Alain Delon & Marianne Faithfull

Alain Delon, Marianne Faithfull et Mick Jagger en septembre 1967 à Paris. © Photo Patrice Habans

 

[D’après un texte de Guy Carlier]: Une photo étonnante devenue culte. On y voit une femme encadrée de deux hommes assis sur un canapé. Cette femme possède la blondeur, le teint de porcelaine des aristocrates anglaises mais ses jambes croisées très haut symbolisent l’anticonformisme des jeunes britanniques. De chaque côté de Marianne Faithfull, puisque c’est d’elle dont il est question, deux hommes donc, qui, chacun dans leur style, représentent un idéal masculin. D’un côté, Alain Delon qui porte avec élégance et décontraction un Armani à 10 000. Il a les jambes croisées mais c’est à la fois viril et délicat et il regarde Marianne Faithfull en souriant. Elle aussi sourit, visiblement sous le charme et déjà et emportée comme une proie consentante. De l’autre côté, Mick Jagger. À l’époque Mick et Marianne étaient fiancés. Sur la photo, il a la tête basse, on devine qu’il est sur le point de perdre l’égérie des Stones.

Ce cliché capture en réalité la rencontre entre Alain Delon et Marianne Faithfull. Tous deux s’apprêtent à travailler ensemble pour le réalisateur Jack Cardiff. Tourné en 1967 et sorti en 68, le flim franco-britannique La Motocyclette narre l’histoire de Rebecca (Marianne Faithfull), qui s’ennuie auprès de son mari. Une nuit, elle part – nue sous sa combinaison de cuir – sur une Harley-Davidson pour rejoindre son amant Daniel (Alain Delon) en Allemagne. Si les deux acteurs apparaissent tout sourire sur la photographie, leur relation était en réalité plus complexe. C’est en tout cas ce que laisse sous-entendre la chanteuse. Dans Song for Nico, une belle chanson sortie en 2002 sur l’album Kissing Time, Marianne Faithfull épingle vertement son partenaire à l’écran: ″ And will Delon still be a cunt (Et est-ce que Delon sera toujours aussi con?) peut-on entendre. Le film, qui devait concourir au Festival de Cannes de 1968, annulé en raison des évènements de mai 1968, n’a pas connu un franc succès auprès de la presse et du public.


Marianne Faithfull quittera définitivement Mick en mai 1970 et sombrera dans les drogues dures. Quant à Alain Delon, il vient de décéder à l’âge de 88 ans. RIP!


Patrick BETAILLE, août 2024

Bobby Fuller – I Fought the Law

 

L’histoire débute tragiquement le 3 février 1959 par un crash dans un champ de l’Iowa. L’avion transportait des musiciens qui devaient se produire en concert dans le Minnesota, puis dans le Dakota du Nord. Quatre personnes sont tuées sur le coup. Parmi eux, Richie Valens et Buddy Holly, alors guitariste du groupe The Crickets.
Sonny Curtis, un ami de Buddy, guitariste texan comme lui, décide de rejoindre le groupe pour remplacer son copain. C’est avec cette nouvelle formation qu’il enregistre une chanson écrite peu avant et qui figure sur le premier LP post Holly : In Style With the Crickets. I Fought the Law paraît en single en décembre 1960. Le texte raconte l’histoire d’un délinquant rattrapé par la justice. En prison, sa copine lui manque, dans tous les sens du terme.
J’ai enfreint la loi et la loi a gagné. Ma chérie me manque et les moments passés avec elle aussi. Je l’ai abandonnée et je me sens tellement mal. Ma vie est foutue. C’est la meilleure nana que j’ai jamais eue. J’ai enfreint la loi et la loi a gagné. Je n’avais pas d’argent, j’en avais besoin, alors j’ai commis des braquages avec un flingue fait maison. J’ai enfreint la loi et la loi a gagné. J’ai abandonné ma chérie et je me sens si mal. Ma vie est foutue, j’ai enfreint la loi et la loi a gagné ″.
Il y a fort à parier que si Buddy Holly avait été encore de ce monde, la chanson aurait eu un retentissement immédiat. Il faudra attendre cinq ans pour que le titre sorte de l’ombre. Après avoir végété avec quelques hits mineurs, Bobby Fuller – un autre texan – décide d’enregistrer I Fought the Law qui sort en 45 tours en octobre 1965 sous le nom de Bobby Fuller 4 [normal, ils sont quatre – NDLR]. Six mois après que le titre ait fait son apparition au Billboard Top 10, Fuller est retrouvé mort dans la voiture de sa mère stationnée dans un terrain vague de Los Angeles. La police déclare qu’il s’agit d’un suicide par asphyxie, mais d’autres pensent qu’il a été assassiné.
Plus tard encore, nouveau rebondissement. De passage à Los Angeles, les Clash entendent la chanson sur un jukebox et décident de l’enregistrer. Leur version est plus sombre : ″ J’ai abandonné ma chérie ″ est remplacé par ″ j’ai tué ma chérie ″. CBS publie en Juillet 1979 ce qui deviendra l’hymne punk du moment.
En 1987 c’est Jello Biafra et ses Dead Kennedys qui s’y collent. Sur la compilation Give Me Convenience or Give Me Death, bien loin de la version originale, les paroles deviennent un hymne à l’anarchie évoquant l’alcool, le sexe, la corruption, la mort et le fric, le tout ponctué par un refrain de circonstance : ″ J’ai enfreint la loi et j’ai gagné  ″.


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Patrick BETAILLE, mars 2024

Desmond Dekker – Israelites

 

[Extrait]: Originaire de Kingston en Jamaïque, Desmond Adolphus Dacres fréquente dès son plus jeune âge l’église locale dans laquelle il chante régulièrement. Plus tard, au cours de son activité professionnelle, son talent attire l’attention de ses collègues qui l’encouragent à se lancer dans une carrière musicale.
Après quelques déboires, l’auteur-compositeur et interprète obtient en 1961 son premier contrat d’enregistrement avec Liberty Records. Celui qui dorénavant se fera appeler Desmond Dekker devra tout de même attendre deux ans avant de pouvoir sortir un premier disque…
Finalement, en 1963 Liberty publie Honour Your Mother and Father (la chanson que Desmond avait chantée lors de son audition deux ans auparavant) et qui devient un succès jamaïcain. La carrière de Dekker est lancée, faisant de lui l’une des plus grandes stars de l’île. Quatre frères sont alors recrutés en tant que choristes permanents pour jouer, sous le nom de Desmond Dekker and the Aces, un mélange de ska, de rocksteady et de reggae. La nouvelle formation enregistre bon nombre de titres mettant en valeur la culture jamaïcaine mise à mal par les difficultés économiques et les problèmes sociaux sur deux accords de guitare et des mots qui claquent…
Il est probable qu’au delà des mers le public ait été incapable de saisir le sens profond du texte chanté en créole jamaïcain mais musicalement le charme opère. Beauté de la voix, rythme enjoué et harmonies chorales suscitent un plaisir immédiat. Le single devient l’un des premiers succès internationaux rastafari. Il atteint les sommets des charts au Royaume-Uni, en Allemagne, aux Pays-Bas et aux États-Unis. Dès lors, la Jamaïque devient le premier exportateur de bananes, de bauxite et de… Reggae.

 

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Patrick BETAILLE, février 2024

Bo Diddley – Who Do You Love?

 

[Extrait]: Parcours pour le moins atypique que celui de Ellas McDaniel. Enfant abandonné par sa mère de 15 ans incapable de subvenir à ses besoin, il est confié à sa tante qui, en 1935, s’installe dans un ghetto au sud de Chicago. Dès l’âge de sept ans, le gamin apprend le violon et commence à jouer et à chanter le gospel dans l’église de son quartier…
Il quitte l’école de bonne heure pour s’initier à la menuiserie et la lutherie. Parallèlement il se met à la boxe qu’il abandonnera rapidement pour se consacrer à la musique. Avec The Hipsters, son premier groupe, il joue dans les rues et dans les bars tout en vivotant de petits boulots pour assurer son quotidien. À temps perdu, il enregistre des maquettes et démarche les maisons de disques. Séduits par le son original et par le rythme afro-cubain de ses compostions, les frères Chess le signent et lui font enregistrer Bo Diddley/I’m a Man (avec Willie Dixon à la contrebasse), un premier disque qui sera le prétexte pour Ellas Mc Daniel de devenir Bo Diddley
Influencé par John Lee Hooker et inspiré par le I’m Your Hoochie Coochie Man de Muddy Waters, Bo enregistre Who do you Love ? Une espèce de shuffle hypnotique au cours duquel le protagoniste harcèle de questions sa femme qu’il soupçonne d‘adultère. Le single sort en 1956 sans atteindre les charts. Le public commencera à s’intéresser à la chanson et à toutes celles incluses dans la compilation sortie en 1958 : Bo Diddley. Des titres tels que Who Do You Love bien sûr, mais aussi Before You Accuse Me, Pretty Thing, I’m a Man ou Road Runner auront une énorme influence sur les jeunes britanniques qui découvrent le blues et les premiers disques de rock’n’roll. Plus encore après la tournée de Diddley au Royaume-Uni en 1963, avec en première partie un jeune groupe débutant et motivé: les Rolling Stones…

 

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Patrick BETAILLE, janvier 2024

Canned Heat – On the Road Again

 

[Extrait]: C’est l’histoire d’une rencontre. Celle en 1964 de Bob Hite, un employé de magasin de disques de Los Angeles, et de l’un de ses meilleurs clients, un collectionneur répondant au nom de Alan Wilson. Ensemble, ils décident de former un jug band pour partager leur passion commune pour le blues en se produisant dans la rue. Ils sont rejoints par le guitariste Henry Vestine, récemment viré des Mothers of Invention de Frank Zappa, puis par le batteur Frank Cook un virtuose ayant œuvré aux côtés de Chet Baker. Canned Heat était né. Pour le nom, Alan Wilson s’inspire du Canned Heat Blues de Tommy Johnson…

En juin 1967, le bassiste Larry Taylor arrive, le groupe se fait un nom lors du Monterey Pop Festival, et en juillet, Liberty Records sort un premier album éponyme contenant, entre autres, des reprises de standards de blues de Willie Dixon, Robert Johnson et Muddy Waters. Fin 1967, Fito De La Parra vient remplacer Frank Cook à la batterie. Boogie with Canned Heat, le deuxième LP, sort le 21 janvier 1968. Contrairement à son prédécesseur il contient principalement des compositions du groupe dont On the Road Again. La première version de l’album, dure 5 minutes. Pour être diffusée sur les radios, une version de 3 minutes amputée des solos d’harmonica et de guitare paraît en single aux États-Unis en avril 1968…

Voix de fausset, bourdonnement magique de l’harmonica et présence obsédante du luth indien provoquent une sensation de étrange de bien être à l’écoute des paroles évoquant le besoin et l’envie de voyager pour fuir les réalités de la vie quotidienne.

On the Road Again et une prestation au festival de Woodstock en août 69 consacrent mondialement Canned Heat et son blues mâtiné de boogie. La chanson se classe à la seizième place du Billboard américain et devient l’un des tubes de l’été 68 en Europe.


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Patrick BETAILLE, janvier 2024

Bill Haley – Rock Around the Clock

[Extrait]: Pas mal de controverses quant à savoir quelle a été la première chanson rock’n’roll jamais enregistrée. En 1991, après de nombreux et longs débats, le Rock and Roll Hall of Fame tranche en faveur de Rocket 88. Ce morceau a été enregistré le 5 mars 1951 par Jackie Brenston et Ike Turner au cours d’une session dans le studio du producteur Sam Phillips.
Ce dernier vend la chanson à Chess Records, qui l’édite en single en avril, sous le nom de Jackie Brenston & his Delta Cats. Publié le 5 mars 1951, Rocket 88 entre dans le classement rhythm & blues du Billboard à la fin du mois d’avril, atteint la première place en juin pour y rester cinq semaines consécutives. Saisissant l’opportunité, Bill Haley enregistre sa propre version en juillet avec son groupe The Saddlemen… 1953 sera un tournant pour le chanteur de Detroit qui abandonne la country and western pour se consacrer à un genre nouveau: le rockabilly. Changement de nom également pour les musiciens qui l’accompagnent ; dorénavant il s’agit de Bill Haley and His Comets

Le 12 avril 1954, Bill et ses sept comètes entrent en studio et enregistrent Rock Around the Clock. Publié en mai en face B de Thirteen Women, le single passe tout d’abord inaperçu. Mais Jimmy De Knight, conseiller technique pour Blackboard Jungle [Graine de violence – NDLR], choisit ce titre comme chanson principale. Le film sort en mars 1955 et rencontre un succès considérable. Réédité en Face A dans la foulée, Rock Around the Clock entre dans le Billboard Hot 100 en mai, pour s’y installer numéro 1 des ventes aux États-Unis pendant 8 semaines…

En 2018 aux USA, elle sera sélectionnée par la Bibliothèque du Congrès pour être conservée dans le National Recording Registry, car elle est ″ elle est culturellement, historiquement et artistiquement significative ″.


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 Patrick BETAILLE, décembre 2023

Deep Purple – Hush

 

[Extrait]: Parmi les titres de Shades of Deep Purple, le premier album du groupe de hard rock britannique, figurent trois reprises dont Hush, une composition de Joe South (Cf Billy Joe Royal – Hush). Publié en même temps que LP en juillet 1968, le single connaît un succès foudroyant aux Etats-Unis, grâce notamment à l’ambiance musicale à la fois pop et heavy élaborée à l’orgue par John Lord. Ce dernier qui était alors fasciné par le style et du son de Vanilla Fudge déclarait :  » J’ai commencé à faire ces trucs déjantés à l’orgue avec The Artwood et St. Valentine’s Day Massacre, mes groupes précédents. J’ai joué cette partition comme avec des congas. Le rythme de Hush ressemble plutôt à une samba. »
La chanson est l’une des préférées des fans, mais Ian Gillan venu remplacer Rod Evans en 1969 ne voulait l’interpréter durant les concerts avec le Mark II de Deep Purple. Il a fallu attendre l’arrivée du guitariste Steve Morse en 1994 pour qu’elle soit intégrée dans les setlists…


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Patrick BETAILLE, décembre 2023

Aretha Franklin – Think

 

[Extrait]: S’il est une artiste qui mérite bien le surnom de ″ Queen of Soul ″, c’est bien Aretha Franklin. Originaire de Detroit, cette chanteuse à la technique et à la tessiture de voix surprenantes fera à jamais partie des figures emblématiques de la musique populaire à consonance soul, rythme and blues et gospel qu’elle pratiqua depuis l’âge de 12 ans.
A 19 ans, elle épouse l’auteur-compositeur-producteur-manager Ted White qui prend en charge sa carrière en 1961 et lui obtient un contrat avec Columbia, label sur lequel paraît un premier album de jazz et quelques singles grâce auxquels Aretha commence à se faire un nom…

En novembre 1966, son contrat pour Columbia expire. Aretha signe alors avec Atlantic Records et, en janvier 1967, elle se retrouve dans les studios Fame de Muscle Shoals en Alabama pour enregistrer l’album I Never Loved a Man the Way I Love You. Le 10 avril 1967, Atlantic commercialise un deuxième extrait de l’album, une reprise d’une chanson d’Otis Redding : Respect. Ce second 45-tours se hisse à la première place des charts R&B pendant 8 semaines. C’est le début d’une célébrité qui se solde par une vingtaine de disques d’or et classe 8 albums en tête des charts. En 1968, la Reine sort les albums Lady Soul et Aretha Now, portés par les tubes Chain of Fools, I Say a Little Prayer et surtout Think qui paraît en single le 2 mai 1968. Les paroles de cette chanson d’amour féministe trouve un écho immédiat…

Respect et Think deviennent rapidement la signature de l’interprète. Avec ces symboles de la lutte pour l’égalité et la liberté, cris de ralliement du mouvement pour les droits civiques et hymnes féministe, le phénomène Aretha Franklin est lancé…


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Patrick BETAILLE, décembre 2023

Ten Years After – I’m Going Home

 

Originaire de Nottingham au Royaume-Uni, ce groupe de blues rock est issu de la rencontre en 1964 du guitariste Alvin Lee et du multi-instrumentiste Leo Lyons. Rejoints trois ans plus tard par le batteur Ric Lee (sans lien de parenté avec Alvin) et le claviériste Chick Churchill, le quatuor adopte le nom de Ten Years After.
En jouant des classiques de blues et de rock, la formation devient vite populaire, au point d’être considérée comme l’une des meilleures du blues boom de la fin de la décennie et d’obtenir en 1967 un contrat avec Deram, filiale de DECCA Records. S’en suit un premier album éponyme sans grand retentissement. Par contre, les prestations scéniques de TYA drainent de plus en plus de public. La maison de disques décide donc que le prochain LP serait un live. Enregistré sur la scène d’un petit club de jazz du sud-ouest de Londres, Undead paraît le 10 août 1968. Il ne reprend aucun des titres du premier opus studio mais offre des jams jazzy à rallonge mettant en valeur la vitesse et la technique incroyables d’ Alvin Lee, avec en point d’orgue une version de I’m Going Home, publiée en 45 tours fin novembre. Composées par le guitariste, les paroles sans intérêt [elles racontent l’histoire d’un gars très content de rentrer chez lui pour retrouver sa femme – NDLR] ne sont que le prétexte à un long et éblouissant solo. Lee rend hommage à quelques-uns de ceux qui depuis ses 13 ans nourrissent son inspiration et ponctue son set d’extraits de Blue Suede Shoes (Carl Perkins), Baby, Please Don’t Go (Big Joe Williams) et Whole Lotta Shakin’ Goin’ On (popularisée par Jerry Lee Lewis). Soutenu par une section rythmique brillante, il se livre, avec sa Gibson 335, à une démonstration de swing, de fluidité et de virtuosité étonnants qui malheureusement ne suffiront pas à garantir le succès du single auprès d’un public alors friand du heavy rock de Cream et Led Zeppelin.
Tout change l’année suivante, le 17 août 1969. Au cours de son passage au festival de Woodstock, Ten years After interprète une version de 10 minutes de I’m Going Home. C’est la seule chanson issue de la performance du groupe qui peut être vue dans le film de 1970 car l’équipe technique rencontre des difficultés pour pouvoir enregistrer la totalité du show. Loué pour l’énergie et la rapidité de son solo de guitare, celui que l’on surnomme désormais ″ Captain Speedfingers ″ est élevé au rang de guitar hero.
I’m Going Home – Woodstock Performance paraît en 45 tours en France en octobre 1970 et fera partie de la bande originale du film de Cédric Klapisch sorti en 1994 : Le Péril Jeune.


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Patrick BETAILLE, décembre 2023

Howard Sochurek – The Lady Madonna

© Howard Sochurek – National Geographic

 

Entre le premier Love me Do publié le 5 octobre 1962 et Let it Be, le dernier sorti le 6 mars 1970, The Lady Madonna se situe en dix-septième position des 22 singles britanniques du catalogue de John Lennon, Paul McCartney, George Harrison et Ringo Star : The Beatles.
La chanson est écrite par Paul McCartney, mais créditée Lennon/McCartney comme toutes les chansons du groupe composées par John ou Paul. Pour les paroles, le bassiste des ″ Fab Four ″ s’est inspiré d’une image parue dans l’édition de janvier 1965 du magazine National Geographic. Intitulé ″ Mountain Madonna ″. le cliché de Howard Sochurek mettait en scène une femme et ses trois petits enfants, dont un en train d’être allaité. Touché par la photo incluse dans un reportage sur les forces spéciales américaines en opération au Viêt Nam, ″ Macca ″ a gardé en mémoire ce témoignage poignant sur l’humanité qui se cache derrière la guerre et sur le courage des femmes qui luttent pour pouvoir assurer le quotidien de la famille.

Lady Madonna, les enfants à tes pieds, je me demande comment tu arrives à joindre les deux bouts. Qui trouve l’argent pour payer le loyer? Lady Madonna, avec un bébé en train de téter, je me demande comment tu fais pour nourrir les autres. Comment trouver l’argent du loyer? Ça ne tombe pas du ciel! Rien le vendredi. Dimanche matin, elle se traine. Lundi le gosse sait lacer ses chaussures, regardez-le courir. Lady Madonna, allongée sur le lit, tu écoutes la musique que tu as dans la tête. Le mardi après-midi n’en finit pas. Pas de journaux le mercredi. Jeudi soir tes bas ont besoin d’être reprisés. Lady Madonna, les enfants à tes pieds, je me demande comment tu arrives à joindre les deux bouts ″.

Le titre est enregistré dans l’urgence aux studios EMI d’Abbey Road entre le 3 et le 6 février 1968, juste avant que le groupe ne parte pour un séjour en Inde à la rencontre du maître Maharishi Mahesh Yogi. Pour s’échauffer, Paul s’installe au piano et entame un boogie-woogie à la Fats Domino tout en essayant d’y associer son hommage aux femmes. Une fois posées les bases rythmiques, les musiciens reviennent pour les overdubs sur les voix et ajouter quelques parties de piano supplémentaires. Après quoi, pour donner du corps à l’ensemble il est décidé d’ajouter des cuivres en faisant appel à quatre musiciens de jazz, tous saxophonistes ; parmi eux, Ronnie Scott et Harry Klein, des vétérans de la scène des big bands britanniques. Magique !

Patrick BETAILLE, novembre 2023