pas un mot, et pourtant le monde entier vous comprend ″. Et Charly Chaplin de répondre: ″ C’est vrai mais votre gloire est plus grande encore. Le monde entier vous admire alors que personne ne vous comprend ″.

Patrick BETAILLE, août 2025

 Steve McCurry – Afghan Girl

© Steve McCurry

 

Afghan Girl est une photo prise en 1984 par le photojournaliste américain Steve McCurry et parue en couverture du National Geographic en juin 1985. Le portrait a été décrit comme ″ La Joconde du Tiers Monde ″ et avait rendu Sharbat Gula mondialement célèbre.

Devenue orpheline à la suite de l’invasion de l’Afghanistan par les soviétiques, la jeune fille s’enfuit au Pakistan en 1984.  Après son arrestation en octobre 2016 par les autorités pakistanaises et 15 jours d’emprisonnement pour fraude et usurpation d’identité, un représentant du consulat afghan confirme son retour en Afghanistan où elle est accueillie le 9 novembre par le président afghan Ashraf Ghani en personne. Déprimée et atteinte d’une hépatite C, elle demande de l’aide pour quitter le pays. À l’initiative d’organisations à but non lucratif et avec l’appui de son gouvernement, ″ L’afghane aux yeux verts ″ est depuis exilée en Italie, où elle a été évacuée en tant que réfugiée après l’offensive des talibans de 2021 en Afghanistan.

Patrick BETAILLE, juillet 2025

 Arthur Sasse – Albert Einstein 

© Photo: Arthur Sasse/AFP

 

Photographe de l’agence américaine United Press International, Arthur Sasse doit sa notoriété grâce à la photographie qu’il a réalisée en 1951. Le cliché d’Albert Einstein a été pris le 14 mars 1951, lors la célébration des 72 ans du prix Nobel de physique. En quittant la soirée organisée en son honneur au Club de Princeton dans le New Jersey, le physicien se retrouve bloqué par une foule de journalistes. Présent sur les lieux, Sasse immortalise un Einstein (alors souvent dépeint comme très sérieux, voire austère et ennuyeux) énervé et facétieux tirant la langue à ceux qui retardent son départ. Publiée dans le réseau de l’International News Service, la photo du théoricien helvético-américain d’origine allemande est devenue l’une des plus populaires jamais diffusée. L’un des tirages signé de la main d’Einstein, a atteint le prix record de 74 000 $ lors d’une vente aux enchères en 2009.

Patrick BETAILLE, juillet 2025

 Kevin Carter – Vautour

 

Prise en 1993, cette photo est un témoignage sur la misère générée par la guerre civile et la famine qui sévissent alors au sud du Soudan. Un enfant soudanais épuisé et prostré est observé, non loin en arrière plan, par un vautour qui semble attendre son heure. Avec cette révélation, le reporter sud-africain Kevin Carter fait réagir l’opinion internationale et reçoit le prix Pulitzer en 1994. S’en suit une controverse très virulente à propos des conditions dans lesquelles la scène a été immortalisée. Carter est en effet accusé d’avoir privilégié le sensationnel au lieu de prêter assistance au jeune martyr. De nombreuses critiques ont également laissé entendre que le charognard n’était pas le vautour mais plutôt l’auteur du cliché. Le photographe mettra fin à ses jours quelques mois plus tard. On apprendra finalement que le petit garçon a bien été retrouvé sain et sauf, qu’il survécu à la famine et qu’il est décédé des suites du paludisme 14 ans plus tard.

Pour en savoir plus: Kobalt – La photographie de l’enfant et du vautour de Kevin Carter

Patrick BETAILLE, 2025