Mark Morton – Without The Pain

 

Pour Anesthetic, son premier album solo paru en 2019, Mark Morton – connu pour mitrailler les riffs comme un GI sous amphètes – s’était livré à une approche plus conventionnelle du hard rock en se démarquant du heavy/trash metal de Lamb of God.
Avec le récent Without the Pain, le guitariste américain confirme le virage au frein à main et dévoile une autre facette de ses talents. Sur le beau cover art de ce deuxième opus on le voit de profil et on imagine son regard posé sur l’horizon de ces influences country rock et blues rock. Pour la circonstance Morton a fait appel à quelques potes triés sur le volet. Au fil des dix titres l’on découvre de fait les participations de membres de Clutch, Blacktop Mojo, Blackberry Smoke ou Tyler Bryant & The Shakedown. Entre autres.
Musicalement l’ensemble tient la route et s’avère très efficace grâce à un cruise control qui permet de rouler en toute décontraction entre rock marécageux (without The Pain), shuffle (Hell & Back), blues rock torride (Forever In The Light), ballade mélancolique (Come December), doom tonitruant (Noctural Sun) et americana (Kite String). Dernière station avant l’autoroute; faire le plein; direction le Sud, la Virginie. Dust, rageur et percutant, Brother à la fois classique et magistral et The Needle & The Spoon une réinterprétation sincère du classique de Lynyrd Skynyrd. L’album s’achève sur le rire d’un enfant avec Home, un titre au lyrisme mélancolique qui baigne dans une ambiance musicale envoutante.
Avec une tracklist haut de gamme Without the Pain est un album convaincant qui trouvera très facilement sa place aux côtés du Whomp Whack Thunder de Whiskey Myers.
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                                                                                             Patrick BETAILLE, novembre 2025

Whiskey Myers – Whomp Whack Thunder

 


Dixit Cody Cannon, chanteur et compositeur, le nom de son groupe aurait été inspiré par un certain Myers, un sans-abri et ivrogne notoire qui vivait au bord de la rivière du patelin. À l’époque, Cannon et ses potes l’avaient surnommé ″ Whiskey ″. C’est en utilisant ce sobriquet qu’en 2008 la formation sort son premier album: Road of Life.



Avec leur septième album, les six musiciens originaire de l’est du Texas qui composent Whiskey Myers, se révèlent au sommet de leur art pour perpétuer l’esprit du Southern Rock dans sa version la plus viscérale, loin des envolées de Lynyrd Skynyrd, Outlaws, Molly Hatchet et consort. ″ One, two, one, one, one, one! ″. Quand la country se joint au blues dans une exaltation propulsée par le rock, Whomp Whack Thunder incarne a lui seul le concept roots du rock sudiste. Rythmes percutants et guitares hargneuses sur Time Bomb et Tailspin alors que Midnight Woman s’ouvre sur un riff lent ambiance vaudou avant de se libérer sur un tempo classic rock. Ramblin’ Jones, titre à la fois séduisant et menaçant brille d’un groove tourbillonnant dont bénéficie également un Break These Chains plus bluesy. Born To Do, petit joyau de folk dans lequel narration, dobro et slide cohabitent à merveille. Vient enfin le moment de Monsters, une composition mélancolique dont les paroles qui explorent les thèmes de la peur, de la solitude et de l’espoir vous prennent aux tripes tant la musicalité et surtout l’interprétation sont émouvantes. 
Portées par le chant habité de Cody, les mélodies sont imparables. Onze pépites taillées dans la masse pour conduire Whiskey Myers vers des horizons où sincérité, énergie, et sensibilité font la loi. Whomp Whack Thunder est non seulement un coup de tonnerre, c’est un grand album. Très grand!

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Glen Hughes – Chosen

 

Le bassiste-chanteur accompli surnommé ″ The Voice of Rock ″ n’avait rien produit depuis Resonate paru en 2016. Neuf ans que nous n’avions pas entendu de nouvel album solo de la part de Glenn Hughes. Impossible de lui en vouloir. Il avait un mot d’excuse justifiant d’une étroite et prenante collaboration avec Black Country Communion et The Dead Daisies. Chosen arrive donc à point nommé pour remettre les pendules à l’heure. L’ex-Deep Purple nous gratifie de dix titres vintage à souhait, dans la plus pure tradition d’un heavy rock porté par une voix toujours aussi impeccable et un jeu de basse souverain. Très classique dans sa conception mais hélas sans réelle surprise ou originalité, cette nouvelle production offre néanmoins une redoutable efficacité. On ne la fait pas à un briscard de 74 balais. Glenn Hughes le prouve en s’adjugeant la présence de pointures, celle notamment de Soren Andersen, le guitariste virtuose qui enchaine phrasés et riffs de haut niveau. Malheureusement, impossible d’échapper à Come and Go, la ballade ampoulée mélodramatique à souhait. Dommage!

Dommage aussi que pas un seul titre – à part peut-être en cherchant bien et après plusieurs écoutes – Voice in My Head ou Black Cat Moan – ne se détache vraiment d’un album somme toute bien léché, homogène et agréable à écouter.
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Patrick BETAILLE, octobre 2025

Bon Jovi -Slippery When Wet

 

[Extrait]: Au milieu des années 80, le hard FM se caractérise par une déferlante populaire et mondiale au cœur de laquelle surfent allègrement les Iron Maiden, Van Halen, Europe, Def Leppard et consort. À la fin de cette décennie, c’est Bon Jovi qui devient la référence absolue de ce glam metal qui arbore futals moul’ boul’ et tignasses peroxydées à la mode MTV.
Formé en 1983 et emmené par Jon Bon Jovi, le groupe américain sort son troisième album le 18 août 1986. Slippery When Wet interpelle à cause de son titre ambigu [glissant quand c’est mouillé] et de son gros plan sur une jeune femme à forte poitrine vêtue d’un tee-shirt mouillé et moulant. Jugée sexiste et provocatrice, la photo de Mark Weiss sera remplacée par celle d’une vitre humide et embuée sur laquelle le titre de l’album est tracé à la main. Dixit Jon à l’époque, ″ ce disque devra être un tournant décisif dans la carrière du groupe ″. Il le sera en devenant la plus grosse affaire de l’année 1987 avec 17 millions d’exemplaires écoulés.


L’intégralité de la chronique est à retrouver dans le livre:

👉  In Vinyle Veritas – Éloquence et Désaveu du Cover Art  👈


Patrick BETAILLE, octobre  2025

Michael Schenker – D’ont Sell Your Soul

 

Dès ses débuts d’adolescent prodige avec Scorpions et son passage remarqué au sein de UFO, Michael Schenker n’a jamais fait de compromis. En fondant le Michael Schenker Group en 1979, il a marqué de son empreinte un hard rock bien léché au point de devenir une référence pour bon nombre de guitaristes inspirés par les riffs efficaces et les solos ravageurs du virtuose.
Près de cinquante ans après la création de MSG, vient un disque cohérent et sincère qui séduira les fans et rappellera que, au delà des modes, la flamme brûle toujours. Nous voilà rassurés car cette nouvelle production studio respire la passion d’un artiste septuagénaire qui ne se s’est jamais compromis. Là où certains espéraient des prises de risques, le teuton choisit la continuité, quitte à prendre le risque de parfois
paraitre prévisible. Don’t Sell Your Soul n’est pas un disque révolutionnaire, mais il incarne parfaitement ce que Michael Schenker a toujours été: un musicien besogneux, fidèle à son art et à ses Gibson Flying V.
Étayés par un line-up zélé, les onze titres combinent énergie brute et mélodies solides portées par la voix puissante de l’ex Skid Raw: Erik Grönwall. Quant au jeu de Michael, il est toujours aussi précis et inspiré, empreint du mordant harmonique et de la maîtrise technique qui ont toujours été dans son ADN.
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Patrick BETAILLE, octobre 2025

 

Christone Ingram – Hard Road

 

C’est incontestable, Christone ″ Kingfish ″ Ingram est l’un des guitaristes les plus doués de sa génération. Adoubé par Keb’ Mo et Buddy Guy il est l’avenir d’un blues moderne solidement ancré dans le delta du Mississippi et jusqu’alors brillamment promu par Alligator Records. Kingfish a néanmoins décidé d’aller de l’avant en s’émancipant de la tutelle de la prestigieuse maison de disques et fonder son propre label: Red Zero Records. Changement de cap donc, avec à la clef un tournant significatif témoignant de l’étendue de la vision et du talent du jeune prodige de 26 ans. Hard Road, son nouvel album, est un pari; celui d’établir un pont entre tradition et modernité. Du blues classique (Memphis) au blues rock puissant (Cosses, S.S.S.) en passant par  l’audace du funk (Truth et Bad Like Me) et la magie de la soul (Nothin’ But Your Love, Standing on Business et Clearly), le natif de Clarksdale poursuit une croisade consistant à perpétuer l’esprit du blues dans une nouvelle dimension. Quel que soit le genre, sa guitare s’épanche avec la voracité d’un alligator irascible. La fureur syncopée de Back To L.A donnerait à n’importe quel guitariste l’envie de réduire son instrument à l’état de petit bois. Plus flamboyant encore, le renversant Voodoo Charm achèvera de séduire les nostalgiques du gaucher de Seattle. 

Avec Hard Road, Christone Ingram apporte avec panache et brio une preuve supplémentaire qu’il détient la force indispensable pour porter le flambeau du blues.

Patrick BETAILLE, Octobre 2025

Gibson ES 345 – Lost to the Future

© Screenshot: Retour Vers le Futur


Doc! C’est une catastrophe! Ma Gibson 345 a disparu! – Nom de Zeus Marty! Prenons la DeLorean, convecteur temporel calé sur 2025! Nous allons retrouver la Cherry Red!


Flashback sur ce moment de 1955. Au cours du bal de fin d’année du lycée de Hill Valley, un adolescent monte sur la scène, prend une guitare et lance à l’orchestre : ″ Ok les gars, on va jouer un blues en Si. Regardez moi pour les changements et essayez de suivre ok?! ″ Riff d’intro sur deux cordes, solo survolté, Duckwalk et tapping devant un public médusé qui découvre le rock’n’roll avec Johnny B. Goode. En coulisse Marvin Berry téléphone: ″ Hey Chuck! C’est Marvin! Marvin Berry ton cousin! Tu m’as dit que tu cherchais un son nouveau hein?! Bon, alors écoute ça! ″.

La mythique Gibson ES-345 Cherry Red sur laquelle Marty joue dans le film Retour Vers le Futur a disparu après le tournage en 1985 et personne ne sait ce qu’est devenu l’instrument. Quarante ans plus tard, l’équipe du film est bien déterminée à la retrouver. Pour tenter de remettre la main sur cette guitare, les acteurs de la trilogie et le fabricant Gibson ont lancé un avis de recherche mondial via une campagne baptisée Lost to the Future: ″ Si vous savez où elle est, écrivez-nous! implore Michael J. Fox, l’acteur qui joue le rôle de Marty McFly.

Patrick BETAILLE, octobre 2025

Ho Tong Lang – Taï Phong

 

Taï Phong (signifie grand vent et désigne un typhon) est un groupe français fondé en 1972 par deux frères vietnamiens Khanh Maï (guitare et chant) et Taï Sinh (basse, guitare, chant, claviers). Ils sont rejoins en 1974 par un guitariste et chanteur qui joue des solos extatiques et chante avec une voix haut perchée qui colle à merveille à leur répertoire rock progressif dans la veine de Yes et Genesis. Le premier LP éponyme n’est pas révolutionnaire mais il a le mérite de bénéficier d’un gros son et de compostions savoureuses. Parmi celles-ci, Sister Jane, un tube intemporel qui, au format single, s’est vendu a plus de 200 000 exemplaires (50 000 copies pour l’album).

C’est Ho Tong Lang, frère des deux membres fondateurs, peintre et dessinateur à ses heures, qui est à l’origine de la représentation du samouraï qui sublime le cover art des premiers albums publiés chez WEA: Taï Phong en 1975 et Windows en 1976. Quant au talentueux guitariste et chanteur dont il est question ici, il s’agit de… Jean-Jacques Goldman!


D’autres chroniques à retrouver dans le livre:

👉  In Vinyle Veritas – Éloquence et Désaveu du Cover Art  👈


Patrick BETAILLE, octobre 2025

Bad Cop Bad Cop – Lighten Up

 

Bientôt 15 ans d’existence pour le quatuor féminin de punk rock formé en 2011 et basé à Los Angeles: Bad Cop Bad Cop. Retour aux affaires avec un quatrième album pour les angelinas du quartier de San Pedro qui n’avaient rien produit depuis 2020. Comme ses prédécesseurs Lighten Up fait preuve d’une énergie débordante mais gagne incontestablement en maturité. De la part d’un groupe qui a toujours tout misé sur la baston musicale, la métamorphose est évidente. Sans pour autant renier leur addiction à l’explosivité, les filles se livrent à un exercice un tantinet espiègle. Note to Self fricote avec un reggae speedé, Las Ventanas étonne avec une intro résolument jazzy, See Me Now bénéficie d’un mid tempo aux accents blues et le Johnny Appleseed de Joe Strummer est adapté à l’humeur du moment. Pour autant Stacey, Linh, Myra et Alex ne cèdent pas aux sirènes du mainstream. Ici l’esprit punk et la démarche insoumise sont encore et toujours au rendez-vous. All Together Now, Strugglin, Straight of Detox ou I4NI, dans lesquels rythmes effrénés et guitares rageuses occupent une place prépondérante, sont les témoignages convaincants d’un rock sans compromis. Lighten Up est audacieux, authentique, joyeux et efficace. Un bel album qui donne envie de pogoter et d’aimer la vie.

Patrick BETAILLE, Octobre 2025

 

Gene Vincent – Be Bop A Lula

 

[Extrait]: Gene Vincent reçoit sa première guitare à l’âge de douze ans et joue régulièrement les succès de l’époque pour les passants et les clients de l’épicerie de ses parents. À dix-sept ans, il quitte l’école et s’engage dans la marine. Au retour d’une campagne en Méditerranée il est victime d’un accident de la route au guidon de sa moto et il échappe de peu à l’amputation. C’est à cette époque que le chanteur commence à se produire sur scène. Il participe à un concours de chant dont l’un des membres du jury est l’animateur d’une radio de Norfolk qui va lui offrir l’antenne chaque week-end. C’est ainsi que Gene Vincent interprète pour la première fois en public Be-Bop-A-Lula, chanson qui fait l’objet d’une maquette envoyée chez Capitol. En mai 1956, Gene Vincent And His Blue Caps partent enregistrer à Nashville. Placé en Face B de Woman Love, Be-Bop-A-Lula sort en single le 2 juin…
Grâce à une composition originale, une voix remarquable, et un guitariste exceptionnel en la personne de Cliff Galup, Be-Bop-A-Lula se vend a plus de deux millions d’exemplaires et devient disque d’or.
Très souvent reprise, la chanson est aussi au cœur de l’histoire des Beatles. C’est le premier disque acheté par Paul McCartney et lorsqu’il rencontre John Lennon pour la première fois, celui-ci est en train de chanter Be-Bop-A-Lula avec les Quarrymen.


L’intégralité de la chronique est à retrouver dans le livre:
👉  IN VINYLE VERITAS – REMEMBER THE SIXTIES  👈

Patrick BETAILLE, septembre 2025