Black Joe Lewis and the Honeybears – Scandalous

Black Joe Lewis: ScandalousC’est un pote – dont l’addiction au canapé n’a d’égale que l’obsession du Duke pour son tapis – qui me fit découvrir ce brûlot qu’est Scandalous, deuxième disque de Black Joe Lewis & the Honeybears. Voici donc un quatuor rock balançant tout de go 11 titres imprégnés de Soul, de funk et de Rhythm & Blues qui ne sont pas sans rappeler le J. Geils Band , James Brown , Wilson Pickett , ou encore Otis Redding. Les guitares de Joe Lewis et Zach Ernst sont grasses et méchamment incisives, comme en témoigne le duel avec les cuivres sur ″Mustang Ranch et ″Booty City″. Sur ″Black Snake″ et ″She’s So Scandalous″ c’est la rythmique qui se taille la part belle ; en bons ours mal léchés Bill Stevenson assure des lignes de basse magnifiques et Matthew Strimska sort de ses fûts des grooves palpitants ou hypnotiques. ″Livin’ in the Jungle″ est tendu, brut et dynamitesque ; Lewis y hurle son meilleur James Brown sur un savant mélange de funk primitive et de Soul débridée. Plus loin surgissent d’autres influences. ″You been lying″ flirte allègrement avec une espèce de Rhythm & Blues teinté de Gospel. Avec ″Ballad of Jimmy Tanks″ et ″Jesus took my Hand″ c’est du Delta Blues  électrique version R.L Burnside dont on se délecte.  L’ensemble est énorme, terriblement efficace avec en fil rouge l’omni présence d’une section de cuivres digne de la grande époque Stax. Ce disque est une tuerie ! Plus chaud qu’un cataplasme à la moutarde, aussi moite qu’un dessous de bras d’estivant, il pulse autant qu’un émoi d’adolescent et claque comme des volets un jour de grand vent.  Pour peu que vous l’écoutiez fort vous réaliserez avec Scandalous que jamais la fusion du rock et de la Soul n’avaient atteint un tel niveau.

Patrick BETAILLE, juin 2012

Ouest Américain – C’est le Rêve

 

Au premier abord on pourrait se dire : Allez, encore un pavé à vocation touristique pour encombrants mobiles suréquipés qui,  pour assurer leur reproduction, migrent tous les ans vers les étapes du Tour de France.  Eh bien non !.. Ouest Américain est tout sauf ça.  Le temps de brûler quelques casquettes anisées ou un lot d’espadrilles bridées et je vous explique. Les photos qui illustrent l’ouvrage sont fournies par l’agence Gamma-Rapho pour laquelle œuvrent de grands noms de la photographie, tous animés par la passion du reportage de voyage et de la diversité des cultures du monde. L’auteur(e) des textes. Sophie Gergaud est ethnologue, spécialiste de cultures amérindiennes, et elle séjourne régulièrement aux Etats-Unis. Le découpage du livre n’est pas géographique ; textes et images s’articulent autour de thèmes qui relèvent plus de sensations ou d’états d’âme qui incitent au vagabondage d’humeur plutôt qu’à la quête paresseuse du gîte et du couvert. Certes, difficile de passer outre les clichés colorés de l’American Dream mais pour peu qu’il y soit sensible, le lecteur en croisant Kerouac, London ou Jim Harrison comprendra ce qu’était et ce qu’est devenu ″ The Frontier ″ : A long time ago, came a man on a track… And he put down his load where he thought it was the best (Dire Straits). Dans la collection C’est le Rêve c’est un beau voyage que nous offrent les Editions du Chêne !

″ Germaine ! Range le barbeuc, plie le auvent, éteins la télé et branche le Gps ! Cap à l’Ouest ! On part aux Staytes  bordel ! ″

 

Jim Marshall – Trust

© Photos: Jim Marshall

 

Jimi Hendrix brûlant sa guitare à Monterey c’était lui. Le doigt d’honneur de Johnny Cash à Saint Quentin, encore lui. Le grand écart de Chuck Berry toujours lui ! A partir de 1959 Jim Marshall a shooté les plus grandes Stars et couvert les rassemblements majeurs qui ont marqué l’histoire du Rock ; le Monterey Pop Festival ou Woodstock il y était. Il a également été le seul à avoir réussi à couvrir les coulisses du dernier concert des Beatles à San Francisco en 1966 ou la tournée historique des Stones en 1972. Sa passion pour la musique et la photo l’ont amené à développer un lien particulier avec les artistes qu’il captait sur scène ou dont il tirait le portrait ; c’est d’ailleurs par ce biais qu’il a participé à quelques 500 pochettes d’albums (Alman Brothers, Jefferson Airplane…) Faire des photos n’a jamais été un job, c’était ma vie, tout simplement! ″. Jim a définitivement remisé son Leica le 24 Mars 2010 à l’âge de 74 ans. Reste son témoignage photo sous forme d’albums éblouissants; deux d’entre eux, regroupant clichés et anecdotes, sont indispensables : Trust et Not Fade Away.

 

 

Kiss Kiss Bang Bang – Kaboom!

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Kiss Kiss Bang Bang: Kaboom!

 

Très certainement une très bonne surprise que cet enregistrement qui à n’en pas douter restera une valeur sûre de le scène Garage Rock US actuelle. Si le disque et le groupe qui en est à l’origine sont nouveaux, les membres impliqués eux n’en sont pas à leur galop d’essai. Kenny Wessel ex-guitariste des Beat Killers, John Carlucci, ex-bassiste des Fuzztones et Tony, ex-batteur des Vaquetones, constituent l’épine dorsale du combo un tantinet déjanté. Guitares virulentes, basse précise, batterie qui roule bien,  l’énergie est là et bien là avec en fond un nappage clavier « Combo Organ » assuré par Laura Carlucci qui apporte à l’ensemble une unité incontestable et une ambiance résolument Sixties. Et le chant me direz vous? C’est l’arme secrète, celle de Devon Dunsmoor, mannequin de son état (89,64,89-Gââtôôô!-NDLR), belle comme un cœur qu’elle a gros comme ça quand il s’agit de vocalises. Claire et puissante, la voix est bien dosée ; Pop et Rock à la fois elle est aussi délicieusement teintée de Soul et vous promène allègrement tout au long des onze morceaux crépitants qui composent l’album. Techniquement la production est excellente avec un mixage tout au service d’un Garage Rock qui, même s’il n’invente rien, n’en reste pas moins imparable. Seule ombre au tableau, la durée ! 32 minutes… C’est peu certes, mais suffisant pour se laisser entraîner dans le sillage californien de Kiss Kiss Bang Bang dont le dynamisme est communicatif, jouissif et bienfaisant. Les Love Me Nots vous manquent ? ″ Kaboom″ est fait pour vous !

Patrick BETAILLE, mars 2012

Davy Knowles – Live at the Gaiety Theatre

Source Image: Wikidata.org

 

″ J’ai su que je serai musicien le jour où alors que j’étais en voiture avec mon père j’ai entendu Sultans of Swing de Dire Straits ; ce titre a changé ma vie . Davy avait onze ans à l’époque. Au départ il a  pioché dans la discothèque du paternel pour dévorer du John Mayall, Clapton, Peter Green et Rory Gallagher. Il a d’ailleurs avec ce dernier le point commun qui consiste en l’intégration des influences celtiques dans sa musique; rien d’ étonnant, il est originaire de l’ île de Man !  Quelques cours de guitare plus tard le trio Back Door Slam voit le jour, nous sommes en 2005 et c’est en 2006 que sort le premier album Roll Away qui atteindra rapidement la 7ème place au Bilboard. Succès d’autant plus intéressant que c’est Davy qui assure toutes les compositions à l’exception de Outside Woman Blues (Blind Joe Reynolds). On y retrouve bien sûr toutes les influences évoquées plus haut, mais aussi l’expression d’une sensibilité portée par une voix chaude et pleine d’émotion. 2009, sortie de Coming up for air sous le nom de Davy Knowles and Back Door Slam! Entre temps il y a eu le split du trio, les tournées mondiales, les premières parties de George Thorogood, Buddy Guy, Lynyrd Skynyrd, Chickenfoot et, excusez du peu,  Gov’t Mule ou  encore Jeff Beck. Ce deuxième album, produit par Peter Frampton, est brillant ; même les morceaux mid-tempo s’articulent autour de chorus à la fois fins et puissants.  11 titres dans lesquels les fans de Blues Rock, toutes générations confondues, trouveront leur compte ; en particulier à l’écoute de Tear down the walls et Hear me Lord (George Harrison) où Davy fait preuve d’un feeling et d’un doigté exceptionnels pour triturer sa guitare PRS. 2009 c’est aussi l’année de la sortie du Dvd  Live at the Gaiety Theatre. L’artiste  joue chez lui, sur l’Ile de Man. Il clôture ainsi une tournée de 400 dates aux USA et un passage à Londres pour un concert à guichet fermé. Rien à redire, l’énergie est là, la prestation est superbe, le show est sobre, assez intimiste mais d’une intensité redoutable ; il s’achève par un titre acoustique sur lequel les chœurs sont assurés par les enfants de l’école du coin. Emotion garantie ! Vous savez quoi ? La soi disant authenticité musicale, le côté basique du genre, l’approche intellectuelle du Rock… Ben tout ça je m’assoie dessus avec allégresse et impertinence! Davy Knowles c’est du bon, du talentueux, de l’authentique et même s’il ne remplace pas Rory Gallagher ou Gary Moore, il parvient quand même à combler une bonne partie du vide qu’hélas ils ont laissé derrière eux. Pas mal à 25 ans non? Pour preuve : Joe Satriani himself  a dit de lui : ″ parmi les bluesmen modernes c’est mon préféré !

PB, mars 2012

 

Crazy Inside – Le Crazy Horse célèbre ses 60 ans !

Antoine Poupel Crazy InsideLe plus avant-gardiste des cabarets parisiens ouvre ses portes et célèbre les plus fascinantes des danseuses. Il y a eu le film, il y aura toujours le spectacle mais désormais il y a aussi le livre. Dans un album tout en photos Antoine Poupel met en scène la perfection des corps et l’intensité des moments. Magie de la scène, fébrilité des coulisses et bien sûr intimité des filles, rien n’échappe à l’objectif maîtrisé, discret et respectueux. Au fil de la centaine de pages la perfection des corps est palpable mais jamais vulgaire et toujours pudique; en noir et blanc ou en couleur la sensualité est au rendez-vous ; forte, inexplicable, impossible d’y échapper. On s’y complait et on revient pour découvrir le détail masqué par la nervosité du premier parcours. Ce récit en images aurait peut être mérité un format plus imposant mais qu’importe, même en 24 x 20cm Crazy Inside nous offrent un indispensable et sublime hommage à la beauté et au spectacle.

Crazy Inside: Photos Antoine Poupel

 

Musique Box – La Musique par les grands photographes!

 

480 pages, 450 photos de 300 artistes ; le tout mis en scène sur des textes du journaliste Gino Castaldo qui, de façon originale,structure l’ensemble  autour d’une dizaine de rubriques cohérentes et intimement liées. A tout seigneur tout honneur, c’est la guitare qui sur des accords magiques s’enflamme sous les doigts de Jimmy Hendrix ou se sacralise avec Django Reinhart. Vient ensuite une série de portraits consacrée au couvre chef, cet élément indissociable d’artistes tels que  Bob Marley, Lemmy ou encore Jake et Elwood. La magie de la nuit est évoquée aussi ; magie de la clandestinité, des énergies cachées, de l’obscurité indispensable aux artistes et à leur intimité. C’est quelques pages plus loin que cette intimité acquiert de la profondeur dans les yeux Jeff Buckley ou de Kurt Cobain dont les portraits en disent long sur les doutes, la folie et les angoisses qui les animent et les font avancer artistiquement. Dedans et dehors, tout est prétexte à la captation de ce qui s’exprime sur et devant la scène. Que ce soit à Woodstock ou à Venice, qu’il s’agisse de Joe Cocker  ou d’un fan anonyme, il est toujours un moment où il se passe quelque chose de « spécial ».  A mi lecture, arrêt sur le Backstage pour des « avant » ou « après » concert, toujours révélateurs de ce qui a eu lieu ou de ce qui va arriver au cours de l’instant privilégié qui consiste à fêter la musique, quelle qu’elle soit. Quand on voit Jimmy Page biberonner une bouteille de Jack Daniels on est en droit de s’imaginer pour la suite le pire… ou le meilleur. Au chapitre suivant,  Bowie se métamorphose, les membres de Kiss se travestissent à l’excès ou Vincent Furnier joue d’artifices pour devenir Alice Cooper. Tous expriment ou traduisent un ressenti ; même Angus Young lorsqu’il dévoile ses arrières, même Boy George… euh…non rien en fait ! Ressenti, disais-je, qui devient, bon gré mal gré, une projection, une marque de fabrique voir un identifiant, et ce au même titre que les tatouages d’ Axl Rose, les dreadlocks de Bob Marley ou le maquillage de Marilyn Manson. Mais quand tombent les masques ou que le rideau se ferme Gainbourg devient Serge dans un cave de Saint Germain, Billy Joel fait le plein de sa bécane, le Pink Floyd au complet se prépare à un match de foot, Robert Plant et Roger Daltrey s’affichent en gentlemen farmer  et Johnny Cash pouponne. Comme quoi… Qu’en est il de la vie ordinaire et de la normalité quand on devient un artiste célèbre ? Musique Box, aux Editions Du Chêne, ne répond pas à la question dans ce livre indispensable mais affiche  » le son des regards, les notes du corps, la symphonie des mouvements pour restituer l’intégrité visuelle de la musique « .  Pour ce qui concerne l’identité sonore, l’auteur suggère en annexe et pour chaque artiste présenté dans l’ouvrage un album choisi selon des critères entièrement personnels. C’est tout con mais il fallait y penser!

 

 

Zapping Photo – 2011 en images

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© Rich Lam

 

C’est de saison et tous les ans nous y avons droit, ça et là, sous une forme ou sous une autre. Louable initiative que celle de The Atlantic qui au travers de quelques 100 clichés nous propose de parcourir les événements significatifs de 2011. Un magnifique zapping en images commentées qui nous incite à réfléchir et surtout à nous focaliser sur l’essentiel tout en passant outre l’orgie de témoignages insipides et d’infos aseptisées que nous consommons quotidiennement sans même nous en rendre compte.  Étonnants, émouvants, parfois même horribles, ces clichés n’en restent pas moins magnifiques. A consommer sans modération. ″La mémoire ne filme pas, la mémoire photographie″ (Milan Kundera). C’est ici que ça se passe:  In Focus with the Atlantic!

George Thorogood – 2120 South Michigan Ave

George Thorogood and the DestroyersGeorge n’a jamais renié l’influence du Blues sur sa musique. Quoi de plus naturel alors, au bout d’une quarantaine d’années musiciennes, de rendre hommage  à ce courant majeur. Quoi de plus logique aussi, après une quarantaine d’œuvres discographiques, de consacrer toute une galette au temple du genre: Chess Records. Toute la musique qu’il aime, elle vient de là. George rameute ses Destroyers et part enregistrer dans les studios en question treize morceaux dans lesquels il rend hommage aux maîtres du label parmi lesquels: Willie Dixon (″Seventh Son″, ″Spoonful″ et ″My Baby″), Muddy Waters, Bo Diddley, Chuck Berry (″Let it Rock″), Howlin Wolf ou encore Buddy Guy qui apporte une contribution furieuse à l’un des meilleurs titres (″Hi-Heel Sneakers″) de cet album produit par Tom Hambridge. Au passage il faut noter également la participation sur deux titres (″2120 South Michigan Ave″ et ″My Babe″) de Charlie Musselwhite qui souffle dans son harmonica comme si sa vie en dépendait. George Thorogood and the Destroyers ne sont jamais aussi bons que lorsqu’il s’agit de coller au basique ou de communiquer le plaisir qu’ils éprouvent en jouant ces covers mais aussi en interprétant les deux compos originales que sont ″Going Back″ (Hambridge, Thorogood) et ″Willie Dixon’s gone″ (Hambridge, Thorogood, Fleming). Envie d’une bonne dose de rock’n’roll old school avec du vrai blues dedans ? En manque de Gibson qui déchire ou de slide qui gratte ? Besoin de bon gros son qui fait taper du pied ? Ne cherchez plus ! ce disque est une petite tuerie! Et vous savez quoi? Il a rudement bien fait le George de laisser tomber le baseball pour se consacrer au Rock.

Patrick BETAILLE, février 2012

 

Nose Art – Les PinUp ont du Nez

 

Avant que dans les années 50 ne débute l’âge d’or des Pin-Up, la seconde guerre mondiale est le théâtre d’un essor non négligeable quant à la diffusion de ces motifs provocateurs et affriolants. En attente d’opérations, certains pilotes font peindre sur leurs avions ces effigies qui deviennent très rapidement pour les équipages  une façon de se distinguer et d’afficher avec humour identité ou personnalité.  Au delà, le passe temps graphique consiste aussi en une forme de provocation vis-à-vis de l’ennemi mais encore de l’autorité militaire qui pourtant fait preuve de tolérance. Souvent inspirées par des publications de l’époque (George Petty, Gil Elvgren, Alberto Vargas…) ou encore par des actrices (Rita Hayworth notamment), ces représentations sont appliquées le plus souvent sur le nez de l’appareil ou sous le poste de pilotage. Chasseurs ou bombardiers deviennent le support sur lequel des artistes, amateurs ou professionnels, se livrent à ce qui allait devenir le Nose Art.

Vulgaire ou de bon goût, joliment fait ou approximatif, triste ou marrant, impertinent ou humoristique, le Nose Art à cette époque est partout, même sur les blousons. Pin-Up et autres personnages de Cartoons sont même agrémentés de trophées. Drapeaux ennemis pour chaque avion abattu, bombe pour chaque mission de bombardement, bateau pour chaque navire coulé, tout est bon pour afficher scores, intentions ou raisons d’être. ″ Bomber Girls mises à part, le motif le plus récurrent est celui d’une gueule de requin peint dans le bas du nez d’un chasseur à hélice ou à réaction. À l’origine créé par des aviateurs allemands pendant la première guerre mondiale, ce motif a été adopté par les aviateurs alliés pendant la seconde, principalement sur les  ″ Tigres volants ″ Curtiss P-40.  Aujourd’hui et à de rares exceptions près l’utilisation de sujets quels qu’ils soient tend à disparaître du contexte guerrier et ce sous couvert du politiquement correct. Ainsi récemment, les dessins de Pin-Up ont été interdits en Grande-Bretagne pour ne pas offenser les femmes ou les personnes de religion musulmane.