[Extrait]: Ce neuvième album de Jethro Tull, a été conçu au départ comme une comédie musicale pour, au final, être publié en 1976 sous forme de concept album. Adepte d’un genre déjà pratiqué avec notamment Thick as a Brick, ou Ministrel in the Gallery, Ian Anderson raconte ici l’histoire d’une Rock Star vieillissante en panne de succès. Afin d’en renforcer l’idée, il fait appel au dessinateur britannique Dave Gibbons, célèbre pour avoir remporté un succès commercial avec sa série Watchmen (Les Gardiens), qui résume le scénario sous forme de BD incluse à l’intérieur de la pochette du LP. Sur la jaquette elle même, le héro a indubitablement les traits d’un Ian Anderson faisant un bras d’honneur. A l’époque les critiques affirment que le disque est autobiographique et sont persuadés que le geste leur est destiné à cause d’un contentieux lié à la descente en flammes, en 1973, de ″Passion Play″ auquel le chanteur-flûtiste tenait tant. Malgré un vif démenti de la part de l’intéressé Too Old to Rock’n’Roll allait subir les foudres vengeresses et injustifiées du milieu musical.
Patrick BETAILLE, février 2016
L’intégralité de la chronique est à retrouver dans le livre:
Lorsqu’un objet de retrouve au rendez-vous de l’Histoire, élevé au rang du mythe, du symbole, il l’est en général de façon imprévisible et totalement à son insu. A l’origine le 501 n’est qu’un vêtement rustique, confortable et robuste destiné au travail et ce sont ces qualités qui vont rapidement lui donner un statut privilégié qu’un siècle de paire de fesses n’a pas encore fini d’user. Le terme de Jean puise son origine dans la ville italienne de Gênes. Il désigne une catégorie de vêtements en toile ou coton teinté que portent les marins. C’est ce de type de tissu que Jacob Davis s’inspire et il fait le choix d’un tissage mêlant coton blanc et coton teinté fabriqué dans la ville de Nîmes. D’où le nom Denim. 1873, en pleine ruée vers l’or, Davis, dont l’activité consiste à confectionner des salopettes, entend souvent les chercheurs se plaindre à propos de ruptures au niveau des poches. Pour les renforcer le tailleur pense alors à utiliser des rivets. l’efficacité et le succès de l’idée sont tels qu’il décide de déposer un brevet en demandant le soutien financier d’un homme d’affaires: Levi Strauss. Peu à peu, l’ habit de travail est adopté pour devenir le triomphe de simplicité qui allait habiller le quotidien de tout un chacun avec une poche pour la montre, des rivets de cuivre, des boutons à bretelles, une patte arrière pour ajuster la taille et un ton indigo unique. La couture d’un double arc sur la poche arrière devient la touche finale qui identifie définitivement la marque et son concept qui portera le nom de 501 à partir de 1890. Le mythe est né et il commence à s’adapter au besoins du XXème siècle. Suppression des rivets et des boutons à bretelles. Ajout d’une poche arrière et d’un patch de cuir comportant le logo 501. Dès lors le Levi’s s’installe définitivement dans les mœurs et devient l’icône, d’abord de l’Amérique moderne, puis du monde entier quand les GI’s débarquent en Europe en 1945. Avec les années 60 l’âge d’or se met en marche. Le 501 devient symbole de liberté et d’émancipation. Gary Cooper, John Wayne, James Dean, Marilyn ou encore Marlon Brando contribuent à façonner sa légende. Quant au monde musical, l’appropriation est immédiate. Elvis, Springsteen, Ramones, Debbie Harry, Doors, Rolling Stones et bien d’autres ont écrit les plus belles pages de l’histoire du Rock en Denim délavé, déchiré et rapiécé. C’est d’ailleurs sur des plages musicales bien senties que Levi Strauss & Co s’appuie pour illustrer les campagnes de pub qui font grimper les ventes; l’occasion d’ entendre les Ronettes, Marvin Gaye, Percy Sledge, Ben E.King, Steve Miller ou, comme en 1988, Muddy Waters et son ”Mannish Boy” qui aime porter le 501 bien frais: Pub!
Question look, on le dirait tout droit sorti de ″ Délivrance ″ mais son truc à lui n’a rien à voir avec quelconque propension à la persécution de ses semblables. Loin s’en faut! Marvin ″ Popcorn ″ Sutton est un paisible montagnard des Appalaches, un amoureux jovial de la nature qui passe l’essentiel de ses journées à élaborer sa propre eau de vie. À la fois moonshiner et bootlegger, Marvin consacre sa vie à la fabrication d’alambics, aux opérations de distillerie et à la vente de sa gnôle qu’il livre dans un vieux Ford délabré. Peur de rien. Il a publié à compte d’auteur son propre guide consacré à la production d’alcool de contrebande (″ Me and My Likker ″) ainsi qu’une vidéo maison dépeignant ses activités. Hors du commun et hors du temps. Il s’attire évidemment les foudres des autorités qui le convoquent devant la cour pour lui signifier une incarcération de 18 mois dans une prison fédérale. Rebelle jusqu’au bout. Le petit homme maigre, toujours vêtu d’un chapeau improbable et d’une salopette du même nom, n’accepte pas cette condamnation et préfère se donner la mort. Après avoir prévenu sa fille il met fin à ses jours le 16 mars 2009. Le hors la loi a alors 62 ans. Le 9 novembre 2010, Hank Williams. Jr s’associe avec la veuve Pam pour distiller et distribuer un whisky élaboré selon les techniques et méthodes Sutton. En Octobre 2013 Jack Daniel’s Inc dépose plainte sous couvert de contrefaçon, demande que les bouteilles mises sur le marché soient retirées et que le produit des ventes déjà réalisées soit reversé à la firme du Tennessee Whiskey. La poursuite a été conclue et réglée en 2014 selon des termes non encore divulgués.
♥ Voir: ″ Popcorn Sutton, a hell of life ″. Ce Dvd de Neal Hutcheson sorti fin 2014 retrace, via un portrait inoubliable, la vie de Marvin Sutton de 2000 à 2009. ″ The Last One ″. Du même auteur, le documentaire publié en 2009 et remastérisé en 2012 a reçu l’Award du meilleur documentaire culturel. On y voit le héros dans ses œuvres de distillation traditionnelle au cœur des Appalaches où il évoque le caractère de ses ancêtres irlandais et retrace une vie riche de souvenirs.
[Extrait]: En 1971, paraît le troisième et double double album des Aphrodite’s Child. ″666″ est en fait une relecture de l’Apocalypse selon St Jean dans laquelle Vangelis Papathanassiou exprime sa vision dantesque d’un monde secoué par la guerre, la misère, les révoltes étudiantes et les catastrophes naturelles. Déjà. Sur des textes de Costa Ferris le groupe livre là un disque barré et disparate où se côtoient mysticisme, psychédélisme, rock, musique traditionnelle et même Jazz. Bien que peu présent pour cause de dissensions naissantes au sein du groupe, Demis Roussos chante à merveille… 666 est un disque difficile à comprendre, original, ambitieux, étonnant, inventif et courageux. Trop!..
Non seulement à cause des références au satanisme mais aussi parce qu’il intègre en son sein des épisodes identifiés comme choquants. Tout d’abord la mention ″ This work was recorded under the influence of Sahlep ″, faisant référence à une boisson inoffensive à base de racines et de cannelle, est mal interprétée, à tort. Ensuite les premiers mots de l’album consistent en un slogan révolutionnaire sans ambiguïté: ″ We got the system to fuck the System ″. Enfin et surtout c’est la prestation d’Irène Papas qui vient titiller les consciences bien pensantes. En effet, sur ″ Infinity″, l’actrice simule un orgasme hystérique de cinq minutes en modulant un ″ I am, I was, I am to come I was ″ sur fond de percussions syncopées. Il n’en faut pas plus! L’ enfant d’Aphrodite explose en 1972 laissant à Demis Roussos et Vangelis Papathanassiou l’opportunité d’entamer les carrières solos que l’on sait en abandonnant derrière eux une œuvre qui, aimée ou détestée, reste majeure dans l’histoire du Rock Progressif.
Patrick BETAILLE, mars 2015
L’intégralité de la chronique est à retrouver dans le livre:
C’est ainsi que par le plus grand des hasards débute l’histoire d’une découverte. À la fin de l’année 2007, John Maloof, un jeune agent immobilier de 25 ans, président d’une société historique locale, recherche des photographies pour illustrer un livre qu’il coécrit sur le quartier de ″Portage Park″ à Chicago. Il court les salles de ventes et finit par acheter pour 400 dollars un énorme lot de négatifs (30 000 négatifs, des dizaines de rouleaux de pellicule et seulement quelques tirages réalisés dans les années 1950-1960). Il n’y a pas d’images de ″Portage Park″. Déçu, John Maloof remise son achat dans un placard pendant plus de six mois avant de se rendre compte que ces images, principalement en noir et blanc, sont belles, émouvantes et superbement composées. Un véritable trésor! Ce trésor est l’œuvre de Vivian Maier. Passionnée de photographie depuis son plus jeune âge cette américaine d’origine française s’adonne chaque fois qu’elle le peut, à son passe temps favori en parcourant les rues, Rolleiflex autour du cou, shootant tout ce qui pour elle suscite un intérêt ou touche sa sensibilité. Elle photographie les miséreux et les quartiers malfamés des villes, les situations cocasses, émouvantes ou insolites mais aussi les éléments architecturaux. Ainsi naît une légende, celle d’un génie de la photographie qui a vécu dans l’anonymat en tant nounou à New York où elle est née et à Chicago où elle est décédée dans la misère en 2009 à l’âge de 83 ans. Aujourd’hui et même si des zones d’ombre subsistent, l’œuvre de l’artiste fait l’objet de nombreux articles, d’ouvrages documentés, d’expositions et même d’un film. Autant de supports qui replacent légitimement Vivian Maier dans l’histoire de la photographie du XXème siècle à laquelle appartient désormais cette très grande photographe. Pour s’en convaincre il suffit de parcourir le site officiel en attachant une attention particulière aux photographies de rue: Portfolios > Street; le témoignage d’une époque et de sa société y est beau, émouvant et tellement réaliste.
Dans l’Allemagne d’Adolf Hitler, port de Hambourg, un jour de 1936. August Landmesser refuse de faire le salut nazi, restant les bras croisés au milieu d’une foule qui lève le bras à l’unisson lors du lancement d’un navire flambant neuf, le Horst Wessel. La scène a été immortalisée par un photographe et le cliché est exposé au centre de documentation ″ Topographie de la Terreur ″ situé dans l’ancien QG de la Gestapo, à Berlin. La famille Landmesser est arrêtée et emprisonnée en 1938. Libéré en 1941, August est envoyé sur le front duquel il ne reviendra pas.
″Le courage n’est pas l’absence de peur, mais la capacité de la vaincre″ (Nelson Mandela).
Une députée: Monsieur Churchill, vous êtes ivre! Churchill: Et vous, Madame, vous êtes laide… Moi demain, je serai sobre! Lady Astor: Monsieur Churchill, si j’étais votre femme, je verserais du poison dans votre café! Churchill: Et moi, Madame, si j’étais votre mari, je le boirais!
Entre anecdotes inavouables, faits avérés et gros bobards, l’histoire du rock est émaillée de rumeurs qui, comme le veut la tradition orale, ont été déformées, exagérées ou enjolivées pour élaborer des légendes fantasques plus ou moins tenaces. Suivant les modes et le sens du vent on en apprend de belles. Ainsi, Robert Johnson aurait vendu son âme au diable pour pouvoir jouer de la guitare comme personne et Keith Richard aurait sniffé les cendres de son père. Plus fort. A la fin de Strawberry Fields Forever, certains croient entendre John Lennon murmurer ″ I buried Paul ″ (j’ai enterré Paul); par contre Elvis et Jim Morrison, eux, seraient toujours en vie. J’en passe et des meilleures, y compris la présence de messages subliminaux ou sataniques sur des disques – Led Zeppelin entre autres – joués à l’envers. Il reste évident que la mort et la fascination qu’ elle exerce occupent une place prépondérante dans ce merveilleux monde du fantasme débridé. Pour peu que sur fond d’excès divers et variés une coïncidence s’en mêle et on en arrive vite au Mythe absolu. De 1969 à 1971, en l’espace de deux ans donc, Brian Jones, Jimi Hendrix, Janis Joplin et Jim Morrison sont passés violemment de vie à trépas alors qu’ils avaient tous 27 ans. La malédiction du Club des 27 était née et elle entrera définitivement dans l’inconscient collectif en 1994 avec la mort de Kurt Cobain qui n’a rien trouvé de mieux que de se suicider au cours de son vingt-septième printemps en laissant un ″ It’s better to burn out than to fade away ″ en guise d’au revoir. Étonnant non? En tous cas, superstitieux et autres adeptes de prophéties fumeuses y trouvent leur compte et ce n’est pas la disparition d’ Amy Winehouse le 23 juillet 2011 qui va venir mettre à mal leurs convictions. Elle aussi avait 27 ans! Au final si l’on prend en compte l’âge du décès, un talent certain et une aptitude à brûler la vie par les deux bouts on peut demander au cerbère de service d’accorder l’entrée au club des 27 à Robert Johnson, le père du blues moderne, Alan Wilson de Canned Heat, ou encore Gary Thain bassiste de Uriah Heep… Par contre Otis Redding et Graham Parson ont loupé le coche en mourant à 26 ans, idem pour Tim Buckley (le père de Jeff!) parti à 28 ans. Pour Psy c’est foutu, le stylé Gangnam a déjà 36 chevauchées à son actif. Quant à Justin Bieber va falloir attendre 8 ans pour être fixés !
Jack était l’un des dix enfants de Calaway Daniel et Lucinda Cook. Perdant tôt sa mère et ne s’entendant pas avec sa nouvelle belle-mère, il est placé à l’âge de 6 ans chez l’oncle Félix, un voisin fermier, d’où il fugue pour aller travailler chez un ami de son oncle, un prédicateur luthérien qui est aussi distillateur de whisky. Dan Call, le gars en question, décide un beau jour de se consacrer entièrement à sa fonction de prédicateur. En 1863 il vend son affaire à Jack qui en 1895 décidera de changer la forme ronde de la bouteille pour celle, carrée, qui deviendra célèbre notamment dans le monde du Rock. Ce Bourbon si particulier donnera plus tard naissance à une nouvelle appellation: le Tennessee Whiskey. Au-delà de l’incontournable Old No.7 âgé d’au moins cinq ans aux notes immédiatement reconnaissables de vanille, d’agrumes et de chêne, Jack Daniel’s propose différentes expressions : Gentleman Jack, filtré une seconde fois à travers le charbon, se révèle encore plus doux et sophistiqué; Single Barrel, une sélection de fûts absolument superbes, aux notes de noix de pécan distinctes; et enfin Monogram, véritable joyau de la gamme et trésor du whiskey (Source: La Maison du Whisky). Jack meurt le 10 octobre 1911 suite à l’infection d’un orteil cassé après avoir donné un coup de pied à son coffre-fort. ″Mais quel con!″ (Black Bonnie, philosophe alambiqué).
Avant que dans les années 50 ne débute l’âge d’or des Pin-Up, la seconde guerre mondiale est le théâtre d’un essor non négligeable quant à la diffusion de ces motifs provocateurs et affriolants. En attente d’opérations, certains pilotes font peindre sur leurs avions ces effigies qui deviennent très rapidement pour les équipages une façon de se distinguer et d’afficher avec humour identité ou personnalité. Au delà, le passe temps graphique consiste aussi en une forme de provocation vis-à-vis de l’ennemi mais encore de l’autorité militaire qui pourtant fait preuve de tolérance. Souvent inspirées par des publications de l’époque (George Petty, Gil Elvgren, Alberto Vargas…) ou encore par des actrices (Rita Hayworth notamment), ces représentations sont appliquées le plus souvent sur le nez de l’appareil ou sous le poste de pilotage. Chasseurs ou bombardiers deviennent le support sur lequel des artistes, amateurs ou professionnels, se livrent à ce qui allait devenir le Nose Art.
Vulgaire ou de bon goût, joliment fait ou approximatif, triste ou marrant, impertinent ou humoristique, le Nose Art à cette époque est partout, même sur les blousons. Pin-Up et autres personnages de Cartoons sont même agrémentés de trophées. Drapeaux ennemis pour chaque avion abattu, bombe pour chaque mission de bombardement, bateau pour chaque navire coulé, tout est bon pour afficher scores, intentions ou raisons d’être. ″ Bomber Girls ″ mises à part, le motif le plus récurrent est celui d’une gueule de requin peint dans le bas du nez d’un chasseur à hélice ou à réaction. À l’origine créé par des aviateurs allemands pendant la première guerre mondiale, ce motif a été adopté par les aviateurs alliés pendant la seconde, principalement sur les ″ Tigres volants ″ Curtiss P-40. Aujourd’hui et à de rares exceptions près l’utilisation de sujets quels qu’ils soient tend à disparaître du contexte guerrier et ce sous couvert du politiquement correct. Ainsi récemment, les dessins de Pin-Up ont été interdits en Grande-Bretagne pour ne pas offenser les femmes ou les personnes de religion musulmane.