Malcom Brown – Thich Quang Duc

Malcom Brown Rage Against the Machine

1992. Avec leur premier album, les californiens de RATM envoient du lourd, du très lourd. Musicalement d’abord, avec une fusion de rock aux influences punk, metal et rap funky. Politiquement ensuite. Très engagés, les thèmes abordés par le groupe tournent essentiellement autour des abus du capitalisme, des mensonges des médias et des inégalités sociales. Artistiquement enfin quand Zach de la Rocha et Tom Morello décident d’illustrer leur album avec cette terrible photo. Nous sommes en 1963 à Saïgon. Le moine bouddhiste Thich Quang Duc s’immole par le feu pour protester contre les exactions du régime dictatorial sud-vietnamien soutenu à l’époque par les États-Unis. Présent sur les lieux, le photographe américain Malcom Brown shoote la scène pour le compte de Associated Press. L’un des clichés de la série lui vaudra d’ailleurs le prix Pulitzer et Rage Against the Machine, l’album, restera sans doute l’un des illustrations les plus bouleversantes de l’histoire du Rock.
La même photo avec un cadrage plus large sera reprise pour l’édition 20th Anniversary du disque.

Patrick BETAILLE, juillet 2018


L’intégralité de la chronique est à retrouver dans le livre:
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HMV – Nipper, La Voix de son Maitre

Nipper, His Master's Voice

 

His Master’s Voice (HMV en abrégé), connu en France sous le nom de La voix de son maître, est un label musical anglais appartenant au groupe EMI. En 1885, dix ans après le cylindre de phonographe de Charles Cros, Emile Berliner développe un support d’enregistrement plat et son appareil de lecture. C’est l’avènement du disque et du gramophone. L’inventeur souhaite une image accrocheuse pour promouvoir sa découverte et il fait appel à son ami peintre Francis Barraud. Dans son atelier, l’artiste s’inspire de son chien Nipper qui, intrigué, tend l’oreille vers les sons qui sortent du pavillon du gramophone. L’image de ″La Voix de son Maître″ est née pour devenir l’un des logos les plus célèbres de l’histoire de la publicité. Dans les années 50, après avoir traversé plusieurs décennies, le petit terrier aux oreilles pointues se retrouve au beau milieu des microsillons. Au cours des années 70, quand la firme adopte l’appellation de EMI La Voix de son Maître puis Pathé Marconi EMI il se voit réduit au rang de petite vignette. En 1990 EMI abandonne toute référence à Pathé Marconi et prend le nom de EMI France. En Grande-Bretagne, le label HMV est délaissé et c’est l’étiquette EMI Classics qui prend la relève. Woof! Couché Nipper!

Patrick BETAILLE, juin 2018

Mati Klarwein & Santana – Abraxas

Mati Klarwein Abraxas Santana

[Extrait]: Mati Klarwein est assurément l’un des grands peintres du mouvement psychédélique. Allemand d’origine, cet élève des Beaux Arts de Paris s’initie au Surréalisme aux côtés de Fernand Léger et fait la connaissance de Salvatore Dali avec qui il se lie d’amitié. Installé en France il développe son propre style figuratif… L’un des exemples les plus représentatifs de la démarche de l’artiste restera à jamais un concept élaboré en 1961: Aleph Sancturay aussi appelé ″Le Temple de toutes les Religions″. En 1970, Carlos Santana vient de terminer l’enregistrement de son deuxième album et il tombe sur la reproduction de l’un des volets de l’œuvre en question: The Annunciation. On y voit une Vierge Marie à la peau noire, nue, le sexe caché par une colombe, symbole de virginité. L’ange Gabriel participe lui aussi à cette Annonciation revisitée en déboulant tatoué, à califourchon sur un conga et pointant le doigt vers un motif qui n’est autre que Aleph, la première lettre de l’alphabet hébreu signifiant ″ commencement ″. Quant aux Rois Mages, ils sont représentés par des danseurs africains en compagnie de l’artiste lui même. Séduit par le concept et les symboles, Carlos décide que l’image sera le cover art d’ Abraxas… Le disque aura un succès planétaire et il fera connaitre dans le monde entier Mati Klarwein qui travaillera aussi pour Miles Davis (Bitches Brew), Brian Eno, Greg Allman etc… Tout ça grâce à la Black Magic Woman!

Patrick BETAILLE, juin 2018


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Jeff Beck – Loud Hailer!

Wired 1976: Album Cover Art

 

Après Clapton et avant Page, Beck fut le deuxième guitariste vedette des Yardbirds. Il excelle déjà en technique et rapidité et apporte au swing du groupe une touche de psychédélisme teinté de Rhythm & Blues (Shape of things, Over under sideways down). Caractériel, individualiste, éternel insatisfait et déjà avide d’effets et de sons nouveaux, il quitte la basse cour au bout de 18 mois et fonde le Jeff Beck Group avec au chant un Rod Stewart pas encore connu mais déjà dépeigné. Deux albums, Truth et Beck Ola, viennent poser les fondements d’un genre qui fera les riches heures d’un Jimmy Page aux commande du dirigeable. En 70, Rod Stewart et Ron Wood partent fonder The Faces. Beck s’investit alors dans ce qui aurait pu être le meilleur power trio de tous les temps en débauchant de Vanilla Fudge le duo rythmique absolu: Tim Boggert à la basse et Carmine Appice aux drums. Quelques dissensions émanant de fortes personnalités et surtout un grave accident de voiture mettent fin à l’aventure après un seul album studio de Beck Boggert Appice. Le milieu des 70’s marque le retour de Beck avec cette fois un Jazz Fusion et un funk enjoué on ne peut plus personnels, bourrés de mélodies cinglantes, de distorsions rugissantes, d’effets novateurs, le tout drivé par une technique phénoménale. Du grand Jeff, comme en témoignent les instrumentaux Blow by Blow en 75 et Wired en 76.  ″ Il y avait des centaines de guitaristes faisant hurler leurs Les Paul, il fallait bien que j’essaie autre chose ″ déclare t’il dans une interview à Rolling stone! Le reste de la carrière de ce surdoué de la 6 cordes se résume en collaborations diverses (Roger Waters, Brian Wilson), tributes (Gene Vincent & Cliff Gallup) hommages (Les Paul) et giggs avec des invités triés sur le volet (Imelda May, Joss Stone…). Quand il ne s’enferme pas dans son garage, le nez et les mains plongées sous le capot de ses voitures de collection, Jeff Beck tourne et enregistre aussi! Il a récemment célébré ses 50 ans de carrière à l’ Hollywood Bowl en compagnie de Billy Gibbons, Buddy Guy, Jimmy Hall, Jan Hammer, Beth Hart et Steven Tyler. Figurent au répertoire de l’événement des titres de l’époque Yardbirds et des extraits du dynamitesque  Loud Hailer, album de 2016 annonciateur d’un retour partiel à un Heavy Rock féroce et classieux pour lequel il convient de noter la performance exceptionnelle de Rosie Bones au chant. Non Jeff t’es pas tout seul! 

Patrick BEATILLE, octobre 2017

Annie Leibovitz – Born in the USA

Annie leibovitz: Born in the USA
Album cover Art – Photo Annie Leibovitz

 

[Extrait]: Elle est effectivement née aux Etats Unis Annie Leibovitz, dans le Connecticut. De 1970 à 1983, bien avant donc d’opérer derrière l’objectif pour la réalisation du calendrier Pirelli 2016, la photographe devient célèbre alors qu’elle travaille pour le magazine Rolling Stone. Au cours de cette période elle suit le Tour of Americas des Stones et en ramène plus de 400 clichés. Grâce à ses photos, Annie devient vite la mémoire argentique du rock et fixe pour la postérité de très nombreuses figures représentatives de l’époque… John Lennon, Beach Boys, Armstrong, Marley, Joan Baez, Leonard Cohen, Ray Charles, Chuck Berry, Elton John, Marvin Gaye, Miles Davis et tant d’autres, dont Bruce Springsteen. C’est d’ailleurs pour le patron du  E Street Band qu’en 83 Annie Leibovitz réalise les images qui seront utilisées pour la jaquette de l’emblématique Born in the USA. A la sortie de l’album, le Boss de dos, en jeans, debout devant le drapeau américain ne fait pas l’ unanimité. Le drapeau, que Springsteen souhaitait voir apparaître sur le disque, est évidemment en rapport avec le premier morceau de l’album Born in the USA, véritable hymne aux vétérans du Vietnam méprisés au retour dans leur patrie. Certains Républicains accusent le chanteur de laisser penser qu’il est en train d’uriner sur le Stars & Stripes. A contrario, d’autres y voient un hymne patriotique et nationaliste, à commencer par George Bush en 84 et Ronald Reagan en 88 qui utilisent la chanson à des fins électorales. Springsteen n’apprécie pas du tout, d’autant plus que le détournement a eu lieu sans son consentement.

Patrick BETAILLE, octobre 2017


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Janis Joplin – Porsche 356C

Dave Roberts Porsche Janis Joplin
© Peter harholdt

 

1970. Pearl est au sommet de la gloire. Dans ″Mercedes Benz″ elle s’adresse à Dieu et lui demande, entre entres, une bagnole à la hauteur de son succès…. Une Mercedes! Elle clame: ″My friends all drive Porsches, I must make amends…″. Une façon de dire: Porsche c’est d’un commun! Je dois me distinguer des autres. Et pourtant…

En 1968 Janis Joplin achète d’occasion et pour 3500$ une Porsche 356C de 1964. Le blanc nacré d’origine ne lui convenant pas, Janis deamnde à l’un de ses roadies d’effectuer un lifting psychédélique sur le cabriolet. Pour 500$ Dave Roberts commence par appliquer un fond rouge vif sur lequel pendant un mois il réalise une fresque intitulée ″The history of the Universe″. Paysage criard, papillons, drapeau américain, soleil rigolard, méduses, globes oculaires et autres animent ce tableau mobile sur lequel figurent en bonne place la star et ses acolytes du Big Brother & the Holding Compagny. Énorme popularité dans la région de San Francisco pour ce pur symbole de la Pop Culture et du Psychélisme ambiant. Malheureusement la voiture est volée en 1969 par un individu qui, pour des raisons évidentes, n’hésite pas à la peindre en gris. Retrouvée peu de temps après, la décapotable est retapée et la peinture retrouve son éclat. Après la mort de Janis en 1970, le véhicule a été utilisé pendant un temps par son manager Albert Grossman puis restitué en mauvais état aux héritiers pour être à nouveau restauré. En 1994, l’atelier de peinture Denver Theater Center effectue un travail remarquable en recréant la scène à l’identique à partir de photographies. 1995, lors de l’intronisation de Janis Joplin au Rock & Roll Hall of Fame de Cleveland, la Porsche est exposée au public jusqu’en 2015, date à laquelle une vente aux enchères fera le bonheur d’un acquéreur pour la modique somme de 1.8 millions de dollars. Little girl Blue!

Patrick BETAILLE, septembre 2017

Jethro Tull & Burton Silverman – Aqualung

Burton Silverman Aqualung

[Extrait]: Né à Brooklyn en 1928, Burton Silverman est un peintre reconnu et très apprécié pour ses portraits réalistes ayant pour thème principal la classe ouvrière. Ce que l’on sait peut être moins, c’est que l’artiste américain est à l’origine du cover art de Aqualung, œuvre majeure et incontestée de Jethro Tull. En 1971, le producteur Terry Ellis fait venir Silverman à Londres pour rencontrer le groupe qui est train de finaliser son quatrième album. Le peintre assiste à une séance de répétition dans les studios Island, prend quelques clichés et fait des croquis. De retour chez lui, inspiré par ce qu’il a vu et entendu, il se met au travail et, quelques temps plus tard, livre trois aquarelles à la maison de disques. La première, représentant un vagabond au regard vil, quelque peu menaçant, vêtu de guenilles et emmitouflé dans un grand manteau usé, sera retenue pour le recto de la pochette. Au verso, une représentation, à la fois plus sereine et plus triste, du même personnage assis sur le trottoir en compagnie d’un chien famélique… Quant au gatefold, il représente le groupe qui s’adonne à des excès pour le moins iconoclastes à l’intérieur d’une église. Après la sortie de l’album, la relation se dégrade entre Burton Silverman et Ian Anderson qui déclare ne pas particulièrement apprécier les peintures de l’artiste. Compte tenu de l’énorme succès du disque et donc de l’exploitation médiatique qui en découle, le peintre se plaint de n’être pas suffisamment rémunéré. Malheureusement pour l’artiste, aucun contrat relatif à d’éventuelles royalties générées par l’utilisation des images n’a été établi. Effectivement, à l’époque, Terry Ellis, également cofondateur de Chrysalis Records, lui a versé un montant forfaitaire de 1 500 dollars pour les trois tableaux qui illustrent Aqualung, sans autre formalité qu’une poignée de mains… Après avoir été dérobés dans les bureaux de Chrysalis, les trois tableaux, abandonnés dans un hôtel, refont surface. En 2012, un anonyme prend contact téléphoniquement avec Silverman. Il affirme posséder les toiles et tente d’en négocier la revente. Faute d’accord, la transaction n’aura pas lieu. Depuis personne ne sait ce que sont devenues les œuvres.

Patrick BETAILLE , août 2017

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Sir Peter Blake – Sgt. Pepper’s

Peter Blake Beatles album cover art

[Extrait]: Publié en Angleterre le 1er juin 1967, considéré comme la plus grande œuvre des Beatles et comme l’un des albums les plus influents de la musique populaire, ″Sgt. Pepper’s Lonely Hearts Club Band″ est le huitième album des Fab Four. C’est le directeur artistique Robert Fraser qui suggère au groupe de confier la réalisation de la pochette à l’artiste pop-art Peter Blake. Celui ci accepte et conçoit une image représentant les quatre musiciens au milieu d’une assemblée de personnages auxquels ils souhaitent rendre hommage. Edgar Allan Poe, Bob Dylan, Lewis Caroll, Karl Marx, Marlon Brando, Albert Einstein, Oscar Wilde et d’autres se retrouvent ainsi à l’honneur au sein d’un diorama sur fond bleu ciel. Le plus étonnant reste que le concept ne relève pas d’un photomontage ou d’un collage. En effet, les portraits sont des silhouettes en carton ou des statues de cire grandeur nature et tous les accessoires de la scénographie, y compris un palmier artificiel, sont réels. La préparation du décor nécessite deux semaines de travail et la session de photos elle même dure plusieurs heures. Le coût final de l’opération s’élève à 3000 £, soit à l’époque cent fois le coût habituel d’une jaquette.  Le résultat se soldera par l’obtention d’un Grammy Award, contribuera à la légende de l’album et marquera définitivement un tournant dans l’approche graphique des maisons de disques. Quand à Peter Blake, il concevra d’autres pochettes, beaucoup moins célèbres, pour Brian Wilson, Clapton, les who et plus récemment Oasis.

Peter Blake: Who, Clapton, oasis, Wilson


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 Patrick BETAILLE, août 2017

Hotel California – Les Eagles Attaquent

Joe Walsh & Don Felder, Hotel California
Soure Image: Youtube – Eagles-Live at the Capital Centre (March 1977)

 

″ Welcome to the Hotel California, such a lovely place…″ Bien que les Eagles n’aient jamais entrepris quelque démarche que se soit pour protéger le nom lié à leur tube planétaire, et à l’album du même nom, les voilà qu’ils se réveillent tout chafouins. Au moment du check out, le groupe attaque en justice les propriétaires de l’Hotel California, situé à Todos Santos au Mexique, en les accusant de violer leurs droits d’auteurs. Les Eagles se plaignent que les propriétaires actuels des lieux diffusent des titres du groupe pour faire croire aux clients que l’endroit a un rapport avec la chanson et vendent des goodies sur lesquels figurent la mention ″Legendary Hotel California″. Ils réclament donc une injonction pour empêcher l’Hotel California d’utiliser le nom ou d’en tirer profit. Le titre quant à lui a, de toute évidence, été inspiré par ″ We used to know ″ de Jethro Tull que Don Henley, en tant que fan inconditionnel, suivait de près à l’époque. Restent 6 minutes et 30 secondes de l’une des plus grandes chansons de tous les temps et plus de 2 minutes au cours desquelles Joe Walsh et Don Felder offrent une prestation à mettre au Panthéon des solos de guitare.

Patrick BETAILLE, juin 2017

 

Eddie Davenport – Hollister Gypsy Tour

Eddie Davenport, Hollister California
© San Francisco Chronicle’s/Barney Petersen

 

Cette célèbre photo prise le 4 juillet  1947 et publiée dans le San Francisco Chronicle était censée illustrer les événements de Hollister. Le cliché montre le biker Eddie Davenport, étendu sur son Harley Davidson, les jambes en avant, visiblement dans un état d’ivresse profond, avec une bouteille de bière dans chaque main et de nombreuses autres dispersées sur le sol. Sur le cliché on peut voir un personnage en arrière plan. Cet homme c’est Gus Deserpa, un habitant de la ville. Il livra au journal sa propre version des faits. ″ Ma femme et moi avons vu deux hommes qui amassaient des bouteilles. Ensuite, ils ont placé une moto au milieu. Quelques minutes plus tard, ils ont interpellé un homme ivre qui sortait du bar, lui ont demandé de s’asseoir sur la moto et ont commencé à faire des photos ″. Eddie ne s’imaginait pas que le photographe était en train de se servir de lui pour illustrer un article à charge, et que cette photo prise le lendemain de la fête et reprise le 21 juillet par Life, ferait non seulement le tour du monde, mais deviendrait aussi le symbole même de la sauvagerie motarde. Source: L’ Assaut des Motards!

Patrick BETAILLE, mai 2017