Diana Krall – Glad Rag Doll

 

J’ose! J’aime bien cet album! Tout de go je précise que cette allégation chapeaute les considérations superfétatoires intello-jazzy du moment. Que Madame Costello soit trop ceci ou pas assez cela je m’en tape comme de ma première tétine. En outre, je dois avouer que je ne possède pas les compétences requises pour juger à l’aune de la créativité le bien fondé de certitudes masturbatoires que je respecte dans l’indifférence la plus totale. Point de créativité d’ailleurs; juste une collection de standards de Jazz des années 20-30 qui fait de Glad Rag Doll une machine à voyager dans le temps pilotée par T-Bone Burnett qui assure la production. Pour la circonstance le Doc  s’est contenté de dépoussiérer délicatement la vieille poupée de chiffon pour lui donner un petit air joyeux sans pour autant en dénaturer l’âme. Il découle de cette approche une ambiance singulière qui, paradoxalement, colle parfaitement à la voix et au jeu de Diana Krall (à moins que ce ne soit l’inverse…) qui visiblement prend du plaisir à s’exprimer dans ce contexte. Certes, la démarche et l’interprétation peuvent étonner, voire hérisser. Néanmoins, en outre et cependant, dès l’instant où l’on parvient à faire abstraction du reste de la production de la belle, l’ensemble s’avère cohérent, original et séduisant. Certains titres sont même assez surprenants ; à l’instar de I’m a Little Mixed Up (Betty James) et  son piano Rock’n’roll ou encore de Lonely Avenue (Doc Promus) dont la lecture bluesy assez radicale reste un des meilleurs moments. Chaleur, humour, sophistication et rigueur ; Diana se laisse aller et, quoique l’on en dise, sa performance vocale Rock’ n’ Blues est remarquable. Tout aussi remarquable la prestation des musiciens comme en témoigne, entre autres, le jeu du ″ Picasso de la six cordes ″ (dixit la patronne), Marc Ribot himself. Quant à la jaquette… Elle parle d’elle même! De toutes façons on s’en fout! Glad Rag Doll reste un putain de bon disque.

 

Frank Margerin – Mes crobards.

 

Un nouvel album de Margerin c’est comme un rencard avec une frangine. On bouillonne, on s’y prépare fébrilement et quand arrive l’heure on essaie d’en capter toute l’intensité. Rendez vous aux Editions du Chêne. Une fois n’est pas coutume, Lucien, Ricky, Gillou, Riton, Momo et tous les autres sont pile à l’heure et ils sont comme vous ne les avez jamais vus ! C’est Frank Margerin qui fait les présentations et ce de façon inédite. Il évoque la genèse des albums et divers travaux qui ont fait le succès d’aventures motocyclistes sur fond de Rock’n’Roll et de délires potaches. Et la moto il connaît le Frank: “ la moto est une de mes passions, j’en dessine beaucoup, soit pour préparer une BD, soit pour me détendre ”. C’est ça  Mes Crobards! un recueil d’ébauches, d’idées, de transcriptions graphiques, d’instantanés devenus de grands moments de BD. Les fans et autres amateurs éclairés y trouveront l’authenticité des coulisses du travail de l’artiste et certainement pas une exploration de fonds de tiroirs. Fin des présentations et puisque tout le monde est là que la fête commence ! A wop-bop-a-loo-a-wop-a-wop-bam-boom!

Patrick BETAILLE, décembre 2012

 

 

Jack Daniel’s – It’s not Scotch, it’s not Bourbon, it’s Jack!

 

Jack était l’un des dix enfants de Calaway Daniel et Lucinda Cook. Perdant tôt sa mère et ne s’entendant pas avec sa nouvelle belle-mère, il est placé à l’âge de 6 ans chez l’oncle Félix, un voisin fermier, d’où il fugue pour aller travailler chez un ami de son oncle, un prédicateur luthérien qui est aussi distillateur de whisky. Dan Call, le gars en question,  décide un beau jour de se consacrer entièrement à sa fonction de prédicateur. En 1863  il vend son affaire à Jack qui en 1895 décidera de changer la forme ronde de la bouteille pour celle, carrée, qui deviendra célèbre notamment dans le monde du Rock. Ce Bourbon si particulier donnera plus tard naissance à une nouvelle appellation: le Tennessee Whiskey.  Au-delà de l’incontournable Old No.7 âgé d’au moins cinq ans aux notes immédiatement reconnaissables de vanille, d’agrumes et de chêne, Jack Daniel’s propose différentes expressions : Gentleman Jack, filtré une seconde fois à travers le charbon, se révèle encore plus doux et sophistiqué; Single Barrel, une sélection de fûts absolument superbes, aux notes de noix de pécan distinctes; et enfin Monogram, véritable joyau de la gamme et trésor du whiskey (Source: La Maison du Whisky). Jack meurt le 10 octobre 1911 suite à l’infection d’un orteil cassé après avoir donné un coup de pied à son coffre-fort. Mais quel con!″ (Black Bonnie, philosophe alambiqué).

Patrick BETAILLE, décembre 2012

Beth Hart – Bang Bang Boom Boom

Beth Hart: CD Bang Bang Boom Boom!

En 2011 et avec ″D’ont explain″, fruit d’une collaboration judicieuse avec Joe Bonamassa, Beth Hart passe de la Variété haut de gamme au  Blues Rock électrique qui colle à merveille à  son tempérament d’écorchée vive. En 2012 l’influence bluesy reste évidente au sein de Bang Bang Boom Boom, nouvel et huitième opus studio de la Californienne. Guitares et piano occupent toujours une place prépondérante,  à l’instar de Baddest Blues, façon Billy Holiday, qui ouvre les festivités, ou encore Caught out in the rain qui dégueule d’émotion pendant plus de 7 minutes. La profusion de cuivres sur Swing My Thing Back Around et Spirit Of God amorce un changement de direction avec tonalité Swing ou Big Band que ne renierait pas Cab Calloway. Avec Better Man, Ugliest House ou encore le titre éponyme, l’ambiance devient plus légère et plus fun qu’à l’accoutumée. Au final ce qu’il faut retenir, c’est qu’avec ces  11 compostions originales, la force de cet album réside avant tout dans l’éclectisme des influences desservies par une voix à la foi chaude, puissante et émouvante. La production heureuse de Kevin Shirley (Led Zep, Aerosmith, Bonamassa) assure à l’ensemble une cohésion sans faille. Et que dire du packaging ? Visuel qui atteste du réchauffement de la planète, paroles lisibles sans loupe, Liner notes d’Henry Yates, commentaires de l’artiste sur les origines de chaque titre, quelques zoulies zimages… Une fois n’est pas coutume, on en a pour ses euros ! C’est donc l’occasion ou jamais de découvrir cette immense artiste. A moins de préférer se focaliser sur ses performances scéniques… Auquel cas il suffit : soit de se rabattre sur le sublime Dvd Live at Paradiso, sorti en 2005, soit d’assister à l’un des concerts de la tournée française qui passe par l’Olympia  le 28 Mars 2013. Quand Beth Hart chante le temps s’arrête, le cœur danse et les poils de la nuque se hérissent!″ Je confirme!

Patrick BETAILLE, octobre 2012

Jean-Marie Périer – Rencontres.

 

Il y a peu, alors que je m’épanchais sur le magnifique ouvrage qu’est Musique Box, je m’assénais égoïstement la remarque suivante :  » Diantre, fichtre, foutre…pas un seul cliché de JM Périer ! « . C’est fou ça !  Delirium très épais ou fulgurance neuronale ? Allez savoir ! En tous cas voici l’occasion, non pas de combler une lacune, mais plutôt d’évoquer un temps que  les moins de 20 ans ne peuvent pas connaître… Dixit Charles, pas le Grand, l’autre, le petit, l’arménien quoi ! Faites un effort merde ! Les Sixties, c’est bien de cette décennie dont il s’agit aujourd’hui avec la parution de Rencontres, un recueil photographique consacré aux grands noms de la musique anglo-saxonne. L’auteur, Jean-Marie Périer donc, nous apporte sur un plateau  la bagatelle de quelques 200 témoignages annotés ! 300 pages de  souvenirs dont 85 consacrées aux Rolling Stones, une cinquantaine aux Beatles et une bonne douzaine illuminées par le joli minois de Marianne Faithfull. Miles Davis, Ella Fitzgerald, Dizzy Gillepsie, Chuck Berry, Cliff Richard, Gene Vincent, Dylan, Hendrix, James Brown, tous et bien d’autres sont également passés devant l’objectif et répondent présent à l’évocation d’une époque où rien n’était sérieux mais tout était possible. Clic, Clac,Merci Kodak! C’est aux Editions du Chêne et c’est Magique !

 

 

Rivals Sons – Pressure and Time.

 

Un mien ami, tout à fait artisan, presque retraité, adepte de fanfares et grand consommateur de super sans plomb, me disait récemment: ″ Dis donc y’a longtemps que tu nous as pas balancé un truc sympa?! ″. Est ce de ma faute si la production discographique du moment est aussi pauvre que le QI d’un animateur de Fun Radio? Non hein ?! Ceci admis, et sans atteindre les fulgurances de Henry’s Funeral Shoe ou Black Joe Lewis, en fouillant un peu, on parvient à exhumer des trucs qui font du bien par où ça passe. Formé en 2008, Rival Sons excelle dans un Classic Rock qui à n’en pas douter devrait ravir les nostalgiques d’Aerosmith, Led Zeppelin ou Black Crowes.  Avec Pressure and time Le quatuor de Los Angeles vous en donne pour votre argent même si l’ensemble des dix titres dépasse tout juste les 30 minutes. Rythmique plombée, guitares insolentes, vocalises perçantes, changements de rythme et une production sans faille s’avèrent aptes à dégourdir les enceintes les plus amorphes. Certes l’album ne vous fera pas sortir les couilles par les oreilles mais  il vous fera peut être découvrir un groupe qui s’est quand même vu attribuer les premières parties d’Alice Cooper et d’AC/DC. Ben ouais! Eh ben ouais! 

Patrick BETAILLE, septembre 2012

 

Hayseed Dixie – A Hot Piece of Grass

Hayseed Dixie: A Hot Piece of Grass - 2005Allez faites un effort et répétez le nom du groupe plusieurs fois… Ca y est ? Vous avez compris ? Bon j’explique pour les handicapés de la menteuse. En 2001 Hayseed Dixie sort une galette exclusivement composée de reprises de hits des Australiens d’AC/DC. Hayseed Dixie… AC/DC… Vous y êtes ce coup ci ? Ce premier album, ″A Hillbilly  tribute to AC/DC″, annonce la couleur et de  ″Highway to Hell″ à ″Back in Black″ en passant par ″TNT″ et ″Hells Bells″, tout y est ou presque. Les quatre furieux des Appalaches, habitués à jouer la musique traditionnelle de leurs ancêtres, ont obtenu cette année là un succès quasi immédiat et ont pris goût aux covers à la sauce Blue Grass et Hillbilly. Tout en donnant un éventail plus large à leurs cibles et sans pour autant délaisser les compositions personnelles ils sortent en gros une dizaine d’albums, tous aussi barrés les uns que les autres. En 2005 ″A Hot Piece of Grass″ ravage tout ce que le monde du Heavy Rock possède de plus lourd. Des reprises de Led Zeppelin, AC/DC, Motorhead, Van Halen, Green Day, Black Sabbath voisinent  avec quelques compos personnelles bien foutues et l’ensemble s’avère on ne peut plus jouissif. Même quand le banjo remplace la guitare de Jimmy Page cet album est exactement ce qu’il est censé être: divertissant, provocateur, kitsch et déjanté. Il n’en reste pas moins fidèle dans les adaptations et bougrement efficace quant à l’énergie déployée par des musiciens talentueux. Alors bien sûr, on peut se masturber l’intellect pour  remettre en cause la légitimité de la formation ou  le bien fondé de sa démarche mais le plaisir éprouvé à l’écoute des quinze titres devrait sans problème annihiler ce genre de digression. De toutes façons entre ça et un groupe de puceaux imberbes (vous voulez des noms ?) dont les voix ne feraient même pas bander un teckel à poil ras, moi j’ai choisi. Pas vous ?

Patrick BETAILLE, juillet 2012

 

38 Special – Special Forces

 

[Extrait]: Initialement, 38 Special est l’un des nombreux groupes de Southern Rock dans la veine des Allman Brothers et Lynyrd Skynyrd. Donnie Van Zant le leader n’est ni plus ni moins que, le frère de Ronnie Van Zant, patron de Lynyrd Skynyrd. Formé en 1975 c’est après quelques errances Country et dans les années 80 que le groupe de Jacksonville parvient au sommet de sa popularité en alignant sur scène deux guitares et deux batteurs et en assurant des shows ravageurs au cours desquels preuve est faite que les membres n’ont pas pour habitude de mettre de l’eau dans le Bourbon qu’ils consomment sans modération…

Trois albums honnêtes marquent cette époque. Rockin’ into the night en 1980, Wild eyed Southern Boys l’année suivante, et, en 1982 Special Forces. Musicalement intéressantes les compositions bénéficient en outre d’un packaging accrocheur sur lequel  le peintre Larry Gerber met en scène les valeurs emblématiques – Je vous laisse deviner lesquelles – de rigueur à l’époque dans le milieu du Rock Confédéré. Plus tard hélas la bande à Van Zant s’enlise dans un rock FM convenu et sans grande personnalité qui aboutit à un oubli légitime  malgré un come back poussif en 1997.

Patrick BETAILLE, juillet 2012


L’intégralité de la chronique est à retrouver dans le livre:

👉  In Vinyle Veritas – Éloquence et Désaveu du Cover Art  👈


 

Patricia de Gorostarzu – Vintage America

Patricia De Gorostarzu: Vintage America

 

Consacrée photographe de l’année en 2009, Patricia de Gorostarzu excelle dans le reportage dont l’authenticité fait abstraction de toute approche tapageuse bon marché. Un goût prononcé pour les voyages et les rencontres l’ont conduite entre autres et à plusieurs reprises aux  Etats-Unis d’où elle a ramené des témoignages qui resteront  à jamais le lien émotionnel entre  la nostalgie du vécu et la part de rêve enfoui au plus profond de chacun d’entre nous. On retrouve ainsi certains de ces clichés dans le magnifique ″d’ Est en Ouest″ (paru en 2002), ouvrage qui laisse s’exprimer les paysages, les objets mais aussi les visages qui jalonnent la Mother Road (en français: La Routeuh Soissanteuh Sisseuh). Plus récemment et dans Vintage America il s’agit cette fois de 200 photographies cadrées au cours d’un road trip  de quelques 20 000 kilomètres à travers l’Arizona, le Nouveau-Mexique, mais aussi le Texas, le Colorado ou la Californie. Dans ce livre paru en 2010 le temps semble s’être arrêté sur une époque révolue mais toujours présente dans les mémoires empreintes d’images de magazines, d’ambiances cinématographiques et de musiques déversées par  les Juke Box, radios et autres Teppaz. C’est là toute la force du recueil: rendre éternelle une Amérique d’aujourd’hui qui ne fait plus illusion en mettant en valeur les vestiges d’un rêve qui est en train de s’effacer comme un vieux Pola. Au fil des pages on se retrouve  tantôt au cœur d’une toile d’ Edward Hopper, tantôt en compagnie de Wim Wenders, parfois même aux abords d’un Bagdad Café où se produirait Johnny Cash. Comme un prolongement à la nostalgie ambiante on croise aussi des individus désabusés, alcooliques, dépressifs ou paumés, héros malgré eux des cinq  nouvelles qui viennent donner une dimension si particulière aux images de cette autre Amérique que Patricia de Gorostarzu saisit à merveille : ″Ses clichés ont un caractère spontané, comme s’ils avaient été pris depuis une voiture en mouvement et, en même temps, ils sont méticuleusement cadrés…″ (extrait de la préface de Kyle Eastwood).

 

© Photo: Patricia de Gorostarzu

Patrick BETAILLE, juillet 2012

Henry’s Funeral Shoe – Donkey Jacket

Henry's Funeral Shoe: Donkey JacketIl y a  déjà pas mal de temps que les White Stripes avaient convaincu tout le monde que l’on peut faire un Power Trio avec seulement deux musiciens.  S’il subsistait encore quelques réfractaires à ce postulat fumeux il semble bien que ″Henry’s Funeral Shoe″ arrive à point nommé pour lever les derniers doutes. Les frères Clifford débarquent fin 2011 avec un deuxième album bourré jusqu’à la gueule  d’un Heavy Rock bluesy somme toute assez classique mais pas forcément aussi facile à catégoriser puisque grâce à une production plutôt Garage et un mix réalisé à Detroit, le duo Gallois vous propulse également dans un univers dominé par une concision énergique que John Spencer himself  ne renierait pas un instant. Mais qu’importe, ″Donkey Jacket″ reste finalement un album d’une grande cohésion d’où il est difficile de ressortir un morceau plutôt qu’un autre. On apprécie pleinement les dix pistes sur lesquelles le chant puissant et les guitares d’Aled sont des plus inspirés, y compris sur ″Bottom to top″, d’influence country ou sur la très Beatlesienne ballade ″Across the sky″. Là où le duo excelle c’est incontestablement quand il exprime  de manière frontale une énergie décomplexée et magistralement soutenue par la batterie du frangin Brenning qui à mon avis a beaucoup écouté Keith Moon. A ce stade, même s’il faut rendre hommage à l’harmonica de John Edwards sur ″Anvil & Chains″, on se fiche pas mal d’en savoir plus sur les ″additional musicians″ qui ont oeuvré en studio. ″Love is a fever″, « Be your own invention″, ″Dog scratched ear″, ″The walking crawl″ ou encore ″Gimme back my morphine″, sont des compos incendiaires qui font de ce disque et de ce groupe un truc à la fois surprenant et prometteur.

Patrick BETAILLE, juillet 2012