Daddy Long Legs – Street Sermons

 

Trois mecs de la Big Apple pratiquant une espèce de punk-blues déjanté. Originaire du Missouri, Brian Hurd prêche et exhorte ses deux enfants de chœur qui assurent rythmiquement l’essentiel avec efficacité. Le trio Daddy Long Legs s’approprie le rock, le blues, le stomp et la country, secoue le tout pour se livrer à joyeux un chahut old school à l’énergie jouissive. Avec ses 12 homélies ce Street Sermons est étonnant, c’est le moins que l’on puisse dire. Ça sent la bière tiède et la sueur, c’est tendu comme un string et les inflexions du prédicateur harmoniciste font la part belle à la puissance et au feeling. Pour des sermons comme Be a Fool Once, Harmonica Razor ou Rockin’ my Boogie, je suis prêt à aller à la messe tous les jours. De fortes chances d’ailleurs que j’y croise Dr. Feelgood, Nine Below Zero et même le Reverend Horton Heat… 

 

The Kingsmen – Louie, Louie

 

[Extrait]: En 1956, Richard Berry entend un groupe interpréter El Loco Cha Cha Cha dans un club californien. Il pompe l’intro faite au piano et y rajoute des paroles sans queue ni tête sensées raconter l’histoire d’un marin qui explique à un barman prénommé Louie qu’il veut à tout prix rejoindre sa fiancée en Jamaïque. L’histoire aurait pu s’arrêter sur un petit succès d’estime si un groupe de l’Oregon qui vivotait de sa musique n’avait pas décidé de s’approprier la chanson et d’en faire sa marque de fabrique. Généralement, lors de leurs concerts The Kingsmen avaient en effet pour habitude de s’étendre joyeusement sur le titre en le faisant tourner parfois pendant plus d’une demi-heure. Un beau jour, impressionné par l’effet produit sur le public de son club, le taulier suggère au groupe d’entrer en studio. La formation décide alors de casser sa tirelire et Louie, Louie sort en mars 1963 sur un petit label local. Ironie du sort, un DJ de Boston déclare à l’antenne que l’enregistrement est ″ le plus mauvais disque de toute l’histoire du rock’n’roll ″. Il n’en faut pas plus pour éveiller la curiosité des auditeurs et, contre toute attente, le morceau devient un hit, décroche une distribution nationale et pointe à la deuxième place du hit parade en décembre 1963…

Tout aurait été pour le mieux si ce succès aussi inattendu que n’avait donné envie à certains de se pencher sur les paroles. À l’origine, Richard Berry s’inspire du Havana Moon d’un autre Berry – Chuck – avec la même histoire de marin nostalgique  transposée de Cuba à la Jamaïque… Quand il en fait la reprise avec ses Kingsmen, Jack Ely, le chanteur, ne comprend rien aux paroles. Sur certains passages il se contente d’ânonner les paroles, laissant penser qu’il s’agit d’obscénités… Plusieurs radios censurent le disque et le gouverneur de l’Indiana envoie Jack Ely devant les tribunaux au motif d’énoncé à caractère pornographique…

Un peu ça, un peu le reste, Louie, Louie est devenu un hit cultissime, identifié par certains comme l’acte fondateur du  garage rock. d’Otis Redding aux Kinks en passant par Patti Smith, David Bowie, Frank Zappa, The Clash, Iggy Pop, MC5, Motörhead, etc., pas loin de 1200 versions sont officiellement recensées…


L’intégralité de la chronique est à retrouver dans le livre:
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Patrick BETAILLE, mars 2023

Metallica – Ça Presse!

 

Les chiffres publiés en 2019 attestaient d’une augmentation vertigineuse des ventes de vinyles avec une progression de 70 % sur les cinq exercices précédents. Depuis, cet engouement pour la galette noire et la demande qui en découle, l’industrie du vinyle souffre de retards conséquents de fabrication et de difficultés au niveau de la chaîne d’approvisionnement, conséquence des crises sanitaires et énergétiques successives. Situation difficile pour les artistes en général mais surtout pour les petits labels qui n’ont pas les moyens de se positionner sur un marché asphyxié par des demande. Il faut ainsi se souvenir qu’en 2021 Adele et sa maison de disques Sony ont causé une pénurie mondiale dans les usines de pressages de vinyles en anticipant une demande estimée à hauteur de 500 000 exemplaires pour l’album 30.

Visionnaire jack White? On peut le penser. Déjà en 2001, l’artiste avait lancé son nouveau label en y associant sa propre usine de pressage, Third Man Records. Il déclarait à l’époque: ″ La prochaine décennie sera celle du vinyle et du streaming; du streaming en voiture et dans la cuisine, du vinyle dans le salon. Voilà comment sera écoutée la musique… Le vinyle est gravé dans la pierre. S’il a survécu pendant 120 ans je crois qu’il n’a pas fini de tourner sur les platines…″. 

Au tour de Metallica de s’intéresser de près à la démarche. Ayant travaillé avec Furnace Record Pressing depuis 2014, la formation de heavy metal vient d’acquérir une participation majoritaire dans cette entreprise qui a déjà produit plus de cinq millions d’exemplaires de sa production musicale. Alors que l’achat de l’usine offrira la capacité évidente de presser plus de vinyles de sa propre musique,  Metallica a aussi l’intention de prêter main forte à d’autres maisons de disques et d’autres artistes pour leurs sorties de vinyles. Et James Hetfield de déclarer: ″ Furnace a été formidable pour Metallica et, plus important encore, pour nos fans. Cette relation approfondie entre Metallica et Furnace garantit qu’à l’avenir les fans de vinyle du monde entier auront un accès continu à des disques de haute qualité  ″.  Kill ‘Em All!

Patrick BETAILLE, mars 2023

The Answer – Sundowners

 

Certains groupes font tellement d’efforts pour paraître authentiques en surfant sur la vague du revival, qu’à force, ils ne deviennent que des caricatures d’eux-mêmes – suivez mon regard! Au mieux, et pour un temps seulement, ils parviennent à donner l’illusion d’être les porte-paroles d’un courant que les moins de 20 ans ne peuvent pas connaître: le rock bien trempé des seventies. Ces efforts, d’autres par contre n’ont pas à les faire tant ils ont naturellement capté l’essentiel des influences qui coulent dans leurs veines et la façon de les exprimer sans faire semblant. Sans conteste, The Answer appartient à cette dernière catégorie. En 2006 le quatuor irlandais avaient annoncé la couleur avec Rise, un galop d’essai au cœur duquel bouillaient des audaces assumées que certains pisse-vinaigres se sont empressés de qualifier de plagiat. La belle affaire! S’agissant de led Zep, Aerosmith, AC/DC ou Black Crowes, qui s’en plaindrait dès l’instant qu’ un amour profond et sincère du genre opère et que la sincérité valide la démarche. Beaucoup d’auditeurs y ont trouvé leur compte et ont offert un succès mérité à ce premier opus. L’engouement se confirme en 2010 avec la parution de Everyday Demons qui permet à Cormac Neeson et sa bande d’assurer la première partie de la tournée Black Ice d’AC/DC. Sur les quatre albums suivants la même recette est appliquée, certes parfois avec une baisse d’inspiration créative qui globalement ne nuit pourtant pas à la cohérence de l’ensemble de la production. Depuis 2016 et un Solas honnête mais dispensable The Answer brillaient par leur silence discographique. Sept années d’éclipse partielle pour une prise de recul probablement nécessaire à un retour aux fondamentaux. Résultat, toujours le même line up et un septième album studio qui vient remettre les pendules à l’heure. Les onze titres de Sundowners devraient ravir les fans de blues rock rétro, de rythmes hypnotiques, de riffs tonitruants et de fuzz. Avec entre autres Get on Back, Blood Brother, Livin’ on the Line et bien sûr la composition qui offre son titre à l’album, nos irlandais du nord raniment la flamme et confirment, si besoin en était, un brillant savoir-faire.

 

Them – Gloria

 

[Extrait]: Les Them, ce sont eux, un groupe rock de Belfast. En octobre 1964, le quintet enregistre son deuxième single, avec en Face A une reprise d’un standard de blues à mettre au crédit de Big Joe Williams: Baby Please Don’t Go , une tuerie! Sur la Face B, une composition du chanteur Van Morrison. Au départ peu diffusée en Angleterre, Gloria trouve en mars 1965 un écho très favorable aux Etats-Unis, parmi un public déjà friand de garage rock. Au point que sur la réédition d’avril 1966, Gloria est promue en face A. Particulièrement connue pour son rythme syncopé et son refrain énumérant une à une les lettres du prénom Gloria, celui de la nièce de Van alors âgée de 13 ans. Pour le texte, c’est une autre histoire, sans rapport aucun avec l’adolescente en question… Deux minutes et demie sans ambiguïté qui, sur scène, faisaient souvent l’objet d’une jam à rallonge avec force détails on ne peut plus explicites. Quiconque avait un doute quant au sens des paroles comprenait alors ce qu’il se passait quand une groupie allait à la rencontre d’une rock star…

Depuis plus de 60 ans, le nombre d’artistes ou de groupes ayant repris cet hymne à l’amour, en concert ou en studio, est tout bonnement incalculable…


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Patrick BETAILLE, mars 2023

Steppenwolf – Born to be Wild

 

[Extrait]: Vers le milieu des années 60, John Kay chante au sein de The Sparrow, un groupe de blues-rock canadien managé par Stanton J. Freeman. Proposition est faite aux musiciens de se produire aux Etats-Unis. En 1967, Kay, Nick St. Nicholas le bassiste et le batteur Jerry Edmonton quittent la formation et partent pour San Francisco où ils fondent Steppenwolf. L’aventure peut commencer. Très vite, en janvier 1968, sort le premier album éponyme qui contient déjà des titres qui deviendront la meilleure des signatures musicales du moment: Sookie Sookie, The Pusher et surtout Born to be Wild. Ce dernier a été écrit par le guitariste Dennis Edmonton (le frère de Jerry) sous le nom de Mars Bonfire…

À l’époque, Denis Hopper est en train de monter son film Easy Rider. Il souhaite que Crosby, Stills & Nash enregistrent la BO mais il y a un désaccord profond et c’est là la raison pour laquelle la musique du film devient un assemblage composé par différents artistes…

Belle opportunité pour Steppenwolf qui se retrouve un peu par hasard aux côtés de Jimi Hendrix, Electric Prunes, Roger McGuinn, The Byrds et Smith avec deux titres: The Pusher et le désormais incontournable Born to be Wild qui parait en juin 1968. C’est le troisième single du groupe mais c’est aussi celui qui obtient le plus grand succès – atteignant la deuxième place du Billboard Hot 100 américain – et se retrouve à la 129 ème place des 500 plus grandes chansons de tous les temps référencées par Rolling Stone Magazine. L’engouement du public pour ce titre prend d’énormes proportions après la sortie et le succès phénoménal en salle de Easy Rider. Devenu un véritable hymne à la gloire de la moto et le symbole de la contre-culture biker, Né Pour Être Libre se retrouve à l’honneur dans beaucoup de séries TV, de publicités, de films et fait l’objet d’un nombre impressionnant de reprises…

Le groupe de glam rock britannique Slade en a fait également une reprise avec laquelle il clôturait tous ses concerts. Pour preuve l’étonnamment fougueux Slade Alive! paru en 1972…


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Patrick BETAILLE, mars 2023

Prince – The Black Album

 

[Extrait]: Le disque enregistré par le ″ Kid de Mineapolis ″ en 1987 devait initialement s’intituler The Funk Bible. Puis, souhaitant être jugé et apprécié uniquement pour la qualité de sa musique, Prince décide sortir l’album de façon totalement anonyme. Pas de nom, sans titre ni crédit et emballé dans une pochette noire. Son intention est éventée au moment de la sortie. Prince exige alors de sa maison de disques que les 500 000 exemplaires du Black Album déjà diffusés fassent l’objet d’un rappel pour être détruits. Quelques galettes échapperont au pilon et valent aujourd’hui une petite fortune. En 2018, l’une d’elles s’est vendue 27 500 dollars. Quant à la version officielle, elle a été publiée le 22 novembre 1994.


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Patrick BETAILLE, mars 2023

Norman Greenbaum – Spirit in the Sky

 

[Extrait]: Après quelques tentatives musicales peu convaincantes avec son groupe Dr. West’s Medicine Show & Jugband, Norman Greenbaum quitte son Massasuchetts natal et part s’installer à Los Angeles où il fait la rencontre d’ Erik Jacobsen, alors producteur à succès des Lovin’ Spoonful. En voyant à la télé un chanteur de country interpréter un gospel, et, inspiré par un riff très marqué par le Refried Boogie de Canned Heat, l’artiste de confession juive décide de composer une chanson à connotation religieuse: Spirit in the Sky. De la vie après la mort il est question. De Dieu également, mais, en terme d’accroche commerciale, Greenbaum préfère évoquer Jésus plutôt que Jehova…

À la grande surprise de Norman et de la maison de disques, le single publié en 1969 connaît un énorme succès international et se retrouve en tête des ventes dans de nombreux pays. Du haut des cieux, les royalties pleuvent mais Norman Greenbaum décide de se retirer. Il s’achète un ranch, se lance dans l’élevage de vaches laitières rapidement mis à mal par un divorce financièrement douloureux…

Quant à Spirit in the Sky, interprétée à l’identique en 1986 par Doctor and the Medics elle caracolera un temps en tête des charts britanniques. Le titre fera aussi partie de la BO de Apollo 13, le film réalisé par Ron Howard en 1995…


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Patrick BETAILLE, mars 2023

Screamin’ Rebel Angels – Heel Grinder

 

Pas une nouveauté en tant que telle puisque le skud dont à propos duquel je vais causer ne date pas de la dernière neige mais plutôt de celle de janvier 2019.

Depuis 2011, les Screamin’ Rebel Angels se sont approprié l’énergie primitive des débuts du rockabilly, l’émotion du rhythm & blues et la sensualité de la Soul des années 1950, et ce, avec une fougue à nulle autre pareille. À la tête de ce ce quatuor new-yorkais originaire de Brooklin, une certaine Laura Palmer qui a bien compris que l’une des règles essentielles c’est d’essayer d’attirer immédiatement l’attention de l’auditeur. Cette meneuse chante, joue de la contrebasse, de la guitare rythmique, écrit les chansons, conçoit les illustrations et ne mout pas le café; ça c’est plutôt le boulot de Brian Hack, virtuose pourvoyeur de solos de son état. La première chose qui frappe à l’écoute de Heel Grinder (NDLR: Meuleuse de Talons Hauts), le deuxième long play, c’est la voix de Laura, parfois ponctuée de ″Wooo″ à la Little Richard, qui par moments donne l’impression qu’elle est prête pour la baston. Oooh my Sooooul! Elle grogne, vocifère, le ton est si puissant et rugueux qu’on en arriverait facilement à envisager ce qui aurait pu se passer si Bessie Smith avait eu l’occasion d’assurer les lead vocals au sein des Cramps. Voix unique de palmer, virtuosité de Hack, cogne précise de Sean O’Connell et slaps percutants de la miss à la contrebasse; la magie opère et à partir de là tout décolle à un rythme effréné en flirtant avec un psychobilly post punk jouissif que ne renierait pas le Révérend Horton Heat. Si la plupart des 13 titres carburent au nitrométhane, certains comme  Brassy Brown, Sweet  Petunia ou Something on Your Mind font preuve d’exception avec une baisse de tempo qui ne nuit en rien à la fougue et à la cohérence de l’ensemble. Cet album bourré de mélodies et de rythmes est une pépite de revival stupéfiant d’authenticité et de classe. Parfois, le rock, le vrai, bande encore et il n’a rien à devoir aux médias trop occupés à faire l’article de la soupe auto-tunée. Ne me remerciez pas, c’est avec plaisir et volupté que je vous offre de quoi vous décrasser les esgourdes!

 

Steam – Na Na, Hey Hey, Kiss him Goodbye

[Extrait]: Au début des années soixante, les musiciens des Glenwoods – un groupe de doo-wop du Connecticut – gravent un shuffle intitulé Kiss Him Goodbye qui fait un flop. Séparation en 1969 suite au départ pour New York de deux des membres de la formation. Là-bas, Paul Leka en tant que pianiste et producteur, Gary DeCarlo en tant que composteur-musicien-interprète, entrent en studio et enregistrent 4 titres. Mercury Records est aux anges et souhaite concrétiser la démarche en publiant l’ensemble en face A de singles distinct. Se pose alors la question de savoir que mettre en Face B du premier single. Leka et DeCarlo ressuscitent l’ancienne chanson des Glenwoods.

En l’état, Na Na Hey Hey Kiss Him Goodbye est trop court, à peine plus de 1’30; décision est prise d’ajouter un refrain et un long break de percussions pour atteindre la norme des 3’45…

Lorsque la maison de disques entend le résultat enregistré en une seule cession, elle décide de la publication du titre en tant que Face A. Dans un premier temps les musiciens refusent. Un compromis voit le jour et Mercury propose d’éditer la chanson via sa filiale Fontana. Ne voulant voir apparaître aucun nom, le trio accepte toutefois qu’elle sorte sous le nom fictif de Steam

Quant aux paroles, elles racontent l’histoire d’un mec qui essaie de convaincre la fille dont il est amoureux de quitter son copain du moment pour venir le rejoindre… Na Na Hey Hey Kiss Him Goodbye sort en novembre 1969, passe deux semaines à la première place du Billboard Hot 100 aux Etats-Unis et devient un hit mondial qui se soldera par le statut de multi-platine grâce à plus de 2 millions d’exemplaires vendus. Steam n’a jamais connu d’autres succès…


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Patrick BETAILLE, février 2023