John Lennon & Yoko Ono – Double Fantasy

Cinq ans après Rock’n’roll, John Lennon sort des studios avec ce Double Fantasy. Paru en novembre 1980, l’album marque le retour de John et Yoko à la vie publique après une période de vie de couple pour le moins chaotique. La critique se montre assez réticente; notamment à cause des titres composés par la nipponne. Titres à propos desquels le Melody Maker évoque une ″stérilité complaisante source de bâillements franchement atroces″. Ça c’est fait! Pourtant, commercialement parlant, Double Fantasy connait d’entrée un succès honorable. Le John et Yoko marchent vers leur limousine. Plusieurs fans sont là pour tenter d’obtenir un autographe. Parmi eux se trouve un certain Mark David Chapman. Il tend à Lennon une copie du disque que le musicien lui dédicace. Le même jour vers 22 heures, Chapman attend Lennon devant son domicile newyorkais: le Dakota Building. Il fait feu à cinq reprises sur le fondateur des Beatles qui est déclaré mort à son arrivée au St. Luke’s Roosevelt Hospital Center. Aujourd’hui, une maison d’enchères organise la vente du célèbre exemplaire qui à l’époque avait été réquisitionné par la police en tant que pièce à conviction. Pour justifier un prix de départ à hauteur de 400 000 dollars, Goldin Auctions ne manque pas de préciser: ″On ne peut imaginer un artéfact plus historique, emblématique et d’une importance aussi phénoménale. Cette pièce unique est livrée avec une authentification officielle de la signature de John Lennon et des références policières sont visibles au recto et au verso de la pochette″. ″Imagine no possessions, I wonder if you can…″ (John Lennon: imagine, extrait).

Patrick BETAILLE, novembre 2020

AC/DC – Power Up

On ne peut pas dire que ces dernières années se soient déroulées sous les meilleures auspices dans le milieu du power rock australien. Des problèmes d’auditions chez Brian Johnson, certains déboires judiciaires pour Phil Rudd et surtout le décès de Malcolm Young ont imposé un sérieux coup d’arrêt aux activités de la bande à Angus. Mais, contre vents et marées, AC/DC revient avec un dix-septième album: Power Up! Six ans se sont écoulés avant pouvoir écouter le successeur du dispensable Rock or Bust et c’est sans surprise que le verdict tombe. Les guitares aux rifs puissants, les rythmiques imparables, la voix éraillée de Brian Johnson, le gros son, les chœurs omniprésents (trop?), tout est là. Tous les titres sont bâtis selon la même formule, celle qui depuis trente ans nourri les fans des australiens. Produit par Brendan O’Brien et enregistré aux Warehouse Studios de Vancouver, Power Up est à inscrire au registre des accomplissements honorables d’AC/DC, sans pour autant flirter avec le niveau d’un Highway to Hell ou de Back in Black. Qu’espérer de plus? Pas grand chose de la part d’un groupe honnête qui – avec des hauts et des bas – n’a jamais changé de stratégie et apprécier à leur juste valeur – et même avec un arrière goût de déjà entendu – des titres tels que Realize ou Demon Fire. Se réjouir enfin d’un retour sur lequel peu de headbangers auraient misé 1 kopeck.

Tracklist: 1 – Realize: 3.37. 2 – Rejection: 4.06. 3 – Shot in the Dark: 3.06. 4 – Through the Mists of Time: 3.32. 5 – Kick You When You’re Down: 3.10.  6 – Witch’s Spell: 3.42. 7 – Demon Fire: 3.30. 8 – Wild Reputation: 2.54. 9 – No Man’s Land: 3.39. 10 – Systems Down 3.12. 11 – Money Shot: 3.05. 12 – Code Red: 3.31.

Patrick BETAILLE, novembre 2020

The Jaded Hearts Club – You’ve always been there

 

En ces temps difficiles, s’agissant de  trouver une échappatoire à la sinistrose ambiante, tout est bon à prendre. Alors pourquoi ne pas jeter une oreille – surtout pas distraite – sur The Jaded Hearts Club qui jusqu’alors n’existait que sur scène sous le nom de Dr. Pepper’s Jaded Hearts Club Band (Salut sergent, ça va?). Initialement, l’idée vient du guitariste Jamie Davis qui pour son anniversaire décide de monter un groupe pour rendre hommage aux 4 de Liverpool. Davis fait donc appel à quelques potes. Miles Kane (The Last Shadow Puppets), Nic Cester (Jet), Matthew Bellamy (Muse), Sean Payne (The Zutons) et Graham Coxon (Blur) se retrouvent réunis pour une série de gigs. C’est ainsi qu’en 2019 un premier album live issu d’un concert donné au 100 Club de Londres est publié en édition limitée (vinyle blanc 180 gr) au profit du Shooting Stars Children’s Hospice. Le plaisir est au rendez-vous, public et musiciens y trouvent leur compte et l’alchimie de ces instants se traduit par l’envie d’entrer en studio et de mettre sur bande leur appétence pour la Soul de chez Motown. ″ De la même manière que le jazz réinvente de vieux morceaux, nous entretenons la tradition de groupes comme les Beatles ou les Stones à leurs débuts : trouver de bons standards de blues et de soul pour ensuite les jouer dans une veine plus moderne ″ (Matthew Bellamy). Des Isley Brothers aux Sonics en passant, entre autres, par Marvin Gaye et Screamin’ Jay Hawkins, les 11 titres de You’ve always been there rendent hommage aux sixties de la plus belle des manières. Avec ce premier essai (transformé), on redécouvre en versions rock des titres mythiques dont certains maintes fois repris. Pour en apprécier la fraicheur et l’énergie brute il faut bien sûr laisser de côté tout ce que peut susciter le concept de supergroup et éviter de se poser la question du pourquoi et du comment ça va durer ou finir. Il faut juste se laisser embarquer par un brillant revival conduit de main de maitre par une poignée de musiciens talentueux. Ok! Cet album ne va ni réécrire l’histoire du rock, ni sauver le monde. Reste qu’en tant que remède à la mélancolie, entre 30 minutes de fun et 3 minutes de Gad Elmaleh qui massacre Nougaro, le choix est vite fait!

 

Blues Pills – Holy Moly

 

Initialement, le troisième album des Blues Pills était prévu pour juin 2020. Sortie finalement décalée pour cause de… Gagné! Holy Moly succède donc Lady In Gold paru il y a déjà 4 ans. Déjà? Depuis, le groupe a connu un changement significatif avec notamment le départ du guitariste Dorian Sorriaux parti voguer sur d’autres sillons en 2018. Le prodige français est désormais remplacé par Zack Anderson qui céde sa place de bassiste à un nouveau venu: Kristoffer Schander. Vous suivez? Par contre, question ambiance, son et énergie rien ne change. Les suédois persistent et signent avec un rock psychédélique, bluesy et vintage à souhait, remarquablement porté par la voix d’Elin Larsson. Que ce soit à cappella ou dans des registres plus pêchus, les accents jopliniens de la chanteuse ne manquent pas de venir flatter les tympans de ceux qui rêvent d’un jumelage entre Stockholm et le Frisco du Big Brother & the Holding Company de la fin des sixties. En pariant sur les talents de la blonde Elin le quatuor rafle le jackpot et confirme son talent à promouvoir une musique riche et structurée. On pourrait regretter la finesse du jeu de Dorian Sorriaux mais, honnêtement, Zack est lui aussi un sacré guitariste. Énervé et magistral, soutenu par une bonne rythmique, il occupe brillamment un espace qu’il ne se prive pas de ponctuer d’habiles solos de wah-wah. La température monte en Scandinavie et pour une fois le réchauffement climatique n’y est pour rien! Avec ce Holy Moly, Blues Pills ne devrait pas manquer pas de convaincre les adeptes du genre et les fans de la première heure. Suivez mon regard.

Tyler Bryant & The Shakedown – Pressure

 

C’est un fait! 2020 et son coronavirus est une année détestable pour la culture en général et le rock en particulier. Les velléités de tournées ont pris du plomb dans l’aile et, confinement oblige, beaucoup de cessions studios ont été avortées. Beaucoup de musiciens, d’artistes ont joué du renoncement fataliste, préférant s’enfouir sous de douillets plaids pour casser la gueule à quelques bols de popcorn. D’autres ont fait le choix de la tentative de suicide par overdose d’inepties médiatiques prodiguées par d’autoproclamés spécialistes de tout et n’importe quoi. Les plus motivés, eux, on sauté sur l’occasion pour exploiter de nouvelles manières de travailler at home. Un an après Truth & Lies, les texans de Tyler Bryant & The Shakedown parviennent à garder le contact et surtout à finaliser leur quatrième album. ″Il y avait d’innombrables limites à faire de cet album en confinement. Mais ces limites nous ont finalement alimenté de manière créative. Nous n’avions pas de règles et les barrages que nous avons rencontrés nous ont obligé à trouver d’autres moyens″ (Tyler Bryant). Pour partie déjà avancé avant la crise, Pressure a donc été finalisé en home studio mais sans pour autant tomber dans le minimalisme et la facilité. 40 minutes nappées de guitares saturées en parfaite osmose avec la voix éraillée de Tyler Bryant qui, comme d’habitude, excelle dans tous les domaines. 13 titres majoritairement heavy rock, parfois très blues (Misery, Coastin‘), pop rock classieux (Fuel, Wildside, Crazy Days) et même folk (Like the Old Me). À noter également: la présence efficace de Charlie Starr (Blackberry Smoke) sur Holdin’ my Breath. Même en trio (le bassiste Noah Denney n’est plus là), Pressure porte bien son nom et c’est un joli coup d’éclat – un de plus – pour Tyler Bryant & The Shakedown. Un bon moyen d’oublier le couvre-feu. Putain j’adore ce groupe!

 

The Dirty Knobs : Wreckless Abandon

En 1976, Mike Campbell rejoint Tom Petty pour former Tom Petty & the Heartbreakers. Au sein de la formation, le guitariste ne se contente pas d’occuper le poste de lead guitariste discret mais talentueux. Il compose également et apporte sa contribution à de nombreux succès des Heartbreakers. Ce rôle il le jouera jusqu’en 2017, date à laquelle la mort de Tom Petty entraine la dissolution des briseurs de cœurs. En 2018, Fleetwood Mac annonce que lors de sa tournée mondiale Campbell rejoint le groupe pour remplacer Lindsey Buckingham. Aujourd’hui, Campbell est à la tête d’un nouveau groupe: The Dirty Knobs et il nous offre avec Wreckless Abandon, un album pour le moins prometteur. Bien évidemment l’ombre de l’ami de 40 ans plane sur ce premier essai mais l’ex-second couteau des Heartbreakers parvient à dévoiler d’autres facettes de son art. Entre compositions bien léchées, solos ravageurs et gouaille révélatrice le musicien nous offre une performance qui, à n’en pas douter, devrait lui assurer une place sur la première marche du podium. Seule ombre au tableau concernant ces 13 titres de classic rock convaincant: la pochette signée Klaus Voormann. L’artiste en question nous avait habitué à beaucoup mieux, notamment en 1966 avec le cover art de Revolver pour les Beatles. Produit par George Drakoulias (Black Crowes, Jayhawks) le disque arrivera en novembre 2020. D’ci là…

George Hardie – De Led Zeppelin à Pink Floyd

[Extrait]: George Hardie est un designer britannique né en 1944. Il fait ses études à Londres à la central Saint Martins et au Royal College of Art. C’est à ce moment là qu’il commence à créer illustrer des pochettes de disques, comme celle du premier album de Led Zeppelin en 1969. Il rejoint ensuite les studios NTA où il travaille sur de nombreuses galettes emblématiques avec le groupe de design Hipgnosis. de 1973 à 1976, il participe ainsi à celles de The Dark Side of the Moon et Wish you Where Here de Pink Floyd, How Dare You de 10cc, Technical Ecstasy de Black Sabbath et Presence de led Zeppelin. Parallèlement à cette activité l’illustrateur oeuvre en tant qu’indépendant. À partir de 1982 il enseigne à l’université de Brighton et en 1989 il ouvre le master Sequential Design/Illustration… Depuis 1994 George Hardie est membre et secrétaire de l’Alliance Graphique Internationale et en 2005 il est élu Royal Designer for Industry… D’autres ont également bénéficié de la contribution de l’artiste. Parmi eux et entre autres, Peter Frampton, Genesis, Be+Bop Deluxe, Wings, Hollies, Paul McCartney, Golden Earring ou Yes.

Patrick BETAILLE, septembre 2020


L’intégralité de la chronique est à retrouver dans le livre:

👉  In Vinyle Veritas – Éloquence et Désaveu du Cover Art  👈


One Rusty Band – Voodoo Queen

One Rusty Band - Boogie Woogie

C’est du côté de Genève que l’on peut recourir à un décrassage en règle des étagères à mégots.  One Rusty Band c’est un duo. Le plus gros du boulot est assuré par Rusty Greg au chant, guitares, foot drums et harmonica. Léa, créditée au washboard et rhythm’n’foot, consolide la partie rythmique aux claquettes et assure quelques backing vocals. Musicalement c’est du brut de décoffrage avec une auto-production artisanale admirable. Feeling et high energy à tous les étages, dans la plus pure tradition d’un revival à la fois viscéral, roots et trash. C’est pêchu, urgent et sensuel à la fois. Incroyable comment une formation aussi réduite puisse faire autant de barouf. Ça swingue, ça slide, ça remue les tripes et quand l’harmonica s’en mêle ça sent bon le Delta du Mississippi. Explosif et tranchant, ce Voodoo Queen et son blues-rock-boogie instinctif et jouissif est un véritable remède à la mélancolie. Pour les infos, les extraits et les commandes, c’est ici: One Rusty Band!

Patrick BETAILLE, avril 2020

Stairway to Heaven: Pas de plagiat!

© Photo: Laurance Ratner

 

L’affaire débute en 2016. Les ayants-droit du guitariste Randy California intentent une action en justice à l’encontre de Jimmy Page et Robert Plant. Les membres de Led Zeppelin sont accusés d’avoir copié Taurus, un morceau figurant sur le premier album du groupe Spirit, pour élaborer leur Stairway to Heaven. Un premier procès pour plagiat a lieu cette année là. L’accusation met en avant le fait qu’en 1968 aux Etats-Unis, Led Zep avait joué en première partie de Spirit et donc connaissait le morceau en question. Pas suffisant pour les juges qui refusent d’accéder à la demande des plaignants réclamant plus de 10 millions de dollars de droits. Ces derniers, estimant que le jugement est entaché de vices de procédure, font appel en 2018 et obtiennent l’annulation du jugement: Lire l’article. Les membres de Led Zeppelin demandent alors une nouvelle révision du jugement. La semaine dernière, les magistrats de la cour d’appel de San Francisco ont décidé de maintenir le jugement pris en première instance.

Patrick BETAILLE, mars 2020

Popa Chubby – It’s a Mighty Hard Road

Popa Chubby Nouvel album

La couleur est annoncée et autant le dire tout de suite: aucune baisse de régime chez Popa Chubby. Le nouvel album, It’s a Mighty Hard Road, comporte pas moins de 15 titres pour un total d’une heure de blues, de rock et de soul avec, ça et là, des teintes jazzy et des influences latines. Toujours aussi inspiré, Ted Horowitz dévoile une fois de plus l’étendue de ses talents de chanteur, de compositeur, de mélodiste et surtout, de guitariste. ″La saveur est dans le gras″, c’est Popa qui le dit en ouvrant cette production. Pas de régime minceur pour une tambouille riche, variée et consistante qui invite à demander du rab. Sachant le géant du Bronx atteint d’un diabète invalidant (il marche avec une canne et assure ses prestations assis – NDLR),  on aurait pu craindre le pire. Nous voilà rassurés, 30 ans de carrière célébrés avec un nouvel album qui prouve que les meilleurs arômes se développent après maturation. C’est un sacré voyage!

Patrick BETAILLE, février 2020