
[Anne de Bartillat – journaliste & auteure: Le Fauxcabulaire, 1999]: ″ L’abribuste est le soutien-gorge. Il n’y a que deux places dans les abribustes ″.
Patrick BETAILLE, avril 2025
Prise en 1993, cette photo est un témoignage sur la misère générée par la guerre civile et la famine qui sévissent alors au sud du Soudan. Un enfant soudanais épuisé et prostré est observé, non loin en arrière plan, par un vautour qui semble attendre son heure. Avec cette révélation, le reporter sud-africain Kevin Carter fait réagir l’opinion internationale et reçoit le prix Pulitzer en 1994. S’en suit une controverse très virulente à propos des conditions dans lesquelles la scène a été immortalisée. Carter est en effet accusé d’avoir privilégié le sensationnel au lieu de prêter assistance au jeune martyr. De nombreuses critiques ont également laissé entendre que le charognard n’était pas le vautour mais plutôt l’auteur du cliché. Le photographe mettra fin à ses jours quelques mois plus tard. On apprendra finalement que le petit garçon a bien été retrouvé sain et sauf, qu’il survécu à la famine et qu’il est décédé des suites du paludisme 14 ans plus tard.
Pour en savoir plus: Kobalt – La photographie de l’enfant et du vautour de Kevin Carter
Patrick BETAILLE, 2025

Quo Live est le premier album en public de Status Quo. Il est sorti le 1er mars 1977 sur le label Vertigo Records et a été produit par le groupe. Ce double LP a été enregistré avec le studio Rolling Stones Mobile à l’Apollo Theatre de Glasgow, lors des trois concerts des 27, 28 et 29 octobre 1976. Véritable tournant dans la carrière du groupe ce brulot de boogie rock frénétique a déjà fait l’objet de rééditions remastérisées en 2005 et, en 2014, sous la forme de 4 cd incluant des extraits de concerts australiens.
Marketing oblige, en prenant en compte le fait que Francis Rossi n’ait jamais été vraiment satisfait du son de l’album original et que récemment des masters aient été exhumés par hasard, voici qu’arrive le graal qui devrait combler de bonheur les fans du quatuor anglais.
Dans un coffret de 8 CD on retrouve l’album original, fraîchement remasterisé, mais aussi les 3 prestations écossaises dans leur intégralité et remixées à partir du son des 24 pistes sources. Bien évidemment et mises à part des subtilités au niveau de l’interprétation de la part de musiciens métronomiques patentés, la set list ne varie pas d’un soir à l’autre. Raison pour laquelle l’objet s’adressera essentiellement aux inconditionnels. Les autres – ceux qui possèdent les vinyls ravagés jusqu’au fond des sillons ou ceux qui ont déjà investi dans les rééditions – se laisseront peut-être tenter par les informations regroupées dans le livret inclus dans le contenant. Ils auront raison! Des notes de Dave Ling (auteur et fondateur de Classic Rock Magazine) révèlent les dessous de la création du disque et de son impact lors de sa sortie et, en supplément de commentaires et de photos inédites, un article d’Andy Gamble (AVP Studios) dévoile les processus de mastering et d’ingénierie sonore.
Seule ombre au tableau: le packaging. Avec un tarif de plus de 100 euros, la valeur historique de ce document sonore aurait mérité un emballage moins cheap et surtout une conception mieux adaptée à la manipulation des cd.
Woo-Ooh-Ooh-Ooh-Ooh! - Wow-Ooh-Ooh-Ooh-Ooh!
Patrick BETAILLE, juin 2025

The Dead Daisies sortent de leur zone de confort au sein de laquelle ils pratiquent un rock énergique qui leur réussit plutôt bien. Même pas peur! Avec Lookin’ for Trouble, les australo-américains se jettent à corps perdu dans un genre sur lequel beaucoup avant eux se sont cassés les chicots: le blues high octane! Histoire de remettre l’église au cœur du village, ce nouvel album a été enregistré dans les studios Fame de Muscle Shoals en Alabama. C’est depuis ce lieu mythique que le quintet rend un hommage appuyé à des compositeurs ou interprètes qui ont définitivement marqué l’histoire de la musique populaire grâce à des classiques intemporels. Jugez plutôt: I’m Ready (Muddy Waters) – Going Down (Freddy King) – Boom Boom (John Lee Hooker) – Black Betty (Lead Belly) – The Thrill Is Gone (B.B. King) – Born Under A Bad Sign (Albert King) – Crossroads (Robert Johnson) – Sweet Home Chicago (Robert Johnson) – Walking The Dog (Rufus Thomas) et Little Red Rooster (Howlin’ Wolf).
Le groupe ne se contente pourtant pas de resucées honnêtes de standards vénérés. Ils prennent parfois aussi le risque de mettre à mal les préceptes du blues en trois accords sur douze mesures. Le chant puissant de John Corabi et les interventions virtuoses du guitariste Doug Aldrich à la slide offrent à l’ensemble une dimension particulière à la musique du diable. Aucune faute de goût non plus de la part de David Lowy (guitar), Michael Devin (bass) et la nouvelle recrue Sarah Tomek (drums) qui viennent prouver avec efficacité qu’eux aussi sont là pour péter la gueule aux fantômes et faire se lever de sa chaise n’importe quel cul de jatte.
En dix titres électrifiés par la puissance et l’assurance sur lesquelles ils ont bâti leur réputation, The Dead Daisies font de chaque morceau un amalgame de feeling, d’audace et de férocité en offrant à Lookin’ For Trouble un blanc-seing pour laisser le blues venir percuter le heavy rock de plein fouet. Juste histoire de chercher des ennuis en tentant de mettre fin à la querelle des anciens et des modernes.
Patrick BETAILLE, juin 2025

[Léo Ferré]: ″ T’es toute nue sous ton pull, y’a la rue qu’est maboule, jolie môme. T’as ton cœur à ton cou et l’bonheur par en d’ssous, jolie môme – You’re naked under your jumper pretty girl, the street is going mad. You’ve got your heart around your neck and happiness underneath, pretty girl. ″
Patrick BETAILLE, juin 2025
[Extrait]: Open up and Say… Ahh ! est le deuxième album de Poison, groupe de hard rock américain originaire de Pennsylvanie. À sa parution en1998, certaines entités s’insurgent à propos de la pochette. Le montage, composé à partir d’une photo de Neil Zlozower, leur semble par trop agressif et tendancieux. Sur fond noir, gros plan en rouge sur une femme hirsute, mi-démon, mi-tigresse. Dotée d’une langue dont la longueur ferait pâlir de jalousie un certain Gene Simmons, elle pose toutes griffes et incisives dehors. Bien plus étrange que sexuel ou satanique, le visuel devient sujet à polémiques. Sous la pression, il subit un formatage qui ne laisse apparaître que les yeux de la créature méphistophélique. Considéré comme un album typique du glam metal de la fin des années 1980, Open Up and Say… Ahh ! est moins sous influence heavy metal que son prédécesseur. Every Rose Has Its Thorn, un titre aux accents country, deviendra le seul hit numéro un de Poison. Certifié platine cinq fois aux États-Unis, le disque se vendra à huit millions d’exemplaires.
In Vinyle Veritas – Éloquence et Désaveu du Cover Art
Patrick BETAILLE, juin 2025
Cette image est née d’une photographie prise par Alberto Korda lors d’un discours de Fidel Castro à l’occasion de l’enterrement des 80 victimes de La Coubre, un cargo français qui explosa le 4 mars 1960 alors qu’il déchargeait des munitions belges dans le port de La Havane à Cuba. ″ Je me trouvais à une dizaine de mètres de la tribune sur laquelle Castro prononçait son discours et j’avais l’œil vissé sur le viseur de mon Leica. Soudain je vis Che Guevara. Il avait une expression farouche et j’ai eu presque peur au constat de la rage qu’il exprimait. Il était peut-être ému, furieux, je ne sais pas. J’ai appuyé aussitôt sur le déclencheur, presque par réflexe ″[Alberto Korda].
Le cliché a donc été pris par hasard pour le quotidien Revolucion mais le journal ne le publie pas. Pendant l’été 1967, l’éditeur italien Giangiacomo Feltrinelli se rend à Cuba et cherche des clichés du Che. Korda lui remet gratuitement le sien. En octobre 1967, à la mort du Che (exécuté par l’armée bolivienne aux ordres de la CIA) l’italien imprime le cliché recadré sur une affiche de 1m sur 70cm. Il en vend 1 million d’exemplaires en 6 mois. Dès lors, la représentation du Guerrillero Heroico est utilisée par la publicité qui, étonnamment, se sert de l’image contestataire pour promouvoir une multitude de marques prestigieuses: Louis Vuitton, Converse, Gap, Mercedes Benz, etc.
Ernesto Guevara, symbole de la résistance face au système capitaliste, devient l’agent commercial d’un marketing effréné visant à vendre montres, T-shirts, porte-clés, briquets, mugs, portefeuilles, sacs à dos, serviettes et même préservatifs.
Décédé en mai 2001, le révolutionnaire convaincu Alberto Korda ne toucha pas un centime et ne réclama jamais aucun droit d’auteur. Ce n’est qu’en 2000 que l’auteur s’est décidé à attaquer en justice la marque de vodka Smirnoff, afin de s’opposer à l’utilisation de son œuvre dans leur campagne publicitaire. Le litige aurait fait l’objet d’une transaction à hauteur de 50 000 $. Hips!
Patrick BETAILLE, mai 2025

Il est de ces formations dont on ne se lasse que très difficilement. C’est le cas de Larkin Poe qui, album après album, atteste le talent des sœurs Lovell: Rebecca (chant et guitare) et Megan (chœurs et lap steel guitar). Depuis 2013, le duo n’a cessé de rendre hommage à la musique du Deep South avec un mélange jouissif de blues, d’americana et de rock sudiste. Coproduit par Tyler Bryant, Bloom reflète à merveille toute la force créative des filles d’Atlanta. D’emblée, ce huitième album studio s’impose avec Mockinbird, Easy Love Part1 et Little Bit qui, entre blues et ballades, ne font pas les chose à moitié question feeling. En mode blues rock Bluephoria monte en puissance juste avant que les vumètres ne s’affolent sur Nowhere Fast, If God Is a Woman et surtout Pearls, un titre étourdissant qui, gorgé de riffs et de pulsations, déchire tout sur son passage. Dans Easy Love part 2, You Are The River et Bloom Again, folk et folk rock sont à l’honneur en apportant une touche d’émotion. Quels que soient les genres, les Larkin Poe les transcendent avec un talent et une habileté indéniables en explorant les contrées musicales qui leur sont chères. En navigant entre douceur et puissance, Rebecca et Megan nous offrent un album riche et captivant que l’on savoure à chaque écoute !
Patrick BETAILLE, mai 2025
[Extrait]: Yvonne Fair était l’une des choristes, favorite et protégée, de James Brown. Pour elle, le chanteur a écrit et produit I Found You, une chanson enregistrée et publiée en juin 1962. Enceinte de l’artiste, Yvonne donnera naissance à une fille…
En 1964, James Brown reprend I Found You et la remet au goût du jour pour en faire ce qui deviendra sa chanson signature et un slogan célèbre : I Feel Good… L’enregistrement a lieu en mai 1965 aux Criteria Studios de Miami, là-même où les Eagles graveront Hotel California et Derek and the Dominos Layla. Sorti en single par King Records en octobre, I got You (I Feel Good) se hisse au sommet des charts R&B, où il reste pendant six semaines et atteint la troisième place du Hot 100. Le meilleur score de ″ The Godfather of Soul ″ dans ce classement. La version originale de 1964 ne comprenait aucune partie guitare. Lorsque Brown la refait en 1965 il en ajoute et en profite pour renforcer les cuivres. Pour soutenir le groove, il donne aussi plus de corps aux cris et onomatopées qui ponctuent les paroles vantant les bienfaits d’être amoureux…
Point trop de poésie mais le chant saccadé et monosyllabique colle à merveille à la partition et au rythme. Un véritable coup de maître. Homme de spectacle par excellence et proche de ses racines africaines, ″ Mr Dynamite ″ est perçu comme le représentant de l’identité du peuple noir et devient immensément populaire. Paradoxalement, c’est aussi au cours de cette période qu’il s’offre un jet privé et se fait construire un château fort avec pont-levis et douves…
Patrick BETAILLE, mai 2025